The Husky and His White Cat Shizun – Chapitre 30

Ch. 29 | Index

Traduit par Keliane, corrigé par Angie

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Chapitre 30 : Ce Vénérable ne veut pas manger de Tofu [1]

— Eh ! Eh ! Vous avez entendu ? YuHeng-zhanglao va s’agenouiller dans la salle YanLuo pendant trois jours en guise de repentance pour avoir enfreint les règles.

Le lendemain matin, les disciples étaient réunis sur la plateforme Shan’E pour méditer. Ces derniers étaient tous plutôt jeunes, des adolescents ou dans la vingtaine ; quelque chose comme s’asseoir en méditation, le cœur aussi paisible que de l’eau plate, était une tâche impossible pour eux. Ils bavardaient donc à voix basse dès que le professeur détournait le regard.

La nouvelle de la sanction de Chu WanNing se répandit comme une traînée de poudre.

Les disciples qui en avaient été témoins la veille partagèrent ces ragots sans réserve.

— Wow ! Comment se fait-il que vous ne soyez pas au courant ? Ohh… ! Vous avez dû aller cueillir des fleurs de rosée nocturne dans la montagne avec LuCun-zhanglao hier, hein ? Eh bien ! Laissez-moi vous dire ce que vous avez manqué ! Hier soir, dans la salle QingTian, le sang a éclaboussé le sol, un vrai carnage ! YuHeng-zhanglao a reçu plus de deux cents coups de bâton ! Plus de deux cents ! Et chaque coup a été brutal, absolument impitoyable !

Ce disciple ponctuait chaque phrase d’une expression exagérée, bien content de lui au milieu des halètements des shidi et shimei rassemblés autour de lui.

— Arrivez-vous ne serait-ce qu’à imaginer deux cents coups de bâton ? Même un grand homme robuste pourrait ne pas y survivre, et encore moins YuHeng-zhanglao. Il s’est évanoui sur-le-champ ! Notre jeune maître a failli perdre la tête, il a accouru et a commencé à se battre avec JieLu-zhanglao. Il ne l’a pas laissé toucher un seul cheveu de YuHeng-zhanglao. Quelle scène c’était !

Le visage plissé comme un pain de viande par une vive excitation, il leva un doigt et l’agita en conclusion.

— Tss ! Tss ! Tss ! Tss !

Une petite shimei pâlit aussitôt.

— Oh non ! YuHeng-zhanglao s’est évanoui ?

— Le jeune maître s’est sérieusement battu avec JieLu-zhanglao ?

— Pas étonnant que YuHeng-zhanglao n’ait pas fait cours de la matinée, aujourd’hui ! … C’est horrible ! … Mais quelle règle a-t-il enfreinte ?

— J’ai entendu dire qu’il avait battu un client dans un accès de rage.

— … 

Ces ragots sans intérêt parvenaient de temps à autre jusqu’aux oreilles de Xue Meng. Le jeune maître du pic SiSheng avait hérité du caractère terrible de son Shizun, mais, malheureusement pour lui, tout le monde sur la plateforme Shan’E, et pas seulement une ou deux personnes, discutait de la punition de YuHeng-zhanglao. La clameur lui ébouriffa les plumes, mais il ne pouvait rien y faire.

La veine de son front ne cessait de palpiter, tandis que Mo Ran n’arrêtait pas de bâiller, n’ayant pas dormi de la nuit.

N’ayant pas d’autre exutoire, Xue Meng se plaignit avec méchanceté de Mo Ran :

— Le matin, c’est le moment le plus important de la journée. Qu’est-ce que tu fous à faire ton clébard paresseux si tôt ? Est-ce que c’est ce que Shizun t’a appris ?

— Ah ?

Mo Ran, les yeux troubles, bâilla de plus belle, et répondit :

— Tu t’ennuies tant que ça, Xue Meng ? Que Shizun me fasse la leçon, c’est une chose, mais pour qui te prends-tu ? Montre un peu de respect à ton cousin plus âgé, petit effronté !

— Mon cousin aîné n’est qu’un chien, mais bon, si tu insistes ! cracha Xue Meng d’une voix venimeuse.

Mo Ran s’esclaffa.

— Quel sale gamin ! Être aussi grossier avec son grand frère. Shizun serait tellement déçu s’il savait.

— Comment peux-tu avoir le culot de mentionner Shizun ! Pourquoi tu ne l’as pas empêché de se rendre dans la cour disciplinaire hier ?

— MengMeng, c’est de Shizun que tu parles ! YuHeng du Ciel Nocturne, BeiDou Xian-Zun [2] ? J’aimerais te voir le faire !

