Mo Dao Zu Shi – Chapitre 55

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Traduit par AfterWar, corrigé par Keliane

Chapitre 55 : Courage – Partie 5

Après une pause, Wei WuXian ajouta :

« Mais même s’il hibernait, il n’avait pas besoin de dormir pendant quatre cents ans, non ? Tu as dit que le Xuanwu Sanguinaire dévoraient des hommes vivants, mais combien en a-t-il mangé ?

— Le livre rapporte qu’à l’époque, à chacune de ses apparitions, le nombre de victimes pouvaient aller de plusieurs centaines à des villages voire des villes entières. Avec toutes les fois où il s’est déchaîné, il a pris au moins cinq mille vies.

— Oh ! Dans ce cas, c’est qu’il a trop mangé. »

La bête semblait prendre plaisir à emmener sa proie entière dans sa carapace, peut-être parce qu’il aimait faire des provisions qu’il savourait peu à peu. Il était possible que quatre cents ans plus tôt, il avait amassé trop de nourriture dans sa carapace d’un coup, et que même maintenant, il n’avait pas encore tout digéré.

Lan WangJi ne releva pas. Wei WuXian poursuivit :

« En parlant de manger, t’es-tu entraîné à l’inedia ? À notre niveau, on peut probablement tenir trois à quatre jours sans manger ni boire. Mais si après quelques jours, personne ne vient nous sauver, notre énergie, notre force et nos pouvoirs spirituels commenceront probablement à baisser. »

Ce ne serait pas une mauvaise chose si Wen Chao et ses hommes choisissaient de ne pas intervenir et de les abandonner après leur fuite. S’ils attendaient trois ou quatre jours, les secours envoyés par d’autres sectes pourraient arriver à temps. Ce qu’il craignaient, c’était que non seulement les gens de la secte Wen ne leur fournissent pas d’assistance, mais qu’ils jettent en plus de l’huile sur le feu. Les “autres sectes” en question ne pouvaient être que celles de YunmengJiang et de GusuLan. Si la secte Wen les entravait, les “trois ou quatre jours” pourraient passer du simple au double.

Wei WuXian reprit la branche, esquissa une carte sur le sol, et relia quelques localisations entre elles.

« De la Montagne du Ruisseau du Crépuscule, il y a moins de distance jusqu’à Gusu que jusqu’à Yunmeng. Ce seront probablement les gens de ta secte qui viendront en premier. Restons patients. Même s’ils ne viennent pas, nous aurons à attendre au maximum un ou deux jours avant que Jiang Cheng n’arrive au Port aux Lotus. Jiang Cheng est plutôt intelligent, les gens de la secte Wen ne l’arrêteront pas. Aucune raison de s’inquiéter. »

Lan WangJi baissa les yeux. Il semblait exténué quand il murmura :

« Ils ne viendront pas.

— Mmh ?

— Le Repaire des Nuages a été incendié.

— … Est-ce que tout le monde est encore là-bas ? sonda Wei WuXian. Ton père, ton frère ? »

Il s’était dit que même si le chef de la secte Lan, le père de Lan WangJi, avait été gravement blessé, Lan QiRen et Lan XiChen seraient probablement toujours là pour contrôler la situation. Cependant, Lan WangJi répondit d’une voix monotone :

« Père est mourant. Mon frère est porté disparu. »

La branche avec laquelle Wei WuXian griffonnait sur le sol se figea.

Pendant qu’ils grimpaient la montagne, le disciple avait dit que le chef de la secte Lan avait été gravement blessé, mais Wei WuXian n’aurait jamais pensé que c’était au point qu’il soit “mourant”. Peut-être que Lan WangJi lui-même ne l’avait appris qu’au cours de ces derniers jours, en recevant des nouvelles de son état.

Même si le chef de secte Lan était la plupart du temps en retraite méditative, ne se préoccupant de rien d’autre que de son petit monde, il n’en était pas moins le père de Lan WangJi. Et, combiné à la disparition de Lan XiChen, il était tout à fait naturel que Lan WangJi soit particulièrement sombre et irritable. Wei WuXian se sentit immédiatement gêné, ne sachant plus quoi dire.

