The Husky and His White Cat Shizun – Chapitre 22

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Traduit par Keliane, corrigé par Angie

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Chapitre 22 : Le Shizun de ce Vénérable est sur le point de se mettre en colère

Après en avoir autant entendu, Chu WanNing était furieux. Il souhaitait rétracter sa liane de saule, et la diriger plutôt vers le couple Chen. Mais il ne pouvait pas encore ouvrir les yeux pour les maudire, car l’illusion restauratrice disparaîtrait immédiatement s’il le faisait. Un fantôme ne pouvait être piégé dans la Barrière de Restauration qu’une seule fois ; s’il s’interrompait, il ne pourrait jamais entendre le reste de ce que Luo XianXian avait à dire.

Il ne pouvait donc qu’endurer cette rage brûlante tout en écoutant la suite de l’histoire de Luo XianXian.

Après sa mort, son esprit s’en était allé dans l’Autre Monde, engourdi et désorienté.

Elle ne se souvenait que d’une dame habillée de couleurs resplendissantes, qui ressemblait à la maîtresse fantôme du temple, se tenant devant elle et demandant d’une voix apaisante :

— Chen BoHuan et toi, vous ne pourrez rester unis dans la vie, mais souhaiteriez-vous être enterrés ensemble dans la mort ?

— Je le veux… Je le veux ! répondit-elle, paniquée.

— Dans ce cas, je vais le faire venir te tenir compagnie sur-le-champ, d’accord ?

Luo XianXian manqua de laisser échapper un accord enthousiaste sans réfléchir, mais se souvint soudain de quelque chose et s’arrêta :

— Suis-je morte ?

— Oui. Je suis la Maîtresse Fantôme des Cérémonies de l’Autre Monde. Je peux t’offrir un bon parti, ou réaliser ton souhait de longue date.

Dans un état d’hébétude, Luo XianXian demanda :

— Alors, s’il vient me tenir compagnie, va-t-il… mourir lui aussi ?

— Oui, mais les cieux sont compatissants. La vie ou la mort, c’est sans importance. Une simple fermeture des yeux, quelle différence ?

Chu WanNing songea que, comme expecté, cette maîtresse fantôme utilisait la ruse pour pousser les gens à faire des vœux impliquant la vie des autres. C’était une divinité vraiment abominable.

Toutefois, même si Luo XianXian était morte de façon injustifiée, elle n’était pas devenue un fantôme malveillant. Aussi secoua-t-elle la tête à plusieurs reprises.

— Non, ne le tuez pas, ce n’était pas sa faute.

La maîtresse fantôme esquissa un sourire mélancolique.

— Une telle gentillesse, mais qu’obtiendras-tu en retour ?

Pour autant, elle n’essaya pas de la faire changer d’avis. En tant que divinité, tenter de persuader les gens d’émettre des souhaits malveillants restait convenable, mais la coercition ne l’était pas. Peu à peu, sa silhouette s’estompa et sa voix devint floue.

— L’esprit revient le septième jour. Quand tu retourneras dans le monde des vivants à ce moment-là, va voir ce que fait la famille Chen. Puis, je reviendrai te poser la question, afin de voir si tu n’as toujours aucun regret à ce moment-là.

* * *

Sept jours plus tard, le jour du retour.

L’esprit de Luo XianXian reprit conscience et retourna dans le monde des vivants.

Elle suivit les routes familières jusqu’à la résidence des Chen, impatiente de voir son mari une dernière fois.

Contre toute attente, la résidence des Chen était décorée de lanternes et de bannières, la salle de réception était remplie de cadeaux de fiançailles, et il y avait un énorme caractère « Xi » dans le hall principal. Alors qu’elle demandait en souriant aux domestiques d’emballer les cadeaux de fiançailles avec de la soie rouge et des décorations ornées, le visage de Madame Chen était rayonnant, sans aucun signe de maladie.

Qui… est sur le point de se marier ?

Qui… prépare les cadeaux de fiançailles ?

Qui… n’épargne aucune dépense, pour tout faire en grand ?

Qui… ?

Elle se faufila à travers la foule occupée, écoutant le bourdonnement des voix.

— Madame Chen, félicitations pour les fiançailles de votre fils avec la fille du gouverneur Yao. Quand aura lieu la fête des fiançailles ?

— Madame Chen est vraiment bénie.

— Maîtresse Yao est vraiment la bonne étoile de la famille Chen ! Les fiançailles viennent d’être réglées, et Madame Chen semble déjà se porter beaucoup mieux.

