Mo Dao Zu Shi – Chapitre 52

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Traduit par NoirSoleil, corrigé par Keliane

Chapitre 52 Courage—Partie 2

Lan WangJi garda les yeux fixés droit devant lui et répondit :

 « Rien.

— Nous sommes déjà si proches l’un de l’autre, non ? Quelle froideur : tu ne daignes même pas m’accorder un seul regard. Ta jambe va vraiment bien ?

— Nous ne sommes pas proches. »

Wei WuXian se retourna et se mit à avancer en marche arrière, déterminé à obliger Lan WangJi à le regarder dans les yeux.

« Ne te force pas si elle est mal en point. Est-elle blessée ou cassée ? Quand est-ce arrivé ? »

Alors qu’il s’apprêtait à lui demander « Tu veux que je te porte? », une brise parfumée flotta jusqu’à son nez. Wei WuXian se retourna et regarda sur le côté. Ses yeux s’illuminèrent immédiatement.

Voyant qu’il s’était brusquement tu, Lan WangJi suivit son regard. Il vit un groupe de filles qui marchaient ensemble. Celle au centre portait une étole de mousseline sur son manteau rouge pâle. Une brise passa, l’étole dansa dans le vent. Sa silhouette de dos semblait exceptionnellement jolie.

C’était cette silhouette que Wei WuXian regardait.

« MianMian, ton sachet parfumé, c’est vraiment quelque chose, dit une fille en riant. Depuis que je le porte, les insectes ont vraiment arrêté de m’embêter. Et son odeur est agréable, aussi. Chaque fois que je le sens, j’ai l’impression de me sentir beaucoup plus éveillée. »

La voix de ladite MianMian était douce et aimable :

« Le sachet est rempli de plantes médicinales réduites en poudre. Cela peut servir dans toutes sortes de situations. Il m’en reste encore quelques-uns. L’une de vous en veut un ? »

Wei WuXian accourut comme une rafale de vent de mauvaise augure :

« MianMian, garde-m’en un aussi. »

La fille fut surprise. Elle ne s’attendait pas à entendre la voix d’un inconnu intervenir si soudainement. Se retournant, elle révéla un visage charmant, et demanda en fronçant légèrement les sourcils :

« Qui es-tu ? Pourquoi te permets-tu de m’appeler MianMian aussi ? »

Wei WuXian sourit largement :

« Je les ai toutes entendues t’appeler MianMian, alors je me suis dit que c’était ton nom. Pourquoi, ça ne l’est pas ? »

Lan WangJi les observait froidement. Voyant que Wei WuXian recommençait encore, Jiang Cheng roula des yeux exagérément.

Les joues de MianMian rougirent.

« Tu ne peux pas m’appeler comme ça !

— Pourquoi pas ? Que dis-tu de cela : si tu me dis ton nom, je ne t’appellerai plus MianMian. Alors ?

— Pourquoi aurais-je à te le dire uniquement parce que tu le demandes ? Avant de demander le nom de quelqu’un d’autre, tu devrais déjà donner le tien, non ?

— Très bien, rétorqua Wei WuXian, si tu veux mon nom, souviens-toi que je m’appelle “YuanDao”. »

MianMian répéta à mi-voix le nom “YuanDao” à quelques reprises. Elle ne se souvenait pas d’un jeune maître d’une quelconque secte portant ce nom. Cependant, à en juger par l’attitude et l’apparence du garçon, elle ne pensait pas qu’il s’agissait d’un disciple ordinaire. Regardant le sourire taquin qui relevait le coin des lèvres de Wei WuXian, elle ne sut qu’en penser.

Soudain, ils entendirent la voix grave de Lan WangJi derrière eux :

« Un jeu de mots. »

Elle comprit aussitôt que cela venait du fameux vers de poésie “songeant encore et encore aux routes lointaines” et qu’il se moquait d’elle [1]. Elle piétina sur place de frustration

« Qui songe à toi ? Tu n’as pas honte ! »

Les autres filles éclatèrent de rire, gazouillant.