Mais alors qu’il se retournait malgré son embarras, Wei WuXian se figea.

La lueur du feu se reflétait sur le visage de Lan WangJi, comme sur une surface de jade chaud. Il illuminait aussi, avec la plus grande clarté, les sillons de larmes qui coulaient sur sa joue.

Wei WuXian était bouche bée, songeant : “Oh non ! ”

Les gens comme lui, de toute leur existence, ne vivaient sans doute qu’une poignée de situations où ils pleuraient. Et, cette fois, il était le témoin inopiné de l’une de ces occurrences. Wei WuXian était quelqu’un qui ne pouvait tout simplement pas supporter de voir les autres pleurer. Il était incapable d’endurer les larmes des filles. Chaque fois qu’il les voyait pleurer, il ne pouvait s’empêcher de plaisanter pour les faire rire. Les larmes des garçons, cependant, étaient ce qu’il ne pouvait vraiment pas supporter. Il avait toujours pensé qu’être présent à un moment où un homme habituellement fort pleurait était encore plus effrayant que de tomber accidentellement sur une chaste jeune fille en train de se baigner. Le truc, c’était qu’il ne pouvait même pas le réconforter.

Entre sa résidence incendiée, sa secte persécutée, son père mourant, son frère disparu et lui-même blessé, toute tentative de réconfort aurait l’air pâle et impuissante.

Wei WuXian ne savait pas quoi faire, alors il détourna la tête. Un moment après, il reprit :

« Euh, Lan Zhan. »

Lan WangJi répondit avec froideur.

« Tais-toi. »

Wei WuXian se tut.

Le feu craqua.

« Wei Ying, tu es vraiment quelqu’un d’horrible, déclara calmement Lan WangJi.

— Oh… »

“Avec tout ce qu’il lui est arrivé, l’humeur de Lan Zhan est au plus bas en ce moment, mais je trouve encore le moyen de lui tourner tout le temps autour”, pensa Wei WuXian. “C’est pour ça qu’il est si énervé. Il n’avait pas la force de me frapper parce que sa jambe était blessée, il ne pouvait donc que me mordre… Je suppose que je devrais lui laisser un peu de paix et de tranquillité.”

Il se retint pendant un moment, puis ajouta :

« Ce n’est pas que je veux t’embêter… Je voulais juste te demander si tu avais froid ou non. Les vêtements ont séché. Tu peux prendre le vêtement de corps. Je garderai la robe externe. »

Le vêtement de corps était ce qu’il portait à même la peau. En temps normal, il aurait été inconvenant pour Lan WangJi de le porter. Cependant, sa propre robe était horriblement sale. Or, tous les membres de la secte GusuLan aimaient être propres. Donner un tel vêtement à Lan WangJi semblait un peu insultant, mais ce dernier ne dit rien, et ne le regarda pas non plus. Wei WuXian lui lança donc le vêtement de corps blanc et sec, et enfila lui-même la robe, puis partit sans un mot.

Ils attendirent trois jours entiers.

Il n’y avait ni soleil ni lune dans la grotte. Ils savaient seulement que cela faisait trois jours à cause de l’effarant rythme de sommeil des gens de la secte Lan, qui s’endormaient et se réveillaient automatiquement à heures fixes. Ainsi, il était possible de déterminer le temps écoulé en fonction du nombre de fois où Lan WangJi s’était endormi.

Pendant ces trois jours à conserver leur énergie, la blessure à la jambe de Lan WangJi n’avait pas empiré et guérissait lentement. En peu de temps, il parvint à s’asseoir en position du lotus pour méditer.

Durant ce temps, Wei WuXian n’était pas apparu une seule fois devant lui. Quand Lan WangJi revint à un état d’esprit calme et recomposa son humeur, il redevint le Lan Zhan au visage impassible, et ainsi, Wei WuXian revint finalement comme si de rien n’était. Avec aplomb, il fit comme s’il n’avait rien vu ni rien entendu cette nuit-là. Avec beaucoup de tact, il cessa aussi de le taquiner. Leurs interactions furent tout juste cordiales, mais pacifiques.

