Mo Dao Zu Shi – Chapitre 25

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Traduction par NoirSoleil, correction par Keliane.

Chapitre 25 : Malice — Partie 3

Cependant, rien qu’en reculant d’un pas, la cheville de Wei WuXian se tordit, et ce fut comme s’il s’apprêtait à s’effondrer sur le sol. Changeant d’expression, Lan WangJi accourut pour attraper fermement son poignet, comme la dernière fois, au Mont Dafan. Quand il reprit son équilibre, Lan WangJi s’agenouilla en mettant un genou au sol pour examiner sa jambe. Wei WuXian était pour le moins choqué.

« N-n-non, HanGuang-Jun. Tu n’as pas à faire ça. »

Lan WangJi leva légèrement la tête, ses deux yeux clairs le transperçant, puis il baissa de nouveau le regard avant de retrousser la jambe de son pantalon. Toujours sous son emprise, Wei WuXian ne put rien faire d’autre que de lever les yeux au ciel.

Sa jambe était entièrement recouverte par la sombre Marque Maudite.

Après une longue observation, Lan WangJi nota d’une voix amère :

«… Je ne suis parti que quelques heures. »

Wei WuXian haussa les épaules.

« Quelques heures, c’est long. Tout peut arriver. Allons, allons. Redresse-toi. »

Il releva Lan WangJi en retour.

« C’est juste une banale Marque Maudite. Nous pourrons toujours tuer la créature quand elle viendra me trouver. HanGuang-Jun, tu devras m’aider. Si tu ne le fais pas, je ne pourrais pas m’en charger. As-tu attrapé l’individu? Est-ce lui? Où est-il maintenant? »

Lan WangJi regarda en direction d’une enseigne en face d’une échoppe plus loin dans la rue. Wei WuXian continua :

« Occupons-nous d’abord du cas du château de pierre. »

Il se dirigea ensuite vers la boutique. Il ne l’avait pas remarqué auparavant, mais sa jambe était un peu engourdie, sans doute à cause de Zidian. Encore heureux que Jiang Cheng en ait contrôlé la force de façon à ce qu’il ne finisse pas écorché par ses éclairs.

Lan WangJi demeura derrière lui. Il l’interpella soudain :

« Wei Ying. 1 »

Wei WuXian s’arrêta. Une seconde après, prétendant ne pas avoir entendu le nom, il répondit :

« Quoi?

— Elle a été transférée depuis le corps de Jin Ling, n’est-ce pas ? »

Ce n’était pas une question, mais une affirmation.

Wei WuXian ne pipa mot. Lan WangJi reprit la parole :

« Tu as rencontré Jiang WanYin 2. »

Ce n’était guère difficile à déduire, en raison de la marque qu’avait laissée Zidian au-dessus de la Marque Maudite. Wei WuXian se retourna :

« Aussi longtemps que nous serons tous les deux de ce monde, nous nous rencontrerons à coup sûr, tôt ou tard.

— Ne pars pas… 3

— Si je ne pars pas, comment suis-je censé m’en aller? Comptes-tu me porter sur ton dos, ou quelque chose comme ça?

— … »

Lan WangJi le fixa en silence. Le sourire de Wei WuXian se figea tandis qu’un mauvais pressentiment traversait son esprit.

Si cela avait été le Lan Zhan d’avant, il aurait sans aucun doute été choqué par ces paroles au point d’en être bouche bée, et il serait parti en arborant un visage froid ou l’aurait complètement ignoré. Cependant, difficile de déterminer comment le Lan Zhan de maintenant répondrait. Comme il s’y attendait, à ces mots, Lan WangJi s’avança vers lui, comme s’il allait vraiment s’incliner, s’agenouiller et le porter sur son dos, malgré son statut honorable. Wei WuXian fut encore une fois stupéfait.

« Arrête, arrête. Je n’étais pas sérieux. Ma jambe est juste engourdie parce que j’ai été frappé par Zidian à quelques reprises, ce n’est pas comme si elle était cassée. Cela aurait l’air inapproprié qu’un homme adulte comme moi soit porté sur le dos d’un autre.

