Chun Shu Mu Yun – Chapitre 16

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Traduit par Lili-chan, corrigé par Jokirl

Chapitre 16

Il y avait quelque chose de chaud et duveteux, d’une rugosité un peu particulière. Après l’avoir poussé du nez pendant un moment, Nan Ge Er ouvrit les yeux abruptement. Quel genre de sensation bizarre est-ce ?! Au moment où ses yeux s’ouvrirent, ils rencontrèrent immédiatement ceux de Mo Shu.

Ce dernier était encore en train de boire du vin. Ses yeux brillaient autant que des étoiles à ce moment-là, semblant lumineux, pourtant alertes et sévères, comme une épée tranchante que l’on sortait juste de son fourreau. Ses lèvres luisaient de vin, couvertes de rosée, douces et roses. C’était comme s’il était une toute autre personne. Nan Ge Er fixa son visage d’un air ahuri—où est parti l’être céleste Mo Shu, qui est ce démon en face de moi ?

On tapota légèrement sur son front, “Mange un peu de porridge si tu es réveillé ; il est près de l’âtre, amène-le ici.”

Nan Ge Er se leva instinctivement. Un regard inconscient vers la fenêtre lui indiqua que le ciel commençait tout juste à s’éclaircir. Bien que les plats sur la table n’aient pas été touchés, la cruche qui était auparavant pleine de vin avait déjà été vidée.

Je me souviens que ce n’était même pas encore l’aube quand j’ai perdu connaissance ! Boire, boire, boire… Il a bu toute la nuit ! De qui tu te moques, même si ta tolérance à l’alcool est scandaleusement élevée, ne dois-tu quand même pas aller aux toilettes ?!

L’expression flippée de Nan Ge Er provoqua un petit rire chez Mo Shu, “Quoi ?”

Arg… Nan Ge Er secoua la tête, “Rien.” Il l’abaissa, tentant de cacher son visage d’un rouge vif.

Comme l’on pouvait s’y attendre, ce gars avait vraiment une apparence exceptionnelle. Son tempérament habituel était trop mystique, de sorte de que son apparence parfaite en était négligée. À l’inverse, il paraissait actuellement étonnamment charmant. Un léger sourire de sa part pourrait aisément laisser les autres bouche bée.

“Va et prends ton petit-déjeuner. Ton estomac est vide, donc tu dois au moins avaler quelque chose.” Mo Shu ne semblait pas vouloir le forcer, pointant avec désinvolture le petit pot de terre près du poêle.

“Mn.” Nan Ge Er prit une profonde inspiration avant d’aller chercher la bouillie. Pourquoi diable avait-il passé l’entièreté de la nuit dans les bras de Mo Shu, et quand diable celui-ci avait-il fait le porridge… Il avait perdu tout courage de lui demander.

De soudains craquements de feux d’artifice se firent entendre à l’extérieur, accompagnés de rires de petits enfants, “Nan Ge Er, Mo Shu-xiangsheng, les messagers de Cai Shen[1] sont arrivés !”

Nan Ge Er hésita un moment, prêt à poser le pot dans ses mains. II savait qu’il y avait une telle coutume ici, mais il ne l’avait pas expérimentée lui-même auparavant. Alors, cela le troublait quelque peu.

“Je vais y aller.” Mo Shu posa le bol dans ses mains, se leva et ouvrit la porte.

“Arg…” Nan Ge Er hésitait encore plus.

Pour dire vrai, il n’était pas sûr que le magistrat soit ivre ; bien que ses mouvements semblent normaux et qu’il parle de façon compréhensible, il sentait juste que ce n’était pas l’homme de tous les jours.

Ce gars ne va pas faire quelque chose d’absurde, n’est-ce pas ? Inquiet, Nan Ge Er se leva instantanément, le suivant dehors, “Mo Shu-xian…” Oh !

“Ugh…” C’était le son de son corps absorbant l’air froid.

“Nn, nn, nn, nn, nn …” C’était le son de son balbutiement, qui savait s’il disait “sud sud” ou “nan nan.”[2]

“Mo Shu-xiangsheng !” Un incroyable gémissement émergea.

