Mo Dao Zu Shi – Chapitre 50

Ch.49 | Index

Traduit par NoirSoleil, corrigé par Keliane.

Chapitre 50 : Ruse – Partie 5


Il jeta son sabre sur le côté et sortit du terrain en courant. Derrière, Jin GuangYao s’écria :

« HuaiSang ! HuaiSang ! »

Alors qu’il s’apprêtait à accourir à sa suite, Nie MingJue ordonna d’une voix froide :

« Arrête ! »

Jin GuangYao s’arrêta et se retourna. Réprimant sa colère, Nie MingJue lui lança un regard noir.

« Tu as encore l’audace de venir ?

— Je suis venu reconnaître mon erreur », répondit Jin GuangYao d’une voix basse.

“Quel culot : il est encore plus effronté que moi”, pensa Wei WuXian.

« As-tu jamais reconnu tes erreurs ? » rétorqua Nie MingJue. 

Alors que Jin GuangYao s’apprêtait à répondre, les disciples qui étaient allés chercher le remède revinrent.

« Chef de secte, LianFang-Zun, le Jeune Maître s’est enfermé à clé et ne veut laisser personne entrer.

— On verra combien de temps il peut s’enfermer. Comment ose-t-il me défier ?! »

Jin GuangYao s’adressa au disciple avec bienveillance :

« Merci. Donnez-moi le remède. Je le lui apporterai plus tard. »

Il prit la bouteille. Quand tout le monde fut parti, Nie MingJue se tourna vers lui :

« Que fais-tu ici, au juste ?

Da-ge, as-tu oublié ? C’est aujourd’hui que je joue du guqin pour toi. »

Nie MingJue lui répondit sans détour :

« Il n’y a pas à discuter au sujet de Xue Yang. Inutile d’essayer de m’amadouer. Ça ne fonctionne pas du tout.

— Premièrement, je ne t’amadoue pas. Deuxièmement, si ça ne fonctionne pas, Da-ge, alors pourquoi t’en soucies-tu ? » 

Nie MingJue resta silencieux.

« Da-Ge, ces derniers jours tu es de plus en plus sévère envers HuaiSang. Est-ce l’esprit du sabre…? » 

Après une pause, Jin GuangYao continua :

« HuaiSang n’est-il toujours pas au courant à ce propos ?

— Pourquoi lui en parlerai-je si tôt ? » 

Jin GuangYao soupira :

« HuaiSang a l’habitude d’être gâté, mais il ne peut rester toute sa vie l’insouciant Second Jeune Maître de Qinghe. Un jour il réalisera que tu fais tout ça pour lui, Da-ge, comme j’ai réalisé ce que tu fais pour moi. » 

“Bravo, bravo”, songea Wei WuXian. “Je n’aurai jamais osé dire de telles paroles même après deux vies, mais Jin GuangYao peut ajuster son intonation de façon à ce que ça ne sonne absolument pas étrange. Ça sonne même plutôt bien à l’oreille.”

« Si tu comprends vraiment, alors reviens me voir avec la tête de Xue Yang entre les mains. »

Contre toute attente, Jin GuangYao répondit presque instantanément :

« Oui. »  

Nie MingJue le regarda. Jin GuangYao lui rendit son regard et répéta :

« Oui. Da-ge, si tu me laisses une dernière chance, dans deux mois, je viendrai te trouver avec la tête de Xue Yang entre les mains.

— Et si tu en es incapable ?

— Si j’en suis incapable, tu pourras faire ce que tu veux de moi, Da-ge », répondit Jin GuangYao d’un ton ferme.

Wei WuXian commençait presque à avoir du respect envers Jin GuangYao.

Même s’il avait toujours eu peur de Nie MingJue, en fin de compte, il parvenait toujours à user d’une myriade de techniques oratoires pour l’amener à lui donner une autre chance. La nuit-même, comme si de rien n’était, Jin GuangYao joua de nouveau Son de Lucidité dans le Domaine Impur.

Sa promesse était aussi solennelle que possible. Cependant, Nie MingJue ne fut pas capable d’attendre ces deux mois.

Un jour, alors que la secte QingheNie accueillait une conférence d’arts martiaux, tandis que Nie MingJue dépassait une des dépendances, il entendit soudain une voix étouffée, qu’il reconnut comme celle de Jin GuangYao. Mais juste après, il entendit une autre voix familière.

« Puisque Da-ge a choisi de prêter serment avec toi, cela signifie qu’il t’a en effet accepté, murmura Lan XiChen.

— Mais, Er-ge, n’as-tu pas entendu ce qu’il a dit lors de la cérémonie ? répondit Jin GuangYao d’un ton abattu. Chaque phrase était lourde de sous-entendus. “Qu’il soit pointé par un millier de doigts accusateurs, que tous ses membres soient écartelés” : c’était clairement une mise en garde pour moi. Je… Je n’ai jamais entendu parler d’un tel serment auparavant.

— Il a précisé “si l’un d’entre nous pense autrement”. Penses-tu autrement ? répliqua Lan XiChen avec douceur. Si ce n’est pas le cas, pourquoi t’inquiètes-tu tant à ce sujet ?

— Bien sûr que non, mais Da-ge a déjà décidé qu’il en était ainsi, que puis-je y faire ?

— Il a toujours admiré ton talent, et espéré que tu choisirais la voie juste.

— Ce n’est pas que je ne sais pas ce qui est juste et ce qui ne l’est pas, mais c’est que, parfois, je ne peux pas faire autrement. Ces derniers temps, tout se passe mal peu importe le parti que je prends. Je ne m’en soucierais pas si c’était quelqu’un d’autre, mais ai-je maltraité Da-ge de quelque façon que ce soit ? Er-ge, tu l’as entendu toi aussi. Comment m’a-t-il appelé ? »

Lan XiChen soupira.

