Mo Dao Zu Shi- Chapitre 49

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Traduit par AfterWar, corrigé par Keliane et Yukiko

Chapitre 49 : Ruse – Partie 4

Wei WuXian était désormais certain de la scène à laquelle il assistait.

À l’époque, après que Nie MingJue avait reçu des informations, il avait engagé une attaque surprise à Yangquan.

Les assauts de Nie MingJue avaient presque toujours été couronnés de succès. Cependant, que ce soit à cause d’une erreur dans les informations ou simplement par pur hasard, personne n’avait pensé que cette attaque les amènerait directement devant le chef de la secte QishanWen, Wen RuoHan.

En raison d’une erreur de calcul dans leurs forces, la secte QishanWen avait renoncé à rester passive. Elle captura tous les cultivateurs présents et les conduisit à la Cité du Ciel Sans Nuit.

Meng Yao s’agenouilla à moitié auprès de Nie MingJue.

« Je n’aurais jamais pensé que vous vous retrouveriez dans une situation aussi terrible. »

Nie MingJue ne prononça qu’un mot.

« Dégage. »

Le rire de Meng Yao contenait un soupçon de pitié.

« Vous prenez-vous encore pour le roi de Hejian ? Regardez attentivement : vous êtes au Palais du Soleil. »

Sur le côté, un cultivateur cracha : 

« Le Palais du Soleil ? Ce n’est que le repaire des chiens Wen ! »

L’expression de Meng Yao changea et il dégaina son épée.

Une ligne de sang gicla instantanément du cou du cultivateur. Il périt sans émettre un son. Ses compagnons gémirent et crièrent en se jetant en avant. Nie MingJue était enragé.

« Toi !

— Espèce de chien de Wen ! rugit un autre cultivateur. Si tu es si sûr de toi, pourquoi ne pas me tuer aussi tant qu’à faire ? »

Meng Yao ne sourcilla même pas. Un autre mouvement de la main, et des fleurs de sang s’épanouirent de la gorge du cultivateur. Il sourit.

« Certainement. »

Son épée en main, il se tenait au milieu d’une mare rouge, les cadavres des deux cultivateurs à ses pieds. Il demanda, toujours souriant :

« Quelqu’un d’autre veut prononcer ce nom ?

— Chien de Wen », renchérit froidement Nie MingJue.

Il savait que seule la mort l’attendait maintenant qu’il était aux mains de Wen RuoHan, il ne ressentait donc aucune peur. Si Wei WuXian avait été dans cette situation, il aurait lui aussi juré aussi crûment qu’il le voulait avant toute autre chose : dans tous les cas, il mourait. Malgré cela, Meng Yao se contenta de sourire, pas le moins du monde énervé. Il claqua des doigts, et un cultivateur Wen accourut à ses pieds. Les mains levées au dessus de sa tête, il présenta une longue boîte à Meng Yao. 

Celui-ci l’ouvrit et en sortit un certain objet.

« Chef de secte Nie, jetez donc un œil à ceci. »

C’était le sabre de Nie MingJue, Baxia !

« Va te faire voir ! » fulmina-t-il, furieux.

Cependant, Meng Yao s’était déjà emparé de Baxia et la tenait entre ses mains.

« Chef de secte Nie, Baxia a déjà été entre mes mains à de nombreuses reprises par le passé. Ne pensez-vous pas qu’il est un peu tard pour vous insurger ?

— Ôte tes mains de là ! » rétorqua Nie MingJue en détachant chaque mot.

Comme pour l’enrager à dessein, Meng Yao soupesa le sabre et commenta :

« Chef de secte Nie, je dirais que votre sabre peut facilement être considéré comme une arme spirituelle de haut niveau. Cela dit, comparé à celui de votre père, feu le précédent chef de secte Nie, il est encore assez inférieur. Et si vous essayiez de deviner combien de coup cela prendra au chef de secte Wen pour le briser cette fois ? »

En une seconde, le sang de Nie MingJue lui monta à la tête. Wei WuXian sentit son propre cuir chevelu s’engourdir devant la soudaine vague de colère. “C’est brutal”, commenta-t-il intérieurement.

Le plus grand tourment et le plus grand regret de la vie de Nie MingJue était la mort de son père.

À l’époque, quand Nie MingJue n’était qu’un adolescent et que son père était  le chef de la secte QingheNie, un sabre rare fut offert à Wen RuoHan. Il en fut ravi pendant quelques jours, demandant à ses invités : « Que pensez-vous de mon sabre ? »

Il avait toujours été imprévisible, riant à un moment et se montrant hostile la seconde d’après. Évidemment, tout le monde le flatta comme il le désirait, louant qu’aucun sabre dans toute l’histoire n’était comparable à celui-ci. Malheureusement, cependant, un des invités devait en vouloir au chef de secte Nie ou désirait offrir une réponse unique et attirer l’attention sur lui. Il répondit : « Bien sûr, votre sabre est sans pareil, mais voyez-vous, je crains qu’une certaine personne ne soit pas de cet avis. »

Et ainsi, Wen RuoHan ne fut plus ravi du tout. Il demanda qui était cette personne. L’invité répondit : « C’est bien entendu le chef de QingheNie, une secte connue pour sa cultivation par le sabre : il est affreusement arrogant, se vantant en permanence que son sabre est absolument inégalé, et que même en un siècle, aucune épée n’a pu être comparée à la sienne. Peu importe à quel point le sabre de quelqu’un est exceptionnel, il ne l’admettra assurément pas, et même s’il venait à le faire à haute voix, intérieurement, il ne le reconnaîtrait pas. »

Wen RuoHan rit à ces mots : « En es-tu sûr ? Très bien, je veux voir ça. »

Il convoqua donc immédiatement le précédent chef de secte Nie de Qinghe. Une fois son sabre entre les mains, il le contempla longuement, avant de répondre une unique phrase : « Oui, c’est vraiment un bon sabre. »

Il tapa la lame à quelques reprises avant d’inviter son propriétaire à la récupérer.

À ce moment là, rien ne semblait anormal. Le précédent chef de secte Nie était aussi confus. Il était seulement contrarié par cette attitude autoritaire. Cependant, durant une chasse-nocturne quelques jours après son retour, alors qu’il combattait une bête, son sabre se brisa soudainement. Il fut ensuite gravement blessé par une défense de l’animal.

Nie MingJue, qui avait accompagné son père en chasse-nocturne, avait assisté à la scène de ses propres yeux.

Quand le chef de secte Nie fut ramené, il ne put se remettre d’un tel événement ni de ses blessures. Il fut malade pendant six mois avant de quitter enfin ce monde, succombant à la colère ou à la maladie. C’était pour cette raison que Nie MingJue, ainsi que toute la secte QingheNie, détestaient si intensément la secte QishanWen. 

À présent, juste devant Wen RuoHan, Meng Yao brandissait son sabre et mentionnait la façon dont son père était mort et la destruction de son arme. Il n’y avait rien de plus cruel !

Nie MingJue assena un coup, et Meng Yao tituba en arrière, crachant une gorgée de sang. Voyant cela, la silhouette sur le siège de jade se pencha en avant, comme si elle voulait se lever. Meng Yao se redressa immédiatement et donna des coups de pied dans le torse de Nie MingJue. L’attaque précédente avait déjà coûté ce qui restait de forces à ce dernier. Il tomba lourdement sur le sol. Il ne put finalement plus retenir le sang bouillant qui circulait dans sa poitrine.

Wei WuXian, de son côté, était sans voix.

Il y avait eu tellement de versions de ces rumeurs, mais jamais il n’aurait imaginé un détail aussi incroyable que LianFang-Zun donnant un coup de pied à ChiFeng-Zun !

Meng Yao piétina le torse de Nie MingJue de toutes ses forces. 

« Comment osez-vous agir de cette manière devant le chef de secte Wen ! »

Tout en parlant, il pointa son épée vers le bas et frappa. Nie MingJue la dévia de la paume, la brisant en morceaux. Meng Yao tomba également sous l’attaque. Juste au moment où Nie MingJue se préparait à frapper le sommet du crâne de Meng Yao, il sentit son corps se faire entraîner dans une autre direction par une force étrange.