Xue Meng laissa sa rage exploser. Les sourcils froncés et rapprochés par la colère, il bondit sur ses pieds et dégaina son épée.

— Comment viens-tu de m’appeler, putain ?!

La joue dans sa main, Mo Ran esquissa un large sourire.

— MengMeng, sois un bon garçon et rassieds-toi.

— Mo WeiYu, je vais te tuer !! rugit Xue Meng.

Pris entre ces deux-là et leurs chamailleries habituelles, Shi Mei poussa un long soupir de dépit et frotta ses tempes, essayant de se concentrer plutôt sur son livre.

— Remplis le réceptacle jour et nuit ; le noyau spirituel se formera avec le temps. L’ordre céleste est absolu ; la vie et la mort resteront séparées comme les étoiles de Shen et Shang… [3]

* * *

Trois jours passèrent en un éclair. La punition de Chu WanNing consistant à s’agenouiller pour réfléchir à ses fautes s’acheva.

Conformément aux règles s’ensuivirent trois mois de confinement, durant lesquels il n’avait pas le droit de quitter le pic SiSheng et devait effectuer de petits travaux tels qu’aider aux tâches ménagères dans la salle MengPo, nettoyer les piliers du pont NaiHe, balayer les escaliers de la porte, etc.

JieLu-zhanglao se faisait du souci.

— YuHeng-zhanglao, pour être honnête, je pense que tu devrais tout simplement sauter cette partie. Tu es un éminent zongshi [4], après tout. Des choses comme laver la vaisselle et essuyer le sol… sont vraiment indignes de toi.

Il avait choisi avec tact de ne pas exprimer le reste de ses pensées…

Et surtout, ce vieil homme doute sincèrement que tu saches faire des choses aussi simples que balayer le sol, préparer un repas ou laver des vêtements !

Mais a contrario, Chu WanNing se rendit à la salle MengPo sans le moindre doute sur ses propres capacités.

Tout le monde sur place, des intendants au superviseur, pâlit de peur et d’inquiétude en apprenant qu’il venait faire des corvées en guise de punition, comme si un ennemi redoutable arrivait.

Ce dernier se présenta avec ses robes blanches flottant tout autour de lui.

Son beau visage était calme et posé, complètement dépourvu de toute expression. Ajoutez un nuage sous ses pieds et un fuchen [5], et il n’aurait pas été différent des immortels en peinture.

Le superviseur de la salle MengPo se sentait extrêmement gêné et mal à l’aise d’avoir à utiliser un si bel homme pour des choses comme laver des légumes et cuisiner.

Mais Chu WanNing, totalement inconscient de son statut de bel homme, se contenta d’entrer dans la cuisine. Les personnes qui travaillaient à l’intérieur ne purent s’empêcher de prendre un peu de recul quand son regard froid les balaya.

Chu WanNing garda le silence un instant, puis alla droit au but.

— Que dois-je faire ?

Le superviseur tripatouilla le bord de ses vêtements, et y réfléchit un moment avant de répondre prudemment :

— Zhanglao pourrait-il laver les légumes ?

— Bien sûr.

Le superviseur poussa un soupir de soulagement. À la base, il considérait vraiment que les mains élégantes de Chu WanNing n’étaient pas adaptées à un travail rude, et qu’il pourrait ne pas être disposé à effectuer des tâches telles que le nettoyage. Cependant, tous les autres travaux qui n’impliquaient pas de se salir exigeaient un certain niveau de compétence, et il craignait que l’intéressé ne soit pas capable de bien gérer les tâches. Mais comme Chu WanNing acceptait de laver les légumes avec tant d’honnêteté, il n’avait plus besoin de s’inquiéter pour celui-ci.

Il s’avéra par la suite que ce superviseur se montrait trop naïf.

Il y avait un petit ruisseau clair en face de la salle MengPo. Chu WanNing, enlaçant un panier de choux vert foncé, s’y rendit et remonta ses manches pour commencer à les laver.

Comme cette zone appartenait à XuanJi-zhanglao, ses disciples y passaient de temps en temps. Lorsqu’ils virent que Chu WanNing était effectivement là pour laver des légumes, ils en furent tous tellement secoués qu’ils ne purent rien faire d’autre que de bégayer des phrases incomplètes. Après s’être frotté trois ou quatre fois les yeux, et avoir confirmé que, oui, ils n’avaient pas la berlue, ils balbutièrent :

— B-b-bonjour, Y-YuHeng-zhanglao.

Chu WanNing releva le nez pour les regarder.