« Il était simplement trop submergé par sa colère pour réfléchir avant de parler. Le tempérament de Da-ge ne peut être comparé à ce qu’il était par le passé. Tu ne dois plus le provoquer. Ces derniers jours, il a été profondément troublé par l’esprit du sabre, et HuaiSang s’est encore disputé avec lui. Ils ne se sont, à ce jour, toujours pas réconcilié. »

Jin GuangYao sanglotait presque.

« S’il a pu dire de telles choses quand il était en colère, que pense-t-il alors de moi en temps normal ? Parce que je n’ai pas pu choisir mes origines, parce que ma mère n’a pu choisir son destin, devrai-je être humilié par les autres pour le restant de mes jours ? Si c’est ainsi, alors en quoi Da-ge est-il différent de ceux qui me regardent de haut ? Peu importe ce que je fais, en fin de compte, une seule phrase et je ne suis plus que « le fils d’une prostituée ». »

Jin GuangYao était en train de se plaindre à Lan XiChen, alors que la nuit précédente, il faisait l’innocent docile en discutant avec Nie MingJue en jouant du guqin. En l’entendant dire du mal de lui dans son dos, Nie MingJue s’embrasa de colère et ouvrit la porte d’un coup de pied. Des flammes de rage le traversèrent de la tête aux pieds. Un rugissement pareil au tonnerre explosa :

« Comment oses-tu ! »

En le voyant entrer, Jin GuangYao paniqua immédiatement et se précipita derrière Lan XiChen. Debout entre eux deux, ce dernier n’eut même pas la chance de prononcer un mot avant que Nie MingJue ne se jette sur eux avec son sabre dégainé. Lan XiChen bloqua l’attaque avec son épée et s’écria :

« Cours ! »

Jin GuangYao se précipita vers la porte. Nie MingJue bouscula Lan XiChen.

« Ne te mets pas en travers de ma route ! »

Il le poursuivit dehors. Tandis qu’il traversait un long couloir, il aperçut soudain Jin GuangYao s’avancer vers lui en marchant. Il le trancha d’un coup de sabre et du sang jaillit instantanément. Cependant, Jin GuangYao s’était clairement enfui en courant comme si sa vie en dépendait. Pourquoi serait-il revenu en arrière si nonchalamment ?

Après l’attaque, Nie MingJue reprit sa course, titubant. Arrivant à une place, il leva la tête et reprit son souffle. Wei WuXian pouvait entendre à quel point son cœur battait fort.

Jin GuangYao !

Tous ceux présents sur la place avaient l’apparence de Jin GuangYao !

Nie MingJue était en train d’avoir une déviation de qi !

Il délirait, ne pensant à rien d’autre que tuer, tuer, tuer tuer tuer, tuer Jin GuangYao. Il attaquait tous ceux qu’il croisait. Des cris terrifiés s’élevaient de toutes parts. Brusquement, Wei WuXian entendit quelqu’un glapir : 

« Grand frère ! »

Au son de cette voix, Nie MingJue frissonna et se calma légèrement. Il se retourna et put enfin discerner un visage différent de la masse floue arborant les traits de Jin GuangYao.

Agrippant un bras blessé, Nie HuaiSang traînait sa jambe derrière lui, avançant désespérément vers Nie MingJue. Voyant qu’il s’était enfin arrêté, un sourire illumina son visage larmoyant.

« Grand frère, grand frère ! C’est moi, baisse ton sabre, c’est moi ! »

Cependant, avant que Nie HuaiSang puisse se rapprocher, Nie MingJue s’effondra.

Avant sa chute, la vue de Nie MingJue s’éclaircit enfin et il aperçut le vrai Jin GuangYao.

Il se tenait au bout du couloir. Il n’avait pas une tache de sang sur lui. Il regardait vers lui, deux sillons de larmes coulaient sur ses joues.

Les Étincelles d’Or dans la Neige fleurissaient impétueusement sur son torse. Elles semblaient sourire à sa place.

Soudain, Wei WuXian entendit une voix l’appeler au loin. La voix était à la fois profonde et froide. Le premier appel fut plutôt indistinct. Le second, beaucoup plus clair. Il put même y distinguer un indiscernable soupçon d’inquiétude.

Quant au troisième, il put l’entendre parfaitement.

« Wei Ying ! »

En l’entendant, Wei WuXian s’extirpa instantanément hors de l’Empathie !

Il était toujours dans le fragile bonhomme de papier, collé au casque qui scellait la tête de Nie MingJue. Il défit le nœud qui attachait la coque de fer qui lui couvrait la vue, révélant des yeux injectés de sang, exorbités par la rage.

Il ne lui restait plus beaucoup de temps. Il devait retourner à son enveloppe charnelle immédiatement !

WuXian-de-papier battit des manches et s’envola comme un papillon. Toutefois, juste au moment où il passait de l’autre côté du rideau, il aperçut quelqu’un se tenant dans un coin obscur de la pièce secrète. Jin GuangYao sourit. Sans dire un mot, il tira l’épée souple [1] à sa taille. C’était Hensheng [2], sa célèbre épée.

À l’époque où Jin GuangYao travaillait sous couverture auprès de Wen RuoHan, il dissimulait souvent son épée autour de la taille ou en l’enroulant autour de son bras pour ne la sortir qu’en cas d’urgence. Bien que la lame de Hensheng semblait flexible jusqu’à la pointe et attaquait avec des mouvements ondoyant, elle était aussi tranchante qu’insidieuse. Une fois que l’épée était enroulée autour de l’ennemi, Jin GuangYao y appliquait une étrange technique spirituelle, et, malgré son apparence inoffensive, la victime se retrouvait rapidement découpée en morceaux. Quelques fameuses épées avaient été réduites à de simples tas de ferrailles ainsi. À cet instant, la lame attaquait à la façon d’un serpent aux écailles d’argent, fusant sur le bonhomme de papier sans la moindre hésitation. S’il baissait sa garde un instant, Wei WuXian se retrouverait prit dans ses crocs !

