Chun Shu Mu Yun – Chapitre 5

Traduction par Lilie, correction par Jokirl

Chapitre 5

Quand il se réveilla au matin, il sortit les poules pour les nourrir avant d’aller faire quelques courses au marché. Après avoir acheté les produits nécessaires pour le petit-déjeuner, il salua des villageois en rentrant au bureau, écouta les deux coureurs de yamen en service médire à la porte puis porta les produits à la cuisine.

Une fois qu’il en fut sorti, il commença sa routine de ménage régulière. Alors qu’il était en plein milieu de son nettoyage, un gros lot de légumes de diverses et nouvelles variétés fut reçu, apporté par l’épicier habituel. La cuisinière arriva à cet instant. Quand Nan Ge Er eut stocké tous les légumes dans l’entrepôt de la cuisine, elle commença à préparer le petit-déjeuner avec les ingrédients qu’elle avait achetés au préalable.

Alors qu’il emballait les légumes, il écouta l’épicier médire à propos de plusieurs ménages. Quand il eut fini sa tâche, il fit sortir l’homme, écoutant toujours ses indénombrables rumeurs.

Il rangea nonchalamment l’endroit en revenant. C’était l’heure de manger. Laissant tomber le balai et la pelle, il se précipita vers la cantine. Les coureurs de yamen s’y étaient déjà réunis, dégustant leur repas, leurs mains tenant leur bol. Une fois encore, il répondit aux nombreuses salutations et se dirigea vers la cuisinière pour recevoir sa nourriture. Elle avait déjà préparé son repas spécialement conçu avec amour, qui contenait de plus gros morceaux de viande, des légumes aux couleurs plus vives et une plus douce et plus grande quantité de riz que les autres…

Son bol dans les mains, il se recula. En réponse aux appels de chacun, il choisit une table au hasard et s’y assit. Et pourtant, une fois de plus, il écouta les puissants coureurs de yamen s’échanger des ragots comme des colporteurs. De temps à autre, le ‘roi des commères’, le Conseiller-xiansheng, était libéré de son travail par Mo Shu pour manger et sa présence réchauffait la vague de racontars dans la cantine. A vrai dire, le Conseiller-xiansheng était plutôt bien bâti, digne, beau et vaillant. Cependant, le passe-temps favori d’un tel homme puissant et masculin était en réalité de commérer ! Au moment où il commença à répandre des rumeurs dans la ville, il devint aussi misérable qu’il n’aurait jamais pu l’être.

Après son petit-déjeuner, Nan Ge Er sortit pour une calme promenade de digestion. Parfois, il avait la chance de tomber sur le magistrat-daren patrouillant. A chaque fois que Mo Shu-xiansheng voyait Nan Ge Er marchant tranquillement avec ses mains dans ses manches, il s’approchait avec les yeux brillants. A cet instant, Nan Ge Er abandonnerait avec tact les douceurs qu’il prévoyait de manger comme collation en offrande et, comme toujours, après avoir fini ses sucreries, Mo Shu-xiansheng lui jetterait un inutile merci avant de continuer ce avec quoi il était occupé. N’ayant plus de goûter, Nan Ge Er n’aurait alors plus d’autre choix que de rentrer…

Il tomba sur quelques enfants qui n’avaient pas atteint l’âge d’aller à l’école dans les rues. Quelques-uns lui demandèrent de la nourriture, d’autres l’invitèrent à jouer chez eux et les derniers… lui passèrent les gâteaux de haricots doux qui se trouvaient dans leurs mains avec un air de pitié. Pauvre Nan Ge Er, il n’avait même pas eu de gâteaux de haricots doux à donner quand des enfants venaient de lui demander de la nourriture… Les gens du bureau du gouvernement étaient si pauvres et si pitoyables…

Nan Ge Er eut vite les mains pleines de jouets et d’en-cas divers. Alors qu’il remerciait les petits morveux avec un regard terne, un groupe d’enfants qui voulaient jouer avec lui le suivit. La bande de gamins qui traînait derrière lui lui raconta qui avait cassé quoi, qui s’était pris une raclée et qui avait mouillé son lit aujourd’hui…

Quand il retourna au bureau, il poussa tout ce qui était dans ses mains sur le bureau du comptable, lui dit quoi était à qui et lui demanda de les rendre quand il sortirait du travail à la nuit tombée. Alors qu’il retournait à l’arrière-cour, il ne fut pas surpris de voir que la cuisinière nettoyait encore des endroits qu’il avait déjà ‘nettoyés’ précédemment. Il n’y pouvait rien; il était complètement nul pour les corvées. Même s’il travaillait depuis six mois, l’expérience gagnée n’avait pas du tout aidé. Alors il sortit.