Ils  avaient exploré l’étang à plusieurs reprises. Le Xuanwu Sanguinaire avait déjà traîné tous les cadavres dans sa carapace. L’énorme carapace noire flottait sur l’eau comme un énorme navire de guerre impénétrable. Au début, de forts bruits de mastication s’étaient souvent élevés de l’intérieur. Plus tard, cependant, les bruits avaient cessé, remplacés par ce qui ressemblait à un ronflement, pareil à des grondements de tonnerre, semblant indiquer qu’il s’était endormi.

Ils avaient tous les deux pensé à se faufiler sous l’eau pendant que la bête dormait pour trouver le passage par lequel ils pourraient s’échapper. Cependant, au bout de trente minutes, la bête finissait toujours par les remarquer. Et, bien qu’ils aient cherché plusieurs fois, ils n’étaient pas parvenus à trouver le passage dont Jiang Cheng avait parlé. Wei WuXian soupçonnait qu’il avait dû être recouvert par une partie du corps de la bête. Il avait essayé de l’attirer de nouveau hors de l’eau, mais elle était apparemment fatiguée après tout ce chaos et ne voulait plus bouger.

Ils rassemblèrent toutes les flèches, tous les arcs et toutes les fers à chauffer éparpillés sur la rive et les ramenèrent pour les compter. Il y avait plus d’une centaine de flèches, environ une trentaine d’arcs et un peu plus d’une dizaines de fers à chauffer.

Le quatrième jour arriva.

Lan WangJi ramassa un arc, examinant attentivement son état. Il caressa la corde de la main droite, parvenant plus ou moins à en tirer un clang métallique.

C’était une arme utilisée par les cultivateurs pour chasser les bêtes et les démons. Les matériaux utilisés n’étaient en rien ordinaires. Lan WangJi détacha toutes les cordes des arcs et les rattacha les unes aux autres pour en former une plus longue. Des deux mains, il tendit cette dernière et, d’un vif mouvement de poignet, la corde frappa comme un éclair. Un rayon lumineux jaillit, réduisant en miettes un rocher à trois mètres de là.

Lan WangJi récupéra la corde. Un sifflement strident fendit l’air.

« La Corde Assassine ? » s’enquit Wei WuXian.

La Corde Assassine était l’une des techniques propres à la secte GusuLan. Elle avait été créée et transmise par Lan Yi, le troisième chef de secte Lan, la petite-fille du fondateur de la secte, Lan An. Lan Yi était également la seule femme à avoir été chef de la secte GusuLan, et cultivait le guqin. Son instrument possédait sept cordes qui pouvaient être montées et détachées en un instant. Elles étaient organisées de la plus fine à la plus épaisse. Un moment, elle pouvait jouer de nobles mélodies de ses doigts délicats et gracieux, et le suivant, elle pouvait trancher la chair et les os comme du beurre, les cordes entre ses mains transformées en armes mortelles.

Lan Yi avait à l’origine créé la Corde Assassine pour exécuter des dissidents, raison pour laquelle elle faisait souvent l’objet de critiques. Les commentaires de la secte GusuLan elle-même sur un tel chef de secte restaient aussi assez évasifs. Il était cependant indéniable que la Corde Assassine était l’une des techniques de combat les plus puissantes et les plus polyvalentes de la secte GusuLan.

« Pour créer une brèche de l’intérieur », expliqua Lan WangJi.

La carapace de tortue était aussi solide qu’une forteresse. Sa surface était extrêmement dure, apparemment impossible à pénétrer. Mais plus cela était évident, et plus il était probable que les parties que sa carapace dissimulait devaient être vulnérables. C’est ce que Wei WuXian s’était dit lui aussi, au cours des jours précédents. Il comprenait où il voulait en venir.