WuXian-de-papier se précipitait ici et là, esquivant lestement les attaques, mais il n’était pas dans son propre corps, après tout. Après quelques mouvements, le bout de Hensheng faillit le découper. Si cela continuait, il finirait transpercé à coup sûr !

Soudain, du coin de l’œil, il aperçut une épée qui reposait silencieusement dans l’un des compartiments en bois sur le mur. Personne ne l’avait nettoyée depuis longtemps. L’arme et ses alentours étaient couverts de poussières.

Ce n’était nulle autre que son ancienne épée, Suibian !

WuXian-de-papier vola vers l’étagère et atterrit avec force sur sa garde. Avec un clang, la lame obéit à son commandement et surgit de son fourreau !

Suibian s’envola et se mit à se battre contre la lame à l’éclat angoissant de Hensheng. Devant cette scène, une expression choquée traversa le visage de Jin GuangYao. Il retrouva immédiatement son sang-froid et contorsionna prestement son poignet droit. Telle une liane, Hensheng s’enroula autour de la lame claire et droite de Suibian. Il la lâcha immédiatement, laissant les deux épées se battre entre elles. De la main gauche, il jeta un talisman qui s’embrasa en flammes sauvages dans les airs vers Wei WuXian. Ce dernier pouvait sentir la chaleur s’approcher de lui. Prenant avantage de l’éclat aveuglant des deux épées qui s’affrontaient au-dessus, il battit rapidement des manches et sortit de la pièce en vitesse !

Le temps était sur le point d’être écoulé. Wei WuXian ne se souciait même plus de se cacher, volant directement jusqu’aux résidences des invités. Par chance, Lan WangJi ouvrait justement la porte. Et ainsi, dans une pénible impulsion, il se jeta sur son visage.

WuXian-de-papier s’y retrouva fermement collé, le recouvrant à moitié. Il semblait frissonner. Ses deux larges manches obstruaient les yeux de Lan WangJi. Celui-ci le laissa trembler un moment avant de le cueillir avec précaution.

Quelque temps après, une fois son âme retournée dans son corps avec succès, Wei WuXian prit une grande inspiration. Il leva la tête, ouvrit les yeux, et se leva brusquement. Néanmoins, il ne s’était pas attendu à être toujours désorienté, et, étourdi, il tomba en avant. En le voyant, Lan WangJi l’attrapa dans ses bras. Wei WuXian releva la tête, et il se cogna dans son menton. Sur le coup, ils grognèrent de douleur en chœur. Wei WuXian se frotta le crâne d’une main et caressa le menton de Lan WangJi de l’autre.

« Aïe ! Désolé. Lan Zhan, ça va ? »

Après quelques caresses, Lan WangJi écarta avec douceur la main de Wei WuXian avant de secouer la tête. Wei WuXian l’entraîna avec lui.

« Allons-y ! »

Lan WangJi ne demanda pas plus de précision. Il se leva pour le suivre avant de finalement demander :

« Où ?

— Le Palais Parfumé ! Le miroir de bronze là-bas est l’entrée d’une pièce secrète. Sa femme a découvert quelque chose et il l’a traînée à l’intérieur, elle devrait encore y être ! Et la tête de ChiFeng-Zun y est aussi ! »

Jin GuangYao renforcerait certainement davantage le sceau de la tête de Nie MingJue et la déplacerait ailleurs. Cependant, même s’il pouvait le faire, il ne pourrait déplacer son épouse, Qin Su ! Après tout, elle était la maîtresse de la Tour des Carpes Dorées. Elle avait assisté au banquet à peine quelques heures plus tôt. Si une personne si respectée disparaissait brusquement comme par magie, il serait impossible que nul ne soupçonne quelque chose. En saisissant cette opportunité et en débarquant à l’intérieur, il pouvait prendre Jin GuangYao de vitesse et l’empêcher d’avoir le temps de tisser ses mensonges ou de réduire Qin Su au silence !

Les deux attaquèrent avec force,  frappant tous ceux qui tentaient de les arrêter. Jin GuangYao avait entraîné les disciples du Palais Parfumé à être plus que sur leur garde. Dès qu’il y avait une intrusion, ils criaient l’alerte même s’ils ne pouvaient se défendre, de façon à pouvoir prévenir le maître des lieux. Cependant, dans ce genre de situation, les gens étaient souvent victimes de leur propre sagesse. Plus les disciples criaient fort, plus la situation devenait désavantageuse pour Jin GuangYao. Car de nombreuses sectes étaient assemblées là en ce jour. En plus de prévenir Jin GuangYao de la présence d’intrus, l’alerte les attirerait également !

Le premier à accourir fut Jin Ling. Son épée était déjà sortie quand il demanda :

« Que faites-vous ici ? »

Tandis qu’il parlait, Lan WangJi avait déjà grimpé trois marches de l’escalier ruyi et dégaina Bichen. Jin Ling était sur ses gardes.

« C’est la chambre à coucher de mon oncle. Vous êtes-vous perdu ? Non, vous êtes les intrus, n’est-ce pas ? Que voulez-vous ? »

Les cultivateurs réunis à la Tour des Carpes Dorées arrivèrent, les uns après les autres. Tous étaient surpris.

« Que s’est-il passé ? »

« Pourquoi y a-t-il tant de bruit ici ? »

« C’est le Palais Parfumé. N’est-ce pas un peu inconvenant que nous soyons… »

« J’ai simplement entendu l’alerte… »

Les cultivateurs étaient à la fois irritées et paniquées. Aucun son ne sortait du palais. Wei WuXian frappa à la porte sans hésiter.

« Chef de Secte Jin ? Chef Jin ? »

Jin Ling fulminait.