« Wei WuXian, tu n’as vraiment aucune pudeur !

— Je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi exaspérant que toi !

— Laissez-moi te dire, elle s’appelle… »

MianMian les entraîna à sa suite et se retourna pour partir :

« Partons, partons ! Vous n’avez pas le droit de lui dire.

— Tu peux partir, mais donne-moi un sachet, non ?! cria Wei WuXian derrière elle. Tu m’ignores ? Tu ne veux pas ? Si tu ne veux pas, je trouverai quelqu’un à qui demander ton nom. Il doit bien y avoir quelqu’un ici qui serait prêt à me le dire… »

Avant la fin de sa phrase, un sachet parfumé vola sous ses yeux et atterrit en plein milieu de son torse. Avec un “aïe”, Wei WuXian fit semblant d’avoir mal au cœur, avant de faire tourner les rubans du sachet autour de son doigt. Il s’amusait toujours avec quand il revint vers Lan WangJi, souriant. En voyant l’expression de ce dernier se faire de plus en plus froide, il demanda :

« Quoi ? Tu me regardes encore comme ça ! Bon, où en étions-nous déjà ? Poursuivons. Et si je te portais sur mon dos ? »

Lan WangJi le regarda silencieusement avant de demander :

« Te conduis-tu aussi frivolement avec tout le monde ? »

Wei WuXian réfléchit une seconde.

« Je pense que oui ? »

Lan WangJi regarda par terre. Il ne répondit qu’un moment plus tard :

« Si impudent ! »

Il prononça ces deux mots les dents serrées, teintés d’une haine étrange. Il ne jugea même pas utile d’accorder un autre regard à Wei WuXian. Il s’efforça d’accélérer le pas. Voyant qu’il se forçait à nouveau, Wei WuXian s’exclama précipitamment : 

« Très bien ! Tu n’es pas obligé de marcher aussi vite. Je vais te laisser. »

Marchant à grandes enjambées, il rattrapa rapidement Jiang Cheng.

Cependant, le regard que lui lança Jiang Cheng ne fut pas amical non plus. 

« Tu es tellement ridicule ! lâcha-t-il, menaçant.

— Tu n’es pas Lan Zhan, pourquoi dis-tu comme lui que je suis ridicule ? Aujourd’hui, il a l’air encore plus sombre qu’avant. Qu’est-ce qui ne va pas avec sa jambe?

— Tu as encore le temps de lui prêter attention ? rétorqua Jiang Cheng avec aigreur. Pourquoi ne fais-tu pas plutôt attention à ton comportement !? Je ne sais pas quel mauvais tour cet idiot de Wen Chao planifie cette fois, à nous obliger à chercher une entrée de grotte ici à la Montagne du Ruisseau du Crépuscule. Espérons que ce n’est pas comme la dernière fois où il nous a placé en cercle et s’est servi de nous comme bouclier humain. »

L’un des disciples à côté d’eux chuchota :

« Bien sûr que son expression est sombre. Le mois dernier, le Repaire des Nuages a été incendié. Vous ne le saviez pas encore, n’est-ce pas ? »

En entendant cela, Wei WuXian sursauta :

« Incendié ?! »

Ces derniers temps, Jiang Cheng avait entendu trop d’histoires de ce genre, il ne se montra donc pas aussi surpris que Wei WuXian :

« Par les gens de la secte Wen ?

— On peut dire ça, répondit le disciple. On peut aussi dire que… la secte Lan elle-même a tout brûlé. Le fils aîné du clan Wen, Wen Xu [2], est allé à Gusu. Il a porté des accusations contre le chef de secte Lan et a forcé les disciples à incendier leur propre résidence ! Ils ont présenté cela avec des phrases bien tournées, disant par exemple qu’ils “nettoyaient les lieux pour les faire renaître dans la lumière des flammes”. La plus grande partie du Repaire des Nuages et de la forêt qui l’entoure ont été brûlés. En un clin d’œil, ce havre vieux de plusieurs siècles a été détruit. Le chef de secte Lan a été gravement blessé. On ne sait même pas s’il est toujours en vie. Quelle tragédie…

— L’état de la jambe de Lan Zhan est lié à ça? s’enquit Wei WuXian.