Ce qu’il comprenait avec plus de clarté encore était leur situation actuelle. Après trois jours de repos, leur condition physique était à son summum. S’ils attendaient plus longtemps, cependant, elle se mettrait à décliner. Le quatrième jour touchait à sa fin, et les secours n’étaient toujours pas arrivés.

Plutôt que d’attendre la mort, mieux valait se battre de toutes leurs forces. S’ils parvenaient tous les deux à tuer le Xuanwu Sanguinaire ensemble, ils pourraient s’échapper par le passage sous l’étang.

« Je suis d’accord, répondit Wei WuXian. Nous devons l’attaquer de l’intérieur. Mais d’après ce que j’ai entendu dire de la technique de la Corde Assassine de ta secte, elle n’est pas aussi performante dans un espace exigu tel que l’intérieur de cette carapace. Et ta blessure à la jambe n’est toujours pas guérie. Ce ne sera probablement pas aussi efficace que d’habitude, n’est-ce pas ? »

C’était vrai, Lan WangJi comprenait. Ils savaient tous deux que se forcer à faire des choses qu’ils n’étaient pas en capacité de faire était inutile, au risque de tirer les autres vers le bas. Wei WuXian reprit :

« Écoute plutôt… »

La moitié de la carapace du Xuanwu émergeait encore au-dessus de la surface de l’eau.

Sa tête, sa queue et ses quatre membres étaient rétractés à l’intérieur, laissant voir un grand orifice à l’avant et cinq petits alignés tout autour. Il était semblable à une île, ou encore à une petite montagne, avec son corps noir et rugueux couvert de mousse et même parsemé de longues algues vert foncé.

Sans faire de bruit, avec dans son dos un tas de flèches et de fers à chauffer, Wei WuXian nagea avec l’agilité d’un poisson d’argent jusque devant l’orifice de la tête du Xuanwu Sanguinaire.

Une petite partie de celui-ci était plongée dans l’eau, Wei WuXian continua donc à nager. Après être entré par le trou, il se glissa à l’intérieur de la carapace, et atterrit sur les deux pieds dans un bruit sourd, comme s’il se retrouvait sur une épaisse couche de vase putride et d’eau. La puanteur était si accablante qu’il en jura presque.

C’était une odeur rance mais aussi suave à en être écœurante, qui rappela à Wei WuXian un gros rat mort qu’il avait vu une fois au bord d’un des lacs de Yunmeng. Il se pinça le nez. “Quel endroit infernal… Heureusement que je n’ai pas laissé Lan Zhan entrer ici. Comme il déteste la saleté au point de ne même pas vouloir toucher l’eau utilisée pour faire la lessive [1], il se serait mis à vomir à la seconde où il aurait senti ça. Et quand bien même il ne l’aurait pas fait, il se serait certainement évanoui.”

Le Xuanwu Sanguinaire ronflait doucement. Wei WuXian s’avança en retenant sa respiration, ses pieds s’enfonçant de plus en plus profondément. Après trois pas, la substance ressemblant à de la boue avait dépassé ses genoux. Il sentait aussi quelques bosses sous ses pieds. Se penchant légèrement, il tâta autour de lui. Sa main toucha soudain quelque chose de duveteux.

Cela ressemblait à des cheveux humains.

Wei WuXian retira sa main. Il savait que c’était sans doute l’une des victimes que le Xuanwu Sanguinaire avait entraînées à l’intérieur. Tâtonnant encore aux alentours, il trouva une botte, dans laquelle une moitié de jambe avait déjà pourri au point de n’avoir plus que quelques lambeaux de chair sur les os.

La bête n’avait visiblement rien à faire de la propreté. Elle avait abandonné les restes qu’elle n’avait pas fini dans sa carapace. Plus elle mangeait, plus il y en avait. Au cours des siècles, ils s’étaient entassés et avaient formé une couche épaisse. Et, à cet instant précis, Wei WuXian se tenait juste en plein milieu de cette boue de cadavres et de membres.