— Aurait-ce l’air inapproprié? demanda Lan WangJi.

— Aurait-ce l’air convenable? » répliqua Wei WuXian.

Après un moment de silence, Lan WangJi répondit :

« Mais toi aussi, tu m’as déjà porté sur ton dos autrefois.

— Une telle chose s’est produite? Pourquoi ne m’en souviens-je pas?

— Tu ne te souviens jamais de ce genre de chose, répondit Lan WangJi d’un ton indifférent.

— Tout le monde dit que j’ai une mauvaise mémoire. Très bien. Dans tous les cas, je ne te laisserai pas me porter sur ton dos.

— En es-tu sûr?

— J’en suis sûr, » rétorqua résolument Wei WuXian.

Ils restèrent tous deux silencieux pendant un moment. Soudain, un des bras de Lan WangJi s’enroula autour de son dos, et tout en s’inclinant légèrement, il passa l’autre sous ses genoux.

Wei WuXian était à la fois plus petit et plus léger que lui. Par conséquent, il fut facilement soulevé, son corps enlacé par une paire de bras forts. Wei WuXian ne s’était pas attendu à ce que sa réponse engendre une telle situation. Que ce soit dans sa vie précédente ou dans celle-ci, c’était la première fois qu’on le traitait ainsi. Il était horrifié.

« Lan Zhan!!! »

Tout en le portant, Lan WangJi avança et lui répondit calmement :

« Tu as dit que tu ne voulais pas que je te porte sur mon dos.

— Je n’ai pas dit que je voulais que tu me portes comme ça non plus. »

Heureusement, il était déjà tard. Il n’y avait personne dans les rues, ce n’était donc pas si gênant. Wei WuXian n’était pas quelqu’un qui s’embarrassait facilement 4 non plus. Après quelques pas tout en étant porté ainsi, il se détendit très vite. Il esquissa un large sourire tandis qu’il s’amusait avec les vêtements de Lan WangJi, faisant mine de tirer dessus.

« Alors, tu veux voir qui est le plus impudent? 5 »

Le parfum froid de bois de santal l’enveloppait. Sans lui prêter attention, Lan WangJi regardait droit devant lui et ne réagissait pas, conservant son expression rigoureuse et sérieuse. Voyant que rien ne pouvait l’affecter, Wei WuXian songea en continuant à jouer avec ses vêtements : “Il semblerait que le cœur de Lan Zhan soit en fait plutôt rancunier. Il va me faire payer toutes les fois où je l’ai taquiné et m’en enlever le plaisir. Quelle changement. Non seulement son niveau de cultivation a progressé, mais son assurance aussi. 6

« Lan Zhan, tu savais que c’était moi depuis la fois où on était au Mont Dafan, n’est-ce pas ? interrogea Wei WuXian.

— Oui.

— Comment l’as-tu su? » se demanda-t-il.

Lan WangJi baissa les yeux vers lui.

« Tu veux le savoir?

— Oui, affirma Wei WuXian.

— Tu me l’as dit toi-même.

— Moi-même? À cause de Jin Ling? Parce que j’ai invoqué Wen Ning? Rien de tout cela, n’est-ce pas? »

Les yeux de Lan WangJi semblèrent s’agiter de tremblements. Cependant, les légères vagues s’estompèrent immédiatement, son regard redevenant à nouveau un étang immobile.

Il déclara d’un ton sérieux :

« Réfléchis.

— Je t’ai posé la question justement parce que je ne parviens pas à réfléchir à la raison. »

Cette fois, peu importa le nombre de fois où il demanda, Lan WangJi refusa de répondre. Avec Wei WuXian dans les bras, il entra dans une auberge. Mis à part le réceptionniste qui avala son eau de travers, aucun des témoins ne réagit bizarrement. Alors qu’ils arrivaient devant la porte de la chambre, Wei WuXian prit la parole :

« Bien. Nous sommes arrivés. Il est temps que tu me laisses descendre. Tu n’as pas de troisième main pour ouvrir la porte… »

Avant même qu’il ne finisse de parler, Lan WangJi fit quelque chose d’extrêmement impoli. C’était sans doute la première de toute sa vie qu’il accomplissait une action aussi grossière.