— Bien sûr. Le premier endroit que Wen Xu leur a ordonné de brûler était le Pavillon de la Bibliothèque, en affirmant qu’il donnerait une leçon à tous ceux qui n’accepteraient pas de le faire. Lan WangJi a refusé. Il a été attaqué par les hommes de Wen Xu et ils lui ont cassé la jambe. Il n’était même pas encore guéri quand ils l’ont traîné ici. Qui sait ce qu’ils essaient de faire ?! »

Wei WuXian réfléchit attentivement. Ces derniers jours, à part quand il était réprimandé par Wen Chao, Lan WangJi n’avait que très peu marché. Il restait toujours debout ou assis, silencieusement. C’était quelqu’un qui tenait en haute estime la bonne tenue au-delà de tout, il n’avait donc naturellement laissé voir à personne que sa jambe était blessée.

Voyant qu’il avait l’air de vouloir retourner auprès de Lan WangJi, Jiang Cheng tira Wei WuXian en arrière :

« Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?! Tu as encore le culot d’aller le provoquer ? Tu cherches vraiment à creuser ta propre tombe !

— Je ne vais pas le provoquer. Regarde sa jambe. Il se déplace avec depuis des jours, sa blessure a dû s’aggraver. Ce n’est probablement devenu visible que parce qu’il n’est plus capable de le cacher. S’il continue à marcher comme ça, il est probable qu’il ne pourra plus jamais utiliser sa jambe. Je vais le porter. »

Jiang Cheng le tira de plus belle :

« Ce n’est pas comme si tu étais proche de lui ! Tu ne vois pas à quel point il te hait ? Tu vas le porter ? Il ne veut probablement même pas que tu t’approches de lui.

— Tant pis s’il me hait, je ne le hais pas. Je vais le hisser sur mon dos à la seconde où je lui mettrai la main dessus. Pourra-t-il m’étouffer à mort ainsi ?

— Nous ne sommes même pas en mesure de prendre soin de nous-mêmes, l’avertit Jiang Cheng, comment pourrions-nous prendre le temps de nous soucier des affaires triviales des autres ?

— Premièrement, ça n’a rien de trivial. Deuxièmement, ce genre de choses, quelqu’un devra s’en soucier, tôt ou tard ! »

Alors qu’ils se disputaient à voix basse, l’un des serviteurs de la secte Wen s’approcha et les gronda :

« Ne parlez pas entre vous. Faites attention à ce que vous faites ! »

Après l’aller-retour du serviteur, une fille a l’air capricieux s’approcha d’eux. Son nom était Wang LingJiao [3] , et c’était l’une des servantes que Wen Chao gardait à ses côtés. Quant à sa manière exacte de le servir, elle était connu de tous et se passait d’explication. Elle avait été la domestique de la principale épouse de Wen Chao. Comme elle était plutôt jolie, elle s’est glissée dans son lit après seulement quelques échanges de regards avec son maître. Au fur et à mesure que le statut de quelqu’un s’élève, ceux qui l’entourent en sont généralement aussi récompensés. Dans le monde de la cultivation, une certaine “secte YingchuanWang” avait donc également fait son apparition.

Comme le pouvoir spirituel de Wang LingJiao était faible, elle ne pouvait pas utiliser d’épées de niveau supérieur, c’est pourquoi elle tenait dans la main un long fer à marquer. Tous les serviteurs de la secte Wen en possédaient un. Sans avoir besoin de le chauffer, il laissait une marque douloureuse sur toute personne qu’il touchait.

