Mo Dao Zu Shi – Chapitre 48

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Traduction par NoirSoleil, correction par Keliane

Chapitre 48 : Ruse – Partie 3

Comme Wei WuXian s’y attendait, le dernier morceau du corps de Nie MingJue, sa tête, était en effet détenu par Jin GuangYao.

Nie MingJue, celui qui semblait presque invincible dans ses accès de rage pendant la Campagne de la Chute du Soleil, était scellé sous des couches et des couches de talismans, dans une pièce exigüe et lugubre, sans jamais voir la lumière du jour.

Si Wei WuXian avait simplement retiré le sceau, le cadavre de ChiFeng-Zun aurait été capable de sentir sa tête et de venir la récupérer lui-même. Tandis qu’il inspectait les restrictions du casque, évaluant de quelle façon exactement il allait s’en occuper, il sentit soudain une puissante force d’attraction. Son léger corps de papier fut aspiré en avant, et il finit collé au front de Nie MingJue.

À l’autre bout de la Tour des Carpes Dorées, Lan WangJi continuait de fixer le visage de Wei WuXian tout en veillant à côté de lui. Après un moment, ses doigts frémirent. Les yeux baissés, il caressa délicatement ses lèvres.

Elles étaient indéniablement douces, aussi douces que la façon dont le bonhomme de papier avaient touchées les siennes.

Brusquement, les mains de Wei WuXian tressautèrent, et ses poings se serrèrent. L’expression de Lan WangJi se durcit, puis il le prit dans ses bras. Son visage entre les mains, il remarqua que, bien que ses yeux fussent toujours fermés, ses sourcils étaient froncés.

Dans la pièce secrète, Wei WuXian n’eut pas le temps de réagir. Les morts qui conservaient un ressentiment extrême irradiaient une telle rage qu’ils la projetaient sur les vivants, réduisant ainsi leur colère et étendant leurs émotions. C’était la cause de la plupart des cas de hantise. En fait, c’était aussi le mécanisme derrière le fonctionnement d’Empathie. Si Wei WuXian avait été dans son corps physique, qui agissait comme une ligne de défense pour son âme, cette énergie négative n’aurait certainement pas pu le le toucher s’il s’y refusait. À cet instant, cependant, il possédait un fragile bout de papier, ce qui nuisait grandement à sa capacité de défense. Non seulement il était proche de la tête, mais le ressentiment de Nie MingJue était si inhabituellement intense qu’il avait affecté Wei WuXian rien qu’en l’espace d’un moment d’inattention. La seconde d’avant, il songeait “oh, non”, et la suivante, il pouvait déjà sentir l’odeur du sang.

Il n’avait pas senti une effluve aussi forte depuis des années. Quelque chose d’enfoui jusque dans ses os se réveilla immédiatement, commençant à bouillir et à se mouvoir. Dès qu’il rouvrit les yeux, il aperçut en face de lui l’éclat d’une lame, la noirceur du sang répandu, et la tête d’un homme, volant dans les airs, tandis que son corps retombait.

L’homme décapité portait une robe arborant comme blason clanique un soleil et des flammes. Wei WuXian se vit “lui-même” ranger son sabre, tandis qu’une voix grave sortait de sa bouche : 

« Va récupérer la tête. Suspends-la pour que ces chiens de Wen puissent la voir.

— Oui ! » répondit quelqu’un derrière lui.

Wei WuXian réalisa qui était l’homme décapité.

C’était le fils aîné du chef de la secte QishanWen Wen RuoHan : Wen Xu. Il avait été tué par Nie MingJue à Hejian. Sa tête avait été coupée d’un seul coup et suspendue devant les troupes, en guise d’exemple pour les cultivateurs de la secte Wen. Son cadavre avait été démembré par les cultivateurs enragés de la secte Nie, puis réduit en cendre et enterré.

Nie MingJue jeta un coup d’œil au cadavre au sol et lui donna un coup dans le flanc. La main sur la garde de son sabre, il contempla calmement les alentours.

ChiFeng-Zun était plutôt grand. Lors de son Empathie avec A-Qing la dernière fois, le champ de vision de Wei WuXian était plutôt bas, mais cette fois, il était encore plus haut que son point de vue habituel. Baissant les yeux, il vit d’innombrables victimes. Certains portaient des robes soleil-et-flammes ; d’autres portaient le blason à tête de monstre de la secte QingheNie dans leur dos ; et d’autres encore ne portaient aucun uniforme ; chaque groupe correspondant à environ un tiers. La scène était horrible, l’odeur du sang avait imprégné l’air. Il parcourut son environnement en avançant, comme pour vérifier si l’un des cultivateurs de la secte Wen respirait encore. Soudain, un bruit de cliquetis se fit entendre dans une maison au toit de tuiles sur le côté.

D’un coup de sabre, une lame de vent violente traversa l’air, ouvrant de force la porte rustique de la maison, et révélant une mère et sa fille, toutes deux figées de terreur. Une telle masure ne contenait que peu de biens, son manque de cachettes ne permettant aux deux femmes de se dissimuler que sous la table pendant qu’elles retenaient leur souffle. Alors que les yeux ronds de la jeune femme reflétaient la silhouette meurtrière et baignée de sang de Nie MingJue, des larmes en coulèrent immédiatement. La fille dans ses bras avait la bouche ouverte, muette d’effroi.

Quand Nie MingJue vit qu’il ne s’agissait que d’un duo mère-fille ordinaire, probablement des gens du commun qui n’avaient pas réussi à s’échapper avant que la bataille n’éclate, ses sourcils froncés se relaxèrent légèrement. Un subordonné, ignorant ce qui s’était passé, s’approcha de lui. 

« Chef de secte ? »

La mère et la fille savaient seulement que quelques groupes de cultivateurs avaient atterris dans leur vie quotidienne et s’étaient mis à se faire la guerre pour une raison ou pour une autre. Aucune des deux ne savait quel côté était le bon et lequel était le mauvais. Effrayées par quiconque tenait une lame, elles pensaient mourir à coup sûr, leurs visages étaient déformées par la peur. Nie MingJue leur jeta un regard et refréna ses pulsion meurtrières.

« Tout va bien. »

Il baissa la main qui tenait son sabre et se dirigea de l’autre côté de la pièce. La jeune femme tomba immédiatement au sol, enlaçant toujours sa fille. Au bout d’un moment, elle ne put se retenir de sangloter.

Après quelques enjambées, Nie MingJue s’arrêta brusquement, et questionna le subordonné derrière lui :

« Qui était le cultivateur resté de garde à la fin, pendant le nettoyage du dernier champ de bataille ? »

Le subordonné hésita une seconde.

« Resté de garde à la fin ? Je… Je crois que je ne m’en souviens pas. »

Nie MingJue fronça les sourcils.

