How to Survive As a Villain – Chapitre 33

Ch. 32 | Index | Ch. 34

Traduit par Prompillon, corrigé par Shizuku

Chapitre 33 : Même si tu es espiègle, tu t’entendras avec le Protagoniste.


Ils n’étaient pas suivis, et n’avaient pas pris de calèche impériale non plus. Ils marchaient tous les deux assez lentement depuis l’aile est vers l’aile ouest du Palais, depuis très tôt le matin, jusqu’à midi, jusqu’à ce que Xiao YuAn s’arrête enfin.

Yan HeQing leva la tête et le devança. Il y avait un feu et de la fumée, et une délicieuse odeur de nourriture embaumait l’air. À l’entrée, une plaque décorée avec deux simples mots : Cuisine Impériale.

Yan HeQing, déconcerté, demanda : “C’est là ?”

Xiao YuAn, avec un sourire innocent, s’excusa : “Pour te dire la vérité, je suis perdu.”

Yan HeQing : “…”

“Ne me regarde pas comme ça, je ne me repère pas du tout dans ce Palais. Hier j’ai demandé ma route, mais en définitive, le Palais est trop grand et les cours et les couloirs sont tous les mêmes. Je me suis perdu en marchant.” Avait-il expliqué, en levant les mains devant lui en signe de sa bonne foi. 

Yan HeQing le fixait, incrédule, sentant déjà la migraine pointer  : “Et donc, pourquoi t’arrêtes-tu ici ?”

Xiao YuAn se frotta le ventre et lâcha un long soupir : “J’ai faim. Je me suis souvenu que les cuisines impériales n’étaient pas loin, alors j’ai machinalement fait le chemin.”

Les pupilles de Yan HeQing rétrécirent, en proie à une soudaine émotion de détresse : “Alors va prendre quelque chose. Attends, stop, qu’est-ce que tu fais ?”

Xiao YuAn avait sorti un foulard de nulle part, l’avait utilisé pour se couvrir le bas du visage en nouant un noeud avec les extrémités à l’arrière de sa tête : “C’est pour cacher mon identité, ça évitera de faire du grabuge et ensuite, on trouvera un endroit pour se cacher et se remplir la panse !”

Yan HeQing : “…” 

Si l’Empereur se rend dans les cuisines impériales pour y voler de la nourriture, est-ce que cela n’occasionnerait pas effectivement du grabuge ?!

Xiao YuAn tendit un mouchoir en soie en guise de foulard à Yan HeQing. Tout de suite après, il alla rapidement se cacher au pied du mur. Bien que réticent à l’idée même de ce plan, Yan HeQing se couvrit le visage avec le carré de tissus et suivit Xiao YuAn jusqu’au mur, à la limite de l’arrière-cour. 

C’est là que Xiao YuAn se retrouva dans une situation compliquée. 

Lorsqu’il était au vingt-et-unième siècle, il était un PDG et n’avait jamais eu besoin de s’entraîner à faire ça. 

“Je ne peux pas grimper.” Xiao YuAn se retourna vers Yan HeQing.  

Yan HeQing leva la tête et jaugea la hauteur du mur d’un regard. Il recula de quelques pas et fonça sur le mur, pour y prendre appui avec un pied. Il tournoya en l’air grâce à sa force, léger comme l’air et rapide comme un éclair.[1]

Xiao YuAn soupirait encore et encore dans son cœur, ne pouvant pas s’empêcher d’applaudir ces prouesses de toutes ses forces.

Il a vraiment le charisme d’un protagoniste, il avait l’air si fabuleux pendant son saut par-dessus le mur. 

Yan HeQing s’accrocha au bord du mur, et avait voulu aider Xiao YuAn à le franchir aussi, mais il le vit avancer silencieusement, puis ouvrir une petite porte en bois dans l’arrière-cour et entrer 

comme si de rien n’était. 

Yan HeQing demanda : “… Tu savais que cette porte était ouverte ?”

Xiao YuAn répliqua : “Oui, bien sûr. En m’approchant du mur, j’ai vu cette porte, et qu’elle était ouverte.”

Yan HeQing était très partagé entre plusieurs sentiments : “Alors pourquoi voulais-tu monter sur le mur ?”

Xiao YuAn lui fit un léger sourire entendu : “Parce que grimper le mur donne un certain sentiment de clandestinité, ce qui correspond très bien à ce qu’on s’apprête à faire.”