C’était celle du trône de Wen RuoHan. À toute vitesse, il glissa en laissant derrière lui une traînée de sang de trente pieds de long sur les dalles de pierre sombre, qui n’en finissait plus de s’allonger.

Il se saisit d’un des disciples Wen agenouillés et le jeta vers le trône de jade. En une déflagration, du sang cramoisi explosa dans les airs comme si une pastèque avait éclaté et que la pulpe avait éclaboussé tout le sol. Wen RuoHan avait brisé le crâne du disciple en un coup de vent. Toutefois, cela avait permis de faire gagner du temps à Nie MingJue. Sa colère galvanisa sa force. Dans un bond, il forma un sceau de la main, et Baxia vola vers lui instantanément.

« Chef de secte, prenez garde ! » s’écria Meng Yao.

Un rire dément s’éleva.

« Laisse donc ! »

C’était une voix juvénile. Wei WuXian n’en fut pas du tout surpris. Le niveau de cultivation de Wen RuoHan était extrêmement élevé, son corps physique était donc bien sûr parfaitement maintenu dans sa prime jeunesse. Dès que la main de Nie MingJue s’empara de la poignée de Baxia, il frappa vers l’avant. Les dizaines de cultivateurs de la secte Wen qui l’encerclaient furent coupés en deux !

D’innombrables cadavres mutilés gisaient de façon désordonnée sur les dalles noires. Soudain, Wei WuXian sentit un frisson descendre le long de sa colonne vertébrale.

En un clin d’œil, une silhouette apparut  derrière lui. Nie MingJue faucha furieusement autour de lui, son pouvoir spirituel fragmentant une partie du sol, sans parvenir  à toucher quoi que ce soit. Cependant, il ressentit l’impact d’un coup violent à la poitrine. Il s’écrasa contre l’un des piliers d’or du palais, crachant du sang chaud. De l’hémoglobine avait également coulé sur son front, continuant de lui brouiller la vue. Sentant que quelqu’un s’approchait, il agita son bras pour une autre attaque. Cette fois, un poing s’écrasa au centre de son torse. Son corps entier s’enfonça de quelques centimètres dans le sol carrelé !

Les sens de Wei WuXian étaient connectés à ceux de Nie MingJue. Tandis qu’il se faisait battre, il était secrètement choqué.

Les capacités de Wen RuoHan étaient vraiment incroyablement écrasantes !

Wei WuXian n’avait jamais affronté Nie MingJue directement, il ne savait donc pas qui gagnerait ou perdrait.Toutefois, d’après ses observations, le niveau de cultivation de Nie MingJue pouvait le classer dans les trois premiers parmi toutes les personnes qu’il avait connues. Pourtant, malgré cela, il restait quand même absolument sans défense face à Wen RuoHan ! De fait, même si Wei WuXian avait lui-même été présent, il n’aurait pas osé assurer avec certitude que les blessures qu’il aurait reçues auraient été moindres que celles de Nie MingJue…

Wen RuoHan piétina le torse de Nie MingJue. La vue de Wei WuXian commençait à s’assombrir. Le goût du sang continuait de remonter dans sa gorge.

La voix de Meng Yao s’approcha : 

« Avoir eu besoin de votre intervention démontre l’inutilité de votre subordonné, chef de secte.

— Bon à rien », se moqua Wen RuoHan en riant.

Meng Yao rit également. Wen RuoHan demanda : 

« Est-ce lui qui a tué Wen Xu ?

— C’est exact. C’est lui. Chef de secte, allez-vous tuer votre ennemi maintenant, ou le traîner au Palais de Feu ? Personnellement, je vous suggère la seconde option. »

Le “Palais de Feu” était le terrain de jeu de Wen RuoHan. C’était là qu’il collectionnait des milliers d’instruments de torture destinés à faire souffrir les gens. Cela signifiait que Meng Yao n’était pas disposé à donner à Nie Mingjue une mort directe. Il voulait l’emmener à la salle de torture de Wen RuoHan et le manipuler avec les instruments qu’il avait lui-même conçus jusqu’à ce que mort s’ensuive.

En écoutant les deux parler de la façon de s’occuper de lui en plaisantant, Nie MingJue sentit des flammes déchaînées faire bouillir le sang dans son cœur.

« Pourquoi s’ennuyer avec quelqu’un déjà à moitié mort ? répliqua Wen RuoHan.

— Voyons, ce n’est pas la bonne façon de procéder. Etant donné la robustesse du corps du chef de secte Nie, il est probable qu’il sera sur pied et en pleine forme après seulement quelques jours de repos.

— Fais comme bon te semble.

— Oui. »

Cependant, tandis qu’il répondait, un rayon de lumière froide extrêmement mince trancha et traversa l’espace.

Wen RuoHan se tut brusquement.

Des gouttelettes de sang chaud éclaboussèrent le visage de Nie MingJue. Il avait l’impression d’avoir ressenti quelque chose, essaya de lever les yeux et de voir ce qu’il se passait. Cependant, à cause de ses blessures graves, sa tête retomba sur le sol. Il ferma finalement les yeux.

Wei WuXian ne savait pas combien de temps s’était écoulé avant qu’il n’aperçoive enfin une lueur à travers ses paupières. Nie MingJue ouvrit lentement les yeux.

Dès qu’il se réveilla, il constata qu’un de ses bras était passé sur l’épaule de Meng Yao. Celui-ci continua à avancer, le portant autant qu’il le traînait.

« Chef de secte Nie.

— Wen RuoHan est mort ? »

Meng Yao sembla trébucher. Il répondit d’une voix tremblante :

« Il est probablement… mort. »

Il portait également quelque chose dans la main.

« Donne-moi le sabre », demanda Nie MingJue d’une voix basse.

Wei WuXian ne pouvait pas voir l’expression de Meng Yao. Il ne pouvait qu’entendre le sourire attristé dans sa voix: 

« Chef de secte Nie, dans la situation actuelle, je vous prie de ne pas songer encore à me découper avec votre sabre… »

Nie MingJue resta silencieux un moment. Après avoir rassemblé ses forces, il lui arracha le sabre. Même si Meng Yao était agile, la force pure pouvait tout surpasser. Une fois l’arme récupérée, il sauta immédiatement sur le côté.

« Chef de secte Nie, vous êtes toujours blessé. »

Son sabre à la main, Nie MingJue affirma froidement : 

« Tu les as tués. »

Les cultivateurs qui avaient été détenus avec lui.

« Chef de secte Nie, vous devez comprendre. Dans une telle situation… je n’avais pas le choix. »

Ce que Nie MingJue détestait le plus, c’était ce genre de paroles irresponsables. Fulminant, il se jeta en avant avec son sabre : 

« Tu n’avais pas le choix ? La décision de faire quelque chose ou pas dépendait de toi, tout comme celle de les tuer ou non ! »

Meng Yao esquiva et protesta :

« Cela dépendait-il vraiment de moi ? Chef de secte Nie, si nous voyons chacun les choses du point de vue de l’autre… »

Nie MingJue savait ce qu’il voulait dire et le coupa :

« Nous ne le ferons pas ! »

Meng Yao semblait aussi avoir épuisé toute son énergie. Il essaya d’éviter les attaques, mais il glissa presque, révélant à quel point la situation dans laquelle il se trouvait était périlleuse. Après avoir pris un moment pour reprendre son souffle, ce fut comme s’il explosait enfin. Il s’écria soudain : 

« ChiFeng-Zun !!! Ne comprenez-vous pas que si je ne les avais pas tués, c’est alors vous qui seriez mort ?!! ​​»

Cela équivalait à dire : « Je suis celui qui vous a sauvé la vie, vous ne pouvez donc pas me tuer, sinon ce serait immoral ». Cependant, Jin GuangYao était bien digne de sa réputation: en conservant le même sens mais avec une formulation différente, il avait réussi à donner l’apparence d’un sentiment de frustration contenue et de tristesse réservée. Comme il s’y attendait, le mouvement de Nie MingJue s’interrompit. Des veines palpitaient sur son front.