« Dis-le moi quand cela te reviendra. »

Il poursuivit son chemin. Le cultivateur se hâta de demander à d’autres gens. Peu de temps après, il le rattrapa :

« Chef de Secte ! Je me suis renseigné. Le cultivateur resté de de garde à la fin du nettoyage de la dernière bataille s’appelle Meng Yao. »

À ce nom, Nie MingJue haussa les sourcils, comme si cela le surprenait quelque peu.

Wei WuXian savait pourquoi. Avant que Jin GuangYao ne soit accepté dans son clan, il s’appelait Meng Yao, du nom de famille de sa mère. C’était loin d’être un secret. En fait, ce nom était assez “célèbre”.

Bien que peu de gens avaient vu de leurs propres yeux comment s’était déroulée la première visite à la Tour des Carpes Dorées de celui qui deviendrait plus tard LianFang-Zun et se tiendrait à son sommet avec un pouvoir sans équivoque, les rumeurs qui circulaient en disaient déjà long. La mère de Jin GuangYao était une célébrité dans l’un des bordels de Yunmeng. À l’époque, sa réputation faisait d’elle l’une des prostituées les plus talentueuses. On disait qu’elle savait jouer correctement du guqin et que sa calligraphie était excellente. Elle était si bien éduquée qu’elle pouvait presque passer pour la jeune maîtresse d’un clan opulent. Bien sûr, peu importait la similitude, dans la bouche des gens, une prostituée restait toujours une prostituée.

Quand Jin GuangShan s’était une fois rendu à Yunmeng, il n’avait certainement pas manquer l’occasion de rencontrer une prostituée aussi célèbre. Il s’était attardé plusieurs jours auprès de la Meng et l’avait quittée satisfait, en lui laissant un souvenir. Après son retour, il s’était comporté avec naturel, comme à l’accoutumé, oubliant tout de la femme énamourée.

En comparaison, Mo XuanYu et sa mère avaient été plutôt favorisés. Au moins, Jin GuangShan se souvenait encore qu’il avait un tel fils et l’avait ramené à la Tour des Carpes Dorées. Meng Yao, de son côté, n’avait pas été si chanceux. Le fils d’une prostituée était loin d’être équivalent à celui d’une bonne famille. Tout comme Dame Mo, après avoir donné naissance à l’enfant de Jin GuangShan, la femme avait pieusement attendu que le cultivateur la ramène avec son fils. Elle avait éduqué Meng Yao avec soin, en préparation de son entrée à venir dans le monde de la cultivation. Pourtant, même lorsqu’il eut dépassé l’âge de dix ans, il n’y avait toujours aucune nouvelle de son père, tandis que la Meng était déjà grièvement malade.

Avant de mourir, elle avait donné à son fils le souvenir que Jin GuangShan lui avait laissé et lui avait dit de rejoindre la Tour des Carpes Dorées. Ainsi, Meng Yao avait fini d’emballer ses possessions et quitté Yunmeng. Après un voyage laborieux, il était arrivé à Lanling. Cependant, parvenu à la tour des Carpes Dorées, Meng Yao n’avait pas été autorisé à entrer, il avait donc sorti le souvenir et demandé à ce que le chef de secte soit informé.

Le souvenir de Jin GuangShan était un bouton de nacre. Ce genre d’objet n’avait rien de spécial dans la secte LanlingJin : on pouvait en trouver partout. Ils étaient le plus couramment utilisés comme cadeaux offerts à de belles femmes que Jin GuangShan courtisait lors de ses voyages. Il prétendait que ces jolies petites choses étaient de rares trésors, et les accompagnait de promesses et de serments ; qu’il offrait et oubliait au fur et à mesure.

Meng Yao était vraiment arrivé au mauvais moment. Ce jour-là, on fêtait justement l’anniversaire de Jin ZiXuan. Jin GuangShan et Madame Jin, ainsi que de nombreux proches, célébraient le jour spécial du fils prodigue. Après six heures de fête, il était déjà tard dans la soirée. Alors qu’ils s’apprêtaient tous à partir allumer des lanternes pour la bonne fortune, le domestique trouva enfin un moment libre pour les avertir. Lorsque Madame Jin aperçut le bouton de nacre, l’historique de Jin GuangShan lui revint en mémoire, et son visage s’assombrit immédiatement. Jin GuangShan se hâta de réduire la perle en poussière et réprimanda le serviteur bruyamment, lui ordonnant de chasser la personne à l’extérieur, peu importe qui elle était, par crainte de la croiser en sortant. 

Et ainsi, Meng Yao avait été renvoyé de la Tour des Carpes Dorées à coup de pied. Il avait roulé dans l’escalier jusqu’au bas des marches.

D’après les dires, il n’avait rien dit en se relevant. Il avait essuyé le sang sur son front, épousseté la poussière sur ses vêtements, ramassé ses affaires, et s’en était allé.

Juste après le début de la Campagne de la Chute du Soleil, Meng Yao avait rejoint les troupes de la secte QingheNie.

Les hommes sous le commandement de Nie MingJue, des cultivateurs indépendants comme des membres de QingheNie, étaient positionnés en divers endroits, parmi lesquels figuraient une crête montagneuse anonyme à Hejian. Nie MingJue s’y rendit à pied. Avant même d’arriver à proximité du camp, il aperçut un garçon en uniforme quitter la forêt émeraude, un tube de bambou dans la main.

Il venait apparemment tout juste de puiser de l’eau, ses jambes trahissant quelque peu sa fatigue. Alors qu’il s’apprêtait à entrer dans la grotte, il s’arrêta brusquement. Il se tint à l’entrée et écouta un moment, comme délibérant pour savoir s’il devait entrer ou non. Finalement, le tube de bambou toujours en main, il prit une autre direction, sans dire un mot.

Après avoir marché un moment, il repéra un coin au bord de la route et s’accroupit. Il préleva dans ses provisions quelques aliments blancs qu’il lava.

Nie MingJue s’approcha de lui. Tandis que le garçon mangeait, la tête basse, il fut soudain enveloppé d’une ombre haute. Il leva les yeux, laissa son repas de côté et se leva.

« Chef de Secte Nie. »

Le garçon était de petite stature. Il avait le teint clair et des sourcils sombres, précisément les traits avenants de Jin GuangYao. À cette époque, il n’avait pas encore été accepté par son clan à la Tour des Carpes Dorées, raison pour laquelle il ne portait pas la marque vermeille sur son front. Nie MingJue se souvenait clairement de ce visage.

« Meng Yao ?

— Oui ? répondit-il respectueusement.

— Pourquoi ne vas-tu pas te reposer à l’intérieur comme tout le monde ?”

Meng Yao ouvrit la bouche, mais n’offrit qu’un sourire gêné, comme s’il ignorait quoi dire. Voyant cela, Nie MingJue le dépassa et se dirigea vers la grotte. Meng Yao sembla vouloir le retenir, sans pouvoir oser le faire. Nie MingJue retint sa respiration de façon à ce que personne ne remarque son arrivée à l’entrée. Ceux à l’intérieur parlaient bruyamment.