Il y avait un groupe de personnes s’attroupant au dehors, l’observant en ce moment avec des expressions surprises, ainsi que… Mo Shu.

Qu’est-ce qu’il se passe ? Nan Ge Er observa tout le monde, légèrement confus. Il jeta alors un coup d’oeil au magistrat, qui semblait normal, à part cet air quelque peu séduisant, avant de reposer finalement ses yeux sur lui-même. Immédiatement, il inhala brusquement.

J’avais oublié que je porte actuellement les vêtements de Mo Shu — en plus de mon apparence négligée, à peine réveillée — Je suis tellement mort — qui sait ce qu’ils sont tous en train de penser — qui sait si quelqu’un m’écouterait si j’expliquais — à quel point mon évanouissement peut être merdique pour me faire tomber dans une telle situation — si Mo Shu était une femme, je pourrais au moins être un peu plus calme — bâtard — le problème est que, bien que Mo Shu semble juste élégant, en réalité, il est bien plus beau que moi — oh, pardon, j’avais oublié que je ne pouvais qu’être considéré comme laid à présent — putain — que diable est-il en train de se passer — pourquoi est-ce que ça a tourné ainsi — comment pourrais-je faire face à quelqu’un maintenant…

Bref, après avoir réalisé qu’il portait les vêtements de Mo Shu, le cerveau de Nan Ge Er était en plein chaos.

Observant l’homme s’enfoncer dans une expression vide et confuse, le magistrat sourit légèrement en disant, “Je n’ai bu qu’un peu de vin.”

Après avoir entendu ces mots, l’enfant en face, qui portait une fausse barbe, des robes rouges et un chapeau de gaze chinois traditionnel, jouant à être Cai Shen, ouvrit la bouche plus grand encore, ne réalisant même pas que la fausse barbe sur son menton était tombée au sol. Les autres s’exclamèrent spontanément, plus fort encore.

“Après cela, les vêtements de Nan Ge Er se sont salis, donc il a mis les miens.” continua d’expliquer Mo Shu.

“Qu…”

“Gu…”

“Seigneur….”

“Oh…”

Tous types d’exclamations furent accompagnés du son fracassant d’objets tombant au sol, créant un bruyant décor.

Surpris par le bruit, Nan Ge Er se calma finalement, et, prenant une autre profonde inspiration, il décida qu’il avait encore besoin de s’expliquer, “Ehm-”

“Pardon ! Nous avions tort !” Le gamin qui avait laissé tomber sa barbe le coupa dans l’explication qu’il essayait de donner. Il se baissa, s’inclinant profondément.

“Ah ?” Nan Ge Er regarda le groupe de personnes, perdu.

“Nous te laissons Mo Shu-xiangsheng, Furen[3] !” Tous commencèrent à s’incliner à l’unisson tout en annonçant cela d’une voix forte.

Les jambes de Nan Ge Er tressautèrent, le faisant presque tomber. Oi. Qui. Appelles. Tu. Furen ?!

“Nous n’allons pas te déranger alors, Mo Shu-xiansheng !” Les autres ne s’expliquèrent pas du tout, ni ne voulurent écouter une quelconque explication. Le moment après avoir aveuglement causé un vacarme, ils se tournèrent uniformément et disparurent rapidement du champ de vision des deux hommes.

Nan Ge Er grimaça. Bien qu’il n’ait sérieusement aucune idée de ce que Mo Shu pouvait bien avoir dit, il savait que son apparence seule ne pourrait jamais causer un tel tumulte.

Il se tourna pour confronter l’homme — Que diable leur as-tu dit ?!

“J’ai seulement brièvement déclaré la vérité.” sourit innocemment celui-ci, élégamment et d’une façon charmante.

Je n’y crois pas du tout ! Nan Ge Er lui lança un regard féroce. Il avait déjà bien compris que Mo Shu n’était définitivement pas une bonne personne. Caché sous son apparence élégante se trouvait un coeur diabolique à deux visages !

“Bref,” rit indifféremment le magistrat, “Continuons notre petit-déjeuner.”