Une horde de gamins se tenait à la porte. Certains étaient montés sur les statues de lion gardiens près de la porte ; quelques-uns essayaient de dégager la balle en pierre de la bouche des bêtes; d’autres s’accroupissaient sur le seuil, observant les fourmis occupées à filer à toute allure en baragouinant entre eux, un groupe sifflait et criait, s’imaginant une course-poursuite, d’autres serraient des bâtons de bambou entre leurs jambes, les chevauchant comme des montures et sautant çà et là. Certains harcelaient même les indifférents coureurs de yamen de questions enfantines et déconcertantes.

En remarquant Nan Ge Er ressortir, les coureurs de yamen poussèrent un soupir de soulagement. Les enfants se précipitèrent sur lui et l’encerclèrent. 

« Nan Ge Er, quelle légende vas-tu raconter aujourd’hui ? »

« Nan Ge Er, Ah Mao-ge1 n’a pas pu venir aujourd’hui, je l’ai vu copier des livres comme punition du professeur à l’école privée. »

« Nan Ge Er, laisse-moi te dire, Xiao Ya est tombée dans les toilettes hier à cause de son pied qui s’était engourdi ! Haha ! Elle sent si mauvais ! Si mauvais ! »

« Wawawawa, Xiao Ya est une gamine puante ahahaha ! »

« Je vais te frapper; je vais te frapper ! Lai Fu, tu t’es fait pourchasser par l’oie de la famille Gou Dan hier, n’est-ce pas ? Comment oses-tu t’en prendre à notre Xiao Ya ! »

« Ugh, Lai Fu est un méchant, je vais le dire à ta maman… »

« Nan Ge Er, ce pancake est pour toi, ma maman dit que tu es trop maigre. »

« Nan Ge Er, mon criquet est génial, celui de Xiao Tou n’est pas meilleur que le mien. »

« N’importe quoi, mon Général à Tête Noire est le meilleur ! »

« Le Général à Tête Noire s’est clairement fait mordre et réduire à un général estropié par mon Général à Ventre d’Or, haha… »

« Tu mériterais de te faire battre ! »

« Comment oses-tu me frapper ! »

En à peine un instant, quelques petits groupes commencèrent à se battre pour quelque raison que ce soit. Le coin de la bouche de Nan Ge Er tomba, « Arrêtez de vous disputer. Je ne raconterais aucune histoire aujourd’hui si vous continuez comme ça. » Malheureusement, sa voix n’était pas assez forte pour avoir un quelconque impact sur les enfants turbulents. 

« Nan Ge Er a dit d’arrêter de se disputer. Il ne racontera aucune légende si on continue. » Naturellement, il y avait quelques acolytes lèche-botte agissant comme son haut-parleur.

« Shh shh, arrêtez de vous disputer, arrêtez de vous disputer. »

« Je t’arrangerai la prochaine fois. »

« Attends juste et tu verras. »

Après avoir fait un peu de remue-ménage, les combats et les disputes déclarèrent finalement un cessez-le-feu.

« Allez jouer sous l’arbre maintenant. Ne vous battez pas. Nous commencerons quand les autres reviendront de l’école privée. » Nan Ge Er agita sa main, pointant l’énorme arbre.

Lors d’une après-midi, Nan Ge Er s’énerva complètement devant la nécessité de répondre aux diverses questions étranges que lui posaient les gamins alors que ses poignets étaient déjà presque cassés de porter les courses qu’il achetait en ville. Par conséquent, il promit de leur raconter une histoire s’ils allaient jouer ailleurs à la place de traîner devant la porte du bureau et de bloquer sa route. Depuis ce jour, les choses avaient commencé à devenir ingérables. 

Tous les jours, quand Nan Ge Er sortait faire une promenade digestive, une chaîne d’enfants le suivait comme une queue. Etonnamment, dans une aussi grande ville, il n’y avait pas un seul conteur. Les gens qui se rendaient au salon de thé comptaient seulement sur les commérages pour passer le temps. Présentement, Nan Ge Er, jeune étudiant à l’université qui avait été exposé et influencé par divers shows, légendes et littérature d’internet avant sa transmigration, semblait avoir dérivé jusqu’à cette ville grâce à une intervention divine pour satisfaire le besoin d’un développement moral et idéologique des gens de la ville!

Initialement, il n’avait pas pesé les avantages et les désavantages de cela. Il avait simplement une fois raconté une histoire aux gamins qui jouaient à la porte du bureau du gouvernement, seulement pour trouver les enfants en âge d’aller à l’école, qui traînaient devant les portes du bureau dans l’après-midi après la classe, le suppliant de leur raconter l’histoire de nouveau. Ils avaient même refusé de rentrer pour manger s’il ne le faisait pas, et s’étaient plaint que Nan Ge Er était biaisé et autre s’il ne leur racontait pas l’histoire de nouveau… Ainsi, maintenant qu’il avait appris de ses erreurs, Nan Ge Er choisissait d’ordinaire de conter une histoire une fois que les classes privées étaient finies afin qu’il n’ait besoin de le faire qu’une seule fois par jour.