« … Ouaip, c’est lui.

— Pas possible ! Le fils de Jin Guang Shan ? Comment pourrait-il vivre de la même façon que nous autres ? Pourquoi ne retourne-t-il pas chez son père ? Il suffirait d’un geste de son paternel pour le libérer de cette misère.

— Tu crois qu’il ne veut pas y retourner ? Que penses-tu qu’il faisait quand il a fait tout ce chemin de Yunmeng à Lanling pour apporter le souvenir ?

— C’était pas la meilleure chose à faire. La femme de Jin GuangShan est terrifiante.

— Je veux dire, Jin GuangShan a tellement d’enfants de par le monde, au moins tout un tas de fils et de filles. L’as-tu vu en reconnaître un seul ? Faire une scène pareille, c’était chercher à se faire humilier.

— Eh bien, les gens ne devraient pas se faire de faux espoirs. Il s’est fait battre comme plâtre, à qui la faute ? Il ne peut en vouloir à personne. Il a creusé sa propre tombe.

— Quel idiot ! Avec Jin ZiXuan, pourquoi Jin GuangShan songerait à un quelconque autre fils ? Encore moins celui d’une prostituée montée par des milliers d’hommes. Qui sait de quelle semance il est issu ? À mon avis, Jin GuangShan n’a probablement pas osé l’accepter car il avait lui-même des doutes ! Hahahaha…

— Oh, vraiment ? Je parie qu’il ne se souvenait même pas de l’avoir fait avec cette femme.

— En vérité, je trouve ça plutôt grisant que le rejeton de Jin GuangShan se soit résigné à aller puiser de l’eau pour nous, hahaha…

— Résigné, mon cul. Il y met tellement d’ardeur. Tu ne vois pas à quel point il travaille dur ? Tous les jours, il court dans tous les sens pour s’attirer les faveurs de tout le monde. Il brûle d’espoir d’accomplir quelque chose pour obtenir la reconnaissance de son père. »

Une flamme de colère s’alluma dans le cœur de Nie MingJue, embrasant même l’esprit de Wei WuXian.

Sa main se porta immédiatement à la garde de son sabre. Meng Yao se précipita pour l’arrêter, mais échoua. Le sabre était déjà sorti, et un rocher en face de la grotte s’effondra. La douzaine de cultivateurs qui se reposaient à l’origine sursauta et brandit leurs épées, surpris par l’effondrement. Les tubes de bambou dans leurs mains tombèrent au sol.

Sans la moindre hésitation, Nie MingJue les réprimanda :

« Vous buvez l’eau qu’il vous a amené et vous médisez sur lui ! Avez-vous rejoint mes forces non pas pour tuer ces chiens de Wen, mais pour bavasser ?! »

Tous les occupants de la grotte se mirent à paniquer. Ils connaissaient la personnalité de ChiFeng-Zun : plus on essayait de s’expliquer, et plus il s’énervait. Voyant qu’ils ne pouvaient probablement pas échapper à la punition et devraient dire la vérité, personne n’osa prononcer un mot. Nie MingJue rit froidement. Il n’entra pas non plus dans la grotte. À la place, il se tourna vers Meng Yao et déclara :

« Toi, suis-moi. »

Il fit volte-face et marcha en direction du pied de la montagne. Meng Yao le suivit, la tête de plus en plus basse, le pas de plus en plus lent à mesure qu’ils avançaient.

Il ne prit la parole qu’après quelques hésitations :

« Merci, chef de secte Nie.

— Un homme digne de ce nom doit se comporter avec fierté et droiture. Nul besoin de prêter attention aux paroles de ces bons à rien.

— Bien. »

Malgré sa réponse, son visage portait encore des trace d’angoisse. En l’aidant ce jour-là, Nie MingJue avait été capable de réprimer les autres pour lui. À l’avenir, cependant, les cultivateurs lui feraient sans doute payer dix voire cent fois plus cher. Comment pouvait-il ne pas s’inquiéter ?

Pourtant, Nie MingJue poursuivit :

« Plus ces gens diront du mal de toi derrière ton dos, plus tu devras travailler dur pour les réduire au silence. Je t’ai vu, sur le champ de bataille. À chaque fois, tu es en première ligne et tu restes en arrière à la fin pour aider les gens du commun. C’est bien. Continue comme ça. »

En entendant cela, Meng Yao marqua une pause, le visage figé. Il redressa légèrement la tête.

« Ton escrime est plutôt agile, mais pas assez affirmée. Tu dois travailler davantage. »

C’était déjà un encouragement évident.

« Chef de Secte Nie, merci pour vos conseils, » se hâta de répondre Meng Yao.

Wei WuXian, néanmoins, savait qu’elle ne serait jamais affirmée, peu importait à quel point il s’entraînerait. Jin GuangYao n’était pas comme les autres disciples. Sa fondation était si pauvre qu’elle ne pourrait jamais évoluer à son maximum. C’était pour cela qu’il avait côtoyé tous les chefs de sectes pour apprendre leurs techniques. C’était aussi pour cette raison qu’il était critiqué et surnommé “le voleur de techniques”.

Heijian n’était pas seulement une position cruciale dans la Campagne de la Chute du Soleil, mais c’était aussi le champ de bataille principal de Nie MingJue. Comme un mur de fer, il se dressait à la frontière de la secte QishanWen, empêchant cette dernière d’envahir qui que ce soit. Les sectes QingheNie et QishanWen étaient déjà en rivalités au départ, mais s’étaient toujours tenues à carreaux. Après la déclaration de guerre, les deux parties s’étaient lâchées. De grande envergure ou non, chaque bataille était un affrontement à mort, résultant souvent en un immense bain de sang. La secte QishanWen ne se souciait naturellement pas de ce genre de choses, mais QingheNie se devait d’y faire attention.

Dans de telles circonstances, Meng Yao, qui avait sans relâche nettoyé le champ de bataille et aidé les gens du commun après chaque combat, attira de plus en plus l’attention de Nie MingJue. Quelques temps après, ce dernier le promut comme son bras droit. Meng Yao, de son côté, ne laissa pas passer cette opportunité, exécutant parfaitement chaque tâche lui étant confiée. Le Jin GuangYao de cette époque n’était par conséquent pas comme sa version future, réprimandé en permanence par Nie MingJue. En fait, ce dernier l’avait vraiment apprécié. Wei WuXian avait trop entendu de ces blagues du genre “LianFang-Zun prenait la fuite chaque fois qu’il entendait ChiFeng-Zun arriver”, c’était pourquoi chaque fois qu’il voyait Meng Yao converser avec Nie MingJue paisiblement, même lors des discussions les plus impressionnantes, il ne pouvait s’empêcher de trouver cela toujours incroyable.

Ce jour-là, le champ de bataille de Hejian accueillait un certain invité.

