The Husky and His White Cat Shizun – Chapitre 6

Ch.5 | Index | Ch.7

Traduit par Keliane, corrigé par Angie

oOoOoOoOo

Chapitre 6 : Le Shizun de ce Vénérable

Xue Meng avait grandi sur le pic SiSheng après tout, il en connaissait tous les tenants, les aboutissants et les raccourcis, si bien qu’à la fin, il finit quand même par réussir à capturer Mo Ran.

Après l’avoir arrêté puis traîné, ils arrivèrent à l’arrière de la montagne. Toute cette partie du pic SiSheng était l’endroit le plus proche du Royaume des Fantômes, et entre les deux royaumes se trouvait une barrière, au-delà de laquelle se trouvait le monde souterrain.

En observant l’état épouvantable de la barrière, Mo Ran comprit immédiatement pourquoi, même si cette personne était ici, c’était malgré tout Madame Wang qui s’était présentée dans la salle principale pour saluer et mener une audience.

Ce n’était pas que cette personne ne voulait pas aider, c’était qu’elle ne pouvait vraiment pas s’éloigner…

La barrière du Royaume des Fantômes s’était soudainement rompue.

En cet instant et à cet endroit, l’arrière de la montagne était entièrement envahi par l’essence du mal. Des esprits qui n’avaient pas encore formé un corps solide tourbillonnaient dans l’air et gémissaient de désespoir, leurs hurlements se voulant plein de rancœur. Dès l’entrée des portes de la montagne, on pouvait voir une brèche géante dans le ciel, et derrière celle-ci se trouvait le Royaume des Fantômes. Depuis la fissure de la barrière, on apercevait un long escalier de milliers de marches en pierre verdoyante, et des fantômes menaçants qui avaient déjà cultivé une forme charnue rampaient en grand nombre, se faufilant du royaume des fantômes à celui des mortels.

Une personne normale, si elle avait vu ce spectacle, aurait sans doute flipper de terreur. La première fois que Mo Ran avait vu cela, la peur l’avait lui aussi baigné d’une sueur froide, mais il avait fini par s’y habituer.

La barrière entre le Royaume des Mortels et celui des Fantômes avait à l’origine été construite par Fu Xi durant les temps anciens, et, au fil des âges, elle s’était désormais amincie et affaiblie, se fissurant et se brisant souvent en divers endroits, nécessitant sa réparation par des immortels cultivés. Cependant, une tâche comme celle-ci, non seulement, n’élevait pas beaucoup la cultivation, mais était aussi incroyablement éprouvante pour le pouvoir spirituel. C’était travailler dur pour rien et une corvée pure et simple, si bien que peu de cultivateurs dans le monde de la cultivation étaient prêts à en assumer le fardeau.

Lorsque des esprits menaçants pénétraient dans ce monde, ceux qu’ils attaquaient en premier étaient les gens ordinaires du monde inférieur de la cultivation, et en tant que protecteurs de ce dernier, le pic SiSheng était chargé de réparer la barrière. Les montagnes à l’arrière de leur secte faisaient face au point le plus faible, rien que pour pouvoir effectuer de telles réparations à temps.

Cette barrière en lambeaux fuyait au moins quatre ou cinq fois par an, tout comme un pot de seconde main : inutile.

Juste à ce moment, à l’entrée du Royaume des Fantômes, au sommet de l’escalier de pierre verdoyant, se tenait un homme dont les robes blanches comme neige flottaient, ses longues manches volant au vent, et dont l’aura de la lame qu’il tenait entre ses mains enveloppait d’une lumière dorée scintillante. Par ses seuls pouvoirs, il balayait ces esprits menaçants, se débarrassait de ces mauvais fantômes, et réparait la brèche dans la barrière.

Cet homme avait une silhouette mince et une apparence élégante, l’aura d’une sainteté transcendante, et un visage d’une très grande beauté. De loin, il aurait été facile de l’imaginer en érudit digne, avec un air d’un autre monde, étudiant sous un arbre en fleurs. Pourtant, de près, son expression était tranchante comme la lame, ses yeux de phénix s’étiraient vers le haut, son nez était grand et fin, et il était l’apparence même de la sophistication et des manières raffinées, quoiqu’il y avait une dureté dans ses yeux, semblant particulièrement distants et froids.