Tout en portant Wei WuXian, il ouvrit la porte d’un coup de pied.

Les deux battants s’ouvrirent d’un coup, et la personne assise nerveusement à l’intérieur gémit immédiatement :

« HanGuang-Jun, je ne sais pas, je ne sais pas, je… »

Après avoir réalisé dans quelle posture étaient les deux arrivants, il les fixa avec stupéfaction, parvenant avec difficulté à terminer sa phrase :

« … Je ne sais vraiment pas. »

C’était bel et bien “Ni-quoi-ni-qu’est-ce”.

Agissant comme si de rien n’était, Lan WangJi porta Wei WuXian à l’intérieur, et le déposa sur la natte en bambou. Nie HuaiSang semblait ne pas pouvoir supporter la vue d’une telle scène, et ouvrit immédiatement son éventail, couvrant son visage avec. Wei WuXian contourna l’éventail pour l’examiner. Même après tant d’années, son ancien camarade de classe n’avait pas beaucoup changé. Il avait la même apparence que jadis. Bien qu’il soit né avec un visage élégant et attirant, son expression donnait l’impression qu’on pouvait tout lui faire subir. Sa tenue coquette montrait son goût raffiné en matière d’habillement, ce qui attestait du fait qu’il y avait grandement réfléchi. Il ressemblait davantage à un riche oisif qu’à un chef de secte. Même s’il portait une robe impériale, il ne ressemblerait pas à un prince ; et même s’il portait un sabre, il ne ressemblerait pas à un cultivateur.

Il nia en dépit de tout, donc Lan WangJi déposa le morceau de tissu que le chien avait mordu sur la table. Nie HuaiSang tâta sa manche à laquelle il manquait un morceau, puis répondit misérablement :

« Je suis juste passé là par hasard. Je ne sais vraiment rien.

— Si vous ne savez pas, je vais parler, déclara Wei WuXian. Peut-être qu’en m’écoutant, vous vous rendrez compte que vous savez quand même quelque chose. »

Nie HuaiSang ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, incapable de fournir une réponse. Wei WuXian poursuivit :

« Dans la zone de la Crête Xinglu de Qinghe, il y a des rumeurs sur une “Crête Mangeuse d’hommes” et un “Château Mangeur d’Hommes”, mais il n’y a pour l’heure aucune véritable victime, c’est pour cela que ce ne sont que de simples ouï-dires, le genre qui rendrait normal pour les gens d’éviter de s’y rendre. Par conséquent, la véritable utilité de cette rumeur était d’être une ligne de défense — la première, en fait.

« S’il y en a une première, il y en a forcément une deuxième. Il s’agit des cadavres ambulants de la Crête Xinglu. Même si une personne qui n’a pas peur des rumeurs du Château Mangeur d’Hommes s’aventure volontairement ou accidentellement sur la crête, après avoir vu les morts, elle s’enfuira sans aucun doute. Cependant, ces cadavres sont peu nombreux et faibles, ils ne risquent donc pas de poser vraiment problème.

« La troisième ligne de défense est le sort d’égarement près du château de pierre. Si les deux premiers procédés servent à se défendre contre les gens du commun, celui-ci sert à se protéger des cultivateurs. Néanmoins, il ne fonctionne que contre les cultivateurs moyens. Si un cultivateur avec une arme ou un chien spirituel et spécialisé dans les sorts d’égarement s’y rend, ou bien un cultivateur aussi puissant que HanGuang-Jun, cette ligne de défense finira forcément brisée.

« Ces trois mesures de protection existent pour que le château de pierre de la Crête Xinglu reste dissimulé du public. L’identité de ceux qui ont construit le château de pierre est très claire. C’est la région de la secte Nie. À part cette dernière, personne n’aurait pu placer ces trois obstacles aussi facilement à Qinghe. Et, de plus, vous êtes apparu comme par hasard près du château de pierre et y avez laissé des preuves.