Après une longue pause, il serra la garde de son sabre et s’exclama :

« Très bien! Je me tuerai après t’avoir tué ! »

Meng Yao s’était recroquevillé juste après sa précédente explosion. En voyant Baxia se diriger vers lui, il s’enfuit aussitôt en courant, mort de peur. L’un frappait comme un dément et l’autre fuyait de la même manière. Ils titubaient tous les deux, toujours trempés de sang. Devant une scène aussi amusante, tandis que Wei WuXian tentait de découper le futur Chef Cultivateur, intérieurement, il se fendait les côtes de rire. Il songea que si Nie MingJue n’avait pas été gravement blessé et spirituellement affaibli, Meng Yao serait probablement déjà mort.

Au milieu de l’action, une voix surprise interpella soudain : 

« MingJue-xiong ! »

Une silhouette vêtue de robes blanches et immaculées sortit de la forêt. C’était comme si Meng Yao venait de voir un dieu descendre des Cieux. Il accourut rapidement et se cacha derrière le dos du nouvel arrivant. 

« ZeWu-Jun !!! ZeWu-Jun !!! »

Nie MingJue était aveuglé par sa rage. Il ne saisit même pas l’opportunité de demander pourquoi Lan XiChen était là quand il hurla : 

« XiChen, bouge ! »

Les coups de Baxia étaient si menaçants que Shuoyue fut dégainée. Lan XiChen l’arrêta, à moitié pour le soutenir et à moitié pour bloquer ses attaques.

« MingJue-xiong, calme-toi ! Pourquoi te donner tant de mal ?

— Pourquoi ne demandes-tu pas ce qu’il a fait ?! »

Lan XiChen se retourna pour regarder Meng Yao : son visage était terrorisé.Il bégayait comme s’il n’osait pas parler.

« À l’époque, commença Nie MingJue, après avoir fui Langya, je me demandais pourquoi je ne pouvais pas te retrouver quoi que je fasse ! Tu es donc devenu le subordonné des chiens Wen et as rejoint le côté du tyran de la Cité du Ciel Sans Nuit ! 

— MingJue-xiong », le coupa Lan XiChen.

Il interrompait rarement les autres. Nie MingJue hésita. Lan XiChen poursuivit :

«Sais-tu qui est celui qui t’a fourni les cartes des formations stratégiques de la secte QishanWen les fois dernières ?

— Toi.

— Je ne faisais que les transmettre. Sais-tu qui était la source de toutes ces informations ? »

Dans de telles circonstances, il n’était pas difficile de comprendre ce qu’il voulait dire. Nie MingJue regarda Meng Yao, qui se tenait derrière Lan XiChen, la tête basse. Ses sourcils tressaillirent involontairement, comme s’il ne pouvait croire les faits.

« Il n’y a pas lieu de douter, continua Lan XiChen. Aujourd’hui aussi, je ne suis venu  vous aider qu’après qu’il m’a contacté. Sinon, comment aurais je-pu simplement apparaître ici comme par hasard ? »

Nie MingJue était incapable de dire quoi que ce soit.

« Après l’incident de Langya, ajouta Lan XiChen, A-Yao était plein de remords, mais il avait peur de tomber sur toi. Il ne pouvait qu’infiltrer la secte QishanWen et se rapprocher de Wen RuoHan, puis m’écrire des lettres en secret. Au début, je ne savais pas non plus qui était la personne qui envoyait les lettres. Je n’ai réalisé qui il était qu’après avoir découvert quelques indices grâce à certaines coïncidences. »

Il se tourna vers Meng Yao, puis baissa la voix : 

« Ne l’as-tu pas dit à MingJue-xiong ?

— … »

Tout en pressant la blessure sur son bras, Meng Yao parvint à sourire : 

« ZeWu-Jun, vous l’avez vu vous-même. Même si je l’avais dit, le chef de secte Nie ne m’aurait pas cru. »

Nie MingJue resta silencieux, tandis que Baxia et Shuoyue continuaient à se bloquer mutuellement. Meng Yao jeta un coup d’œil à la lueur du sabre et de l’épée qui s’affrontaient, le regard plein de crainte. Après un certain temps, cependant, il fit tout de même un pas en avant. Il s’agenouilla devant Nie MingJue.

« Meng Yao ? s’étonna Lan XiChen.

— Chef de secte Nie, murmura Meng Yao, lorsque nous étions au Palais du Soleil, bien que ce fut pour maintenir la confiance de Wen RuoHan, je vous ai effectivement fait du mal et dit des choses inappropriées. J’ai délibérément touché là où ça faisait mal, sachant que le décès du précédent chef de secte Nie vous a profondément blessé… Bien que je n’avais pas d’autre choix, je suis tout de même vraiment désolé.

— Ce n’est pas devant moi que tu devrais t’agenouiller, mais devant les cultivateurs que tu as tués de tes propres mains.

— Wen RuoHan avait un caractère cruel. À la moindre désobéissance, il réagissait comme s’il devenait fou. Puisque je faisais semblant d’être quelqu’un en qui il pouvait avoir confiance, comment pouvais-je ne rien faire quand d’autres l’insultaient ? Donc…

— Bien. On dirait que tu as l’habitude de faire ce genre de choses.

— J’étais à Qishan », soupira Meng Yao.

Lan XiChen soupira également tout en maintenant sa garde : 

« MingJue-xiong, il était sous couverture à Qishan, et parfois il y avait des choses qui… ne pouvaient être empêchées. Quand il les faisait, au fond de son cœur, il était aussi… »

En son for intérieur, Wei WuXian secoua la tête : “ZeWu-Jun est toujours… trop gentil, trop pur.”

Après réflexion, cependant, il conclut qu’il n’était autant sur ses gardes contre Jin GuangYao que parce qu’il avait déjà des soupçons, alors que le Meng Yao devant Lan XiChen était quelqu’un qui s’était infiltré sans avoir le choix, endurant seul les humiliations. Ils avaient tous deux des points de vue différents, alors comment comparer leurs sentiments ?

Un moment après, Nie MingJue leva néanmoins son sabre. 

« MingJue-xiong ! »

Meng Yao ferma les yeux. Lan XiChen resserra son emprise sur Shuoyue.

« S’il te plait, excuse… »

Avant qu’il ne puisse terminer sa phrase, l’éclat argenté de la lame s’abattit violemment sur un rocher à côté.

Meng Yao tressaillit sous le bruit de tonnerre du rocher se brisant. Regardant par-dessus, il vit qu’il avait été coupé en deux , de haut en bas.

Malgré tout, au final, il ne pouvait pas abattre son sabre sur lui. Baxia dégainée, Nie MingJue s’éloigna et ne se retourna jamais.

Maintenant que Wen RuoHan était mort, même s’il restait encore des membres de QishanWen, c’était sans espoir pour eux : leur défaite était gravée dans le marbre.

Et Meng Yao, qui avait fait maints sacrifices pour s’infiltrer dans la Cité du Ciel Sans Nuit pendant des années devint célèbre immédiatement après la bataille.

Autrefois, Wei WuXian avait trouvé cela étrange aussi. Après que Meng Yao avait trahi la secte QingheNie, la relation entre Nie MingJue et lui n’avait plus été la même qu’avant. Donc pourquoi étaient-ils devenus frères jurés plus tard ? D’après ses observations, outre le fait que Lan XiChen avait mis le sujet sur la table, ayant toujours espéré que les deux se réconcilieraient, le facteur le plus important était probablement la gratitude pour lui avoir sauvé la vie et avoir écrit les lettres. Pour être exact, ses combats passés avaient plus ou moins dépendu des informations que Meng Yao avait envoyées par le biais de Lan XiChen. Il pensait toujours que Jin GuangYao était un talent comme on en rencontrait rarement et avait l’intention de le ramener sur la bonne voie. Cependant, celui-ci n’était plus son subordonné. Ce n’était qu’une fois devenu son frère juré qu’il aurait le statut et la position pour exhorter Jin GuangYao comme il disciplinait son jeune frère, Nie HuaiSang.

Après la fin de la Campagne de la Chute du Soleil, la secte LanlingJin organisa un banquet fleuri qui dura plusieurs jours, invitant d’innombrables cultivateurs, d’innombrables sectes à venir se réjouir avec eux.