Pendant la Campagne de la Chute du Soleil, maintes histoires louables circulaient sur les membres de la Triade Vénérée. Celles de ChiFeng-Zun contaient sa façon de franchir tous les obstacles, sans laisser même une seule trace des chiens Wen après en avoir fini. Il en était tout autre de ZeWu-Jun, Lan XiChen. Après avoir rétabli la stabilité de la zone de Gusu, Lan QiRen redevenait apte à la défendre bec et ongles. Par conséquent, Lan XiChen s’en allait souvent pour aider les autres et sauver des vies. Tout au long de la Campagne, il récupéra des territoires perdus à d’innombrables reprises et apporta son assistance à des évasions désespérées. Pour cette raison, les gens étaient extatiques chaque fois qu’ils entendaient son nom, comme si un rayon d’espoir apparaissait, qu’un atout puissant les rejoignait.

Chaque fois que Lan XiChen passait par Hejian en escortant d’autres cultivateurs, il y restait pour se reposer une courte durée, faisant du bastion une sorte de halte. Nie MingJue le conduisit à une salle spacieuse et lumineuse. Quelques autres cultivateurs s’y installèrent également.

Bien que l’apparence de Lan XiChen était presque exactement la même que celle de Lan WangJi, Wei WuXian pouvait les distinguer d’un simple coup d’œil. Pourtant, en voyant ce visage, il ne put s’empêcher de remarquer leur similitude et de songer “Je me demande ce qui arrive à mon corps en ce moment. Si le corps en papier est submergé d’énergie négative, cela aura-t-il une conséquence sur mon vrai corps? Lan Zhan remarquera-t-il que quelque chose ne va pas?”

Après quelques banalités, Meng Yao, qui se tenait à côté de Nie MingJue, s’approcha et offrit à tout le monde des tasses de thé. Sur le front, une personne assurait les fonctions de six personnes ; il n’y avait pas de place pour des femmes de chambres et des domestiques. Par conséquent, Jin GuangYao, en tant que bras droit, s’était porté volontaire pour ces tâches quotidiennes. Quelques-uns des cultivateurs hésitèrent en reconnaissant son visage, affichant des expressions mitigées. Les “aventures privées” de Jin GuangShan avaient toujours été un moyen courant d’entamer la conversation. L’histoire de Meng Yao avait été durant un temps une plaisanterie connue, c’était pour cela que certains l’avaient reconnu. Pensant probablement que le fils d’une prostituée avait peut-être aussi sur lui quelque chose d’impur, les cultivateurs ne burent pas les tasses qu’il leur présenta des deux mains. Au lieu de cela, ils décalèrent celles-ci sur le côté et sortirent même des mouchoirs blancs. Comme par inconfort, consciemment ou non, ils s’essuyèrent plusieurs fois les doigts avec lesquels ils avaient touché le récipient. Nie MingJue n’était pas quelqu’un d’attentif à ce genre de choses. Wei WuXian, cependant, le remarqua à la périphérie de sa vision. Meng Yao agissait comme s’il ne voyait rien, souriant sans faillir tandis qu’il continuait à les servir.

Alors que Lan XiChen acceptait sa tasse, il leva les yeux vers lui et sourit: 

« Merci. »

Il prit une gorgée de thé immédiatement après. Ce ne fut qu’après qu’il poursuivit sa conversation avec Nie MingJue. Quelques cultivateurs commencèrent à se sentir mal à l’aise devant cette scène.

Nie MingJue n’était pas connu pour sa joie de vivre. Cependant, devant Lan XiChen, son expression s’apaisa.

« Combien de temps durera ton séjour ?

— MingJue-xiong, je vais devoir rester pour la nuit. Je pars demain matin, puis je rejoindrai WangJi.

— Où ça ?

— À Jiangling. »

Nie MingJue fronça les sourcils.

« Jiangling est toujours entre les mains de ces chiens de Wen, non ?

— Ce n’est plus le cas, depuis quelques jours. Actuellement, elle est entre les mains de la secte YunmengJiang.

— Chef de secte Nie, intervint un chef de secte, je ne pense pas que vous en ayez encore entendu parler. Le chef de secte de YunmengJiang est plutôt puissant dans la région.

— Comment ne le serait-il pas ? ajouta quelqu’un d’autre. Wei WuXian peut affronter seul des millions de personnes, alors qui pourrait lui faire peur ? Il peut simplement rester assis là, à superviser sa région, contrairement à nous qui courons en tous sens en permanence pour nos vies. Avec une telle chance… »

Quelqu’un remarqua que ses paroles n’étaient pas dites d’un ton bienveillant :

« Eh bien, c’est une excellente chose que ZeWu-Jun et HanGuang-Jun viennent en aide à tout le monde. Autrement, j’ignore combien de sectes et de gens du communs innocents tomberaient entre les mains des chiens Wen.

— Ton frère est là-bas ? » reprit Nie MingJue.

Lan XiChen hocha la tête.

« Il a emmené des gens avec lui au début du mois.

— Le niveau de cultivation de ton frère est assez élevé. Il devrait être en mesure de se débrouiller tout seul. Donc pourquoi t’y rends-tu quand-même ? »

En entendant Nie MingJue complimenter le niveau de cultivation de Lan WangJi, Wei WuXian ressentit une étrange vague de bonheur, “ChiFeng-Zun, quel œil !”

Lan XiChen soupira : 

« C’est assez embarrassant, mais après l’arrivée de WangJi, il semble qu’il ait eu quelques conflits mineurs avec le jeune maître Wei de la secte YunmengJiang.

— Que s’est-il passé ?

— Je pense que HanGuang-Jun ne s’est disputé avec Wei WuXian que parce que ses méthodes sont trop contre-nature, répondit quelqu’un. Il paraît que HanGuang-Jun a reproché directement à Wei WuXian sa façon de déshonorer les cadavres, sa cruauté et son goût pour le meurtre, le fait qu’il ait oublié son objectif de départ, et ainsi de suite. Mais là-bas, tout le monde parle de la bataille de Jiangling. Wei WuXian est décrit d’une manière si incroyable. J’adorerais voir ça par moi-même, si la chance le permet. »

Cette histoire n’était pas aussi négative que d’autres. Les plus exagérées rapportaient même que, sur le champ de bataille, lui et Lan WangJi se battaient l’un contre l’autre tout en tuant les chiens Wen. En réalité, en ce temps-là, leurs rapports n’étaient pas aussi absolument hostiles que le disaient les rumeurs, mais il y avait eu quelques affrontements triviaux. À l’époque, Wei WuXian passait son temps à profaner des tombes, tandis que Lan WangJi choisissait toujours les mots qui fâchaient, comme par exemple lui rappeler que ce n’était pas une voie droite et qu’elle nuisait à la fois au corps et à l’esprit. Parfois, il allait même jusqu’à directement lui mettre des bâtons dans les roues. De surcroît, ils combattaient des chiens Wen très régulièrement, que ce soit ouvertement ou secrètement. C’était une période pendant laquelle tous deux se mettaient assez facilement en colère, se séparant donc souvent en mauvais termes. Maintenant qu’il entendait les autres en parler, Wei WuXian avait le sentiment que cela datait de toute une vie, quand il se souvint soudain : c’était effectivement il y a une vie de cela.

