Chun Shu Mu Yun – Chapitre 2

Traduction par Lilie, correction par Jokirl

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Chapitre 2

Ainsi commença la nouvelle vie de l’ancien et unique prince de Fang Jun, à faire d’étranges corvées dans ce pays reculé. Bien qu’il soit capable de transformer un jeune et innocent enfant en un vicieux, froid et impitoyable homme et de le placer sur le plus haut siège de pouvoir, il était sans espoir lorsqu’il s’agissait de faire toutes les tâches auxquelles un domestique typique était doué. Comme il avait vécu dans le palais pendant des années, il n’avait jamais eu besoin de s’occuper personnellement de telles tâches ingrates.

Cependant, à cet instant, il semblait être devenu un idiot inutile. Renversant maladroitement  les plats déjà si peu nombreux, laissant tomber le deuxième et unique seau dans le puits, rendant le matelas encore plus sale qu’il ne l’était auparavant, et ainsi de suite…  Avec cela il gagnait partout où il allait des dizaines de regards de pitié des autres. Laid, maladroit et d’une pauvre condition… un bon-à-rien tout simplement.

Tous les jours, la cuisinière le forçait à manger plus, et lui offrait même secrètement des faveurs en lui donnant de la viande grasse. En effet, c’était une faveur spéciale, puisque la plupart ne pouvait se permettre d’acheter de la viande grasse.

À présent, il avait eu cette claire réalisation que c’était la vérité et que le docteur ne lui avait pas menti. Le gouvernement du pays était vraiment, extrêmement et terriblement… pauvre. Bien que ce ne soit pas aussi mauvais que de ne même pas pouvoir se procurer de la nourriture, il était réellement pauvre. Auparavant, il avait innocemment pensé que la nourriture qu’il recevait était simple. Il réalisa seulement après être devenu un domestique que le riz et les légumes qu’il avait reçus étaient en réalité les repas servis aux patients, et qu’il lui avait été donné un traitement spécial.

Depuis qu’il avait commencé à « travailler », il avait rarement été capable de manger du véritable riz. Ses repas étaient principalement constitués de riz vermicelle, de congee, de pâte de riz etc… et c’était des repas pourtant préparés avec amour par la cuisinière qui lui ajoutait des ingrédients et du riz parce qu’elle avait de l’affection pour lui…

Un simple regard aux meubles du bureau du gouvernement était suffisant. Tragique, ça l’était, son état pitoyablement pauvre était aussi clair que le jour… Exception faite du hall, qui était le seul endroit qui avait besoin d’être entretenu correctement afin de ne pas perdre le peu de respect qu’ils avaient, les meubles dans les autres pièces étaient soit trop vieux, soit avaient la peinture qui se décollait ou étaient attachés à un support.

Même la chambre du magistrat du pays n’était pas meilleure. En fait, c’était encore pire, et beaucoup, beaucoup plus simple. A l’exception d’une étagère à livres, d’un lit et d’un tabouret estropié, il n’y avait rien ici. Pas même une garde-robe ! Plusieurs piles de morceaux de bois étaient cloués sous chaque pied du lit, de l’étagère et du tabouret. Pour parler franchement, même s’il y avait eu une garde-robe, elle n’aurait été d’aucune utilité. Il n’y avait que trois tenues sur le tabouret du magistrat — un uniforme officiel, et deux tenues décontractées. C’était totalement pitoyable…

Cela piqua sa curiosité ; à quel point ce magistrat pouvait-il être pauvre pour se supporter dans un état aussi minable ? Cependant, même après avoir travaillé ici pour plusieurs mois, il n’avait jamais eu la chance de le rencontrer. Ce n’était pas que le magistrat-daren l’évitait ou quoi que ce soit. Le problème était qu’ils n’avaient juste pas eu l’occasion de se croiser.

Chaque jour, le magistrat était parti avant qu’il ne se réveille, et n’était même pas revenu quand il allait se coucher. C’est pourquoi, après avoir « travaillé » pour si longtemps, il n’avait toujours aucune idée de l’apparence de son supérieur.

Toutefois, il pouvait tuer une conclusion des mots du second seul domestique du gouvernement de ce pays — ce magistrat-daren était tenu en haute estime. Au fait, les deux seuls domestiques étaient la cuisinière et lui-même. 

