Chun Shu Mu Yun – Chapitre 3

Traduction par Lilie, correction par Jokirl

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Chapitre 3

Après être passé près du potager, il arriva dans la cuisine située au fond. Il poussa la porte pour l’ouvrir, juste pour trouver une silhouette debout près des fourneaux, dos à lui. Il reconnut immédiatement l’uniforme du gouvernement; qui cela pourrait-il être d’autre que notre magistrat-daren aux mains propres ?

L’homme dos à lui semblait réellement dégingandé, mais son dos était droit, un air élégant et fringuant l’entourant . Alors qu’il se tenait ici, il ressemblait quelque peu aux « grues de la Montagne Hua, et aux nuages de son pic 1 ». Pourtant, il dégageait une aura de droiture, possédant un fort caractère. Cette personne avait sûrement dû remarquer sa présence car il tourna sa tête vers lui.

Une fois qu’il l’eut regardé, il resta étourdi un moment. Ce n’était pas comme s’il avait vu toutes les beautés de ce monde, mais grâce à sa position après avoir vécu à Fang Jun durant tant d’années, il avait rencontré plusieurs fameuses et talentueuses personnes dans son pays. Ceux avec une apparence belle ou majestueuse n’étaient, naturellement, pas si rare, sans mentionner que beaucoup des concubines du harem impérial étaient célèbres pour leur beauté dans le pays. Ainsi, il n’était pas vraiment le genre à être séduit par l’apparence.

La raison de sa courte confusion n’était évidemment pas parce que le magistrat qui venait juste de se retourner était trop séduisant, mais parce qu’il semblait que cette personne en face de lui était juste sortie d’une peinture à l’encre de Chine. Une charmante structure faciale; une paire de quelque peu élevés mais amicaux sourcils avec de longs, fins et légèrement recourbés yeux; un nez droit; des lèvres comme peintes à l’aquarelle; une posture dégingandée et pourtant droite; une aura élégante et idyllique; il n’avait jamais vu quelqu’un ressembler tant à… une peinture. Tout à propos de lui semblait lumineux et faible. Cette personne ne portait aucune couleur vive, mais il exhalait un air raffiné et frais.

Mo Shu regarda la personne en face de lui, étourdi pour un moment, et cligna des yeux, « Nan Ge Er ? »

Il sourit. Seigneur, même le magistrat-daren, qui apparaît un moment et disparaît le suivant, connaissait son nom.

« Xiaode 2 offre ses salutations à daren. » Il salua, s’inclinant profondément.

« Pas de cérémonies. » Mo Shu balaya. « Bien que tu sois arrivé depuis un moment déjà, je n’ai jamais trouvé le temps de venir te saluer. »

« Xiaode ne voudrait pas troubler daren » il répondit prudemment en s’inclinant.

Soudain, une paire de mains chaudes se posèrent sur lui; l’une tapotant son épaule tandis que l’autre faisait de même sur sa taille. « Je t’ai dit de ne pas faire de cérémonies, tiens-toi droit. »

Entendant cela, il n’avait d’autre choix que d’obéir et de regarder le magistrat-daren en face de lui.

« Comment se passe ta guérison ? » Demanda mine de rien le magistrat-daren.

« Merci pour votre attention. Xiaode est guéri maintenant. » Bien qu’il semblait amical, les habitudes développées pendant ces années de vie au palais l’avait rendu suspicieux de la gentillesse de n’importe qui. Personne ne pouvait prédire quel genre d’expression pouvait apparaître après un sourire.

Mo Shu acquiesça avant de lever le coin de ses lèvres en un petit sourire, « Ton corps n’est pas si bien que cela, donc tu n’as pas à tout faire dans ces bureaux. Si tu ne peux pas finir quelque chose, laisse-le moi pour quand je rentrerai. »

Il ne pouvait même pas imaginer à quoi une divine personne pouvait ressembler en faisant des corvées.

« Xiaode n’oserait pas. » traitant cela comme si l’autre ne disait cela que par pure formalité, il répondit de la même façon. Il s’était déjà habitué à faire de telles choses à présent. Au cours des dix dernières années, pour que son frère vive dans la dévotion des autres, il était devenu habitué à ramper devant les autres en cachant des poignards dans ses sourires. À la fin, malgré sa position de prince, il était incapable de changer son humilité face aux autres. Maintenant, il le faisait naturellement, sans trouver cela difficile.