« À mon avis, HanGuang-Jun n’a vraiment pas à faire tout ça, déclara quelqu’un. Même les vivants sont destinés à mourir, alors pourquoi devrions-nous nous soucier de ces cadavres ? 

— Oui, acquiesça un autre, nous traversons une période difficile, n’est-ce pas ? Le chef de secte Jiang a raison. En termes de bien ou de mal, qui est plus malfaisant que ces chiens de Wen ? Wei WuXian est de notre côté, de toute façon. Tant qu’il tue ces chiens de Wen, je dis que tout va bien. »

“Eh bien, ce n’est pas ce que vous disiez quand vous m’avez assiégé”, songea l’intéressé.

Peu de temps après, Lan XiChen et les autres se levèrent. Ils furent conduits à leurs aires de repos par Meng Yao. Nie MingJue, de son côté, retourna dans sa chambre. Il récupéra un sabre élancé et l’emmena avec lui quand il s’en alla retrouver Lan XiChen.

Seulement, avant même d’arriver à destination, il pouvait déjà entendre deux voix converser dans la pièce.

« Quelle coïncidence, s’émerveilla Lan XiChen. Tu as rejoint les forces de MingJue-xiong et tu es devenu son bras droit.

— C’est une immense chance d’avoir gagné la reconnaissance de ChiFeng-Zun. »

Lan XiChen sourit. 

« MingJue-xiong a une personnalité assez explosive. Cela n’a pas dû être facile du tout pour toi d’avoir sa reconnaissance. »

Après une pause, il reprit : 

« Ces derniers temps le chef de secte de LanlingJin a beaucoup de difficulté à gérer la région de Langya. Actuellement, il cherche à recruter plus de personnel. »

Meng Yao hésita un instant.

« ZeWu-Jun, voulez-vous dire que…

— Tu n’as pas besoin d’être aussi réticent. Je me souviens que tu m’as dit que tu espérais te faire une place convenable au sein de la secte LanlingJin et recevoir l’approbation de ton père. Maintenant que tu as déjà un poste et un avenir sous l’aile de MingJue-xiong, ton souhait est-il toujours d’actualité ? »

Meng Yao semblait considérer la question avec attention, retenant son souffle. Après un moment de silence, il répondit : 

« Oui, il l’est.

— C’est bien ce que je pensais aussi.

— Mais à présent, je suis déjà le bras droit du chef de secte Nie. J’ai envers lui une dette de gratitude. Peu importe ce que devient mon souhait, je ne peux pas quitter Hejian. »

Lan XiChen demeura silencieux un moment, avant de reprendre : 

« En effet. Même si tu veux partir, il te sera probablement difficile d’aborder le sujet. Toutefois, je crois que si tu décides de lui demander, MingJue-xiong respectera ta décision. S’il ne veut pas te laisser partir, je peux essayer de le convaincre. »

Nie MingJue intervint brusquement : 

« Pourquoi ne te laisserais-je pas partir ? »

Il ouvrit la porte et entra dans la pièce. Lan XiChen et Meng Yao étaient assis face à face, la mine grave. En le voyant entrer, ils furent quelque peu surpris. Meng Yao se leva immédiatement, mais avant qu’il n’ait l’occasion de parler, Nie MingJue lui ordonna :

« Assieds-toi. »

Meng Yao ne fit pas un geste. Nie MingJue reprit : 

« Je t’écrirai une lettre de recommandation demain.

— Chef de secte Nie ?

— Tu pourras emmener la lettre à Langya et retrouver ton père.

— Chef de secte Nie, se hâta de répondre Meng Yao, si vous avez tout entendu, alors vous m’avez sans doute également entendu dire que…

— Je ne t’ai pas promu parce que je voulais que tu me sois redevable, l’interrompit Nie MingJue. J’ai simplement pensé que tu méritais d’occuper cette position, car tu es assez talentueux et que ta conduite me plaît. Si tu veux vraiment me rembourser, tue encore quelques-uns de ces chiens de Wen sur le champ de bataille ! »

En entendant cela, Meng Yao resta sans voix, malgré son éloquence habituelle. Lan XiChen sourit :

« Tu vois, je t’avais dit que MingJue-xiong respecterait ta décision. »

Meng Yao avaient les yeux rougis.

« Chef de secte Nie, ZeWu-Jun … Je … »

Il baissa la tête.

« … Je ne sais vraiment pas quoi dire. 

— Si tu ne sais pas quoi dire, alors ne dis rien, » rétorqua Nie Mingjue en s’asseyant. 

Il posa le second sabre qu’il avait en main sur la table. Lan XiChen sourit en le voyant.

« Le sabre de HuaiSang ?

— Même s’il est en sécurité avec vous, il ne doit pas non plus négliger ses études. Dis aux autres de le surveiller quand ils ont le temps. La prochaine fois que nous nous verrons, je vérifierai sa maîtrise du sabre et sa connaissance des Écritures. »

Lan XiChen rangea le sabre de Nie HuaiSang dans sa manche qiankun

« HuaiSang prétextait avoir laissé son sabre à la maison. Maintenant, il n’aura plus d’excuses pour paresser. »

— D’ailleurs, qu’est-ce que c’est que ça, vous-êtes vous déjà rencontrés ?

— J’ai déjà rencontré ZeWu-Jun.

— Où ? Quand ? »

Lan XiChen sourit en secouant la tête. 

« N’en parlons pas. C’est la honte de toute une vie. MingJue-xiong, s’il te plaît, n’en demande pas plus. 

— Pourquoi aurais-tu peur de perdre la face devant moi ? Meng Yao, parle.

— Si ZeWu-Jun ne veut pas le dire, alors je me dois de garder le secret aussi. »

Leur conversation à trois allait bon train, parfois sérieuse, parfois légère. La discussion était beaucoup plus détendue que plus tôt, dans le salon. En écoutant leur bavardage, Wei WuXian éprouva plusieurs fois l’envie de placer aussi un mot, mais il ne pouvait le faire.

“À cette époque, leur relation n’était vraiment pas mauvaise,” pensa-t-il. “ZeWu-Jun est en fait doué pour tenir la conversation, alors pourquoi Lan Zhan est-il si mauvais dans ce domaine ? Eh bien, même si c’est le cas, son mutisme est aussi très bien. Je fais toute la conversation, et il a simplement à écouter en ajoutant quelques ‘mmh’. Comment dit-on, déjà…”

Quelques jours plus tard, avec la lettre de recommandation de Nie MingJue, Meng Yao partit pour Langya.