Mo Ran l’observait de loin. Même s’il s’était déjà préparé, en vérité, rien que de voir cette personne apparaître une fois encore devant lui, en bonne santé et bien portante, chaque fragment de ses os se mit à trembler sans interruption.

À moitié par peur, à moitié par… excitation.

Son Shizun.

Chu WanNing.

Dans sa vie antérieure, la personne pour laquelle Xue Meng avait pleuré et supplié, au sein de la salle WuShang, c’était lui.

C’était cet homme qui avait ruiné les grands projets de Mo Ran. Il avait ruiné ses idéaux ambitieux et avait finalement été emprisonné et torturé à mort par ses soins.

Techniquement, Mo Ran aurait dû être content de le vaincre et de pouvoir se venger.

L’océan était offert aux poissons, le ciel ouvert pour les oiseaux 1, personne ne pouvait plus l’arrêter. 

À l’origine, Mo Ran avait aussi pensé de cette façon.

Mais cela n’avait pas été le cas. 

Après la mort de Shizun, il semblait y avoir autre chose qui avait été enterré avec la haine.

Mo Ran n’était pas un homme de culture, et il ignorait que ce sentiment était ce qu’on appelait « être à égalité avec un adversaire digne ». 

Ce fut seulement à ce moment-là qu’il se rendit compte qu’il n’y avait plus de combattants à sa taille.

Quand Shizun était en vie, il avait peur, était effrayé, anxieux. Dès qu’il voyait la liane de saule dans les mains de Shizun, les poils de son dos se dressaient, comme l’aurait fait ceux d’un chien battu habitué à la discipline. Le simple son d’un coup de massue en bois lui faisait serrer les dents, ses jambes étaient prêtes à céder et de la bave pouvait s’échappait des commissures de ses lèvres. Ses entrailles se tordaient sous l’effet du stress.

Après la mort de Shizun, la personne que Mo Ran craignait le plus n’était plus. Mo Ran sentit soudain qu’il avait grandi, mûri, et qu’il était enfin capable de commettre le péché d’assassiner des mentors.

Par la suite, alors que ses yeux balayaient le monde des mortels, personne n’osa plus le forcer à s’agenouiller. Plus personne n’osa le gifler.

Pour fêter cela, il ouvrit un pot de vin blanc de fleurs de poirier et s’assit sur les toits pour boire toute une nuit.

Cette nuit-là, sous l’influence de l’alcool, les cicatrices de son dos conférées par les coups de fouets octroyés par Shizun dans sa jeunesse, semblèrent s’enflammer de nouveau, le brûlant douloureusement.

Mais là, en cet instant et en cet endroit, en voyant Shizun réapparaître sous ses yeux, Mo Ran le fixa du regard, à la fois effrayé et plein de ressentiment. Pourtant, il semblait y avoir aussi une trace de joie folle et tordue.

Comment ne pas être ravi d’avoir retrouvé un tel adversaire après l’avoir perdu ?

Chu WanNing ignora les deux disciples qui s’étaient introduits à l’arrière des montagnes et resta complètement concentré sur le combat qu’il livrait contre les âmes dispersées des morts.

Son visage était élégant, il avait de longs sourcils et ses yeux de phénix baissés étaient frais, gracieux et d’un autre monde. Son expression était digne, immuable, même face à l’air démoniaque et à la pluie sanglante. Il semblait extrêmement calme, comme s’il n’aurait pas été étrange qu’il s’asseye sur place pour allumer de l’encens et jouer du guqin.

Cependant, cet homme aussi gracieux et sombre maniait présentement une longue et effrayante épée d’exorciste qui dégoulinait de perles de sang. Il balaya une fois ses longues manches, puis l’aura de la lame trancha l’air et fit exploser les marches de pierre verdoyante, laissant dégringoler gravats et débris. Depuis les portes du sommet de la montagne jusqu’au bas de cette dernière, une faille d’une profondeur indiscernable s’était ouverte. 

Une telle férocité brutale.

Depuis combien d’années n’avait-il pas été témoin de la force de Shizun ?

Cette force vaillante et dominatrice familière rendit les jambes de Mo Ran toutes molles par habitude. 

Instable, il tomba un genou à terre.

Chu WanNing ne prit pas beaucoup de temps avant d’anéantir tous les fantômes et de combler soigneusement le trou fuyant vers le Royaume des Fantômes. Une fois sa tâche accomplie, il descendit du ciel avec légèreté et langueur, atterrissant devant Mo Ran et Xue Meng.