Cependant, Mo Shu leva simplement un sourcil, « Tu ne me crois pas ? Avant que tu n’arrives ici, les corvées comme la lessive étaient toutes faites par moi. »

Il sourit et acquiesça, « Daren est si humble, ce n’est pas étonnant que tout le monde vous respecte. »

Même s’il ne le croyait pas du tout, dire de telles flatteries était déjà devenu une habitude pour lui. Ainsi, ces mots coulaient de sa bouche avec désinvolture et sincérité.

Ses sourcils se haussant de plus belle, Mo Shu répondit, « Je n’avais pas le choix; il n’y avait pas assez d’argent, donc j’avais à les faire moi-même. »

Le coin de ses lèvres tressaillit alors qu’il baissait la tête. « Xiaode réalise son erreur. » Est-ce que tu as à être si franc ? Où est partie ta fierté de magistrat ?!

Mo Shu gloussa, « Veux-tu reprendre ton compliment ? » Sa voix était claire et apaisante, accompagnant son aura.

« Xiaode n’oserait pas… » il s’étouffa, la tête baissée, une légère irritation éclatant dans son coeur. Cet homme joue avec moi, n’est-ce pas ?!

« Nul besoin d’être si formel. » Mo Shu laissa échapper un faible rire, sa main se levant pour caresser sa tête, « Quand j’y pense, cela doit être troublant pour toi de traverser tout ça; tu travailles tant tous les jours que tu n’as même pas le temps d’avoir un repas correct. » Il soupira, « Je me rattraperai avec toi la prochaine fois. » Il faisait deux têtes de plus que Nan Ge Er, il était donc facile de poser ses mains sur lui. Par conséquent, il ébouriffa les cheveux de Nan Ge Er. Son crâne si rond et doux au toucher.

Alors tu sais que tu es trop pauvre, toi aussi ? Pas de salaire et pas de repas complet, ne serait-ce pas de l’abus ? Il marmonna en secret dans son coeur.

Soudain, Nan Ge Er entendit un bruit étrange, alors il releva instinctivement la tête pour regarder la personne en face de lui. Ce n’est pas ce que je pense être, si?

Et pourtant, contrairement à lui, cette personne semblait très ouverte à ce sujet, et disait alors qu’il riait, « Sais-tu où nous pourrions obtenir de la nourriture ? J’ai donné mon petit-déjeuner à un mendiant sur le chemin. » Contrairement aux coureurs de yamen, puisque Mo Shu avait rarement le temps de revenir pour le déjeuner, en plus de préparer son dîner, la cuisinière plaçait aussi tous les restes dans un sac qu’il pourrait prendre avec lui le jour suivant comme petit-déjeuner.

Nan Ge Er grimaça . Était-il seulement possible d’être plus stupidement gentil que cet homme-là ? Tu as réduit les dépenses des bureaux du gouvernement au strict minimum, a probablement utilisé ton salaire pour de la philanthropie, et maintenant tu donnes même ton déjeuner à d’autres ? Pourquoi est-ce que personne ne stoppait cet homme ?! La seule pensée d’être l’employé d’un homme pareil fit ressentir à Nan Ge Er un immense poids peser sur lui inconsciemment…

À cet instant, la cuisinière n’était pas encore arrivée, et les restes d’hier avaient été donnés à un mendiant comme faveur… sera-t-il d’accord pour manger les légumes du potager dehors ? Nan Ge Er grinça des dents quelque peu alors qu’il y songeait. Ses doigts pincèrent ses manches sans faire attention. Attendez, qu’est-ce que c’était que cette chose ronde ?

« Pois chiches. » Il se rappela soudain le paquet que l’épicier lui avait donné, le sortant alors qu’il parlait. Hey… il n’allait probablement pas les manger, non ?

Cependant, au final, son vis-à-vis sourit joyeusement et pris le sac de pois chiche qu’il lui tendait, « C’est très bien. »

… Vas-tu sérieusement manger cela ?! N’est-ce pas un goûter d’enfant ? Je ne veux même pas les manger; comment peux-tu le faire sans ressentir aucune honte ?! Même si c’était juste des pois chiches, cet homme éthéré était capable de rendre chaque pois mangé si élégant et fringant… Il y avait évidemment une grande différence d’une personne à l’autre. Nan Ge Er se sentait morose.