— Votre fils et Maîtresse Yao sont comme l’or et le jade, une union conçue par le Ciel. Je vous envie tellement, hahahaha.

Votre fils… votre fils…

Quel fils ?

Qui se marie avec la fille de la famille Yao ?

Entre le bavardage et les rires, elle se mit à errer désespérément dans les couloirs et la cour, à la recherche de cette silhouette familière.

Elle la trouva.

Chen BoHuan se tenait devant les pivoines dans l’arrière-salle, le visage triste, les joues enfoncées. Mais il était vêtu de rouge ; non pas de robes de mariage, mais du costume traditionnel de la ville de CaiDie, brodé de papillons, qu’il était coutume de porter lorsque le gendre se rendait chez la future mariée pour demander sa main.

Il va faire sa demande à … ?

Tous ces cadeaux somptueux, pleins d’or, d’argent et de perles ; tout cela avait été préparé par lui… par Chen BoHuan, son mari, pour la fille de la famille Yao ?

Elle se rappela tout à coup du moment où ils s’étaient tous deux mariés.

Il n’y avait rien eu, juste deux personnes, un cœur, et rien d’autre.

Pas de maître de cérémonie, pas de demoiselle d’honneur ou de témoin, pas de cadeaux. La famille Chen n’avait pas encore prospéré, et ne possédait pas même une seule parure décente de bijoux. Il avait marché jusqu’au clémentinier dans la cour qu’ils avaient planté ensemble, et avait cueilli une fleur délicate, la glissant soigneusement dans ses cheveux. Elle avait alors demandé :

— De quoi ai-je l’air ?

Il avait répondu qu’elle était belle, puis il s’était tu pendant un moment avant de lui caresser les cheveux en s’excusant.

— Tu mérites mieux.

Luo XianXian avait souri, et avait dit que cela ne la dérangeait pas.

Chen BoHuan lui avait retourné que, lorsqu’il l’épouserait officiellement dans trois ans, il se rattraperait sans faute en organisant une grande cérémonie à laquelle tout le monde serait invité. Qu’il irait la chercher avec un grand carrosse porté par huit hommes, qu’il la parerait d’or et d’argent, et que la réception serait remplie de cadeaux de fiançailles.

La promesse faite cette année-là résonna dans ses oreilles. Ici et maintenant, la cérémonie était grandiose et tout le monde était invité.

Mais il allait épouser quelqu’un d’autre.

La colère et la tristesse s’emparèrent d’elle. Luo XianXian cria en s’apprêtant à déchirer les soies et les brocarts rouges de la pièce.

Mais, étant un fantôme, elle ne pouvait rien toucher de tout cela.

Comme s’il avait ressenti quelque chose, Chen BoHuan se retourna, le regard vide tandis qu’il fixait les soies de la pièce, s’agitant malgré l’absence de vent.

Sa petite sœur s’approcha. Elle avait une épingle à cheveux en jade blanc dans les cheveux, pleurant secrètement quelqu’un.

— Da-ge, s’il te plaît, va manger quelque chose, le supplia-t-elle. Tu n’as pas mangé correctement depuis des jours, et tu dois encore te rendre tout à l’heure à la résidence du gouverneur pour faire ta proposition. Ton corps ne tiendra jamais comme ça.

La soudaine question de Chen BoHuan sortit de nulle part.

— Xiao-mei, entends-tu quelqu’un pleurer ?

— Euh ? Non ? Da-ge, es-tu…

Elle serra les dents, sans achever sa pensée. Chen BoHuan continua de fixer l’endroit où les soies flottaient.

— Comment va Mère, est-elle de bonne humeur ? S’est-elle remise de sa maladie ?

— … Da-ge.

— … C’est bien qu’elle ait récupéré.

Chen BoHuan demeura planté là, s’égarant un moment, marmonnant pour lui-même :

— J’ai déjà perdu XianXian, je ne peux pas perdre Mère aussi.

— Da-ge, s’il te plaît, va manger…

Luo XianXian pleura, cria, attrapa sa tête entre ses mains, et gémit d’angoisse.

Ne… Ne pars pas… Ne me quitte pas…

— … D’accord, termina Chen BoHuan.

La silhouette épuisée tourna à un angle et disparut.

Luo XianXian resta sur place, seule, dans un état de confusion. De grosses larmes roulèrent sur ses joues. Par le plus grand des hasards, les voix des frères Chen qui avaient causé sa mort flottèrent jusqu’à elle. Le second et le cadet se chuchotaient l’un à l’autre.