Les gens allaient et venaient dans la Tour des Carpes Dorées. Depuis le point de vue surélevé de Nie MingJue, Wei WuXian voyait la foule se scinder systématiquement sur son passage, et il recevait de part et d’autre des signes de tête respectueux tandis qu’on le saluait en l’appelant « ChiFeng-Zun ». “Une telle démonstration d’extravagance pourrait même atteindre les cieux, pensa Wei WuXian. Tous ces gens craignent et respectent Nie MingJue. Il y en a pas mal qui me craignent, mais pas tant qui me respectent.”

Jin GuangYao se tenait au pied du palais. Maintenant qu’il était devenu le frère juré de Nie MingJue et Lan XiChen, et avait été accepté dans son clan, il avait peint entre ses sourcils la marque vermeille et avait revêtu les robes blanches aux bordures dorées frappées d’Étincelles d’Or dans la Neige. Portant un chapeau de gaze, il était presque méconnaissable. Toujours aussi séduisant, son intelligence était la même, mais son air était plus calme qu’il ne l’avait jamais été.

Wei WuXian fut surpris de trouver à ses côtés une figure familière.

Xue Yang.

À cette époque, Xue Yang était encore assez jeune. Bien que ses traits étaient encore enfantins, il paraissait déjà plutôt grand. Il portait lui aussi une robe Étincelles d’Or. Debout à côté de Jin GuangYao, il faisait penser à une brise de printemps soufflant dans les saules, plein d’un talent juvénile. Tous deux semblaient parler de quelque chose d’amusant. Jin GuangYao sourit, faisant un geste de la main. Les deux échangèrent un regard, et Xue Yang éclata de rire. Avec nonchalance, il regardait les cultivateurs qui se promenaient. Ses yeux étaient remplis d’un mépris désinvolte, comme si tous les autres n’étaient que des ordures ambulantes. Quand il aperçut Nie MingJue, il ne montra aucunement la même peur que les autres. Au contraire, il sourit, laissant voir ses canines brillantes. Jin GuangYao remarqua que l’expression de Nie MingJue n’était guère avenante. Avec hâte, il refoula son sourire et chuchota quelque chose à Xue Yang. Ce dernier fit un signe de la main, puis fusa dans une autre direction.

Jin GuangYao s’approcha et s’adressa à Nie Mingjue avec déférence : 

« Da-ge.

— Qui était-ce ? »

Après un moment d’hésitation, Jin GuangYao répondit prudemment : 

« Xue Yang. »

Nie MingJue fronça les sourcils.

« Xue Yang de Kuizhou ? »

Jin GuangYao hocha la tête. Dès son plus jeune âge, Xue Yang avait sinistre réputation. Wei WuXian sentit clairement les sourcils de Nie MingJue se froncer encore plus. Il reprit : 

« Pourquoi perds-tu ton temps avec une personne pareille ?

— La secte LanlingJin l’a recruté », expliqua Jin GuangYao.

Il n’osa pas objecter davantage. Sous prétexte qu’il devait s’occuper des invités, il se précipita de l’autre côté de la salle. Nie MingJue secoua la tête et se retourna. Alors qu’il faisait volte face, Wei WuXian sentit immédiatement ses yeux s‘éclairer. C’était comme si la neige s’était mise à tomber du ciel, flottant vers une allée illuminée par le clair de lune. Côte à côte, Lan XiChen et Lan WangJi s’approchèrent.

Les Deux Jades de Lan se tenaient ensemble, l’un avec un xiao, l’autre avec un guqin ; l’un chaleureux et doux, l’autre froid et austère. Néanmoins, l’un et l’autre étaient pareillement époustouflants, similairement positionnés, vraiment de la même étoffe, mais avec deux auras différentes. Rien d’étonnant à ce que les gens les fixent à chaque fois et s’émerveillent d’un tel tableau.

Le Lan WangJi de cette époque possédait encore une certaine naïveté sur les bords, mais l’expression froide qui maintenait tout le monde à distance respectable était la même. Les yeux de Wei WuXian se fixèrent immédiatement sur son visage, incapables de s’en détacher. Peu importait qu’il l’entende ou non, Wei WuXian s’exclama joyeusement :

« Lan Zhan ! Tu me manques tellement ! Hahahahahahaha ! »

Soudain, quelqu’un prit la parole :

« Chef de secte Nie, chef de secte Lan. »

Au son familier de cette voix, le cœur de Wei WuXian fit un bond. Nie MingJue se retourna encore une fois. Jiang Cheng s’était approché, vêtu de violet, la main sur son épée.

Et la personne qui se tenait à côté de lui n’était autre que Wei WuXian lui-même.

Il se vit marcher les mains derrière le dos, tout habillé de noir. Il portait une flûte couleur d’encre à la ceinture, de laquelle pendait une pampille cramoisie. Debout au plus près de Jiang Cheng, il inclina la tête vers eux en signe de respect. Avec une attitude légèrement arrogante, il affichait un air profondément dédaigneux. Tandis que Wei WuXian voyait la posture de son alter-ego plus jeune, il grinça des dents jusqu’à la racine. Il se trouvait vraiment prétentieux, et mourait d’envie se frapper lui-même.

Lan WangJi avait également aperçu Wei WuXian à côté de Jiang Cheng. Le bout de ses sourcils trembla légèrement. Un instant plus tard, ses yeux clairs se détournèrent, regardant à nouveau droit devant avec calme et dignité. Jiang Cheng et Nie MingJue hochèrent la tête l’un vers l’autre d’un air grave. Aucun d’eux n’avait rien à raconter de superflu. Après un salut rapide, chacun vaqua à ses occupations. Wei WuXian vit son alter-ego vêtu de noir promener son regard aux alentours jusqu’à ce qu’il aperçoive enfin Lan WangJi. Il eut l’air d’être sur le point de parler quand Jiang Cheng arriva et se plaça près de lui. La tête baissée, ils échangèrent quelques mots, l’expression sérieuse. Wei WuXian éclata de rire. Toujours en compagnie de Jiang Cheng, il s’éloigna. Les gens autour d’eux se déplacèrent également pour leur laisser place.

Wei WuXian y réfléchit intensément—de quoi avaient-ils parlé, déjà ? Au départ, il ne put s’en rappeler, quoi qu’il fasse. Il ne s’en souvint qu’après avoir lu sur leurs lèvres à travers les yeux de Nie MingJue. À l’époque, ce qu’il avait dit, c’était : “Jiang Cheng, ChiFeng-Zun est tellement plus grand que toi, haha !”

Et Jiang Cheng avait répondu : “Dégage. Tu veux mourir ?”

Le regard de Nie MingJue se détourna à nouveau.

« Pourquoi Wei Ying ne porte-t-il pas son épée ? »

Porter son épée équivalait à porter une tenue d’apparat. Dans un tel événement, c’était un signe de respect de l’étiquette non négligeable. C’était tout particulièrement important pour les membres des sectes proéminentes. Lan WangJi répondit d’un ton indifférent : 

« Il a probablement oublié. »

Nie MingJue leva un sourcil.

« Il est même capable d’oublier une chose pareille ?

— Cela n’a rien d’extraordinaire », commenta Lan WangJi.

”Eh bien, eh bien, pensa Wei WuXian, ça dit du mal de moi derrière mon dos. Là, je t’ai pris sur le fait.”

Lan XiChen sourit. 

« Le jeune maître Wei a auparavant expliqué qu’il ne voulait se soucier d’aucune de ces formalités ronflantes. Sans parler de porter son épée, s’il ne porte même pas son uniforme, que peuvent y faire les autres ? Il est encore si jeune. »

Entendre de la bouche d’une autre personne les paroles arrogantes qu’il avait jadis prononcées suscita en lui un sentiment indescriptible. Wei WuXian avait un peu honte, mais il ne pouvait rien y faire non plus. Soudain, il entendit Lan WangJi marmonner à mi-voix :

« Si désinvolte. »

Sa voix était extrêmement douce, comme s’il ne s’adressait qu’à lui-même. Les deux mots heurtèrent les oreilles de Wei WuXian, et, pour une raison ou pour une autre, son cœur manqua quelques battements.

Lan XiChen tourna son regard vers son frère.

« Hmm ? Pourquoi es-tu toujours là ?