Après son départ, Nie MingJue changea de bras droit. Wei WuXian, cependant, trouvait que le nouveau était toujours un peu plus lent. Meng Yao était d’un talent et d’une intelligence exceptionnels. Il était capable de comprendre ce qui n’était pas dit et d’obtenir les meilleurs résultats à partir des ordres les plus simples. Il était efficace et ne lambinait jamais. N’importe qui ayant pris l’habitude de son travail n’aurait pu s’empêcher de le comparer aux autres.

Quelque temps plus tard, la secte LanlingJin  se retrouva sur le point de perdre à Langya, parvenant à peine à résister. Lan XiChen apportait déjà son aide sur un autre front. Jin GuangShan demanda l’assistance de Hejian, et Nie MingJue arriva peu de temps après. 

À la fin de la bataille, Jin GuangShan vint le remercier, toujours dans un piteux état. Nie MingJue lui répondit sèchement, puis enchaîna rapidement : 

« Chef de secte Jin, que fait Meng Yao ces jours-ci ? »

En l’entendant mentionner ce nom, Jin GuangShan répondit : 

« Meng Yao? Euh… Chef de secte Nie, sans vouloir vous offenser, de qui s’agit-il ? »

Les sourcils de Nie MingJue se froncèrent immédiatement. À l’époque, l’histoire de comment Meng Yao avait été chassé de la Tour des Carpes Dorées s’était longtemps propagé. Si tout le monde avaient entendu parlé d’une telle farce, il n’y avait aucun moyen que la personne concernée ne se souvienne pas de ce nom. Seul quelqu’un avec un culot incroyable pourrait être capable de jouer les idiots dans une telle situation. Cependant, Jin GuangShan se trouvait justement être ce genre de personne.

Nie MingJue rétorqua froidement : 

« Meng Yao est mon ancien bras-droit. Je lui ai écrit une lettre de recommandation. »

Jin GuangShan continua de faire comme s’il n’en savait rien.

« Vraiment ? Mais je n’ai jamais vu une telle lettre ou une telle personne ici. Tant pis. Si j’avais su que le chef de secte Nie avait envoyé son bras droit, je l’aurais certainement reçu comme il se doit. Mais peut-être y a-t-il eu un accident pendant le voyage ? »

Il tournait tout bonnement autour du pot, prétendant qu’il ne se souvenait pas s’il avait déjà entendu ou non ce nom. Le visage de Nie MingJue se ferma de plus en plus. Il sentait que quelque chose clochait, il partit donc sans la moindre hésitation. Après avoir demandé à d’autres cultivateurs, il ne trouva toujours rien. Nie MingJue choisit donc quelques endroits et se mit à les inspecter.

Il traversa une petite forêt sur sa route. Elle était plutôt calme et isolée. Elle venait d’être témoin d’une attaque surprise et le champ de bataille n’avait pas encore été nettoyé. Tandis que Nie MingJue avançait le long du sentier, il croisa des cadavres de cultivateurs, portant les uniformes de la secte Wen, de la secte Jin, et de quelques autres sectes.

Soudain, il entendit des bruits de froissement devant lui.

Nie MingJue plaça sa main sur la poignée de son sabre et s’approcha furtivement. À travers les branches et les feuilles, il aperçut Meng Yao debout au milieu de piles de cadavres. D’une torsion du poignet, il sortit une longue épée de la poitrine d’un cultivateur.

Son expression était absolument calme. L’assaut à la fois rapide et ferme, il était également soigneux, ne laissant même pas une goutte de sang tacher ses vêtements.

Ce n’était pas sa propre épée. La garde de fer arborait des ornements en forme de flammes : c’était l’épée d’un cultivateur de la secte Wen.

Sa technique d’escrime était aussi celle des Wen.

Et sa victime portait une robe ornée d’une Étincelle d’Or. C’était un cultivateur de la secte LanlingJin.

Nie MingJue avait vu toute la scène. Sans dire un mot, il dégaina son sabre de quelques centimètres. Un son tranchant transperça l’air.

En entendant le son familier du sabre, Meng Yao se mit immédiatement à trembler. Il se retourna, son âme s’envolant presque sur le coup.

« … Chef de Secte Nie ? »

Nie MingJue sortit tout son sabre de son fourreau. Le corps de l’épée brillait, mais la lame elle-même scintillait vaguement d’une teinte rouge sang. Wei WuXian pouvait ressentir la colère bouillonnante en lui, ainsi que des sentiments de déception et de haine.

Meng Yao connaissait la personnalité de Nie MingJue plus que quiconque. Il lâcha l’épée qui tomba avec un bruit sourd.

« Chef de secte Nie, chef de secte Nie ! Attendez, je vous en prie attendez ! Je peux tout expliquer !

— Que veux-tu expliquer ?! » cria Nie MingJue.

Meng Yao se précipita vers lui, roulant et rampant à moitié. 

« Je n’avais pas d’autre choix, je n’avais pas d’autre choix !

— Quel autre choix n’avais-tu pas ?! fulmina Nie MingJue. Que t’ai-je dit quand je t’ai envoyé ici ?! »

Meng Yao s’agenouilla à ses pieds :

« Chef de secte Nie, Chef de secte Nie, écoutez-moi ! J’ai rejoint les forces de la secte LanlingJin. C’était mon supérieur. Pendant mon séjour ici, il m’a toujours méprisé. Il m’a souvent humilié et m’a battu…

— Alors tu l’as tué? 

— Non ! Pas à cause de ça ! Quelle humiliation ne puis-je pas supporter ? Que ne puis-je endurer, si ce n’était que des coups et des réprimandes ? Seulement, à chaque fois que nous prenions le contrôle d’un des bastions de la secte Wen, je dépensais toute mon énergie à élaborer des stratégies, je me battais du mieux que je pouvais, mais avec seulement quelques mots insignifiants, quelques simples coups de pinceau, il s’en attribuait tout le mérite, prétendant que cela n’avait rien à voir avec moi. Ce n’était pas la première fois. C’était à chaque fois pareil, à chaque fois ! J’ai discuté avec lui, mais il s’en fichait. J’ai essayé de me tourner vers les autres, mais personne ne voulait m’écouter. À l’instant, il a dit que ma mère était, qu’elle était… J’ai vraiment atteint ma limite — cet accident ne s’est produit que sous le coup de l’indignation ! »

Sous le choc et la terreur, il avait déversé ses mots en un flot continu, craignant que Nie MingJue ne se mette à le découper avant même de pouvoir terminer son explication. Malgré cela, ses justifications étaient clairement logiques. Chaque phrase soulignait à quel point les autres étaient horribles, et à quel point il était lui-même misérable. Nie MingJue le saisit au col et le souleva : 

« Tu mens ! »

Meng Yao frissonna. Nie MingJue le regarda dans les yeux, et détacha chaque mot :

« Tu as atteint ta limite et tu étais sous le coup de l’indignation ? Une personne indignée aurait-elle tué quelqu’un avec l’expression que tu arborais ? Aurait-elle délibérément choisi cette forêt reculée dans laquelle une bataille vient de se tenir ? L’aurait-elle tué avec une épée de la secte Wen, une technique de la secte Wen pour faire passer ça pour l’attaque furtive d’un chien Wen et rejeter la faute sur quelqu’un d’autre ? Tu as clairement planifié cela sciemment !