Dans l’après-midi, alors que les enfants venaient après avoir fini leurs classes, le nombre de gens se rassemblant à la porte du bureau augmentait au fur et à mesure. Le tas d’enfants qui arrivait en premier continuait d’appeler leur famille et leurs frères.

« Ge, viens ! On peut mieux entendre l’histoire d’ici ! »

« Dépêche-toi maman ! Nan Ge Er va bientôt raconter une histoire ! As-tu apporté mes pancakes aux œufs ? »

Il y avait même de tout petits qui attendaient en avance pour être dans les meilleures positions. 

« Xiao Cui, viens de mon côté. Cet endroit est le meilleur; tu peux avoir une vue claire d’ici. J’ai même amené un doux gâteau à l’osmanthe2 pour toi. »

« Ah Zhu, dépêche-toi ! Cette place est super, n’est-ce pas ? Je suis venue plus tôt pour réserver cet emplacement en avance. »

Les anciens qui n’avaient rien à faire chez eux étaient là aussi.

« Zhu Zi, presse-toi et viens ici. Tu as faim, n’est-ce pas ? Mamie a cuisiné des pancakes pour toi; écoutons pendant que nous mangeons. »

« Lai Gen, viens et repose-toi un moment, écoute l’histoire un peu avant de retourner cultiver tes terres. »

… Je ne peux juste pas me faire à une telle scène peu importe le nombre de fois que je la vois. Nan Ge Er s’assit près de la porte, jetant un coup d’œil à la foule désordonnée sous l’arbre. Quel était le problème avec cette scène d’ouverture de cirque ?

Trois jours plus tôt, seuls les enfants écoutaient ses histoires ici. Au quatrième jour, les passants commencèrent à s’installer pour écouter la fin du conte. Au cinquième, de plus en plus d’adultes vinrent…

Au final, au fur et à mesure que le nombre de gens dans le public s’agrandissait, une telle scène devint une chose banale avant chaque « apparition sur scène » de Nan Ge Er.

« De doux et nourrissants Ciba~ »

« Du thé pour apaiser votre soif ! Prenez une gorgée en écoutant Nan Ge Er narrer son conte ~ »

« D’appétissants gâteaux de sésame~ »

« Haricots sautés, cacahuètes et graines~ »

« De sucrés fruits confits; c’est si doux, tellement que ça adoucit même votre cœur~ »

Divers colporteurs commencèrent également à arriver … Nan Ge Er en perdait ses mots… En se basant sur l’âge de son corps actuel, il allait bientôt avoir vingt ans. Durant les seize dernières années, il n’avait absolument pas eu conscience d’être un transmigrateur, puisque, dans le dangereux palais mangeur d’hommes, toute sorte de pensée joueuse l’aurait fait mettre en pièces. En une semaine, après avoir été témoin de la décapitation des servantes qui le servaient pour avoir prononcé une mauvaise phrase, il comprit ce qu’il aurait à faire pour survivre. Il s’avérait que tout le savoir de sa vie passée ne lui était d’aucune utilité.

Cependant, actuellement, alors qu’il était dans un endroit tel que Guang Tian, il devait installer un étal de thé pour gagner de l’argent et remplir son estomac, faire des corvées comme laver le linge et nettoyer, et même… raconter des histoires !

… Suis-je enfin capable d’apprécier les avantages d’être un transmigrateur ? Une foule de personnes attend avec ‘dévouement’ que j’entre en scène… Hey, suis-je un singe ?!


Notes :

1Ge: suffixe utilisé pour s’adresser à un grand frère ou un homme plus âgé.

2 Gâteaux à l’osmanthe: pâtisserie traditionnelle chinoise parfumée à base de farine de riz gluant, d’osmanthe (genre de plantes d’Asie tempérée) au miel et de sucre en poudre.

1 a commenté sur “Chun Shu Mu Yun – Chapitre 5”

  1. Ah ! Le commérage ! C’est un art ! xD

    Oui, tout un art… *regarde les gosses de l’histoire* ….. Hahahaha xD

    Hé mais j’y pense ! C’est parce que les habitants s’ennuient qu’ils font autant d’enfants ! Ou alors c’est moi qui voit double ces gosses ! J’ai l’impression qu’ils se multiplient dès qu’on tourne la tête ! xD

    Remercie d’être tomber dans une histoire douce et paisible pour une fois ! xD
    (Même si je ne serais pas contre un peu d’action ! xD)

    Merci beaucoup beaucoup pour cette histoire !
    A tout de suite ! *kissss*

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