Bordel, tu veux dire continuer à boire quand tu parles de ‘continuer’ ?! Les yeux de Nan Ge Er s’écarquillèrent.

“Je vais chercher un peu de vin d’abord,” dit-il naturellement, comme si c’était à prévoir, tout en marchant vers l’arrière-cour.

… Ce gars est un ivrogne jusqu’au bout des ongles ! Nan Ge Er tira instinctivement sur les manches de Mo Shu.

Celui-ci tourna la tête, levant les sourcils en direction de l’homme.

“Daren, bien que je ne sache pas quand vous avez pris votre petit-déjeuner, de mon humble opinion, vous devriez manger un peu de porridge maintenant, avant de faire une pause.” dit-il tout en restant impassible. Ce mec a déjà bu toute la nuit durant, n’était-ce pas assez pour lui ?!

En vérité, il n’était pas une personne si présomptueuse et impulsive. À cet instant précis, il ne savait pas pourquoi, mais assez étrangement, il pensa qu’il devait freiner le comportement autodestructeur de Mo Shu ; il sentait qu’il était probablement devenu un peu plus proche de l’homme. Cependant, une fois que les mots eurent quitté sa bouche, il fronça légèrement les sourcils de nouveau, il avait toujours l’impression d’être trop indiscret.

Au contraire, Mo Shu commença à sourire faiblement. “Bien sûr,” répondit-il directement, “Je dormirai si tu le fais aussi.”

“Ah.” Nan Ge Er le fixa d’un air ahuri, ne sachant totalement pas pourquoi est-ce que Mo Shu stipulerait une condition aussi absurde. De plus, ils avaient déjà dormi ensemble ces derniers jours, non ?

“Et nous devons dormir ensemble,” continua Mo Shu en souriant, “Ce n’est pas bon de dormir seul.”

“Pourquoi pas ?” Demanda Nan Ge Er sans réfléchir.

“Parce que je ne peux pas te câliner,” sa réponse était claire. Bien qu’il n’y ait pas grand-chose sur le maigre corps de Nan Ge Er, en plus du fait qu’il était un homme, sa taille était juste parfaite pour être enlacé, et puis, yep, sa tête était vraiment ronde, parfaite pour être caressée. Il sentait que enlacer Nan Ge Er dans un câlin était la meilleure position de sommeil. Ainsi, telle fut sa réponse, instinctive et égoïste.

“…” Nan Ge Er songea qu’il n’aurait pas dû poser une question si inconsciente… Que suis-je ? Un traversin ? Mo Shu-Daye[4] ! Es-tu un petit enfant qui n’a même pas encore atteint ses cinq ans ? Tu as encore besoin d’une peluche pour dormir ?

Nan Ge Er sentit des rayures noires et des veines apparaître sur son front, une émotion complexe s’éveillant en lui. J’ai vraiment envie de le fesser.

Cependant, puisque le type exaspérant en face de lui était son supérieur direct, il n’avait pas d’autres choix que de s’empêcher de céder à ses pulsions violentes. Il grinça des dents en disant, “Peu importe alors.” J’ai dû me faire cogner la tête par un âne pour m’inquiéter pour ce gars-là. Il se retourna, le contourna et marcha vers la cantine pour manger.

Fixant le derrière de la tête de Nan Ge Er, de laquelle sortait pratiquement de la vapeur, Mo Shu resta silencieux un moment. Soudain, il recommença à sourire légèrement. “Les enfants devraient toujours rester pleins de vie.”

… Argh, Mo Shu-xiangsheng, tu as seulement réussi à mettre Nan Ge Er en colère… Tu ne comprends absolument pas ce que veut dire l’expression ‘plein de vie’, n’est-ce pas ?


[1]Cai Shen, le dieu chinois de la richesse.

[2]Les mots que Nan Ge Er a dits sont “Nan”, ce qui est aussi la prononciation pour “sud” et “homme”.

[3]Furen : un terme utilisé pour désigner la femme de quelqu’un, c’est-à-dire “Madame”.

[4]Daye : normalement, c’est un terme qui montre le respect pour un homme plus âgé, il peut également être utilisé pour exprimer du mécontentement envers quelqu’un, de manière sarcastique.

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