Tout en le brandissant, Wang LingJiao les sermonna pompeusement :

« Le jeune Maître Wen vous a dit de chercher l’entrée, alors que faites-vous là, à chuchoter entre vous ? »

Par les temps qui couraient, même une simple domestique qui avait gagné sa place en se faufilant sous les draps d’un autre pouvait se rengorger devant eux avec pareille arrogance. Ils ne savaient pas s’ils devaient en rire ou en pleure.

Soudain, quelqu’un sur le côté s’exclama :

« J’ai trouvé ! »

Wang LingJiao n’avait plus de temps à perdre avec eux. Elle se précipita vers la personne qui venait de crier pour jeter un coup d’œil, puis annonça, rayonnante :

« Jeune maître Wen ! Ils ont trouvé l’entrée ! »

C’était un trou dans le sol, assez bien caché sous un vieux banian au tronc si large qu’il aurait fallu trois hommes pour l’enlacer. La première raison pour laquelle ils avaient eu du mal à le trouver était qu’il était plutôt petit, pas même un mètre cinquante de diamètre, et la seconde était que les racines et le lierres, épais et enchevêtrés, tissaient une toile rigide qui obstruait l’entrée. Une couche de feuilles, de branches, de boue et de roche recouvrait également le tout, le rendant donc presque imperceptible.

Ils dégagèrent les feuilles flétries et la boue, coupèrent les racines, et le trou sombre et inquiétant fut révélé.

L’entrée menait profondément sous terre. Un vent glacial frappa le visage de chacun et leur it froid dans le dos. Ils jetèrent un caillou dedans, mais aucun écho ne se fit entendre. C’était comme s’il s’était enfoncé dans la mer.

Wen Chao était extatique :

« Ça doit être ça ! Vite, tout le monde, descendez-y ! »

Jin ZiXuan ne pouvait plus se retenir. Il remarqua froidement :

« Vous nous avez amenés ici, en disant que nous chassions une bête. Dans ce cas, si je peux me permettre, quelle sorte de bête est-ce donc ? Nous informer à l’avance nous permettra de coopérer avec plus d’efficacité afin de ne pas être aussi déroutés que la dernière fois.

— Vous informer ? » répéta Wen Chao.

Il se leva, pointant d’abord Jin ZiXuan du doigt, puis lui-même, et poursuivit :

« Combien de fois dois-je clarifier cela pour que vous vous en souveniez ? Ne te fais pas d’idées. Vous n’êtes que des cultivateurs à mon service. C’est moi qui donne les ordres. Je n’ai pas besoin des suggestions des autres. Je dirige la bataille et commande les troupes tout seul. Et je vaincrai la bête tout seul ! »

Il avait prononcé les mots “tout seul” avec insistance. Sa voix forte et son ton arrogant inspirèrent autant la moquerie que la haine chez ceux qui écoutaient.

« N’avez-vous pas entendu ce que le jeune maître Wen a dit ? Descendez vite ! » gronda Wang LingJiao.

Jin ZiXuan se tenait tout devant. Réprimant sa colère, il releva l’ourlet de sa robe, attrapa une des branches de lierre les plus épaisses, et sauta sans aucune hésitation dans le trou sans fond.

Pour une fois, Wei WuXian pouvait profondément s’identifier aux sentiments de Jin ZiXuan. Peu importait les créatures qui hantaient cette grotte, leur faire face serait beaucoup plus agréable que d’affronter Wen Chao et les autres. S’il laissait ce satanée couple endommager sa vue plus longtemps, il craignait de vraiment choisir de les tuer quitte à mourir avec eux !

Les autres suivirent Jin ZiXuan et passèrent par le trou l’un après l’autre. 