« Que veux-tu, au juste ? Tout le monde est ici à cause de toi ! C’est la chambre à coucher de mon oncle, sa chambre à coucher, tu comprends ? Ne t’ai-je pas dit de ne pas… »

Lan XiChen s’approcha, et Lan WangJi le regarda. Quand leurs yeux se rencontrèrent, l’expression de Lan XiChen hésita avant de devenir plus mitigée, comme s’il avait découvert quelque chose d’inconcevable. Il semblait avoir déjà compris.

La tête de Nie MingJue était à l’intérieur du Palais Parfumé. 

Soudain, une voix souriante retentit.

« Qu’y a-t-il ? La réception d’aujourd’hui n’était pas assez bien, et vous voulez tenir un banquet nocturne chez moi ? »

Jin GuangYao sortit calmement de la foule.

« LianFang-Zun, vous arrivez à point, lança Wei WuXian. Si vous étiez arrivé un tant soit peu plus tard, nous n’aurions pas été en mesure de voir ce qui se trouve dans la pièce secrète du Palais Parfumé. » 

Jin GuangYao s’arrêta, avant de répéter :

« La pièce secrète ? »

Tous semblaient relativement confus, et perplexe quant à ce qui se passait là. Jin GuangYao avait l’air quelque peu perdu.

« Et ? Les pièces secrètes sont-elles si rares ? Dès lors qu’on a quelques trésors à peine utilisés, n’importe quelle secte possède des salles aux trésors, n’est-ce pas ? »

Juste au moment où Lan WangJi s’apprêtait à parler, Lan XiChen l’interrompit :

« A-Yao, serait-il possible de nous laisser entrer et de nous permettre de jeter un œil à ta salle aux trésors ? »

Jin GuangYao avait l’air de trouver la requête à la fois étrange et épineuse.

« Er-ge, comme son nom l’indique, c’est une salle aux trésors, il vaut mieux que les choses à l’intérieur restent mise de côté. Et tu veux soudainement que je l’ouvre en grand. Eh bien… »

En un laps de temps si court, il était impossible que Jin GuangYao ait pu transporter Qin Su ailleurs sans que personne ne le sache. Le talisman de téléportation ne pouvait transporter qu’une seule personne. D’après l’état de Qin Su, il était impossible qu’elle puisse avoir assez de pouvoir spirituel ni même la volonté d’utiliser un tel talisman. Ainsi devait-elle, pour l’heure, se trouver encore là.

Morte ou vive : dans un cas comme dans l’autre, cette découverte serait fatale pour Jin GuangYao.

Ce dernier objecta une dernière fois. Il restait si calme, servant des excuses à tours de bras. Malheureusement, plus ses dénégations se faisaient nombreuses, et plus le ton de Lan XiChen se voulait ferme :

« Ouvre-la. » 

Jin GuangYao le dévisagea. Soudain, il déclara avec un grand sourire :

« Puisque Er-ge est si résolu, je me dois de l’ouvrir à la vue de tous, n’est-ce pas ? »

Il avança vers la porte, qu’il ouvrit d’un geste de la main. Quelqu’un dans la foule fit froidement remarquer :

« On dit de la secte GusuLan qu’elle tient la bonne conduite en haute importance. À voir cela, il semble que les rumeurs ne sont en effet que des rumeurs. Faire irruption dans la chambre d’un chef de secte est assurément un exemple de bonne conduite. »

Plus tôt, lorsqu’ils étaient encore sur la place, Wei WuXian avait entendu les disciples Jin recevoir cette même personne avec grand respect, l’appelant “Chef de secte Su”. C’était Su She, le chef de la secte montante MolingSu. Vêtu de robes blanches, les yeux effilés, les sourcils fins et les lèvres fines, il était assez beau, et avait l’air plutôt arrogant. Cependant, même si son apparence et ses traits pouvaient être qualifiés d’élégants, ils n’en étaient pas moins banals.

« Ce n’est rien, ce n’est rien, intervint Jin GuangYao. Ce n’est pas comme s’il y avait quoi que ce soit de discutable ici. »

Son ton était soigneusement contrôlé. Les autres songeraient qu’il avait bon tempérament, tout en laissant entendre comme un léger embarras. Jin Ling lui emboîta le pas. Indigné par une telle intrusion dans la chambre de son oncle, il fusilla Wei WuXian du regard.

« Vous voulez aussi jeter un œil à la salle aux trésors, n’est-ce pas ? » reprit Jin GuangYao.

Il posa la main sur le miroir de bronze et traça des incantations indéchiffrables à sa surface. Il entra le premier, suivi de près par Wei WuXian qui y pénétra pour la deuxième fois. Celui-ci aperçut les rideaux couverts d’incantations suspendus devant l’étagère, et la table de découpage de cadavres. 

Il aperçut également Qin Su.

Elle se tenait près de la table et leur faisait dos. Lan XiChen fut quelque peu surpris.

« Que fait Madame Jin ici ?

— Toutes nos possessions sont partagées. A-Su aussi vient souvent ici pour contempler ces objets. »

À la vue de Qin Su, Wei WuXian se montra tout autant étonné. “Donc, Jin GuangYao ne l’a ni emmenée ailleurs ni tuée ? N’a-t-il pas peur que Qin Su révèle quelque chose ?”

Inquiet, il se tourna vers Qin Su pour scruter son profil. Elle était non seulement toujours en vie, mais elle avait en plus l’air d’aller plutôt bien. Il n’y avait absolument rien d’inhabituel chez elle. Malgré son visage inexpressif, Wei WuXian était certain qu’elle n’avait subi aucun enchantement ni bu aucun poison douteux d’aucune sorte. Elle était pleinement consciente.