Il jeta tout d’abord un regard sur le premier agenouillé au sol, avant de lever ses yeux de phénix quelque peu glacés vers le deuxième. 

— Il a encore causé des ennuis ?

Mo Ran l’admettait.

Shizun possédait la capacité de discerner instantanément et avec précision tout ce qui se passait.

— Shizun, Mo Ran est descendu de la montagne et a commis des crimes de vol et de débauche, je viens demander à ce que Shizun délivre sa punition, expliqua Xue Meng.

Chu WanNing se tut un instant, l’expression vide, puis répondit froidement :

— Je vois.

—  …

—  …

Tous deux furent un peu surpris. Et ensuite ? Était-ce tout ?

Juste au moment où Mo Ran commençait à se sentir chanceux, il jeta un coup d’œil à Chu WanNing et aperçut un vif éclair de lumière dorée, qui déchira violemment l’air dans un crépitement pareil aux cris de la foudre, fouettant directement sa joue !!!

Des éclaboussures de sang se répandirent !

La vitesse de cette lumière dorée était trop choquante ; sans parler d’esquiver, Mo Ran n’eut même pas le temps de fermer les yeux avant que la chair de son visage ne soit ouverte, laissant une blessure douloureusement brûlante.

Chu WanNing demeura les poings serrés, debout, glacial dans la brise mortelle de la nuit profonde. L’air encore malsain et chargé de la puanteur des esprits menaçants, était maintenant mélangé à l’odeur nauséabonde du sang humain, rendant les terrains interdits de l’arrière de la montagne, sinistres et terrifiants.

Ce qui avait fouetté Mo Ran, c’était la liane de saule apparue de nulle part dans la main de Chu WanNing. Cette liane était mince et longue, avec des feuilles vertes et tendres qui poussaient encore, et pendait vers le bas à côté de ses bottes.

Il s’agissait d’un objet d’élégance et il aurait dû faire penser à ces vers poétiques qui décrivaient les mains tendres et délicates d’une dame.

Mais Chu WanNing n’était ni tendre ni en possession d’un amant.

La liane de saule qu’il tenait à la main était en fait une arme sacrée appelée « TianWen ». Présentement, de l’or brillant et une lumière cramoisie couraient à travers l’arme, éclairant les ténèbres alentours, et illuminant également les yeux profonds de Chu WanNing, leur donnant vie.

Les lèvres de Chu WanNing se pressèrent et il déclara froidement :

— Mo WeiYu, tu as certainement du cran. As-tu vraiment pensé que je ne te disciplinerais pas ?

S’il avait été vraiment question du Mo Ran de quinze ans, il n’aurait peut-être pas pris ses paroles au sérieux, pensant que Shizun bluffait rien que pour lui faire peur.

Cependant, le Mo WeiYu ressuscité avait déjà payé de son sang et avait reçu une éducation complète sur les méthodes de « discipline » de Shizun dans sa vie précédente. En un instant, il put sentir que même les racines de ses dents lui faisaient mal. Le sang lui monta à la tête et il commença à tout nier, espérant pouvoir se dédouaner.

— Shizun…

Sa joue saignait, et Mo Ran leva les yeux, les remplissant d’un éclat de brume. Il savait que son état actuel était extrêmement pathétique et pitoyable :

— Ce disciple n’a jamais volé… et n’a jamais été débauché… comment se fait-il que Shizun me frappe d’abord sans rien demander, rien qu’après avoir entendu la version de Xue Meng ?

— …

Contre son oncle, Mo Ran avait deux ultimes tours : d’abord, être mignon, ensuite, être pitoyable. En cet instant, il utilisait ces deux mouvements sur Chu WanNing, avec l’air si contrarié que des larmes étaient prêtes à couler :

— Ce disciple est-il vraiment aussi indigne à tes yeux ? Pourquoi Shizun ne me laisse-t-il même pas une chance de m’expliquer ?

À côté d’eux, Xue Meng piétinait de colère :

— MO RAN !!! Espèce de… Espèce de morceau de patte de chien ! Tu n’as pas honte ! Shizun, ne l’écoute pas ! Ne laisse pas ce bâtard t’embrouiller ! Il a vraiment volé ! Tout le butin est encore là !

Chu WanNing baissa les yeux, son expression froide et distante.

— Mo Ran, tu n’as vraiment jamais volé ?