Yan Heqing, n’en suportant pas plus, attrapa Xiao YuAn par la peau du cou et l’averti avec une voix froide comme la mort : “On se retrouvera sur la route des Sources Jaunes.”[2]

“La bagarre après manger, la bagarre après manger !” Pleurnicha Xiao YuAn, en se tortillant assez pour échapper à la poigne de son acolyte, puis se ratatina sur lui-même en pleurant encore.

Yan HeQing le foudroya du regard, puis se tourna vers les cuisines. 

Il était déjà midi, et les cuisines étaient déjà très bruyantes et agitées, il y avait du monde partout. 

Tous les deux se déplacèrent sans bruit pour faire le tour de la bâtisse, jusqu’à trouver une cahute à côté de l’abri à bois. La cahute était certainement utilisée par le personnel et les esclaves pour avoir leurs propres repas, elle était très humble, petite, propre et surtout déserte.  

À cette heure, tous les servants étaient occupés, elle était donc vide. 

Xiao YuAn entra et prit d’emblée deux pains à la vapeur de la marmite, il en garda un pour lui, et tendit l’autre à Yan HeQing. 

Ce dernier prit le pain en silence et croqua dedans sans demander son reste. 

“Il n’y pas de viande dedans…” Marmonna Xiao YuAn, et il commença à chercher un peu partout. 

Yan HeQing était debout sur le côté et regardait Xiao YuAn mettre le bazard, jetant des pots et retournant des plats à la recherche d’il ne savait quoi. Soudain, il entendit du mouvement à l’extérieur.  

Après avoir retourné les placards, Xiao YuAn était à présent dans le four. Yan HeQing le regardait se décomposer et au fur et à mesure de ses recherches infructueuses, et à un moment il avait eu envie de dire quelque chose, mais au dernier moment, décida de garder le silence. 

“Ah, voilà des patates douces grillées.” Xiao YuAn était aussi fier que s’il venait de découvrir un trésor inestimable. Il mit plusieurs patates dans ses bras avec les cendres et allait se tourner pour demander de l’aide à Yan HeQing. 

Cependant, tous les sens de Yan HeQing étaient en alerte, et il se précipita sur lui, l’attrapa par le col et le jeta par la fenêtre, pour la refermer juste derrière eux. 

Xiao YuAn roula au sol, complètement sonné; le ciel semblait tourner sur lui-même et le haut devenir le bas et vice et versa.

Il entendit au loin une femme crier : “Ah !! À l’aide !! Au voleur !!”

Yan HeQing atterrit légèrement au sol. Il s’avança et ramassa Xiao YuAn occupé à rassembler ses esprits, et s’enfuit lestement sur la pointe des pieds. Il était étonnement rapide, et après quelques instants, ils furent assez loin pour être hors de porté. 

Après avoir confirmé que personne ne les suivait, Yan HeQing posa Xiao YuAn à terre. 

Ce dernier vérifia son butin et poussa un long soupir. Les patates douces étaient toujours à l’abri dans ses bras, il n’en avait perdu aucune. 

Xiao YuAn frotta un peu son bras endolori et tendit une patate douce grillée à Yan HeQing, entamant la discussion avec lui : “En vérité, je suis rapide moi aussi si je dois m’enfuir par une fenêtre. Sérieusement, tu pourrais me prévenir avant, la prochaine fois qu’on se retrouve dans une telle situation ?”

Y aurait-il vraiment une prochaine fois où ils iraient voler à manger dans les cuisines impériales ? Yan HeQing fit un sourire en coin et pris la patate sans un mot. 

Après s’être rempli l’estomac, Xiao YuAn regarda aux alentours. Il n’y avait ni hall ni dortoirs aux alentours. La seule chose visible étaient des jardins, où aucun garde ne patrouillait. L’endroit avait l’air isolé, bien qu’à l’intérieur du Palais. 

Xiao YuAn se racla la gorge, tourna la tête vers Yan HeQing et sourit timidement : “Il semble que…”

“Demande ton chemin.” L’interrompit Yan HeQing, d’une manière peu avenante. 

Xiao YuAn, obéissant, chercha autour d’eux s’il trouvait quelqu’un. Mais le jardin était très vaste, si bien qu’ils firent beaucoup de chemin, surtout en rond, avant d’enfin trouver un garde impérial.  