« Quel était le but exact de la secte QingheNie en construisant le Château Mangeur d’Hommes sur la Crête Xinglu? D’où viennent les cadavres à l’intérieur des murs? Ont-ils été dévorés? Chef de secte Nie, si vous ne nous donnez pas une explication convenable maintenant, j’ai bien peur que, après que le secret soit exposé, toutes les sectes et tous les clans ne viennent vous interroger. Quand ce moment viendra, même si vous voulez tout expliquer, personne ne vous écoutera ni ne vous croira. »

Nie HuaiSang répondit avec désespoir, comme s’il avait abandonné :

« … Ce n’est pas du tout un Château Mangeur d’Hommes. C’est… C’est juste le mausolée ancestral de ma secte!

— Un mausolée ancestral? questionna Wei WuXian. Dans quel genre de mausolée ancestral on inhume des sabres au lieu de cadavres? »

Nie HuaiSang répondit en affichant un visage bougon :

« HanGuang-Jun, avant que je n’explique la situation, peux-tu me faire une promesse? Comme nos deux sectes se connaissent depuis longtemps et comme nos frères aînés ont prêté serment, quelle que soit la chose que je m’apprête à dire, toi… et la personne qui t’accompagne ne devez rien dire à personne. Si le secret est exposé à l’avenir, j’apprécierais grandement que vous preniez ma défense en tant que témoins. Tu as toujours été fidèle à ta parole. Si tu promets, je te croirais.

— Comme il te sied.

— Vous avez dit que ce n’était pas un Château Mangeur, cela signifie-t-il donc qu’il n’a dévoré personne? »

Nie HuaiSang serra les dents et répondit docilement :

« … Si.

— Ouah.

— Mais ce n’est arrivé qu’une fois! C’est aussi à partir de cet événement que les rumeurs du Château Mangeur d’Hommes de la Crête Xinglu ont commencé. Je… J’ai simplement soufflé sur les braises et amplifié les rumeurs. »


Notes :

1 Wei Ying : nom de naissance de Wei WuXian, pour rappel.

2 Jiang WanYin : nom de courtoisie de Jiang Cheng (il n’est malheureusement pas beaucoup utilisé en dépit du fait que ce soit un très beau nom, je trouve).

3 “Ne pars pas” : il y a un double sens dans la phrase en chinois. En effet, Lan WangJi demande autant à Wei WuXian de ne pas avancer que de ne pas le laisser seul à nouveau.

4 “quelqu’un qui s’embarassait facilement” : “visage fin” dans le texte original.

5 “qui est le plus impudent” : “qui a le visage le plus épais”.

6 “son assurance” : là encore, il est question du “visage”.

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Agent Ily
Agent Ily
4 mars 2019 21:08

Le mystère de la crête Xinglu devient de plus en plus compliqué…
En tous cas, merci pour ce chapitre (qui me fait bien creuser la tête) ! J’admire votre travail !
Tu sais, Wei WuXian, Lan WanJi n’a peut être pas de troisième bras, mais il a des pieds XD.
Mais j’ai une question qui trotine dans ma tête depuis un bon moment. La patriarche de YiLing, Wei WuXian, a créé la cultivation démoniaque en général ou un type de cultivation démoniaque ?

Archangedenfer1 Popo
Archangedenfer1 Popo
5 mars 2019 00:51

Hihihi, merci beaucoup pour ce nouveau chapitre et pour vos publications abondantes les Dragonnes ;p

arubiize
arubiize
11 mars 2019 13:54

Kyaa ! Ce début de chapitre !!
Lan WangJi qui porte Wei WuXian style princesse ! xD Et le ‘ne part pas’ ! *je fonds*

Lan Zhan qui fait toujours passer Wei Ying en premier. :3 Adorable !

Merci beaucoup pour ce chapitre !