— Je dis la vérité ! Chacune de mes phrases ! assura Jin Guang Yao en levant la main.

— Même si c’est vrai, ça ne te donne toujours pas le droit de le tuer ! Ce n’étaient que quelques victoires sans importance ! Te soucies-tu à ce point d’une gloire insignifiante ?!

— Quelques victoires sans importance ? » murmura Meng Yao.

Il poursuivit d’une voix tremblante : 

« … Que voulez-vous dire, quelques victoires sans importance ? ChiFeng-Zun, savez-vous quelle quantité de travail j’ai consacré à ces victoires si peu importantes ? À quel point j’ai souffert ? De la gloire ? Sans cette gloire insignifiante, je n’ai rien ! »

Nie MingJue le regarda, lui qui tremblait tandis que des larmes brillaient dans ses yeux. Le contraste entre cette scène et la façon dont il avait calmement commis son meurtre était trop frappant. L’impact était tel que l’image ne s’était toujours pas dissipée dans son esprit.

« Meng Yao, commença-t-il, laisse-moi te demander. La première fois que je t’ai vu, as-tu délibérément agi devant moi de façon pitoyable, pour que je vienne à ton secours ? Si je ne l’avais pas fait, aurais-tu fait ce que tu as fait aujourd’hui et tué tous ces gens ? »

La pomme d’Adam de Meng Yao tressauta, une goutte de sueur froide coula tout son long. Au moment où il s’apprêtait à parler, Nie MingJue ordonna : 

« Ne me mens pas ! »

Meng Yao frémit et ravala les mots qu’il était sur le point de prononcer. Agenouillé au sol, il  tremblait de tout son corps. Les doigts de sa main droite s’enfoncèrent profondément dans la terre.

Après un moment, Nie MingJue rangea lentement son sabre dans son fourreau. 

« Je ne te ferai rien. »

Meng Yao leva brusquement les yeux. Nie MingJue continua : 

« Tu iras toi-même te dénoncer à la secte LanlingJin et tu recevras ta punition. Laisse-les se charger de toi comme bon leur semblera. »

Avec une hésitation, Meng Yao répondit : 

« … ChiFeng-Zun, je ne peux pas abandonner maintenant que j’en suis arrivé là. 

— Pour arriver là, tu as emprunté la mauvaise voie.

— Vous m’envoyez à la mort.

— Si tes mots sont vrais, cela n’arrivera pas. Va, médite là-dessus, et tourne la page.

— … Mon père ne m’a pas encore rencontré, » chuchota Meng Yao.

Ce n’était pas que Jin GuangShan ne l’avait pas rencontré.

Il faisait simplement comme s’il n’existait pas.

Finalement, sous la pression de Nie MingJue, Meng Yao répondit tout de même “oui”, mais avec grande difficulté.

Après un moment de silence, Nie MingJue reprit : 

« Lève-toi. »

Meng Yao se leva en transe, comme si son corps était vidé de toute énergie. Il fit quelques pas chancelants. Voyant qu’il était sur le point de tomber, Nie MingJue l’aida à se stabiliser.

« … Merci, chef de secte Nie, » murmura Meng Yao.

Voyant sa figure sans énergie, Nie MingJue se détourna. Pourtant, il l’entendit soudain parler : 

« … Je ne peux toujours pas. »

Nie MingJue lui refit face. Il ne savait pas depuis quand, mais une épée était dans la main de Meng Yao.

Il pointa l’épée vers son ventre, le visage plein de désespoir : 

« Chef de secte Nie, je suis indigne de votre gentillesse. »

Tandis qu’il parlait, il l’enfonça avec force. Les pupilles de Nie MingJue se rétractèrent brusquement. Il tendit la main pour saisir l’arme, mais il était déjà trop tard. En un instant, Meng Yao s’était transpercé le ventre jusqu’à ce que la lame ressorte dans son dos. Son corps s’effondra dans la mare de sang des autres.

Nie MingJue demeura choqué pendant une fraction de seconde, puis s’avança. S’agenouillant à moitié sur le sol, il retourna le corps de Meng Yao.

« Tu es … !!! »

Le visage de Meng Yao était blême. Il lança un regard affaibli à Nie MingJue, puis força un sourire :

« Chef de secte Nie, je… »

Avant de terminer sa phrase, sa tête retomba lentement. Son corps dans les bras, Nie MingJue pressa sa paume contre la poitrine de Meng Yao en évitant la lame, et lui transmit de l’énergie spirituelle. Toutefois, Nie MingJue sentit soudain son corps trembler. Un flux froid et continu remonta de son ventre.

Wei WuXian s’était douté qu’il y aurait de l’esbroufe, il n’était donc pas très surpris. Nie MingJue, en revanche, ne s’attendait probablement pas à ce que Meng Yao lui fasse du mal. Ainsi, toujours incapable de bouger tandis qu’il regardait Meng Yao se lever calmement devant lui, il se montra plus choqué encore qu’en colère.

Meng Yao avait probablement soigneusement étudié comment éviter les points vitaux. Avec prudence et sang-froid, il sortit l’épée de son ventre, faisant jaillir quelque petites giclées sanglantes, et pressa la plaie : il ne fit rien de plus pour se soigner. Nie MingJue, de son côté, était resté dans la posture qu’il avait adoptée pour l’aider. À genoux, la tête levée, leurs yeux se rencontrèrent.

Nie MingJue garda le silence. Meng Yao ne dit rien non plus. Il rengaina son épée, s’inclina vers Nie MingJue et s’enfuit à toute vitesse sans regarder en arrière.

Il avait reconnu son erreur et avait accepté de recevoir sa punition avant de feindre le suicide et de tendre un piège. Cela faisait déjà longtemps qu’il était parti. C’était probablement la première fois que Nie MingJue voyait une personne aussi éhontée, en particulier une personne qui avait justement été l’assistant de confiance qu’il avait lui-même promu. Pour cette raison, il se mit dans une colère terrible, et se fit particulièrement féroce pendant les batailles contre la secte Wen. Même lorsque Lan XiChen trouva le temps d’aider à Langya, quelques jours plus tard, sa colère ne s’était absolument pas apaisée. Dès son arrivée, Lan XiChen se moqua : 

« MingJue-xiong, tu as l’air d’être d’une sacrée humeur. Où est Meng Yao ? Pourquoi ne vient-il pas apaiser tes flammes ? 

— Ne mentionne pas cette personne ! »

Sans aucune amplification, il expliqua à Lan XiChen comment Meng Yao avait tué et prévu de blâmer quelqu’un d’autre, avant de simuler sa mort et de s’enfuir. Après avoir entendu l’histoire, Lan XiChen fut tout autant surpris : 

« Comment est-ce possible ? Peut-être y a-t-il eu un malentendu ?