— Mère est ravie, soupira l’un. Les choses se mettent enfin en place.

— Cela t’étonne ? Il lui a fallu six mois, à faire semblant d’être malade, pour finalement chasser ce malheureux parasite. Comment pourrait-elle ne pas être heureuse ?

Le cadet claqua la langue, puis s’exclama soudain :

— Je n’arrive pas à croire qu’elle se soit juste levée, et qu’elle soit morte. Nous l’avons seulement jetée dehors, ce n’est pas comme si nous voulions la tuer. À quel point était-elle stupide ? Ne savait-elle même pas qu’elle devait aller chercher de l’aide ?

— Qui sait ? Peut-être qu’elle était juste aussi susceptible que son père aigri. Ce n’est pas notre faute si elle est morte. Mère l’a peut-être trompée, mais les choses sont difficiles pour nous aussi. Il suffit de réfléchir : entre la fille du gouverneur et une paysanne, seul un idiot l’aurait choisi. Sans compter que si nous offensons la précieuse fille des Yaos, les choses risqueraient de ne pas bien se terminer pour nous.

— Tu as raison, c’était juste une idiote. Si elle a voulu mourir de froid, ce n’est la faute de personne.

Les mots parvinrent à ses oreilles.

Ce n’était que dans la mort que Luo XianXian avait finalement compris que ce soi-disant titre de « porteur de malheur » signifiait simplement qu’elle était trop pauvre et de faible statut, et qu’elle ne pouvait pas se comparer à la fille honorée du gouverneur.

Seul un idiot choisirait la paysanne.

Elle perdit finalement la tête.

Elle retourna au temple de la maîtresse fantôme, le cœur rempli de haine et de ressentiment.

Elle y était morte, faible et sans défense ; elle y revint, amère, et le cœur de pierre.

Elle avait été autrefois gentille et bonne, mais elle appelait désormais toute la haine éprouvée de son vivant, et toute la méchanceté de son caractère qu’elle n’avait jamais laissée s’exprimer auparavant. Elle se mit à crier au point d’en érailler sa voix, les yeux rouges, l’âme frémissante.

— Moi, Luo XianXian, je suis prête à renoncer à mon âme pour devenir un fantôme malveillant. Je ne supplie la Maîtresse Fantôme que pour me venger ! Je veux que toute la famille Chen meure misérablement !!! Je la veux… Je veux que ma belle-mère, qui se trouve être pire qu’une bête, tue ses fils de ses propres mains ! Tous !!! Je veux que Chen BoHuan vienne me tenir compagnie en enfer !!! Qu’il soit enterré avec moi !!! Je refuse d’accepter cela !!! Je déteste ! JE DÉTESTE !!!

Dans le sanctuaire, l’idole d’argile abaissa ses paupières, et la commissure de ses lèvres se recourba pour former un sourire.

Une voix résonna au sein du temple.

— Ta prière a été acceptée, et ton souhait sera exaucé. Dorénavant, tu es un fantôme malveillant. Va, et massacre tous ceux qui t’ont fait du tort…

Une lumière rouge sang perçante scintilla, et Luo XianXian ne se souvint plus de rien après cela.

Mais Chu WanNing savait déjà ce qui s’était passé ensuite. La maîtresse fantôme avait contrôlé le fantôme malveillant qu’était devenue Luo XianXian pour posséder Madame Chen, et assassiner la famille Chen les uns après les autres.

Et la raison pour laquelle Chen BoHuan se trouvait dans ce cercueil rouge creusé dans la montagne, c’était aussi pour réaliser le souhait de Luo XianXian : « Je veux que Chen BoHuan soit enterré avec moi ». Pour couronner le tout, elle avait intentionnellement placé le cercueil à l’endroit où lui et sa nouvelle femme allaient construire leur maison, autant pour les maudire que pour se venger.

Quant à l’odeur présente au sein du cercueil de Chen BoHuan, c’était celle du parfum BaiDie que portait le corps de Luo XianXian au moment de sa mort. Le cercueil était rempli à la fois d’une forte énergie de ressentiment et d’un lourd parfum, car l’âme de Luo XianXian dormait à l’intérieur avec Chen BoHuan.