Le garde était venu là pour piquer un somme. Lorsqu’il les vit tous les deux, il paniqua et tenta de les empêcher de fuir. Les deux sentirent bien que quelque clochait quand il sortit son épée et leur fonça dessus : “Qui êtes-vous ? Où allez-vous ?”

Xiao YuAn, dont le visage était sali par le charbon, était présentement difficilement reconnaissable. Il se passa une main sur la figure, révélant ses traits. 

Dès que le garde le reconnut, il s’agenouilla, choqué. “V-Votre Majesté ?”

“Ne te mets pas à genoux, lève-toi.” Xiao YuAn leva sa main, ne souffrant pas de le voir à terre. 

Le garde se releva, tremblant de toute sa hauteur : “ Votre Majesté, que faites-vous ici ? Cet endroit est pourtant hors de la cité impériale.”

Xiao YuAn demanda : “J’ai une question à te poser, où est l’Autel du Temple des Cieux ?”

Le garde les renseigna : “Pour répondre à Votre Majesté, l’autel est au sud, à environ six lis [3] d’ici.”

Xiao YuAn le remercia avec un sourire, se tourna vers Yan HeQing et proposa : “On y va ?”

“Oui.” aquiesça Yan HeQing.

Le garde impérial, incrédule, fixa les deux hommes s’éloigner, côte à côte. Soudain, il se rappela de quelque chose et courut derrière eux : “Votre Majesté, cet endroit est hors de la cité impériale et les routes ne sont pas faciles à emprunter, il y a une forêt dense et des petits chemins. Souhaitez-vous retourner à la cité impériale et prendre une calèche ?”

“Ça va aller, ne t’en fais pas.” Xiao YuAn lui fit un signe de main, accompagné d’un sourire chaleureux, la lumière claire du jour illuminant son magnifique visage et complimentant son regard. Le garde ne voyait là aucune trace du soi-disant tyrant dont tout le monde parlait. 

Ils marchèrent depuis le midi jusqu’à la tombée de la nuit. 

Xiao Yuan, habillé d’une longue robe, était bien incapable d’allonger le pas, et se retrouvait en plus pris dans les branchages. Il devait avancer lentement, pas après pas. Il regretta qu’il fasse si froid, car il aurait pu déchirer le tissu qui l’encombrait. 

Au crépuscule, le ciel s’assombrissait de plus en plus, mais enfin l’autel du Temple des Cieux apparut devant eux. 


[1] 行雲流水 xíng yún liú shuǐ : Idiome chinois. Il est utilisé pour décrire des choses/objets précaires et qui disparaissent facilement, rapides et légères. Aussi utilisé pour décrire de la poésie, la calligraphie, la peinture, ou quelqu’un qui pense de manière naturelle et aisée. Tiré de 《答谢民师书》(dáxiè mín shī shū), “The Book Of Thanking Civilian Teachers / Le livre pour remercier les professeurs civils”. Ecrit par  (苏轼 sū shì) Su Shi [1037-1101], un écrivain et calligraphe du Nord de la dynastie de Song [960-1279], connu aussi pour être l’un des Huits Géants de la Prose des Tangs et des Songs.

[2] 黄泉 Huáng quán : Dans la mythologie chinoise, les Sources Jaunes sont l’endroit où on se rend après la mort, soit l’enfer ou le sous-monde. Les Sources Jaunes est aussi l’une des neuf prisons des Neuf Sources (le monde d’en bas, les enfers)

Les Sources Jaunes sont apparentées aux sépultures : les tombes dans les plaines centrales (les parties centrale et basse des Rivières Jaunes) étaient parfois recouvertes d’eau mélée à du lœss (sable jaune typique du nord de la Chine) comme une source jaune. C’est donc pour ça qu’on dit que les Sources Jaunes sont l’endroit (profondément situé sous terre donc) où vivent les morts. 
[3] 里 lǐ : Ancienne mesure de distance. Approximativement 500m, donc 6 lis valent à peu près 3 km.

Ch. 32 | Index | Ch. 34

Les membres de la team font de leur mieux pour vous fournir des chapitres de la meilleure qualité possible, mais l’erreur est humaine ! Si vous avez trouvé une faute d’orthographe ou de grammaire, vous pouvez nous la signaler directement en sélectionnant le passage concerné et en appuyant sur Ctrl + Entrée, ou sur le salon « erratum » de notre serveur Discord .

S’abonner
Notifier de
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Tous les commentaires