Puisque les disciples présents s’étaient vus retirer leurs épées de force, ils n’avaient d’autres choix que de descendre lentement le long des branches de lierre de la paroi. Celles-ci étaient assez robustes, aussi épaisse que des poignets d’enfants. Tout en s’y agrippant, Wei WuXian calcula de tête à quelle profondeur ils allaient au fur et à mesure qu’il descendait à un rythme tranquille.

Ses pieds touchèrent le sol au bout d’une dizaine de mètres.

Wen Chao cria quelques ordres d’en haut. Après s’être assuré qu’il n’y avait aucun danger en bas, il descendit aisément en volant sur son épée, Wang LingJiao dans les bras. Peu de temps après, les disciples et les serviteurs débarquèrent également un par un.

« Espérons que la proie qu’il veut chasser cette fois ne sera pas trop difficile, chuchota Jiang Cheng. Je ne sais pas s’il y a d’autres sorties. Si la goule ou la bête se met à paniquer ici, les branches de lierres pourraient se briser et il sera difficile pour nous de ne serait-ce que nous enfuir.

Le reste du groupe pensait la même chose. Ils ne purent s’empêcher de regarder la petite tache de lumière blanche qu’il voyait de l’entrée. Ils étaient tous inquiets.

Wen Chao sauta de son épée:

« Que faites-vous plantés là? Avez-vous besoin de moi pour vous dire quoi faire ? Allez-y ! »

Les garçons furent chassés vers les profondeurs de la grotte.

Puisqu’ils avaient besoin de voir le chemin devant eux, Wen Chao ordonna à ses serviteurs de leur fournir quelques torches. Le plafond de la grotte était à la fois haut et vaste, la lumière des torches ne pouvait l’éclairer. Wei WuXian prêta attention aux échos. Il sentait que plus ils s’enfonçaient profondément, plus l’écho retentissait fort. Il était probable qu’ils se trouvaient déjà à plus de trente mètres sous terre.

Les gens à l’avant étaient en alerte. Nul ne savait combien de temps s’était écoulé lorsqu’ils arrivèrent enfin devant un étang profond.

Même s’il n’avait pas été souterrain, l’étang aurait pu passer pour un grand lac. L’eau était étrangement sombre. Des îlots rocheux de tailles variées se hérissaient à sa surface.

Et c’était un cul-de-sac.

Cependant, même si le chemin s’arrêtait là, ils n’avaient toujours pas trouvé la proie de leur chasse-nocturne. Ils ne savaient même pas à quoi elle ressemblait exactement. Le cœur plein d’incertitude, ils demeurèrent tendus et vigilants. 

N’ayant pas trouvé la bête à laquelle il s’attendait, Wen Chao était énervé. Après avoir laché quelques jurons, il eut soudainement une “idée” :

« Prenez quelqu’un, suspendez-le et faites-le saigner pour appâter la bestiole. »

Les bêtes étaient en général des créature assoiffées de sang. L’odeur de celui de la personne suspendue attirerait certainement !

Wang LingJie répondit immédiatement en indiquant une fille :

« Que dis-tu d’elle ? »

Il s’agissait de la fameuse “MianMian”, celle qui avait distribué des sachets parfumés sur le chemin. Ayant été si brusquement désignée, son esprit se vida d’un coup. Bien que le choix de Wang LingJiao paraissait aléatoire, elle l’avait en fait planifié depuis longtemps. La plupart des disciples que les sectes avaient envoyés ici étaient des garçons. Ainsi, Wen Chao ne pouvait s’empêcher de prêter plus d’attention aux quelques jeunes filles, en particulier à MianMian. Elle était jolie et Wen Chao l’avait harcelée à quelques reprises, mais elle n’avait eu d’autre choix que de souffrir en silence. Cependant, Wang LingJiao avait tout vu et avait détesté cela.

MianMian réalisa qu’elle était vraiment celle qui avait été choisie. Le visage apeuré, elle recula de quelques pas. Voyant qu’il s’agissait de cette fille, Wen Chao songea qu’il n’avait encore jamais eu l’occasion de la prendre et se dit que c’était dommage :

« Celle-ci ? Et pourquoi pas quelqu’un d’autre ? »

Wang LingJiao prit un air blessé :

« Pourquoi quelqu’un d’autre ? J’ai choisi celle-là. Ne me dis pas qu’elle te manquera ?