— Bonjour.

Les disciples de XuanJi-zhanglao tremblèrent sur place, et prirent ensuite frénétiquement la fuite.

Il resta sans voix. Il ne prit pas la peine de perdre son temps avec eux, et se contenta de se concentrer sur son chou, de le rincer, puis de le jeter dans le panier.

Il nettoya tout avec le plus grand sérieux, épluchant soigneusement les choux feuille par feuille, et les lavant minutieusement, encore et encore. Le résultat de cette méthode fut qu’à midi, le panier n’était toujours pas entièrement lavé.  

Les intendants attendaient dans la cuisine, faisant les cent pas avec détresse.

— Que devons-nous faire ? S’il ne revient pas, les choux ne le feront pas non plus ; comment allons-nous faire du bœuf sauté et des légumes verts ?

Le superviseur observa la position actuelle du soleil dans le ciel, et répondit :

— Laissez tomber, n’attendez plus ; changez simplement le plat pour du bœuf braisé.

Et ainsi, au retour de Chu WanNing, le bœuf de la salle MengPo était déjà en train de mijoter dans une marmite savoureuse et d’absorber toutes les riches saveurs. Il n’y avait clairement plus besoin de chou. Chu WanNing tenait entre ses bras ceux sur lesquels il s’était si longtemps activé, et fronça les sourcils avec mécontentement.

— Pourquoi m’avez-vous fait laver le chou si vous ne comptiez même pas l’utiliser ?

Le superviseur se mit à transpirer à grosses gouttes, et attrapa du papier pour s’essuyer le front. Dans la panique, il prononça des mots qu’il finirait par regretter à jamais :

— C’est parce que, nous espérions que zhanglao ferait une marmite de tofu et un ragoût de choux !

Chu WanNing tenait son chou, la mine sans expression, le contemplant en silence.

À la hâte, le superviseur ajouta :

— Si zhanglao ne veut pas, ce n’est pas grave…

Avant qu’il n’ait pu terminer, Chu WanNing s’interposa brusquement.

— Où est le tofu ?

— … YuHeng-zhanglao, est-ce que… tu sais cuisiner ?

— Je ne suis pas complètement ignorant. Je peux essayer.

Lorsque midi arriva, comme à leur habitude, les disciples entrèrent nonchalamment dans la salle MengPo, joyeux et bavards. Ils prirent place par groupes de trois à cinq, et se rendirent au comptoir pour leur repas. 

La nourriture avait toujours été délicieuse et riche ; ils ne s’attendaient donc pas à ce qu’il en soit autrement aujourd’hui.

Le bœuf braisé était épais à souhait, le porc effiloché YuXiang était riche en couleur et en parfum, les lamelles de porc NongJia étaient dorées et croustillantes, et le poisson poivré était d’un beau rouge appétissant. Les disciples se précipitèrent tous pour faire la queue afin de mettre la main leurs plats préférés, espérant que le chef leur donnerait une côte aigre-douce supplémentaire, ou ajouterait un peu de sauce ou d’huile de chili sur leur riz.

Les plus rapides dans la file étaient toujours les disciples de LuCun-zhanglao. Le jeune homme à l’avant avait un énorme bouton sur le visage, mais il attendait malgré tout avec enthousiasme son mapo tofu. Il porta son plateau avec précaution jusqu’au bout de la file, et demanda sans même lever les yeux :

— Chef, je veux un bol de tofu.

Les doigts pâles et élégants du chef lui tendirent une généreuse portion de tofu.

Cependant, ce n’était pas le mapo tofu auquel il était habitué. Au lieu de cela, il s’agissait d’un bol contenant une substance noire, et une masse indiscernable de nourriture abominable.

Le disciple l’étudia avec inquiétude.

— Mais qu’est-ce que c’est que ça ?

— Du tofu et du ragoût de chou.

La salle MengPo se remplit de murmures. Le disciple négligea de prendre le temps de reconnaître la voix de la personne lui ayant répondu, et retourna avec colère :

— Essayiez-vous de faire une sorte de potion d’immortalité ?! Dans quel monde se trouvent ce tofu et ce ragoût de choux ?! Je n’en veux pas, reprenez-le !

Au milieu de sa tirade, il leva les yeux vers le chef, mais dès qu’il découvrit qui se tenait derrière le comptoir, le disciple hurla de terreur et renversa presque tout son plateau.

— Yu-YuHeng-zhanglao !

— Mmh.

Le disciple était au bord des larmes.