Même si tu sembles beau et distingué, tu ne peux pas changer le fait que l’en-cas que tu es en train de manger est un de ceux que même des enfants de dix ans méprisent — des pois chiches ! Il marmonna.

Après avoir fini les pois, l’homme lui redonna le sac avec une expression de solennelle gratitude, « Merci. »

Même lui devint quelque peu apathique à cette réponse, « …Ce sont seulement des pois chiches… » et il ne comptait même pas les manger. Il sentit instantanément quelque pitié pour la personne en face de lui.

Si on oubliait le fait que quelqu’un d’aussi bien positionné qu’un magistrat n’avait rien à manger, il avait même à se reposer sur des pois chiches pour apaiser sa faim, n’était-ce pas un peu trop déplorable ? Ne pas avoir d’argent était une tragédie en elle-même; et c’en était une plus grande encore que de donner son argent n’importe quand quand il n’en avait pas lui-même ! Il songea soudain à cela, alors même qu’il avait vécu dans ce monde si longtemps.

« Eh bien, j’ai une affaire en cours; je te remercierai la prochaine fois. Au revoir. » lui sourit Mo Shu, caressant ses cheveux de nouveau avant de partir.

Il semblât qu’il sortait de nouveau. En vérité, il avait jeté un coup d’œil aux repas que le magistrat-daren mangeait. Ce n’était pas meilleur que les siens, et il devait avouer que cela semblait encore pire. Mo Shu avait du gruau quand lui avait du congee; il avait du riz en brique quand Nan Ge Er avait des pâtes de riz; le pauvre magistrat avait de la soupe de citrouille quand il mangeait ladite citrouille… il pensait que Mo Shu l’avait spécialement demandé. Mais, n’était-ce pas un peu… il ne pouvait même pas déchiffrer ses sentiments. Une divine personne vivant dans un tel appauvrissement… et semblant même heureuse de cela…

Nan Ge Er ne pouvait juste pas se résigner à voir cela se faire. Si de telles folies continuaient ainsi sans y prendre garde, il aurait à s’inquiéter de ses propres futurs repas. Comme il y méditait, il stoppa temporairement son travail et se dirigea vers la maison d’Er Gou Zi derrière les bureaux.

La famille d’Er Gou Zi avait une volée de poussins qui avait éclos, il en emprunta donc quelques-uns à élever, comme la cour arrière était vide de toute façon. Ainsi il pourrait vendre leurs oeufs quand les poules grandiront. Bien sûr Er Gou Zi accepta, à la condition d’élever trois poules sur un crédit et lui répétant qu’il pourrait rembourser quand il le souhaiterait puisque l’argent n’était pas urgemment demandé.

Après cela, il passa l’après-midi à apprendre des techniques d’élevage de la grand-mère d’Er Gou Zi à leur maison. En vérité, il n’avait rien d’autre à faire après avoir fini ses corvées de nettoyage. En faisant cela, il pouvait aussi passer le temps. Au final, il ramena trois petits poussins jaunes, utilisant son temps de travail du soir pour construire une simple clôture, et les plaça à l’intérieur.

En les regardant courir joyeusement, Nan Ge Er gagna un peu de confiance pour l’avenir. Il pensa que s’il planifiait correctement les choses, il ne mourrait probablement pas de faim à cause de Mo Shu. Comptant en plus que les citoyens ici menaient de très simples vies.


1 un extrait d’un poème de Sikong Tu. Il décrit une personne fière et distante.

2 Xiaode est une façon pour quelqu’un de se désigner en parlant à un supérieur : littéralement « mon humble personne ».

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1 a commenté sur “Chun Shu Mu Yun – Chapitre 3”

  1. Il reprend les choses en main !
    Mais c’est une triste façon de voir les choses. J’espère que son état d’esprit évoluera au fil de l’histoire en côtoyant Mo Shu !

    Hâte de lire la suite !
    Merci beaucoup pour ce chapitre ! 😉
    Bonne continuation à vous ! Et bon courage !

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