Elle déploya toute sa coquetterie, et Wen Chao fut aux anges ; elle avait partiellement fait fondre son cœur. En se tournant pour regarder la tenue de MianMian, il fut certain qu’elle ne faisait pas partie d’un clan, elle était tout au plus la disciple d’une secte. Cela faisait par conséquent d’elle l’appât parfait, car même si elle disparaissait, sa secte ne viendrait pas l’importuner.

« N’importe quoi. Pourquoi penses-tu qu’elle me manquerait ? Fais ce que tu veux. Tu as carte blanche, JiaoJiao ! [4] »

MianMian savait que si on la suspendait, elle ne redescendrait probablement pas vivante. Elle essaya de fuir, mais partout où elle se rendit, les gens s’écartèrent d’elle. Wei WuXian amorça un mouvement, mais Jiang Cheng le retint fermement. MianMian remarqua soudain que deux personnes étaient restées immobiles. Elle se cacha derrière elles immédiatement, frissonnante.

Ces deux personnes étaient Jin ZiXuan et Lan WangJi.

Quand les serviteurs de la secte Wen qui voulaient ligoter MianMian virent que ces deux-là n’avaient pas l’intention de bouger, ils s’écrièrent :

« Mettez-vous sur le côté ! »

Lan WangJi resta silencieux et indifférent.

Voyant que la situation prenait un tournant défavorable, Wen Chao les menaça :

« Pourquoi restez-vous là ? Vous ne comprenez pas ce qu’on vous dit ? Ou vous voulez sauver la demoiselle en détresse ? »

Jin ZiXuan leva les sourcils.

« Ça ne te suffit pas ? Ce n’est pas encore assez pour toi d’utiliser les gens comme boucliers humains, tu veux maintenant les saigner pour les utiliser comme appât ?! »

Wei WuXian fut quelque peu surpris : “Ça alors, Jin ZiXuan a donc vraiment quelque chose dans le ventre.”

Wen Chao les pointa du doigt :

« Vous vous révoltez contre moi ? Laissez-moi vous prévenir, je tolère votre attitude depuis bien trop longtemps. Suspendez cette gamine de vos propres mains sur le champ ! Ou bien ne vous attendez pas à ce qu’un seul membre de vos sectes ne retourne chez-lui ! »

Jin ZiXuan ricana et refusa de bouger. Lan WangJi fit comme s’il n’avait rien entendu, restant si immobile qu’il avait l’air de méditer.

Cependant, l’un des disciples de la secte GusuLan avait frissonné en écoutant les paroles menaçantes de Wen Chao. Il ne put finalement se contenir et se précipita vers MianMian pour la ligoter. Les yeux de Lan WangJi s’étrécirent. Il frappa immédiatement le disciple, l’envoyant sur le côté.

Bien qu’il n’avait pas dit un mot, la façon dont il regarda ce dernier était plus qu’accablante. Ce qu’un tel regard signifiait était clair pour tout le monde : quelle honte que la secte GusuLan ait éduqué un disciple comme toi !

Les épaules du disciple tremblèrent tandis qu’il reculait lentement, incapable de faire face au regard des autres.

« Oh-oh, chuchota Wei WuXian à Jiang Cheng. À en juger par la personnalité de Lan Zhan, cela ne va pas bien finir. »

Jiang Cheng serra les poings.

Dans une telle situation, il était presque impossible de ne soucier que de soi et d’espérer qu’aucun sang ne serait versé !