— Jamais.

— …Tu devrais savoir quelles sont les conséquences si tu me mens.

Une chair de poule se répandit sur tout le corps de Mo Ran. Comment pouvait-il ne pas savoir ? Pourtant, il resta aussi têtu qu’une mule :

— JE DEMANDE A SHIZUN D’ENQUÊTER !

Chu WanNing leva la main et cette même liane chatoyante se mit à s’agiter de plus belle. Cette fois, ce ne fut pas pour fouetter le visage de Mo Ran, mais plutôt pour l’envelopper d’un lien ferme.

Cette sensation était bien trop familière. Outre le fait de fouetter les gens au quotidien, la liane de saule « TianWen » avait une autre utilité

Chu WanNing observa Mo Ran, détenu par TianWen, et demanda une nouvelle fois :

— N’as-tu jamais volé ?

Mo Ran sentit une agonie familière lui transpercer le cœur, comme si un petit serpent à crocs pointus s’était soudainement glissé dans sa poitrine et avait causé des dégâts dans ses organes.

La douleur s’accompagna d’une tentation difficile à évincer, et Mo Ran ouvrit la bouche malgré lui, sa voix morcelée :

— JE… N’AI… JAMAIS… AH… !!

Comme si elle sentait qu’il mentait, la lumière dorée de TianWen devint de plus en plus intense, mais bien que Mo Ran était trempé de sueur froide, il combattit malgré tout cette torture avec tout ce qu’il avait.

C’était le deuxième usage de TianWen après le fouettage : l’interrogatoire.

Une fois lié par TianWen, plus personne ne pouvait mentir. Qu’il s’agisse d’un humain ou d’un fantôme, vivant ou mort, TianWen avait la capacité de les forcer à parler, de délivrer à Chu Wanning les réponses qu’il exigeait.

Il n’y avait eu qu’une seule personne dans la vie précédente qui, grâce à sa forte cultivation, était finalement parvenue à conserver ses secrets face à TianWen.

Cette personne était Mo WeiYu, devenu l’empereur du monde des mortels.

Après sa renaissance, Mo Ran conservait la sensation d’avoir de la chance, pensant qu’il devait encore être celui qu’il avait été et qu’il pouvait lutter contre les interrogatoires musclés de TianWen. Cependant, après s’être mordu les lèvres pendant un certain temps, de grosses perles de sueur roulant sur ses sourcils noirs d’encre, son corps tout entier tremblant, il finit par s’effondrer de douleur aux pieds de Chu WanNing, peinant à aspirer de grandes bouffées d’air.

— J’ai… j’ai… volé…

La douleur disparut d’un coup.

Mo Ran n’avait même pas repris son souffle qu’il entendit la question suivante de Chu WanNing, paraissant plus froid qu’auparavant.

— As-tu commis une débauche ?

Les hommes intelligents ne commettent pas d’actes stupides. Puisqu’il n’avait pas pu lutter plus tôt, c’était encore plus impossible dorénavant. Cette fois, Mo Ran ne prit même pas la peine d’objecter ; au moment où la douleur s’annonça, il s’écria :

— JE L’AI FAIT, JE L’AI FAIT, JE L’AI FAIT, JE L’AI FAIT !!! SHIZUN S’IL TE PLAÎT ! PAS PLUS !

Le visage de Xue Meng devint bleu, l’air choqué au plus profond de lui-même.

— Comment… Comment as-tu pu… Ce Rong Jiu est un homme, et toi…

Personne ne se soucia de lui, et la lumière dorée de TianWen s’atténua lentement. Mo Ran aspira de grandes bouffées d’air. Son corps entier était trempé, comme s’il avait été repêché dans l’eau. Son visage était blanc comme un linge, et ses lèvres tremblaient encore incessamment, alors qu’il gisait sur le sol sans pouvoir bouger.

À travers ses cils couverts de sueur, il pouvait voir la silhouette floue et élégante de Chu WanNing qui portait une couronne de jade verdoyant et dont les larges manches drapaient le sol.

Une vague de haine puissante s’éleva soudain dans son cœur – CHU WANNING ! Ce vénérable avait raison de te traiter comme il l’a fait dans sa vie précédente ! Même si je devais vivre encore une fois, la vision que tu m’offres est agaçante, peu importe comment je te regarde ! J’ENCULE TES ANCÊTRES SUR DIX-HUIT GÉNÉRATIONS !