— Non, je… c’est-à-dire… Je ne voulais pas dire ça, à l’instant… Je…

— Si tu ne veux pas le manger, rends-le-moi, répliqua Chu WanNing sans aucune expression. Ne gaspille pas.

Le disciple prit mécaniquement le bol et le lui tendit, puis s’éloigna maladroitement.

Dorénavant, tout le monde savait que YuHeng-zhanglao se tenait au bout du comptoir. Par conséquent, la salle MengPo, auparavant très animée, sombra dans le silence.

Comme des chiens tirés par la peau du cou, les disciples s’alignèrent proprement et remplirent leurs assiettes dans la panique. Ils marchèrent avec déférence jusqu’au bout du comptoir, bégayèrent quelques salutations brisées à destination de l’aîné, puis s’enfuirent aussi vite qu’ils le purent.

— Salutations, YuHeng-zhanglao.

— Mmh.

— Bonne journée, YuHeng-zhanglao.

— Bonne journée.

— Merci pour vos efforts, YuHeng-zhanglao.

— … 

Les disciples se montrèrent tous extrêmement respectueux et prudents, si bien que Chu WanNing accepta toutes leurs salutations nerveuses… mais aucun d’entre eux ne demanda le ragoût de tofu et de chou contenu dans sa marmite.

Lentement, la file d’attente se raccourcit, et il ne resta presque plus rien de la nourriture placée devant les autres chefs. Seule la marmite devant Chu WanNing restait remplie à ras bord. La nourriture à l’intérieur était désormais froide, et il n’y avait toujours personne pour en vouloir la moindre part.

Le visage de Chu WanNing ne trahissait rien, mais, dans son cœur, il éprouvait des sentiments complexes. Il avait travaillé dur toute la matinée pour laver ses légumes…

Au même moment, ses trois disciples entrèrent. Xue Meng, vêtu de son habituel uniforme composé de l’armure légère bleu et argent, s’avança énergiquement. Il s’approcha joyeusement de lui et s’exclama :

— Shizun ! Comment vas-tu ? Tes blessures te font encore mal ?

— Non, répondit-il calmement.

— Dans ce cas, c’est bien.

Chu WanNing le regarda, et lui demanda soudain :

— Tu veux manger du tofu ?

Xue Meng resta sans voix.

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Notes :

[1] 吃豆腐 : Manger le tofu de quelqu’un signifie prendre avantage de ladite personne. C’est communément employé pour parler de harcèlement sexuel.

[2] Pour rappel : C’est le titre de Chu WanNing. « 晚夜玉衡 », YuHeng, signifie « Ursa Major » (nom latin de la Grande Ourse), et « 北斗仙尊 », BeiDou Xian-Zun, se traduit par la « Sainte Grâce de la Grande Ourse ». 

[3] Shen et Shang : Ce sont deux étoiles. Shen est située dans les cieux occidentaux, tandis que Shang se trouve dans les cieux orientaux. La comparaison est donc employée pour montrer une parfaite opposition.

[4] Zongshi : S’utilise pour parler d’un individu proéminent et distingué, reconnu pour son excellence dans un domaine. Ici, on pourrait le traduire par « Tu es un éminent maître de la cultivation », mais nous avons choisi de laisser ce terme pour l’introduire en raison du fait qu’il sera par la suite utilisé en tant que titre, notamment pour Mo Ran (Mo-zongshi).

[5] fuchen : ou fouet à queue de cheval. C’est un type d’arme dite « douce », dans la mesure où il n’est pas vraiment en mesure de blesser très gravement.

Dans certains arts martiaux, le fuchen a plus une portée symbolique qu’autre chose. En gros, dites-vous que ça donne à Xiao XingChen une apparence douce et sereine plutôt qu’agressive/guerrière.

Notes de l’auteur :

Chu WanNing: Tu veux manger du tofu ?

Disciple A: N-Non.

Chu WanNing: Tu veux manger du tofu?

Disciple B: J-J-Je suis allergique au tofu !

Chu WanNing: Tu veux manger du tofu?

Xue Meng: Quoi ? … (Son visage et ses oreilles virèrent soudain au rouge) Je suis hétéro ! J-Je ne mangerai pas du tofu de Shizun !

Chu WanNing: … À quoi est-ce que penses ? Rends-toi à la salle QingTian et médite sur toi-même ! File sur-le-champ ! À partir de maintenant, arrête de traîner avec Mo WeiYu ! (Il retourna la table avec fureur).

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Fire Spirit
Fire Spirit
18 février 2021 23:54

Une petite prière pour Xue Meng qui doit surement voir sa vie défiler devant ses yeux.