Mais cela ne rendait la situation que plus étrange. Il avait vu de ses propres yeux à quel point les émotions de Qin Su avaient été intenses, à quel point elle avait tenu tête à Jin GuangYao. Comment ce dernier avait-il pu se mettre d’accord avec elle et garantir son silence en si peu de temps ?

Wei WuXian avait un mauvais pressentiment. Il comprit immédiatement que ce ne serait pas aussi facile qu’ils l’avaient envisagé. Il traversa la pièce et tira vivement le rideau.

Derrière, il n’y avait pas de casque, et encore moins de tête. Seulement une dague.

L’arme brillait froidement, émettant de fortes pulsions meurtrières. Lan XiChen fixait le rideau lui aussi, mais n’avait pu se résoudre à le soulever ou non. Constatant que ce n’était pas ce qu’il pensait, il lâcha un soupir de soulagement :

« Qu’est-ce que c’est ?

— Ceci, expliqua Jin GuangYao après s’être avancé pour prendre la dague et jouer avec, est un objet rare. Cette dague était l’arme d’un assassin. Elle a tué d’innombrables gens et est extrêmement aiguisée. Regarde la lame : si tu l’examines de près, tu verras qu’elle ne reflète pas ton visage. Parfois, c’est celui d’un homme, d’autres fois celui d’une femme, ou encore celui d’un vieillard. Chacune de ces réflexions est l’esprit d’une victime de l’assassin. C’est un artefact bien trop puissant, c’est pour cela que j’ai accroché un rideau ici pour le sceller. »

Lan XiChen fronça les sourcils.

« Ce doit être…

— C’est exact, répondit calmement Jin GuangYao. Elle a appartenu à Wen RuoHan. »

Jin GuangYao était aussi intelligent qu’on le disait. Il s’était attendu à ce qu’un jour quelqu’un découvre la pièce secrète, et avait par conséquent placé, en plus de la tête de Nie MingJue, un certain nombre d’autres trésors, comme des épées, des talismans, des tablettes de pierre, des armes spirituelles : elle était pleine d’artefacts rares. Cette pièce secrète ressemblait à n’importe quelle salle aux trésors. La dague, comme il l’avait expliqué, était un objet rare porteur d’une énergie négative intense. Nombreuses étaient les sectes qui avaient pour habitude de collectionner de telles armes, et c’était encore plus vrai pour quelque chose comme un trophée de guerre après avoir tué le chef de la secte QishanWen. 

Tout semblait tout à fait normal.

Qin Su se tenait près de Jin GuangYao. Elle le regardait jouer avec la dague, quand soudain elle tendit le bras et la lui arracha des mains !

Ses traits se tordirent et tremblèrent. Les autres ne pouvaient déchiffrer une telle expression, mais Wei WuXian le pouvait, ayant assisté à sa dispute avec Jin GuangYao.

Douleur, colère, humiliation !

Le sourire de Jin GuangYao se figea.

« A-Su ? »

Lan WangJi et Wei WuXian se précipitèrent tous deux sur la dague. Cependant, en un éclair, le bout de la lame s’était déjà profondément enfoncé dans son ventre.

« A-Su ! » s’exclama Jin GuangYao.

Il se jeta en avant et rattrapa le corps amorphe de Qin Su. Lan XiChen sortit immédiatement de quoi la soigner. Mais la dague était non seulement plus aiguisée qu’une lame normale, mais son énergie était aussi extrêmement dense. Qin Su mourut en un clin d’œil !

Personne ne s’était attendu à un tel incident ; tout le monde resta choqué. Jin GuangYao appela le nom de sa femme plaintivement. Ses yeux étaient exorbités tandis qu’il tenait son visage dans la main. Des larmes éclaboussaient ses joues sans interruption.

« A-Yao, Madame Jin… Je suis désolé. »

Jin GuangYao leva les yeux vers Lan XiChen.

« Er-ge, que se passe-t-il ? Pourquoi A-Su aurait-elle brusquement voulu mettre fin à ses jours ? Et pourquoi vous êtes-vous réunis devant le Palais Parfumé et m’avez demandé d’ouvrir ma salle aux trésors ? Y a-t-il quelque chose que tu ne m’as pas dit ? »

Jiang Cheng, arrivé en retard, prit la parole, le ton glacial :

« ZeWu-Jun, veuillez s’il vous plaît expliquer tout cela. Aucun de nous n’y comprend quoi que ce soit. »

Tous acquiescèrent à ses mots.

« Il y a quelque temps, commença Lan XiChen sans avoir d’autres choix, quelques disciples de GusuLan sont allés en chasse-nocturne. En passant au village de Mo, ils se sont trouvés confrontés à l’attaque d’un bras gauche qui avait été démembré, et dont l’énergie hostile comme les pulsions meurtrières étaient écrasantes. Guidé par lui, WangJi a enquêté. Cependant, après avoir réuni tous les morceaux de son corps, nous avons découvert qu’il s’agissait du corps… de notre Da-ge. »

Tous ceux qui se trouvaient dans la salle aux trésors et en dehors firent un tollé !

Jin GuangYao était plus que choqué.

« Da-ge ? Da-ge n’a-t-il pas été enterré ? Toi et moi l’avons vu de nos propres yeux ! »

Nie HuaiSang crut avoir mal entendu :

« “Da-ge” ? XiChen-ge ? Tu veux dire mon frère ? Et aussi le tien ??? »

Lan XiChen hocha gravement la tête. Les yeux de Nie HuaiSang roulèrent dans leurs orbites et il s’effondra par terre avec un bruit sourd. Des gens l’encerclèrent immédiatement et se mirent à crier :

« Chef de secte Nie ! Chef de secte Nie !

— Où est le médecin ?! » 

Les yeux de Jin GuangYao étaient encore pleins de larmes, mais semblaient aussi rougis de colère. Il serra les poings et hurla plein de douleur et de ressentiment :

« Démembré… Démembré ! Qui au monde a pu faire un acte aussi dément ?!