Lan WangJi était quelque peu confus. Le visage impassible, il répondit:

« Mon frère est ici, alors je suis ici aussi, bien sûr.

— Pourquoi ne l’as-tu pas encore rejoint pour converser? Ils seront bientôt loin. »

Wei WuXian trouva cela plutôt étrange. “Pourquoi ZeWu-Jun a-t-il dit cela ? Se pourrait-il que Lan Zhan avait quelque chose à me dire ?”

Avant qu’il ne puisse voir la réaction de Lan WangJi, une série de clameurs s’éleva soudainement à l’autre bout de la salle. Wei WuXian s’entendit crier de rage : 

«Jin ZiXuan ! As-tu oublié ce que tu as dit et ce que tu as fait ? Que cherches-tu à faire là, maintenant ?!»

Wei WuXian se souvint. C’était donc cette fois là !

En face, Jin ZiXuan fulmina aussi : 

« Je demandais au chef de secte Jiang, pas à toi ! Et celle dont je demandais des nouvelles est la Demoiselle Jiang. En quoi cela te concerne-t-il ?! 

— Exactement ! En quoi ma shijie te concerne ? À l’époque, qui regardait les autres de haut ?

— Chef de secte Jiang : c’est le banquet fleuri organisé par notre secte, et il s’agit d’un membre de la vôtre ! Allez-vous le maîtriser ou non ?! 

— Pourquoi se disputent-ils encore ? » demanda Lan XiChen.

Lan WangJi regarda vers eux, mais ses pieds restèrent fixés au sol. Un moment après, comme s’il s’était finalement décidé à faire quelque chose, il s’avança. Il était sur le point de se rendre là-bas quand la voix de Jiang Cheng s’éleva : 

« Wei WuXian, tu peux juste la fermer. Jeune Maître Jin, je suis navré. Ma sœur se porte assez bien. Merci de votre sollicitude. Nous pourrons en discuter la prochaine fois. »

Wei WuXian rit froidement.

« La prochaine fois ? Il n’y aura pas de prochaine fois ! Qu’elle se porte bien ou non, ce n’est pas son affaire de toute façon ! Pour qui se prend-il ? »

Il se retourna et commença à partir. Jiang Cheng s’écria : 

« Reviens ici ! Où vas-tu ? »

Wei WuXian agita la main. 

« N’importe où conviendra ! Tant que je n’ai pas à voir sa tête. De toute manière, je n’ai jamais voulu venir. Tu peux gérer toi-même tout ce qu’il y a à gérer ici. »

Abandonné par Wei WuXian, le visage de Jiang Cheng s’assombrit immédiatement. Jin GuangYao s’était occupé de toutes sortes de choses à l’intérieur et à l’extérieur. Il faisait face à chaque invité avec un sourire, et à chaque problème avec une initiative. Voyant que quelque chose s’était mal passé par là, il surgit de nouveau :

« Jeune Maître Wei, attendez je vous prie ! »

Les mains derrière le dos, Wei WuXian marchait d’un pas rapide. Son visage était sombre et il ne prêtait attention à personne. Lan WangJi fit un pas vers lui, mais avant même qu’il n’eut la chance de parler, leurs épaules se frôlèrent et se détachèrent l’une de l’autre.

Jin GuangYao ne put rattraper Wei WuXian. Il tapa du pied sur le sol et soupira : 

« Et le voilà parti. Chef de secte Jiang, que… mais que puis-je faire ? »

Jiang Cheng réprima son expression orageuse. 

« Ne faites pas attention à lui. Regardez donc comme il est impoli. Il a l’habitude de n’en faire qu’à sa tête à la maison. »

Il se mit alors à converser avec Jin ZiXuan.

En les regardant tous les deux, Wei WuXian poussa un long soupir silencieux. Le bon côté des choses était que Nie MingJue ne s’intéressait pas vraiment à ce qui se passait là. Il détourna rapidement les yeux et Wei WuXian n’eut plus à les voir.

— — —

Résidence de la secte QingheNie, le Domaine Impur.

Nie MingJue était assis sur une natte. Un guqin reposait horizontalement devant Lan XiChen alors qu’il passait ses doigts sur les cordes. Quand la musique prit fin, Jin GuangYao rit.

« Eh bien, maintenant que j’ai entendu le talent de Er-ge au guqin, je n’ai plus qu’à briser le mien dès mon retour chez moi.

— Ton talent est également considéré comme remarquable en dehors de Gusu. Ta mère t’a-t-elle appris à jouer ?

— Non. J’ai appris seul en regardant les autres. Elle ne m’a jamais enseigné de telles choses. Elle m’a seulement appris à lire et à écrire, et a acheté tout un tas de manuels d’escrime et de cultivation coûteux pour que je puisse m’entraîner.

Lan XiChen semblait surpris :

« Des manuels d’escrime et de cultivation ?

Er-ge, tu n’en as jamais vus auparavant, n’est-ce pas ? Ces petits livrets vendus par les gens du commun. Des croquis de figures humaines enchevêtrées,  accompagnés de légendes volontairement absconses. »

Lan XiChen secoua la tête en souriant. Jin GuangYao fit de même :

« Ce sont tous des arnaques, surtout conçus pour tromper des femmes comme ma mère et des enfants ignorants. On ne perd rien à s’entraîner avec, mais on n’y gagne définitivement rien non plus. »

Il soupira tristement et reprit : 

« Mais comment ma mère aurait-elle pu le savoir ? Elle les a achetés, peu importait leur prix, en disant que si je retournais voir mon père à l’avenir, je devais lui faire face avec autant de compétences que possible pour ne pas prendre de retard. Tout l’argent qu’elle gagnait était dépensé pour cela. »

Lan XiChen pinça les cordes du guqin.

« Tu es très talentueux, tu te débrouilles si bien en ayant simplement observé les autres. Si un maître pouvait te guider, tu pourrais t’améliorer très rapidement. »

Jin GuangYao sourit largement.

« Le maître est juste sous mes yeux, mais jamais je n’oserais le déranger.

— Et pourquoi pas ? Jeune maître, asseyez-vous, je vous prie. »

Et Jin GuangYao s’assit devant lui, le dos droit, immobile. Il fit comme s’il était un élève qui écoutait humblement les conseils : 

« Professeur Lan, qu’allez-vous m’apprendre ?

— Que penses-tu de Son de Lucidité ? »

Les yeux de Jin GuangYao s’éclairèrent, mais avant qu’il ne puisse parler, Nie MingJue leva les yeux : 

« Son de Lucidité est l’un des enseignements exclusifs de la secte GusuLan. Tu ne devrais pas la faire fuiter. »

Lan XiChen, cependant, ne semblait pas s’en soucier. Il sourit :

« Son de Lucidité est différent de Tonalité d’Éradication dans la mesure où son utilité est de vider l’esprit. Je serais bien égoïste de garder pour moi une telle technique thérapeutique. D’ailleurs, pourquoi l’enseigner à San-ge serait considéré comme une fuite ? »

Voyant qu’il s’était décidé, Nie MingJue n’ajouta rien de plus.

Un jour, au moment où il retournait dans le hall principal du Domaine Impur, il vit une douzaine d’éventails, tous bordés d’or, posés à plat les uns à côté des autres devant Nie HuaiSang, qui les caressait tendrement, marmonnant tandis qu’il comparait les inscriptions écrites sur chacun d’entre eux. Immédiatement, des veines pulsèrent sur le front de Nie MingJue.

« Nie HuaiSang ! »

L’interpellé tomba instantanément.

La terreur l’avait vraiment mis à genoux, il ne parvint à se relever maladroitement qu’après avoir fini de s’agenouiller.

« G-g-g-grand frère. »

— Où est ton sabre ? »

Nie HuaiSang se recroquevilla : 

« Dans… dans ma chambre. Non, sur le terrain d’entraînement. Non, laisse-moi… réfléchir… »

Wei WuXian pouvait sentir que Nie MingJue voulait presque le tuer sur le champ.

« Tu amènes une douzaine d’éventails avec toi où que tu ailles, mais tu ne sais même pas où est ton propre sabre ?!

— Je vais aller le trouver tout de suite ! se hâta Nie HuaiSang.