Chu WanNing n’avait pas conscience que sa bête de disciple était prête à baiser les dix-huit générations de ses ancêtres, mais il demeura là où il se tenait durant un moment, le visage sombre. 

— Xue Meng, interpella-t-il.

Même si Xue Meng savait qu’actuellement, il était à la mode pour les foyers aisés de trouver du plaisir dans le corps masculin, que beaucoup aimaient jouer avec des garçons prostitués parce que c’était rafraîchissant, que cela ne voulait pas dire qu’ils aimaient vraiment les hommes, il trouvait quand même ce fait plutôt difficile à avaler, et resta pétrifié pendant un moment avant de répondre :

— Shizun, ce disciple est présent.

— Mo Ran a transgressé les trois mandats contre le vol avide, la débauche et la tromperie. Emmène-le à la salle Yanluo pour qu’il fasse pénitence. Conduis-le à la Plateforme Shan’E demain matin à la première heure pour qu’il soit puni devant tout le monde.

Xue Meng fut choqué.

— Quoi ? Être puni devant tout le monde ?

Être puni devant tout le monde signifiait que le disciple ayant commis des péchés graves serait traîné devant tous les disciples de la secte, que même les mamies de la cafétéria seraient convoquées, et qu’il serait condamné et puni sous les regards de tous.

Pour en ressortir honteux et humilié.

Mo Ran était un jeune maître du pic SiSheng ! Bien que l’on pouvait dire que les règles de la secte étaient strictes, parce que le statut de Mo Ran était spécial, son oncle étant désolé qu’il ait perdu ses parents dans son enfance et qu’il ait vécu dans la rue pendant quatorze ans, ce dernier le défendait toujours par indulgence, et même si Mo Ran faisait des erreurs, il ne faisait que lui délivrer des leçons en privé, sans jamais l’avoir battu une seule fois.

Mais Shizun ne voulait même pas épargner la face du chef de secte, s’apprêtant à traîner son précieux neveu sur la Plateforme Shan’E pour punir et faire honte à Mo-Gongzi devant toute la secte. C’était quelque chose que Xue Meng n’aurait jamais prévu.

Mo Ran, cependant, n’en fut pas du tout surpris.

Il s’allongea sur le sol, les lèvres s’étirant en un rictus.

Regardez comment son Shizun était vertueux, si plein de justice.

Le sang de Chu WanNing était froid. Dans la vie précédente, Shi Mei était mort devant lui et Mo Ran avait pleuré et supplié, tirant sur l’ourlet de ses robes, agenouillé sur le sol en priant pour son aide.

Mais Chu WanNing les avait ignorés comme s’il n’avait rien entendu.

Malgré les respirations laborieuses de son disciple tandis que Mo Ran criait à plein poumons et de tout son être à côté de lui, il ne leur avait prêté aucune attention, leur tournant le dos avec dédain.

Pour l’heure, il ne s’agissait rien de plus que de le traîner sur la Plateforme Shan’E pour le condamner en public, rien d’extraordinaire.

Mo Ran ne pouvait en vouloir qu’à sa faible cultivation ; de ne pas pouvoir peler la peau de Chu WanNing, lui arracher les nerfs, boire son sang ; de ne pas pouvoir lui tirer les cheveux pour le violer et le corrompre à sa guise, de ne pas pouvoir profaner son honneur par la torture, lui faire vivre une vie pire que la mort…

La sauvagerie bestiale dans ses yeux n’ayant pas été immédiatement dissimulée, Chu WanNing ne la manqua pas.

De ce gracieux visage d’érudit n’affichant pas une once de sentiment, il détailla tranquillement le celui de Mo Ran.

— À quoi penses-tu ?

Merde !

TianWen n’avait pas encore été récupérée !

Mo Ran put de nouveau sentir la liane qui le ficelait se serrer et se tordre, et ses organes éprouvèrent la sensation qu’ils allaient être réduits en bouillie. Il hurla à l’agonie, essayant de faire sortir toute la colère de son esprit…

— CHU WANNING ! TU TE CROIS SI FORT ? REGARDE-MOI TE BAISER À MORT !

Le silence tomba, laissant Chu Wanning sans voix.

Même Xue Meng resta abasourdi.

TianWen revint soudain dans la paume de son propriétaire, se transformant en paillettes de lumière dorée, et disparut hors de leurs champs de vision. La liane ne faisait qu’un avec les os et le sang de Chu WanNing, apparaissant exactement au moment où il l’invoquait et disparaissant à volonté.