— Je ne sais pas, répondit Lan XiChen en secouant la tête. Alors que nous cherchions la tête, toutes les preuves ont disparu. »

Jin GuangYao se figea, comme s’il avait enfin compris ce qui se passait.

« Les preuves ont disparu… alors tu es venu me trouver ? »

Lan XiChen ne répondit rien. Jin GuangYao avait l’air de ne pas y croire. Il demanda une nouvelle fois :

« Tu voulais que j’ouvre la salle aux trésors, parce que tu soupçonnais… que la tête de Da-ge était chez moi ? »

Une expression coupable passa sur le visage de Lan XiChen.

Jin GuangYao baissa la tête, le corps de Qin Su toujours dans ses bras. Après un moment, il reprit :

« … Ce n’est rien. Laisse tomber. Mais, Er-ge, comment HanGuang-Jun a-t-il su qu’une salle aux trésors se trouvait dans ma chambre ? Et comment en êtes-vous arrivés à la conclusion que la tête de Da-ge y était ? La Tour des Carpes Dorées est très protégée. Si j’étais vraiment coupable, aurais-je laissé la tête de Da-ge être découverte si facilement ? »

Lan XiChen ne pouvait trouver de réponses à ses questions. Et il n’était pas le seul : Wei WuXian non plus ne pouvait y répondre. Qui aurait cru qu’en si peu de temps, Jin GuangYao avait pu non seulement déplacer la tête, mais aussi convaincu Qin Su Tandis qu’il retournait désespérément ces réflexions dans sa tête, Jin GuangYao soupira :

« XuanYu, est-ce que c’est toi qui a raconté ça à Er-ge et à tous ces gens ? Quel est l’intérêt de façonner de tels mensonges si aisément réfutables ?

— LianFang-Zun, de qui parlez-vous ? demanda un chef de secte.

— De qui ? intervint froidement un autre. L’homme qui se tient aux côtés de HanGuang-Jun, bien sûr. »

Tous se tournèrent vers lui. C’était Su She. Il poursuivit :

« Ceux qui ne sont pas de LanlingJin n’ont sans doute pas entendu parler de lui. Son nom est Mo XuanYu. Il était un disciple de la secte LanlingJin. À l’époque, à cause de sa conduite indécente, il avait été expulsé pour avoir harcelé LianFang-Zun. Cependant, d’après les récentes rumeurs, il s’est montré au goût de HanGuang-Jun, allant jusqu’à le suivre où qu’il se rende. Pourquoi HanGuang-Jun, qui a toujours été reconnu pour sa grâce et sa droiture, garde-t-il un tel individu à ses côtés ? C’est vraiment difficile à comprendre. »

À ce discours, le visage de Jin Ling s’assombrit. Au milieu de la clameur de la foule, Jin GuangYao allongea le corps de Qin Su et se releva lentement. La main à la garde de Hensheng, il fit un pas vers Wei WuXian.

« Je ne remettrai pas le passé sur la table, mais dis-moi la vérité. La mort étrange d’A-Su… as-tu quoi que ce soit à voir avec ça ? »

Quand Jin GuangYao mentait, c’était sans la moindre honte et avec aplomb ! Il était évident qu’en entendant cela, les autres penseraient que Mo XuanYu avait calomnié LianFang-Zun et avait poussé son épouse à s’ôter la vie à cause de la rancune qu’il avait envers lui. Même Wei WuXian ne parvenait pas à trouver comment réfuter cela. Que pouvait-il dire ? Qu’il avait vu la tête de Nie MingJue ? Qu’il s’était introduit dans la pièce secrète ? Le nom de la personne que Qin Su avait rencontré avant sa mort ? Cette étrange lettre qui pouvait facilement passer pour fictive et inventée ? De telles objections ne le rendraient que plus suspect ! Alors qu’il essayait de réfléchir à un plan, Hensheng sortit de son fourreau. Lan WangJi se plaça devant lui et bloqua l’attaque avec Bichen.

En voyant cela, les autres cultivateurs dégainèrent à leur tour leurs épées. Deux lames l’attaquèrent de côté. Wei WuXian n’avait aucune arme en main, et s’avérait incapable de se défendre. En se tournant, il aperçut Suibian qui reposait sur l’armoire. Il l’attrapa immédiatement et la dégaina !

L’expression de Jin GuangYao se durcit et il s’exclama :

«  C’est le Patriarche de Yiling ! »

En un instant, toutes les lames de LanlingJin pointèrent vers lui, y compris celle de Jin Ling !

Son identité ayant été révélée, Wei WuXian observa l’expression bouleversée de Jin Ling. Confronté à la lame de Suihua, il était abasourdi.

« Quelle surprise que le Patriarche de Yiling soit revenu en ce monde et ait décidé de faire une apparition ici, reprit Jin GuangYao. Toutes mes excuses pour notre modeste accueil. »

Wei WuXian se sentait encore déconcerté, il n’avait pas la moindre idée de la façon dont il s’était trahi.

« San-ge ? demanda Nie HuaiSang, hébété. Comment l’as-tu appelé ? Ce n’est pas Mo XuanYu ? »

Jin GuangYao dirigea Hensheng vers Wei WuXian.

« HuaiSang, A-Ling, venez près de moi. Les autres, restez prudents. Puisqu’il a tiré son épée, c’est indubitablement le Patriarche de Yiling, Wei WuXian ! »

Comme le nom de l’épée de Wei WuXian était bien trop ridicule, quand les gens la mentionnaient, ils l’appelaient simplement “cette épée”, “l’épée”, “son épée”, et ainsi de suite. Les mots “Patriarche de Yiling” inspiraient plus d’horreur que le démembrement de ChiFeng-Zun. Même ceux qui ne comptaient pas se battre au départ avaient par réflexe sorti leurs armes, et encerclaient désormais la pièce. Wei WuXian contempla la multitude de lames brillantes devant lui, sans voix.