— C’est inutile ! Même si tu le trouves, tu n’en tireras rien. Va plutôt brûler tout ça ! »

Le visage de Nie HuaiSang devint livide. Il se précipita pour récupérer tous les éventails dans ses bras, en suppliant : 

« Non, grand frère ! Tous ceux-là m’ont été offerts ! »

Nie MingJue claqua sa paume sur une table, la faisant craquer : 

« Qui a fait ça ? Dis-lui de se montrer ici et maintenant ! 

— C’est moi », répondit une voix.

Jin GuangYao entra dans le hall. Nie HuaiSang ressemblait à quelqu’un ayant vu un chevalier en armure étincelante : 

« San-ge, tu es là ! » s’exclama-t-il en rayonnant.

En réalité, ce n’était pas que Jin GuangYao pouvait calmer la colère de Nie MingJue, mais plutôt que dès que Jin GuangYao arrivait, toute sa colère était dirigée contre lui seul, ne lui laissant plus le temps de gronder les autres. Ainsi, dire qu’il était le chevalier en armure brillante de Nie HuaiSang n’était pas faux. Ce dernier était absolument ravi. Il salua Jin GuangYao encore et encore tandis qu’il attrapait les éventails à la hâte. Devant sa réaction, Nie MingJue était tellement indigné qu’il trouva cela presque amusant. Il se tourna vers Jin GuangYao.

« Ne lui envoie pas ces choses inutiles ! »

Dans sa hâte, Nie HuaiSang laissa tomber quelques éventails au sol. Jin GuangYao les ramassa pour lui et les replaça dans ses bras.

« Les loisirs de HuaiSang sont plutôt élégants. Il se consacre à l’art et à la calligraphie et n’a aucune propension à jouer de mauvais tours. Comment peux-tu dire qu’ils sont inutiles ? »

Nie HuaiSang hocha la tête aussi vite qu’il le pouvait, 

« Oui, San-ge a raison !

— Mais les chefs de sectes n’ont pas besoin de telles choses.

— Je ne vais pas devenir un chef de secte, de toute façon. Tu peux continuer à l’être, grand frère. Je n’en ferai rien ! « 

Alors que le regard de son grand  frère le détaillait, il ferma immédiatement la bouche. Nie MingJue se tourna vers Jin GuangYao.

« Pourquoi es-tu ici ?

Er-ge a dit qu’il t’avait offert un guqin. »

Le guqin avait été offert lorsque Lan XiChen était venu pour jouer Son de Lucidité à Nie MingJue, afin de l’aider à calmer son humeur. Jin GuangYao poursuivit : 

« Da-ge, ces derniers jours, la secte GusuLan est à un point critique dans la reconstruction du Repaire des Nuages ​​et tu refuses de le laisser venir, c’est pourquoi il m’a appris Son de Lucidité. Je suppose que même si je ne suis pas aussi habile que Er-ge, je serai tout de même capable de t’aider à te calmer dans une certaine mesure, Da-ge.

— Occupe-toi de tes propres affaires. »

Nie HuaiSang, cependant, était plutôt intéressé, 

« San-ge, quelle chanson ? Puis-je écouter ? Si je puis me permettre, l’édition limitée que tu m’as donnée la dernière fois… »

— Retourne dans ta chambre ! » cria Nie Mingjue.

Nie HuaiSang s’enfuit aussitôt, non pas dans sa chambre, mais dans le salon pour récupérer les cadeaux que Jin GuangYao lui avait apportés. Avec toutes ces interruptions, la fureur de Nie MingJue s’était en grande partie éteinte. Il se retourna pour regarder Jin GuangYao, dont le visage semblait plutôt fatigué, ses robes Étincelles d’Or couvertes de poussière. Il s’était probablement rendu ici directement depuis la Tour des Carpes Dorées. Après une pause, Nie MingJue prit la parole :

« Assieds-toi. »

Jin GuangYao hocha légèrement la tête et s’assit comme il le lui était demandé.

« Da-ge, si tu t’inquiètes pour HuaiSang, des mots plus doux ne feront pas de mal. Pourquoi être si dur ?

— Même quand une lame est contre sa gorge, il reste comme ça. On dirait qu’il sera toujours un bon à rien.

— Ce n’est pas que Nie HuaiSang est un bon à rien, mais que son cœur est tourné vers autre chose.

— Évidemment, tu as clairement discerné vers quoi son cœur est tourné, n’est-ce pas ? »

Jin GuangYao sourit.

« Bien entendu. N’est-ce pas ce en quoi je suis le meilleur ? La seule personne que je ne peux pas discerner, c’est toi, Da-ge. »

Il savait ce que les gens aimaient et n’aimaient pas de façon à pouvoir trouver des solutions adaptées ; il adorait faire des commissions et pouvait abattre deux fois plus de travail que n’importe qui avec moitié moins d’effort. Par conséquent, Jin GuangYao pouvait dire qu’il avait un certain talent pour analyser les centres d’intérêt des autres. Nie MingJue était le seul dont il ne pouvait extraire la moindre information utile le concernant. Femmes, alcool, richesses—il ne touchait à rien de cela ; art, calligraphie, antiquités—rien de plus qu’un amas d’encre et de glaise ; les meilleures feuilles de thé ou les restes des étals sur le bord des routes—il n’y voyait aucune différence. Meng Yao avait essayé tout ce qui pouvait lui venir à l’esprit, pourtant il ne parvenait toujours pas à savoir s’il s’intéressait à quoi que ce soit en dehors de son entraînement au sabre et de tuer des chiens de Wen. Il était véritablement un mur de fer, impénétrable, même par la plus aiguisée des lames. Son ton laissant entendre qu’il se moquait de lui-même, Nie MingJue ne fut pas aussi dégoûté par ses paroles qu’il aurait pu l’être.

« Ne le conforte pas trop dans cette attitude. »

Jin GuangYao sourit légèrement avant de demander :

« Da-ge, où est le guqin d’Er-ge ? »

Nie MingJue lui indiqua la direction.

Depuis lors, Jin GuangYao prit l’habitude de voyager de Lanling à Qinghe tous les deux-trois jours, jouant Son de Lucidité pour aider Nie MingJue à atténuer sa rage. Il fit de son mieux, sans émettre la moindre complainte. Son de Lucidité était en effet efficace. Wei WuXian pouvait clairement sentir que l’énergie négative de Nie MingJue était réprimée. Et, quand Jin GuangYao jouait du guqin, de leur façon de converser et de s’entendre émanait même un soupçon de la paix qui régnait avant leur discorde. Il se mit à penser qu’il se pouvait que la soi-disant reconstruction du Repaire des Nuages n’était qu’une excuse. Peut-être que Lan XiChen voulait simplement donner à Nie MingJue et Jin GuangYao une chance d’apaiser leurs tensions.

Cependant, alors qu’il pensait tout juste à cela, une rage plus intense émergea.

Nie MingJue bouscula deux disciples qui n’osèrent pas l’arrêter et se dirigea directement vers le Jardin Fleurissant. Lan XiChen et Jin GuangYao discutaient  de quelque chose dans l’étude de ce dernier, l’expression solennelle. Des plans s’étalaient sur le bureau devant eux, couverts de notes de toutes les couleurs. Voyant comme Nie MingJue faisait irruption dans la pièce, Lan Xichen hésita quelque peu :

« Da-ge ?

— Ne fais pas un geste », ordonna Nie MingJue.

Il se tourna ensuite vers Jin GuangYao, déclarant froidement :

« Sors. »

Jin GuangYao se tourna vers lui, puis à nouveau vers Lan XiChen, et sourit.

« Er-ge, pourrais-tu s’il te plaît m’aider avec ce document ? J’ai quelques affaires privées dont je dois discuter avec Da-ge. Je vais devoir te demander de m’expliquer ça un peu plus tard. »

Le visage de Lan XiChen laissa transparaître son inquiétude, mais Jin GuangYao l’arrêta, puis suivit Nie MingJue hors du Jardin Fleurissant. Dès qu’ils furent proches du bord de la Tour des Carpes Dorées, Nie MingJue abattit sa paume vers lui.