Le visage de Xue Meng était pâle, il bégaya même.

— Shi-Shi-Shizun…

Chu WanNing n’ajouta pas un mot. Sous ses longs cils noirs et plantureux qui tombaient bas, il semblait perdu dans ses pensées, observant sa propre main. Il s’écoula un bon moment avant qu’il ne relève le rideau de ses yeux, son visage toujours composé. Toutefois, son expression était plus glaciale qu’avant. Avec des yeux qui disaient « Cette bête de disciple mérite la mort », il fixa Mo Ran pendant un moment avant de déclarer à voix basse :

— TianWen est cassée. Je vais la réparer.

Après avoir prononcé de tels mots, Chu WanNing se tourna et s’éloigna.

Xue Meng n’était pas un enfant éclairé.

— Comment une arme sacrée comme TianWen peut-elle être cassée ?

Chu WanNing l’entendit, et lui jeta un regard en arrière avec des yeux signifiant « Cet idiot de disciple mérite la mort, lui aussi ». 

Xue Meng éprouva un frisson.

Mo Ran était étendu sur le sol, à moitié mort, l’expression vide.

Plus tôt, il avait vraiment pensé à trouver une chance de baiser Chu WanNing, sachant tout particulièrement que cet honoré Chu-zhanglao 2 que les gens appelaient « YuHeng du ciel nocturne », « BeiDou Xian-Zun » 3, était quelqu’un qui avait toujours mis l’accent sur les manières raffinées et la droiture, et qui ne supportait pas qu’on lui marche dessus, qu’on l’opprime, qu’on salisse sa personne.

Mais comment avait-il pu laisser Chu WanNing découvrir une telle chose !

Mo Ran hurla pathétiquement comme un chien abandonné, tout en se couvrant le visage.

Se rappelant les yeux de Chu WanNing au moment de son départ, il eut la sensation qu’il n’avait probablement plus longtemps à vivre.

oOoOoOoOo

Notes :

1 « 海阔天高任鸟飞 » est un long idiome qui signifie quelque chose comme « Sans limite, la mer est pour les poissons souhaitant plonger à volonté, sans limite, le ciel est pour les oiseaux souhaitant voler à leurs aises. »

2 « Zhanglao » est un suffixe honorifique qui se traduit par aîné. 

3 C’est le titre de Chu WanNing. « 晚夜玉衡 », YuHeng, signifie « Ursa Major » (nom latin de la Grande Ourse), et « 北斗仙尊 », BeiDou Xian-Zun, se traduit par la « Sainte Grâce de la Grande Ourse ».

Notes de l’auteur :

Shizun est enfin là ! N’embarquez pas sur le mauvais navire, ne vous trompez pas de position. Shizun est bottom, bottom, bottom = =. Poisson à Encre (un jeu de mots sur Mo WeiYu) est top, le MC est top !

Mini-Theâtre :

Meatbun : Pourquoi tes jambes se sont-elles ramollies lorsque tu as vu Shizun ? N’es-tu pas le top ? Où est ton énergie de perso’ top ?

Poisson à Encre : Vieillesse, arthrite.

Meatbun : Exprime-toi correctement.

Poisson à Encre : Peux-tu arrêter de mettre l’accent sur mon âme de 32 ans dans l’histoire ! Après ma réincarnation, je suis devenu souple ! Je suis un jeune innocent et énergique !

Meatbun : Alors comment fais-tu pour avoir encore de l’arthrite ???

Ch.5 | Index | Ch.7

Les membres de la team font de leur mieux pour vous fournir des chapitres de la meilleure qualité possible, mais l’erreur est humaine ! Si vous avez trouvé une faute d’orthographe ou de grammaire, vous pouvez nous la signaler directement en sélectionnant le passage concerné et en appuyant sur Ctrl + Entrée .

1 a commenté sur “The Husky and His White Cat Shizun – Chapitre 6”

  1. Hé bien, Hé bien, quelle séance de torture !
    Si l’auteur nous avertit que Shizun est en dessous, ça veut dire…. !!

    Merci beaucoup pour ce chapitre ! 😀
    A tout de suite ! (Oui ! C’est que j’ai du retard à rattraper ! Vive les vacances pour ça ! xD)

Laisser un commentaire