Furieux, Wen Chao hurla :

« Comment osez-vous ! Tue-les ! »

Quelques disciples de la secte Wen dégainèrent leurs épées et se précipitèrent sur Lan WangJi et Jin ZiXuan. La Paume Destructrice de Jindan, Wen ZhuLiu, se tenait derrière Wen Chao, les mains croisées derrière lui. Il n’attaqua pas, comme s’il pensait qu’il n’avait pas besoin de le faire. Il n’avait pas tort, vu que les deux garçons étaient désarmés et en infériorité numérique. De plus, après des jours de marche constante, ils étaient dans un piteux état, sans parler de la blessure de Lan WangJi. Ils ne pourraient certainement pas lutter longtemps. Voyant ses subordonnés les combattre, Wen Chao eut l’air de bien meilleure humeur. 

« Pour qui vous prenez-vous à me répondre ? cracha-t-il. Des individus tels que vous méritent vraiment d’être exécutés.

— C’est vrai, renchérit une voix moqueuse. Tous ceux qui oppriment les autres et font le mal en s’appuyant sur le pouvoir de leur clan devraient non seulement être exécutés, mais aussi être décapités et exposés aux injures de dizaines de milliers pour mettre en garde les générations futures. »

À ces mots, Wen Chao se retourna.

« Qu’as-tu dit ? »

Wei WuXian fit semblant d’être surpris :

« Tu as besoin que je le répète ? Très bien. Tous ceux qui oppriment les autres et font le mal en s’appuyant sur le pouvoir de leur clan devraient non seulement être exécutés, mais aussi être décapités et exposés aux injures de dizaines de milliers pour mettre en garde les générations futures. Tu as entendu cette fois ? »

En entendant cela, Wen ZhuLiu regarda Wei WuXian, l’air songeur.

« Comment oses-tu prononcer des mots aussi absurdes, outranciers et prétentieux ! » explosa Wen Chao.

La commissure des lèvres de Wei WuXian se souleva d’abord avec un “pfft”, puis il éclata immédiatement d’un rire débridé.

Sous les yeux ébahis de tout le monde, il rit si fort qu’il en fut essoufflé, s’appuyant sur l’épaule de Jiang Cheng tout en prenant la parole :

« Absurde ? Outrancier ? Je dirais que c’est plutôt toi qui l’es ! Wen Chao, sais-tu qui est celui qui a prononcé ces mots ? Je suis sûr que non, n’est-ce pas ? Laisse moi te le dire : c’est le cultivateur le plus indubitablement et incontestablement célèbre de ta secte, le grand fondateur de tout, Wen Mao. Tu as osé dire que l’une des citations de ton ancêtre est absurde et outrancière ? Bravo, très bien dit ! Ahahahahaha… »

Dans “La Quintessence du clan Wen” qui leur avait été distribuée, même les plus ordinaires des remarques en passant étaient analysées encore et encore, et leurs significations profondes étaient vantées avec une grandiloquence exceptionnelle. Sans même parler de les mémoriser, Wei WuXian s’était sentit dégoûté après l’avoir seulement feuilleté. Cependant, il avait trouvé cette citation de Wen Mao assez ironique, c’est pourquoi il l’avait facilement retenue.

Le teint de Wen Chao oscilla entre le rouge et le blanc. Wei WuXian ajouta :

« D’accord, quel était le châtiment de ceux qui insultent des cultivateurs célèbres de la secte Wen, déjà ? Comment doivent-ils être punis ? Je me souviens que c’était l’exécution, c’est ça ? Oui, voilà, tu n’as plus qu’à aller mourir maintenant. »

Wen Chao fut incapable de se retenir plus longtemps. Il dégaina son épée et se jeta sur Wei WuXian. Ce faisant, il sortit du rayon de protection de Wen ZhuLiu.