Luo XianXian n’avait plus de famille. Lorsqu’une telle personne décédait, elle était généralement incinérée plutôt qu’enterrée. De fait, elle n’avait plus de corps, et ne pouvait retrouver sa forme qu’à l’intérieur du cercueil de la maîtresse fantôme. Précédemment, lorsque Chu WanNing avait ouvert le cercueil avec son fouet, l’âme de Luo XianXian avait perdu son abri et s’était dispersée, temporairement incapable de retrouver son unité. C’était la raison pour laquelle le ressentiment contenu dans le cercueil avait été puissant lorsqu’il était fermé, mais faible une fois ouvert.

Cela dit, dans le royaume illusoire, pourquoi tous les corps avaient-ils été associés par paires, à l’exception de Chen BoHuan, qui s’était retrouvé avec une mariée fantôme en papier ?

Chu WanNing réfléchit un instant et trouva la réponse.

La maîtresse fantôme n’aurait pas rompu sa propre promesse ; cette mariée fantôme était censée être le « corps physique » de Luo XianXian, ou, en d’autres termes, un médium, puisque seule Luo XianXian pouvait être enterrée avec Chen BoHuan.

Tout devint clair.

Chu WanNing regarda la jeune fille sans défense dans l’illusion. Il voulait dire quelque chose, mais ne savait pas quoi.

YuHeng-zhanglao était vraiment mauvais avec les mots. Tout ce qu’il disait sonnait sévère, alors le silence se prolongea, et il finit par ne rien dire après tout.

La jeune fille se tenait dans l’obscurité infinie, avec ses doux yeux ronds, mais non moins lumineux.

Chu WanNing les observa, et n’eut soudain plus le cœur à en supporter davantage. Il voulait partir, se sentant incapable de supporter un autre regard. Il était sur le point d’ouvrir les yeux et de quitter la Barrière de Restauration lorsque la jeune fille reprit soudain la parole.

— YanLuo-gege, il y a autre chose que je souhaitais vous dire.

— … Mmh ?

La fille baissa la tête et se mit à pleurer dans ses mains. Doucement, elle ajouta :

— YanLuo-gege, je ne sais pas ce que j’ai fait après, mais, je… je ne veux vraiment pas que mon mari soit tué. Je ne veux pas être un fantôme malveillant. Vraiment… Je n’ai pas volé les clémentines, je suis vraiment la femme de Chen BoHuan, et toute ma vie, je n’ai vraiment, vraiment jamais voulu faire de mal à personne. Je ne voulais vraiment faire de mal à personne, s’il vous plaît, je vous en supplie, s’il vous plaît, croyez-moi.

Sa voix tremblante fut brisée par les sanglots.

— Je n’ai pas… menti…

Je n’ai pas menti.

Comment se fait-il que, toute ma vie, presque personne ne m’ait jamais cru.

Elle sanglotait misérablement. La voix de Chu WanNing résonna dans l’obscurité. Il ne prononça pas grand-chose, mais ce fut sans hésitation.

— Mmh.

Le petit corps de Luo XianXian observa un sursaut.

— Je vous crois, ajouta-t-il.

Luo XianXian essaya d’essuyer ses larmes, mais ne put s’empêcher de pleurer. Finalement, elle couvrit de ses mains son visage baigné de sanglots, et s’inclina profondément vers la personne qu’elle ne pouvait pas distinguer dans l’obscurité.

Chu WanNing ouvrit les yeux.

Pendant un long moment, il garda le silence.

Comparé à la réalité, le temps s’écoulait différemment à l’intérieur de la barrière. Il était resté longtemps dedans, mais cela n’avait été qu’un instant pour ceux demeurés à l’extérieur. Mo Ran n’était pas encore arrivé, et les autres membres de la famille Chen l’observaient toujours avec appréhension.

Chu WanNing récupéra d’un coup sa liane de saule, et s’adressa à Madame Chen :

— Je vais exprimer vos griefs, vous pouvez dormir désormais.

Madame Chen le regarda fixement de ses yeux rouge sang, puis s’effondra subitement sur le sol dans un bruit sourd, inconsciente.

Chu WanNing releva de nouveau la tête. Son regard survola le visage du maître Chen, puis se posa sur le plus jeune des fils. Sa voix se fit plate et froide.

— Je vais vous le demander une dernière fois.

Il parla lentement, énonçant clairement chaque mot :

— Ne savez-vous vraiment pas à qui appartient cette voix ?

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AruBiiZe
AruBiiZe
7 février 2021 17:11

JUSTICE !! JUSTICE !!!
Grrrr !!!

J’espère qu’elle pourra reposer en paix…. Quel fin terrible…
Quelle famille horrible…

Merci beaucoup pour ce chapitre !
A tout de suite ! 😉