« Ce n’est pas comme si toute personne tirant cette épée devait forcément être le Patriarche de Yiling, objecta Nie HuaiSang. San-ge, Er-ge, HanGuang-Jun, j’imagine qu’il y a un malentendu entre les deux parties, n’est-ce pas ?

— Il n’y a aucun malentendu, répliqua Jin GuangYao, c’est incontestablement Wei WuXian

— Attends ! Attends ! s’écria brusquement Jin Ling. Sur le Mont Dafan, mon oncle ne l’a-t-il pas fouetté avec Zidian ? Son âme n’a pas été expulsée, ce qui signifie que ce corps n’est pas possédé, n’est-ce pas ? Il ne peut donc pas être Wei WuXian, non ?! »

Le visage de Jiang Cheng se fit extrêmement sombre. La main posée sur la garde de son épée, il garda le silence, comme s’il réfléchissait à ce qu’il devait faire.

« Le Mont Dafan ? C’est vrai, remarqua Jin GuangYao. A-Ling, maintenant que tu m’y fais penser, je viens de me souvenir de ce qui s’y est manifesté. N’est-ce pas lui-même qui a invoqué Wen Ning ? »

Voyant que non seulement il n’avait rien prouvé, mais qu’en plus il avait été contredit, Jin Ling pâlit. Jin GuangYao poursuivit :

« Je suis sûr qu’aucun de vous ne le sait, mais quand XuanYu était encore à la Tour des Carpes Dorées, il a vu un exemplaire des manuscrits du Patriarche de Yiling chez moi. Le manuscrit en question décrivait une technique obscure pour “sacrifier” son propre corps. En payant de votre âme et de votre corps, il est possible d’invoquer un esprit puissant pour qu’il exécute une vengeance en votre nom. Le chef de secte Jiang ne pourrait le déceler même en cent coups de fouet, car l’invocateur a sacrifié son corps volontairement. Cela ne compte donc pas comme une possession ! »

Cette explication était plausible et raisonnable. Après avoir été chassé de la Tour des Carpes Dorées, la haine avait grandi dans le cœur de Mo XuanYu. Se souvenant de la technique qu’il avait vu, il en avait appelé à un spectre malveillant et invoqué le Patriarche de Yiling. Tout ce que Wei WuXian avait accompli comptait comme la vengeance de Mo XuanYu, le démembrement de ChiFeng-Zun devait être aussi de son fait. Quoi qu’il en soit, en attendant que lumière soit faite, la plus grande possibilité était que tout faisait partie du sombre dessein du Patriarche de Yiling !

Mais certains restaient dubitatifs :

« Puisque l’usage de cette technique ne peut être prouvé, si l’on suit votre logique, LianFang-Zun, on ne peut rien en conclure, n’est-ce pas ?

— Il est vrai que le sacrifice ne peut être prouvé, mais je peux démontrer qu’il s’agit du Patriarche de Yiling. Après avoir reçu le contrecoup de sa cultivation et été réduit en poussière par ses goules au sommet du Tertre Funéraire, l’épée du Patriarche de Yiling a été récupérée par la secte LanlingJin. Mais, peu de temps après, elle s’est scellée elle-même. »

Wei WuXian était consterné. “Elle s’est scellée elle-même ?”

Un pressentiment inquiétant le remua de l’intérieur.

« Je pense que je n’ai pas besoin d’expliquer en détails comment une épée se scelle elle-même, poursuivit Jin GuangYao. C’est une arme spirituelle. Elle refuse que qui que ce soit l’utilise si ce n’est Wei WuXian, et à part lui, personne ne peut la dégainer. Mais il y a un instant à peine, “Mo XuanYu” ici présent a tiré, sous les yeux de tous, l’épée demeurée scellée durant treize ans ! »

Avant même la fin de son discours, des dizaines de lames se jetèrent sur Wei WuXian.

Lan WangJi bloqua chacune des attaques. Bichen envoya sur le côté quelques opposants et leur ouvrit la voie.

« WangJi ! » s’exclama Lan XiChen.

Certains des chefs de secte qui avaient défailli sous l’énergie froide de Bichen fulminèrent :

« HanGuang-Jun ! Vous… » 

Sans dire mot, Wei WuXian prit appui de la main droite sur le rebord de la fenêtre et sauta prestement dehors. À peine atterri, il fila en courant, en songeant : “Quand Jin GuangYao a vu l’étrange bonhomme de papier et Suibian sortir de son fourreau, il a dû réaliser qui j’étais. Il a donc rapidement tissé une toile de mensonges, poussé Qin Su à s’ôter la vie, et m’a ensuite sciemment forcé à dégainer Suibian pour que je révèle mon identité. Effrayant, vraiment effrayant. Qui aurait deviné qu’il réagirait si vite et avec des mensonges si infaillibles ?”

Soudain, quelqu’un arriva derrière lui. C’était Lan WangJi, qui l’avait suivi sans dire un mot. La réputation de Wei WuXian avait toujours été désastreuse, ce n’était donc pas la première fois qu’il se retrouvait dans ce genre situation. Dans cette vie, son état d’esprit n’était pas le même que dans la précédente. Il parvenait déjà à faire face à cela calmement. Il devait sortir de là avant toute chose. Il y aurait sans doute une chance de contre-attaquer plus tard. Et si une telle chance ne se présentait pas, il ne forcerait rien. S’il restait, tout ce qu’il gagnerait serait des centaines de coups d’épées. Dire qu’il était innocent sonnerait comme une mauvaise blague. Tout le monde croyait avec une certitude absolue qu’il reviendrait se venger à l’avenir. Après avoir détruit d’innombrables sectes, personne n’écouterait ses explications, surtout si Jin GuangYao était là pour jeter de l’huile sur le feu. Lan WangJi, cependant, était différent de lui. Il n’aurait même pas besoin de s’expliquer, les gens lui trouveraient des excuses, par exemple comment le Patriarche de Yiling avait dupé HanGuang-Jun.