La cuisinière était fidèle à son devoir. Elle cuisinait pour eux tous les jours, quittant après avoir préparé le dîner et le petit-déjeuner pour le magistrat, puis revenant tôt le lendemain pour cuisiner de nouveau. Puisque le gouvernement était si pauvre, il ne pouvait se permettre plus de dépenses, et plus encore, engager des domestiques. Malgré le fait qu’il sache par la cuisinière que les gens de la ville étaient plus qu’heureux d’aider Mo Shu-xiansheng, l’homme en question trouvait cela impoli de ne point les payer. Ce n’était seulement sous la contrainte des demandes de tous, qu’il avait, à contrecoeur, laissé les femmes de la ville, à condition qu’elles soient libres à ces moments-là, se relayer pour aider à la lessive, la cuisine et le nettoyage.

Travaillant comme un domestique officiel maintenant, il avait aussi à partager la charge de travail de la cuisinière. Cependant, non seulement il complétait sa tâche d’une façon quelconque, mais en plus il causait du désordre aux autres.

Il y avait un total de dix-huit coureurs de yamen(1) et seulement un conseiller en charge de gérer les comptes, le bureau, et les autres tâches qui n’étaient pas sur les épaules du magistrat du pays. Comme ils étaient pauvres, le conseiller n’avait malheureusement d’autre choix que d’assumer plusieurs postes lui-même.

Tous les coureurs de yamen étaient des locaux. Ils retournaient aux bureaux du gouvernement pour le petit-déjeuner dans la matinée après leur patrouille, repartaient dans l’après-midi une fois qu’ils étaient congédiés, et arrivaient enfin le jour d’après pour travailler de nouveau. Bien que le dîner soit fourni par le gouvernement, pour aider à réduire les dépenses, chacun mangeait chez soi à la place.

Et à propos du conseiller ? Il était réduit en esclavage par le magistrat-daren tôt le matin et ne retournait chez lui seulement qu’après avoir été congédié le soir. Par conséquent, il ne l’avait jamais vu non plus. Fondamentalement, les seuls laissés dans ce grand et usé siège du gouvernement de nuit étaient lui et le magistrat, qui travaillait tôt et rentrait tard.

Même après avoir vécu à Fang Jun pendant tant d’années, il n’avait jamais vu un tel pauvre magistrat avant. Des officiels trop gourmands étaient vision commune, et il y avait aussi une bonne poignée de corrompus. Il rencontra quelques non-matérialistes aussi. Les magistrats étaient des « fonctionnaires » après tout, alors comment le magistrat de ce pays avait-il pu finir dans une telle pauvreté ? Il ne pouvait juste pas comprendre cela.

Cependant, la réponse lui serait bientôt révélée.

Un certain matin, le magistrat-daren était parti tôt dans la matinée. La femme cuisinant ce jour-là n’avait pas été capable de faire les courses parce qu’il se passait quelque chose chez elle, et elle avait ainsi envoyé un garçon de sa famille pour lui transmettre un message, lui demandant de récupérer les courses en statuant que l’épicier avait déjà été informé et l’argent payé. Ce n’était pas une nouveauté.

Après s’être convenablement préparé, il sortit. D’innombrables passants, des étrangers et des gens avec qui il était familier, le saluèrent le long de son chemin, et il les salua en retour. Grâce à son travail au bureau du gouvernement, même s’il ne gagnait aucun salaire et était incapable de s’acheter quoi que ce soit, comme le disait le proverbe, aime-moi, aime mon chien ; il avait pu gagner le respect et l’amitié des résidents de la ville.

En parlant de cela, il n’y avait réellement pas grand-chose qu’il souhaitait acheter. Ou plutôt devrait-il dire qu’il n’était intéressé par rien. Il ne travaillait que pour manger, ne mangeait que pour survivre, et ne survivait que pour travailler. C’était tout ce qu’il y avait à dire. Il ne voulait ni trop y penser ni le faire. Ce serait mieux s’il n’y pensait pas trop sérieusement. S’il vivait instinctivement comme un animal, il ne deviendrait pas dépressif. Il ne cessait de se le répéter.

« Nan Ge Er(2), ici pour les courses ? » le salua chaleureusement l’épicier alors qu’il remarquait son arrivée. Ses vagues murmures étaient ce qui se rapprochait d’une réponse. ‘Nan Gua’ était un surnom au hasard qu’il avait pris pour lui, venant de la citrouille dans le coin qu’il avait aperçue quand le docteur avait demandé son nom. Malgré le fait qu’il avait remarqué la grosse citrouille en suivant son regard, le médecin n’avait pas commenté. Il avait simplement acquiescé avant de quitter la pièce. Le jour suivant, la ville entière savait qu’il y avait un nouveau domestique au bureau du gouvernement, dont le nom était Nan Ge Er.