Après avoir passé ces derniers jours à traîner dans les alentours, il était déjà tellement sale que c’en était douloureux à regarder, mais Wei WuXian ne se souciait pas du tout qu’il le devienne plus encore. Il essuya négligemment ses mains sur son pantalon et continua son avancée.

Les ronflements de la bête sonnaient de plus en plus fort. L’air devenait de plus en plus lourd et la bouillie de cadavres sous ses pieds devenait de plus en plus épaisse. Enfin, sa main entra en contact avec la peau rugueuse de la bête. Il marchait lentement en palpant le long de la peau. Comme il s’y attendait, des écailles recouvraient la tête et le cou, mais en dessous se trouvait une surface épaisse et inégale. Plus il avançait, plus la peau devenait fine et délicate.

À ce stade, la boue montait jusqu’à la taille de Wei WuXian. La plupart des corps ici n’avaient pas été entièrement consommés, demeurant en gros morceaux. Ce n’était plus une bouillie de cadavres, mais plutôt un monticule de corps. Wei WuXian passa la main dans son dos, se préparant à tirer les flèches et les fers à chauffer, mais découvrit soudain qu’ils semblaient bloqués dans quelque chose et ne pouvaient être extraits.

Il serra l’extrémité des fers à chauffer et, en utilisant toute sa force, les retira enfin. Parallèlement, l’autre bout de ces derniers fit sortir autre chose du monticule, avec un léger clang. 

Wei WuXian se figea aussitôt.

Quelques instants s’écoulèrent, et il n’entendit pas d’autre bruit. La bête ne s’était pas emportée non plus. Il lâcha finalement un soupir de soulagement. “Quelque chose semblait bloquer les fers à chauffer. À en juger par le son que ça a produit, c’est aussi un objet en fer ? Et plutôt long. Voyons si cela peut servir. Il me faut quelque chose à utiliser comme arme. Ce serait super si c’était une épée spirituelle de haut niveau !”

Il tendit la main pour tâter l’objet. Il était de forme allongée, mais était terne et couverte de rouille.

À la seconde où il s’en saisit, des cris aigus résonnèrent dans ses oreilles.

C’était comme si des centaines de milliers de personnes gémissaient leur désespoir à plein poumon tout contre ses oreilles. Immédiatement, un courant d’air froid remonta le long de ses bras et de son corps. Wei WuXian retira sa main en frissonnant. “Qu’est-ce que c’est ? Son ressentiment est si puissant !”

Soudain, une lumière surgit. La lueur orange pâle projeta l’ombre de Wei WuXian et éclaira une épée en fer noir juste devant lui. La lame inclinée semblait transpercer la zone de son ombre où se situerait son cœur.

Il était à l’intérieur de la carapace du Xuanwu Sanguinaire, comment pouvait-il y avoir de la lumière ?

Wei WuXian se retourna. Comme il s’y attendait, à quelques centimètres de lui, se trouvaient deux grands yeux dorés.

Il venait de se rendre compte que les ronflements tonitruants avaient disparu, et que la lueur orange provenait directement des yeux du Xuanwu !

Le Xuanwu Sanguinaire laissa voir ses crocs entrecroisés, alternant entre le noir et le jaune, et ouvrit la bouche dans un rugissement.

Wei WuXian se tenait juste entre ses deux rangées de crocs. Attaqué de front par ce grondement, ses tympans lui semblèrent sur le point d’exploser, et même son corps tout entier commença à lui faire mal. Alors qu’il se jetait sur lui, Wei WuXian fourra le paquet de fers à chauffer dans sa bouche. Le moment et la position étaient parfaits, et, à la seconde et au centimètre près, ils se logèrent entre les mâchoires de la bête !