« HanGuang-Jun, tu n’as pas à me suivre ! »

Lan WangJi regardait droit devant lui, sans répondre. Le duo laissa derrière eux une horde de cultivateurs criant à mort. Au milieu de ce chaos, Wei WuXian reprit :

« Tu veux vraiment venir avec moi ? Réfléchis bien. Si tu passes cette porte, ta réputation sera ruinée ! »

Ils avaient déjà dévalé les escaliers de la Tour des Carpes Dorées. Lan WangJi attrapa son poignet, comme s’il voulait lui dire quelque chose. Mais soudain, un éclair lumineux immaculé passa sous leurs yeux. Jin Ling avait interrompu leur course.

Voyant que ce n’était que lui, Wei WuXian lâcha un soupir soulagé. Alors qu’ils allaient le contourner, Jin Ling les bloqua encore avec son épée, et demanda :

« Tu es Wei Ying ?! »

Son expression était bouleversée. Il y avait de la colère, de la haine, du doute, de l’hésitation, de la détresse. Il s’écria encore :

« Tu es vraiment Wei Ying, Wei WuXian ? »

En voyant son état, en entendant comme sa voix contenait plus de peine que de haine, Wei WuXian sentit son cœur se serrer. Mais la foule derrière les rattraperait d’un moment à l’autre. Il ne pouvait lui accorder son attention plus longtemps. Les dents serrées, il ne put que tenter une troisième fois de le contourner. Soudain, un froid glacial transperça son ventre. Lorsqu’il baissa les yeux, Jin Ling avait déjà retiré la lame immaculée, désormais rougie de sang.  

Il ne s’était pas attendu à ce que Jin Ling s’en prenne vraiment à lui.

Une pensée traversa l’esprit de Wei WuXian : “Il aurait pu ressembler à n’importe qui, mais il a fallu qu’il prenne tout de son oncle Jiang Cheng. Tous deux aiment même poignarder au même endroit.”

Il n’arrivait pas à se rappeler clairement ce qui était arrivé ensuite. Il avait essayé d’attaquer. Tout avait semblé délirant autour d’eux. Il n’y avait pas que le bruit, leur évasion aussi avait été pleine de rebonds et de secousses. Il ignorait combien de temps avait passé, mais quand il ouvrit les yeux, il était sur le dos de Lan WangJi qui volait sur Bichen. Du sang recouvrait à moitié ses joues couleur de neige.

En vérité, la blessure à son ventre ne faisait pas si mal. Mais c’était un trou dans son corps, après tout. Au début, il était parvenu à prendre quelques temps sur lui, comme si de rien n’était. Mais selon toute vraisemblance, ce corps n’avait pas reçu de telles blessures avant. À mesure que la plaie saignait, il ne pouvait s’empêcher de se sentir étourdi, et ce n’était pas quelque chose qu’il pouvait contrôler.

« … Lan Zhan. »

La respiration de Lan WangJi n’était pas aussi calme qu’à l’accoutumé, quelque peu haletante. C’était sans doute parce qu’il avait porté Wei WuXian tout en repoussant les attaques avant de fuir pendant si longtemps.

Sa réponse, cependant, était toujours cette unique syllabe, toujours de ce ton si stable :

« Mmh. »

Après quoi, il ajouta :

« Je suis là. »

En entendant ces mots, quelque chose que Wei WuXian n’avait jamais ressenti auparavant bourgeonna dans son cœur. Cela ressemblait à du chagrin. Sa poitrine lui faisait mal, mais il y ressentait aussi de la chaleur. 

Il se rappelait encore comment à Jiangling, à l’époque, Lan WangJi avait fait tout le chemin pour l’assister, mais il n’avait pas été le moins du monde reconnaissant de sa gentillesse. Ils ne cessaient de se disputer, et se séparaient souvent en mauvais termes.

Mais ce qu’il n’avait pas compris, c’était que quand tous le craignaient et l’encensaient, Lan WangJi le réprimandait de front ; quand tous le rejetaient et l’abhorraient, Lan WangJi se tenait à ses côtés.

« Ah, je me souviens, maintenant, lança brusquement Wei WuXian.

— Quoi donc ?

— Je me souviens maintenant, Lan Zhan. Exactement comme ça. J’ai… je t’ai vraiment porté comme ça auparavant. »


Notes :

  [1]Épée souple : Pour faire simple, la lame d’une épée souple est… souple. Elle est assez flexible pour pouvoir être enroulée autour de la ceinture ou du bras, mais sa maîtrise est délicate. Comparable à l’urumi indien et souvent présente dans les novels wuxia ou xianxia, on n’a cependant  apparemment retrouvé que peu d’épées souples d’époque, bien qu’il en soit question dans quelques textes historiques. Il n’empêche qu’elles sont incroyablement stylées, nom d’une larve de libellule lyophilisée.

[2] Hensheng : 恨生, littéralement “haïr/regretter la vie”

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3 commentaires sur “Mo Dao Zu Shi – Chapitre 50”

  1. Hiiiii ! Wei Wuxian ! Lan WangJi ! Fuyez !!!

    Oui, je dois dire que Jin GuangYao a un méga cerveau ! Il est tellement intelligent ! ça fait peur parfois, jusqu’où il peut aller !

    Et ce fidèle Lan Zhan ! Magnifique Lan Zhan ! Merveilleux Lan Zhan ! Toujours là pour son Wei Ying ! <3

    Merci beaucoup pour ce super chapitre de ouf ! Un beau travail comme toujours ! <3
    Un bon courage pour les prochains, surtout si ce sont tous des pavés ! lol
    A très vite

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