« Tante Wang me l’avait dit au préalable » l’épicier lui passa le panier de course qui avait été préparé à l’avance. Pendant qu’il y était, il attrapa une poignée de légumes verts près de sa main et les plaça dans le panier. « Nan Ge Er, tu dois parler avec Mo Shu-xiansheng. Même si c’est juste de la viande émincée, il devrait quand même manger plus. Regarde comme vous deux êtes minces. »

Je ne sais même pas qui dans ce monde est ton Mo Shu-xiansheng, comment je pourrais lui dire ? Il regarda l’épicier silencieusement.

Cependant, l’épicier ne comprit pas ce qu’il voulait dire « Oh, regarde-moi, je suis vraiment… » il empila un concombre vert au-dessus alors qu’il parlait, « Je vais envoyer quelques viandes demain. Le sais-tu ? Hier, le vieil homme vivant à l’Est du pays était de nouveau malade, alors Mo Shu-xiansheng a payé un montant énorme de frais de consultations, et a acheté pas mal de grains de riz pour Chen-dajie(3) et sa mère. Seigneur… » il secoua sa tête alors qu’il réfléchissait. « Mo Shu-xiansheng n’a déjà pas beaucoup d’argent… »

Nan Ge Er sourit silencieusement. Il achète du riz pour les autres et a pour lui du gruau. Je sais finalement où l’argent de ce magistrat-daren va.

« Bien, dépêche-toi de rentrer pour le petit-déjeuner, » pourtant l’épicier agrippa un autre paquet de pois chiches et lui poussa dans les bras. « Mange-les sur ton chemin du retour. Regarde comme tu es maigre… » il secoua sa tête de nouveau, « Mo Shu-xiansheng est vraiment… Puisque nous recevons tant d’aide de lui, où est le mal à nous laisser l’aider ? Regarde comme tu es petit… »

Trouvant le regard plein de préoccupation et de pitié inconfortable, il prit rapidement les pois chiches et fit demi-tour portant un panier rempli à ras-bord. La seule raison de sa maigreur était sa faible condition. Cela n’avait rien à faire avec le fait qu’il n’avait aucune viande à manger, il ne pouvait simplement pas être bien bâti. En vérité, il sentait que malgré le fait qu’il vive avec une simple demi-journée complète en tant que repas, son corps était bien.

Après avoir reçu des salutations d’innombrables passants qu’il reconnaissait de nouveau et d’étrangers, il retourna au bureau. Comme ce n’était pas encore l’heure du petit-déjeuner, il se reposa quelques instants à la porte du bureau, écoutant les rumeurs que se racontaient les deux coureurs de yamen, avant de porter le panier de courses à la cuisine.

Comme le gouvernement était pauvre, il y avait un manque de domestiques. C’était habituel pour un de prendre le rôle de deux d’entre eux, alors il ne demanda aucune aide des coureurs de yamen. Cependant, il savait que s’il demandait, ils lui prêteraient sans aucun doute un coup de main.

Bien que le bureau du gouvernement était vieux et usé, c’était impeccablement propre. Chacun était minutieux pour garder la propreté du bureau — peut-être parce qu’ils savaient qu’il était terrible quand il s’agissait de nettoyer ? Il n’y avait aucune fleur à l’endroit qui était autrefois un jardin. À la place, c’était rempli avec des légumes verts, oignons et autres légumes.

Actuellement, il était la seule personne vivant dans l’arrière-cour, une place normalement réservée pour les familles des membres du gouvernement. Pas une plume ne pouvait être vue dans cet endroit pour élever les poulets et les canards. On ne pouvait rien y faire ; il n’y avait ni argent pour acheter canards et poulets, ni personne pour prendre soin d’eux. En dépit de son large espace, le bureau était vide, puisque, excepté pour le nécessaire, tout était réduit et économisé. « Rien que quatre murs » n’était même pas proche d’une description adéquate.


Notes :

  1. des employés du gouvernement en charge des services généraux.
  2. traduction directe : frère citrouille
  3. Terme utilisé pour s’adresser à une femme plus âgée que soi.

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1 a commenté sur “Chun Shu Mu Yun – Chapitre 2”

  1. J’aime beaucoup cette ambiance qui change des autres histoires que vous partagez ! C’est original et pour le moins plus réaliste !

    Ce magistrat est une personne vraiment admirable ! J’ai hâte qu’ils fassent connaissance ! 😉

    Merci à vous pour tout le travail que vous faites !
    Au prochain chapitre, comme d’habitude ! 😉

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