Wen ZhuLiu avait toujours été habitué à le défendre des attaques des autres. Il ne se serait jamais attendu à ce que Wen Chao s’éloigne de lui de son propre chef. Face à ce problème soudain, il lui était impossible de réagir à temps. Parallèlement, Wei WuXian avait provoqué Wen Chao justement dans l’attente du moment où il ne pourrait plus contrôler sa rage. Son sourire n’avait pas quitté ses lèvres quand il attaqua à toute vitesse. En un éclair, il arracha l’épée de Wen Chao et renversa la situation, le maîtrisant d’un seul coup d’un seul !

Agrippant Wen Chao d’une main, il fit plusieurs sauts et atterrit sur l’un des îlots au-dessus de l’étang, se plaçant à distance de Wen ZhuLiu. De l’autre, il pressa l’épée contre le cou de Wen Chao, tout en menaçant :

« Que personne ne bouge. Si vous ne faites pas attention, je pourrais décider de faire couler un peu du sang de votre jeune maître Wen !

— Plus un geste ! hurla Wen Chao. Plus un geste ! »

Les disciples qui encerclaient Lan WangJi et Jin ZiXuan cessèrent finalement le combat.

« Paume Destructrice de Jindan ! interpella Wei WuXian. N’esquisse pas le moindre geste non plus ! Tu connais le tempérament du chef de secte Wen. Ton maître est entre mes mains. S’il perd une seule goutte de sang, personne ici ne pourra espérer y survivre, toi y compris ! »

Wen ZhuLiu abaissa les bras comme Wei WuXian s’y attendait. Voyant que la situation était sous contrôle, ce dernier s’apprêtait à parler lorsqu’il sentit soudain le sol trembler sous ses pieds.

Il fut instantanément sur ses gardes.

« Jiang Cheng ! Est-ce un tremblement de terre ? »

Ils se trouvaient actuellement à l’intérieur d’une grotte souterraine. Si un tremblement de terre ou un glissement de terrain se produisait, le plus terrifiant serait que leur sortie soit bloquée ou qu’ils soient enterrés vivants. Cependant, Jiang Cheng répondit :

« Non ! »

Mais Wei WuXian sentit les secousses s’intensifier. La lame toucha presque la gorge de Wen Chao plusieurs fois, le faisant crier. Jiang Cheng poursuivit en hurlant :

« Ce n’est pas un tremblement de terre : ce qui bouge, c’est la chose sous vos pieds !!! »

Wei WuXian l’avait aussi remarqué. Ce n’était pas le sol qui tremblait, mais l’îlot sur lequel il avait atterri. Non seulement il tremblait, mais il s’élevait aussi de plus en plus haut. La zone qui flottait à la surface de l’eau devenait de plus en plus grande.

Il comprit finalement. Ce n’était pas un îlot, mais une gigantesque créature qui s’était cachée dans les profondeurs de l’étang, et il se tenait en ce moment-même sur la carapace qui surmontait le dos de la bête !


Notes

↑[1] “songeant encore et encore aux routes lointaines” : en chinois “绵绵思远道” – mián mián sī yuàn dào. Ici, le jeu de mot c’est qu’on peut aussi comprendre “MianMian songe à Yuan Dao”, donc en lui disant s’appeler ainsi, Wei WuXian veut taquiner MianMian… d’une façon qui pourrait bien passer pour du flirt, ce que ne dément pas la réaction plutôt froide de Lan WangJi. 

↑[2] Wen Xu : Le caractère 旭 – signifie “soleil levant”. Je peux pas m’empêcher d’avoir un faible pour la petite obsession solaire de Wen RuoHan même dans le nom de ses enfants, allez savoir pourquoi…

↑[3] Wang LingJiao : 王 – wáng est non seulement un des noms de famille les plus communs en Chine, mais aussi un de ceux considérés comme les moins poétiques. 灵 – líng signifie “vif/spirituel” et 娇 – jiāo “délicat”. Dans l’ensemble, c’est un nom qu’on peut considérer comme “peu sophistiqué” comparé à la plupart des autres noms dans cette histoire, déduisez-en ce que vous voulez 👀

↑[4] JiaoJiao : Surnom de Wang LingJiao

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