Les disciples à côté étaient choqués. Jin GuangYao esquiva habilement le coup. Il leur signala de ne pas bouger tandis qu’il parlait à Nie MingJue.

« Da-ge, pourquoi tant de rage ? Calme toi.

— Où est Xue Yang ?

— Il a déjà été enfermé dans le donjon, emprisonné à vie…

— Que m’avais-tu dis à l’époque? »

Jin GuangYao demeura silencieux. Nie MingJue continua :

« Je voulais qu’il paie le prix du sang avec le sien, et toi, tu l’emprisonnes à vie ? »

Jin GuangYao répondit prudemment :

— Tant qu’il reçoit son châtiment, et qu’il ne peut sévir à nouveau, peut-être que payer le prix du sang et être emprisonné à vie est…

— Il en a fait de jolies choses, le bon cultivateur invité que tu as recommandé ! La situation en est déjà arrivée là et tu oses encore le défendre ?

— Je ne l’ai pas défendu, protesta Jin GuangYao. J’étais tout autant choqué que toi par le cas de la secte Changyang Yue. Comment aurais-je pu savoir que Xue Yang tuerait plus de cinquante personnes ? Mais mon père était décidé à le garder… 

— Choqué ? Qui l’a invité ? Qui l’a recommandé ? Qui avait tant d’égard pour lui ? N’utilise pas ton père comme excuse. Comment aurais-tu pu ne pas savoir ce que Xue Yang manigançait ? 

Da-ge, c’était vraiment les ordres de mon père, soupira Jin GuangYao. Je ne pouvais pas refuser. Que pourrais-je lui dire si tu veux que je me charge de Xue Yang maintenant ?

— Il n’y a besoin d’aucune explication. Reviens avec la tête de Xue Yang entre les mains. »

Jin GuangYao voulait répondre, mais Nie MingJue avait déjà perdu toute patience :

« Meng Yao, n’utilise pas ces mots prétentieux avec moi. Ton petit numéro ne marche plus sur moi depuis longtemps ! »

En quelques secondes, différents degrés de malaise traversèrent le visage de JinGuangYao, comme s’il était porteur d’une innommable maladie se retrouvant brusquement exposée en public. Il n’avait nulle part où se cacher.

« Mon petit numéro ? Quel numéro ? Da-ge, tu m’as toujours reproché à cor et à cri d’être calculateur avec les gens et d’avoir trop peu d’honneur. Tu dis que tu es une personne fière et juste, que tu n’as peur de rien, qu’un homme digne n’a pas à user de stratagèmes. Très bien. Tu es issu d’un milieu noble et ton niveau de cultivation est élevé. Mais qu’en est-il de moi ? Suis-je le même que toi ? D’abord, ma cultivation n’est pas aussi inébranlable que la tienne. Y a-t-il eu qui que ce soit pour me former depuis ma naissance ? En second lieu, je ne viens pas d’un milieu proéminent. Tu crois que ma position est stable, ici, au sein de la secte LanlingJin ? Tu crois qu’à partir du moment où Jin ZiXuan est mort, je peux m’élever hiérarchiquement ? Jin GuangShan préfère encore accueillir un autre enfant illégitime plutôt que de me laisser lui succéder ! Tu crois que je devrais n’avoir peur de rien ? Eh bien, j’ai peur de tout, et même de tout le monde ! Celui dont l’estomac est plein ne croit pas celui qui meurt de faim.

— Au final, tout ce que tu veux dire, c’est que tu ne veux pas tuer Xue Yang, que tu ne veux pas ébranler ta position au sein de la secte LanlingJin, répliqua froidement Nie MingJue.

— Bien sur que je ne veux pas ! »

Il leva la tête, une flamme inhabituelle dansant dans ses yeux.

« Mais, Da-ge, j’ai toujours voulu te demander quelque chose : les vies que tu as prises de tes mains sont de tout point de vue supérieures en nombre aux miennes, donc pourquoi ne cesses-tu pas de les remettre sur la table, encore jusqu’à présent,  alors que je n’ai tué que quelques cultivateurs dans une situation désespérée ? »

Nie MingJue était si enragé qu’il se mit à rire.

« Bien ! Je vais te donner ma réponse. D’innombrables âmes sont tombées sous mon sabre, mais je n’ai jamais tué par envie, et encore moins pour m’élever socialement !

Da-ge, je comprends ce que tu veux dire. Es-tu en train d’expliquer que tous ceux que tu as tué ont mérité leur mort ? »

Avec un courage sorti de nulle part, il rit et fit quelques pas vers Nie MingJue. Sa voix monta d’un cran aussi, et il demanda avec agressivité :

« Dans ce cas, si je puis me permettre, comment décides-tu exactement si quelqu’un mérite de mourir ? Tes standards sont-ils absolument infaillibles ? Si j’en tue un pour en sauver des centaines, le bien engendré surpassera-t-il le mal causé, ou mériterai-je la mort moi aussi ? Pour accomplir de grandes choses, des sacrifices sont nécessaires.

— Dans ce cas, pourquoi ne te sacrifies-tu pas toi-même ? Es-tu plus noble qu’eux de quelque façon que ce soit ? Es-tu différent d’eux ? 

Jin GuangYao le regarda fixement. Après un instant, il sembla avoir finalement décidé quelque chose, ou renoncé à quelque chose, et il répondit calmement :

« Oui. »

Il leva la tête. Son expression était à la fois fière, calme, et avec un soupçon de démence.

« Moi et eux, sommes, de toute évidence, différents ! »

Nie MingJue était furieux de ses mots et de son expression.

Il leva le pied. Cependant, Jin GuangYao ne l’évita et ne se défendit pas. Le coup atterrit droit sur lui, et il roula à nouveau comme un caillou jusqu’en bas de la Tour des Carpes Dorées.

Le regardant de haut, Nie MingJue s’écria :

« Ce n’est pas étonnant, de la part du fils d’une prostituée ! »

Jin GuangYao n’atterrit qu’après avoir dévalé plus de cinquante marches. Il ne resta même pas longtemps au sol avant de se relever en rampant. D’un geste de la main, il renvoya les serviteurs et les disciples qui l’entouraient. Dépoussiérant ses robes, il leva lentement la tête pour regarder Nie MingJue. Ses yeux étaient plutôt calmes, presque indifférents. Alors que Nie MingJue dégainait son sabre, Lan XiChen sortit du palais pour voir ce qui se passait, inquiet après avoir attendu si longtemps. Voyant la situation devant lui, il dégaina à son tour Shuoyue.

« Que s’est-il passé, cette fois ? »

Jin GuangYao : « Rien. Da-ge, merci de tes conseils. »

Nie MingJue : « Ne me retiens pas ! »

Lan XiChen : « Da-ge, rengaine d’abord ton sabre—ton âme est perturbée !

— Elle ne l’est pas. Je sais ce que je fais. C’est un cas désespéré. Si ça continue, il nuira au monde, c’est sûr. Plus tôt il mourra, plus tôt nous serons tranquilles ! »

Lan XiChen sursauta de surprise.

« Da-ge, de quoi parles-tu ? Ces derniers jours il est constamment allé et venu entre Lanling et Qinghe. Sa seule rétribution est-elle ta certitude qu’il est un cas désespéré ? »

Quand on avait affaire à quelqu’un comme Nie MingJue, rappeler le bien et le mal que les autres avaient faits était une bonne tactique. Comme il s’y attendait, il s’interrompit un court instant et jeta un regard à Jin GuangYao. Du sang coulait de son front, mais à part la blessure due à la chute, il y avait également une blessure plus ancienne, entourée de bandages. Elle n’avait été cachée que parce qu’il portait son chapeau de gaze noire. À présent, les deux plaies étaient ouvertes, il retira donc les bandages et en nettoya le sang avec. Il les jeta ensuite au sol et se tint là silencieusement, réfléchissant à des choses connues de lui seul. Lan XiChen se retourna :

« Tu peux rentrer. Je parlerai à Da-ge. »

Jin GuangYao s’inclina vers lui et s’en alla. Sentant la prise de Nie MingJue s’adoucir, Lan XiChen rangea son épée. Il tapota l’épaule de Nie MingJue pour le guider vers le côté.