— Je l’ai pris en flagrant délit. Quel malentendu pourrait-il y avoir ? »

Lan XiChen réfléchit un instant.

« À en juger par ses paroles, cette personne avait définitivement fait quelque chose de mal. Cependant, il n’aurait pas non plus dû la tuer. Nous traversons des temps difficiles, il est donc assez compliqué de déterminer qui était en faute. Je me demande où il est maintenant.

— Il devrait espérer que je ne tombe pas sur lui, rétorqua Nie MingJue sur un ton dur. Si je le fais, je l’offrirai en sacrifice à mon sabre ! »

Cependant, comme si ses paroles avaient été prophétiques, au cours des années qui suivirent, Meng Yao donna l’impression d’avoir soudainement disparu, comme un rocher ayant coulé dans l’océan. Il ne laissa aucune trace.

Désormais, Nie MingJue le détestait autant qu’il l’avait autrefois apprécié. Chaque fois que son nom était mentionné, il affichait un visage irrité, exprimant des choses difficiles à expliquer avec des mots. Lorsqu’il fut certain de ne plus pouvoir trouver aucune information, il décida de ne plus jamais parler de Meng Yao avec quiconque.

Nie MingJue n’avait jamais été proche des gens. Il s’était rarement ouvert à qui que ce soit. Même s’il avait finalement réussi à obtenir un bras droit compétent et digne de confiance, dont il approuvait le caractère et les capacités, il avait constaté que le vrai visage dudit bras droit n’était en rien pareil à l’image qu’il s’en faisait. Il était naturel que sa réaction fût si extrême.

Alors que Wei WuXian réfléchissait, sa tête commença soudain à le faire souffrir, comme si elle était sur le point de s’ouvrir en deux. Il avait l’impression que les os de son corps avaient été écrasés sous un chariot. Il ne pouvait plus du tout bouger : le moindre mouvement faisait grincer et grogner son corps. Ouvrant les yeux, sa vue s’avéra si floue qu’il put à peine voir les nombreuses silhouettes effondrées sur le sol de pierre froide noir-de-jais de la salle. Il semblait que Nie MingJue avait été blessé à la tête. La blessure était déjà engourdie. Des taches de liquide rouge séché avaient coagulé sur ses yeux et son visage. Un léger tressaillement suffit à faire de nouveau couler du sang chaud le long de son front.

Wei WuXian était stupéfait.

Pendant la campagne de la Chute du Soleil, Nie MingJue avait remporté presque toutes les batailles. L’ennemi ne pouvait pas même l’approcher, encore moins le blesser gravement.

Quelle était donc cette situation ?!

Il sentit un léger mouvement derrière lui. Wei WuXian regarda du coin de l’œil et aperçut quelques silhouettes floues. Avec beaucoup de difficulté, il focalisa son regard et vit qu’il y avait plusieurs cultivateurs portant des robes soleil-et-flammes. Ils avançaient tout en étant agenouillés par terre, avec aisance.

Wei WuXian : « … »

Tout d’un coup, une pression glaçante le submergea, atteignant Wei WuXian à travers le corps de Nie MingJue. Nie MingJue redressa légèrement la tête. Au bout des dalles de pierre noire se trouvait un grand siège de jade. Une personne y était installée.

Il était éloigné et les yeux de Nie MingJue étaient gênés par le sang, il ne pouvait donc pas voir de qui il s’agissait. Néanmoins, il pouvait le deviner.

Les portes du palais s’ouvrirent brusquement. Quelqu’un entra.

Tous les disciples au sein du palais marchaient à genoux, mais cette personne ne fit qu’un salut de la tête en entrant. Contrairement aux autres, il avança nonchalamment. Au bout de la salle, il sembla s’incliner et échangea quelques mots avec la personne assise avant de se tourner de ce côté.

À pas lents, il s’approcha, observant tranquillement Nie MingJue, qui se tenait toujours debout bien que baignant dans son sang. On aurait dit qu’il riait.

« Chef de secte Nie, cela fait longtemps. »

Et qui cela pouvait-il être, si ce n’était Meng Yao lui-même ? 


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evinrud
5 mois

Bonjour à tous! quel plaisir de voir ce nouveau chapitre en me levant ce matin! Nous entrons dans le vif du sujet et le côté démoniaque de Jin GuangYao se dévoile . En même temps la douceur des relations entre WWX et LZ se fait tellement évidente! Empathie est vraiment un sort à utiliser avec précaution et wei Ying prend des risques!! Merci pour ce nouveau chap et j’attends le prochain avec impatience. Vos notes de fin de chap sont vraiment très utiles!!
tout autre chose, savez vous si le roman Qing Yunian de Mao Nidont d’où a été tiré  » Joy of life » a été traduit en français.

AruBiiZe
AruBiiZe
4 mois

Attendez, Attendez ! « Après un moment, ses doigts frémirent. Les yeux baissés, il caressa délicatement ses lèvres. »
Lan Wanji caresse ses propres lèvres ou celles de Wei WuXian ????? Ze veux savoir !!! x’)

Les cultivateurs étaient (sont ?) vachement cruels, sadiques, etc.. par moment ! Même si c’était en pleine guerre, quand même quoi… O.O

Wei WuXian content qu’on complimente Lan Wanji devant lui ! xD
Quelle passion ! <3

Ahhh ! Ces manches ! Toujours aussi pratique ! J'en veux aussi !!! xD

J'aime que Nie MingJue suive son instinct ! Il a le 6ème sens ! lol

Hmm… J'ai pas tout compris du piège que Meng Yao a tendu à Nie MingJue. Il s'est empalé lui-même et hop il s'est relevé ? Où est le piège là dedans ?

Et oui, le traitre de retour !

________________________________

Comme je l'ai dit précédemment, Jin Guang Yao a une bonne mémoire, un bon jeu d'acteur, mais aussi une patience à toutes épreuves. Avoir attendu aussi longtemps, avoir manigancé, trahit, puis revenir se faire pardonner, etc… Mon dieu, quel personnage…

Il n'y a bien que Nie MingJue qui ait vu dans son jeu depuis le début. Il a suivi son instinct. Il n'a vu que le dessus, n'a pas gratté cette couche pour voir dessous, mais déjà s'était trop pour lui. Qu'il ait eu une fin aussi terrible me désole.

Nie MingJue n'est que vrai, et Jin Guang Yao n'est que faux.
Ces deux personnages sont tellement élaborés, travaillés, s'en est beau dis donc !

Merci infiniment pour ce chapitre ! Vu la taille des deux derniers vous avez du taffer sans relâche dessus !
Bravo pour tout ce travail amassé !
A bientôt !

frayer
frayer
Répondre à  AruBiiZe
2 mois

Moi aussi j’aimerai savoir si Lan Wanji caresse ses propres lèvres ou celles de Wei WuXian ?