« Da-ge, je crains que tu n’aies pas été mis au courant, commença Lan XiChen tout en marchant. San-ge est vraiment dans une situation terrible actuellement.

— À l’entendre, il semble être toujours dans des situations affreuses », rétorqua Nie MingJue d’une voix toujours aussi froide.

Malgré ces mots, il avait déjà rengainé son sabre. Lan XiChen poursuivit :

« Qui a dit qu’il ne l’était pas ? Il y a un instant, il t’a répondu, n’est-ce pas ? Penses-tu que c’est quelque chose qu’il avait l’habitude de faire ? »

Il était vrai que ce n’était pas le cas, que son comportement était inhabituel. Jin GuangYao n’était pas quelqu’un d’incapable de retenir ses émotions. Il savait que la meilleure façon de gérer Nie MingJue était de se faire petit. Une dispute explosive n’était en effet pas quelque chose qu’il provoquerait.

« Sa belle-mère ne l’a jamais apprécié, pour commencer. Depuis le trépas de ZiXuan-xiong, elle le frappe et le gronde souvent. Ces jours-ci, son père refuse aussi de l’écouter. Il a renvoyé toutes ses propositions. »

Wei WuXian se remémora les piles de plans sur la table et comprit. “Les tours de garde.”

Finalement, Lan XiChen conclut :

« Pour l’instant, ne l’accablons pas d’allégations trop nombreuses. J’ai foi en l’idée qu’il sait ce qu’il fait, tant qu’on lui laisse davantage de temps.

— J’espère bien. »

Wei WuXian pensait qu’après avoir pris un coup de pied de Nie MingJue, Jin GuangYao se tiendrait en retrait quelques temps. Cependant, quelques jours plus tard, il se rendit tout de même au Domaine Impur, comme d’habitude.

Nie MingJue était sur le terrain d’entraînement, et supervisait en personne les exercices au sabre de Nie HuaiSang. Il fit comme si Jin GuangYao n’était pas là, ce dernier resta donc au bord du terrain, attendant respectueusement. Comme Nie HuaiSang était peu intéressé, et que le soleil brillait fort, il ne mettait que peu de cœur à l’ouvrage, se plaignant qu’il était fatigué après seulement quelques mouvements. Il rayonna tandis qu’il s’apprêtait à à rejoindre Jin GuangYao pour voir quels présents celui-ci lui avait apporté cette fois. Par le passé, Nie MingJue aurait seulement froncé les sourcils devant une telle attitude, mais ce jour-là, il était énervé.

« Nie HuaiSang, veux-tu que ce coup atterrisse sur ton crâne ? Reviens là ! »

Si seulement Nie HuaiSang avait pu comme Wei WuXian sentir à quel point la colère de Nie MingJue était intense, il n’aurait pas souri aussi impudemment.

« Grand frère, le temps est écoulé. Il est l’heure de faire une pause !

— Tu as pris une pause il y a à peine trente minutes. Continue, jusqu’à ce que tu l’apprennes.

Nie HuaiSang était toujours aussi insouciant :

« Je ne réussirai pas à l’apprendre aujourd’hui de toute manière. J’ai fini pour aujourd’hui ! »

Il disait souvent cela, mais ce jour-là, la réaction de Nie MingJue fut totalement différente de par le passé.

« Un porc aurait réussi à l’apprendre depuis le temps, alors pourquoi ne l’as-tu pas fait ?! » s’écria-t-il

Ne s’étant sûrement pas attendu à ce que Nie MingJue explose si soudainement, le visage de Nie HuaiSang se figea sous le choc tandis qu’il se réfugiait auprès de Jin GuangYao. Les voyant tous les deux ensemble, Nie MingJue devint encore plus susceptible.

« Cela fait déjà un an et tu n’as toujours pas appris cet enchaînement au sabre. Tu restes sur le terrain pendant seulement trente minutes et puis tu te plains d’être fatigué. Tu n’as pas à exceller, mais tu ne peux même pas assurer ta propre protection ! Comment la secte QingheNie a-t-elle pu produire un bon à rien pareil ! Vous devriez tous les deux être attachés et battus une fois par jour. Qu’on sorte tous ces bibelots de sa chambre ! »

La dernière phrase était destinée aux disciples debout à côté du terrain. Les voyant partir, Nie HuaiSang eut l’impression de marcher sur des aiguilles. Un instant plus tard, la rangée de disciples avait vraiment sorti tous les éventails, les tableaux et les porcelaines de sa chambre. Nie MingJue avait toujours menacé de la brûler, mais il ne l’avait jamais réellement fait. Cette fois, cependant, il était sérieux. Nie HuaiSang paniqua et se jeta en avant :

« Grand frère ! Tu ne peux pas les brûler ! »

Remarquant que la situation était mauvaise, Jin GuangYao prit également la parole :

« Da-ge, n’agis pas sur une impulsion. »

Cependant, le sabre de Nie MingJue avait déjà frappé. Tous les objets délicats empilés au centre du terrain s’embrasèrent dans des flammes rugissantes. Nie HuaiSang gémit et plongea dans le feu pour les sauver. Jin GuangYao se hâta de le retenir : 

« HuaiSang, fais attention ! »

D’un geste de la main de Nie MingJue, les deux blancs de chine antiques se brisèrent en morceaux entre ses paumes. Les rouleaux et les peintures avaient déjà été réduits en poussière en une fraction de seconde. Nie HuaiSang ne pouvait que contempler, le regard vide, tandis que les objets adorés qu’il avait rassemblés au fil des ans se consumaient. Jin GuangYao saisit ses mains pour les examiner.

« Sont-elles brûlées ? »

Il se tourna vers quelques disciples : 

« Préparez d’abord des soins, je vous prie. »

Les disciples répondirent et s’en allèrent. Nie HuaiSang se tenait au même endroit, son corps entier tremblant alors qu’il regardait Nie MingJue, les yeux injectés de sang. Voyant que son expression n’était pas normale, Jin GuangYao passa son bras autour de ses épaules et murmura : 

« HuaiSang, comment te sens-tu ? Arrête de regarder. Retourne dans ta chambre et repose-toi. »

Les yeux de Nie HuaiSang étaient rouges. Il n’émit même pas un son. Jin GuangYao ajouta : 

« Tout va bien, même si ces choses ont disparu. La prochaine fois je pourrai t’en trouver d’autres… »

Nie MingJue l’interrompit de ses mots glaçants :

« Je les brûlerai chaque fois qu’il les ramènera dans cette secte. »

La colère et la haine traversèrent soudainement le visage de Nie HuaiSang. Il jeta son sabre par terre et cria : 

« Alors brûle-les !!! »

Jin GuangYao l’arrêta hâtivement : 

« HuaiSang ! Ton frère est toujours en colère. Ne… »

Nie HuaiSang rugit sur Nie MingJue :

« Sabre, sabre, sabre ! Bordel, mais qui veut s’exercer à cette putain de chose ?! Et si je veux être un bon à rien ?! Toute personne qui le désire peut être le chef de secte ! Si je ne peux pas l’apprendre, c’est que je ne peux pas l’apprendre et si je ne l’aime pas, c’est que je ne l’aime pas ! Quel intérêt y a-t-il à me forcer ?! »

Ch.48 | Index | Ch.50

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EvinRud
EvinRud
1 mois

Excellent!! Nouveau chapitre tant attendu. Merci beaucoup. Toujours autant de plaisir à te lire.

AruBiiZe
AruBiiZe
21 jours

On ne peut pas reproché à Meng Yao d’être stupide. ça non !
Parfois j’ai l’impression de voir un ‘dieu’. De décider de qui doit vivre ou mourir, etc… Mouais.
Certes son personnage a beaucoup de profondeur, de nuance, il est plein de vérité et de mensonges, mais je ne l’aime pas beaucoup ! x) Sorry

Nie MingJue peut-être vraiment dur parfois, excusez-moi, souvent ! lol
Mais il ne méritait pas une telle fin… 😮

Merci beaucoup pour ce chapitre qui m’a éclairé sur quelques points qui étaient encore obscures pour moi.
Vous avez du travailler comme des fous ! Ce chapitre est immense ! Bravo ! Et merci infiniment pour votre dur travail ! <3
A bientôt pour la suite ! Bisous