Profitant que la bête avait la bouche bloquée, Wei WuXian transperça la partie la plus délicate de sa peau avec un paquet de flèches. Même si elles étaient minces, il les avaient attachées par paquet de cinq et les avait enfoncées si profondément dans la chair de la bête que même leurs plumes étaient tombées. C’était comme une aiguille empoisonnée. Sous le coup de la souffrance, le Xuanwu referma sa gueule de force avec tant de puissance que tous les fers à chauffer entre ses mâchoires se courbèrent. Cette demi-douzaine de fers originellement droits se tordit en forme d’hameçon. Wei WuXian enfonça quelques paquets de flèches supplémentaires dans sa chair tendre. Depuis sa naissance, la bête n’avait jamais été aussi désavantagée. Elle était folle de douleur. Son corps serpentin se tordit autant qu’il le put dans sa carapace et sa tête frappa en tous sens, remuant le monticule de cadavres avec la puissance d’un glissement de terrain. Wei WuXian fut presque entièrement submergé par la multitude de membres en putréfaction. Le Xuanwu Sanguinaire écarquilla les yeux, élargissant ses globes d’un jaune hideux. La bouche ouverte, on aurait dit qu’il voulait tout dévorer. Le monticule de cadavre glissa vers sa gueule à la vitesse d’une inondation. Wei WuXian se débattit, nageant à contre-courant, quand il saisit soudain une épée en fer. Son cœur se serra. Les gémissements perçants résonnèrent de plus belle dans ses oreilles. 

Le corps de Wei WuXian avait été aspiré à l’intérieur de la gueule du Xuanwu. Voyant que la bête était sur le point de la refermer, l’épée à la main, Wei WuXian utilisa une nouvelle fois la même technique et la plaça entre ses mâchoires.

Les entrailles de bêtes centenaires comme celle-ci étaient généralement capables de corrosion. Si quelqu’un était avalé, il se dissoudrait instantanément en un nuage de fumée !

Wei WuXian s’accrocha fermement à l’épée. Il était fixé comme un piquet, incapable d’aller dans un sens ou dans l’autre. Le Xuanwu Sanguinaire cogna de tous les côtés pendant un moment. Il ne pouvait pas avaler le piquet quoi qu’il fasse, incapable de fermer sa bouche, mais il ne voulait pas non plus la relâcher. Finalement, il sortit de sa carapace !

La façon dont Wei WuXian l’avait blessé alors qu’il était à l’intérieur lui avait fait peur. Comme s’il voulait s’échapper, il essaya de faire jaillir son corps si fort qu’il révéla la chair délicate qui avait été cachée sous son armure. Lan WangJi avait déjà positionné la corde devant l’orifice de sa tête. Il attendait depuis longtemps. Dès que le Xuanwu se précipita à l’extérieur, il serra la corde et la gratta. La corde de l’arc vibra et entailla sa chair !

La créature ne pouvait plus ni entrer ni sortir, bloquée par leurs deux attaques. C’était une bête difforme, pas vraiment divine. Elle n’avait jamais été très intelligente. La douleur, l’avait rendue complètement folle, elle agitait sa tête et sa queue tout en se déchaînant dans l’eau sombre. Elle trébucha, tomba dans un grand tourbillon, soulevant des vagues déferlantes. Mais, peu importait ce qu’elle faisait, l’un des deux assaillants demeurait fermement accroché à sa gueule pour l’empêcher de manger tandis que l’autre utilisait une corde pour étrangler son point faible, tranchant dedans centimètre après centimètre. Au fur et à mesure que la coupure s’approfondissait, l’hémorragie s’accentuait !

Lan WangJi tira fermement, refusant de se relâcher ne serait-ce qu’une fraction de seconde. Il tint ainsi six heures durant.

Six heures plus tard, le Xuanwu Sanguinaire cessa enfin de bouger.

La région où se trouvait le point faible de la bête avait presque été séparée du reste de son corps grâce à la corde de Lan WangJi. Après avoir surexploité sa force, les paumes de ce dernier étaient aussi couvertes de sang et d’entailles. La carapace titanesque flottait au-dessus de l’eau. L’étang se colorait à vue d’œil d’une teinte pourpre. L’odeur du sang était si forte qu’on aurait pu croire cette étendue sortie du purgatoire.

Avec un plop, Lan WangJi sauta dans l’eau et nagea jusqu’à sa tête. Les yeux du Xuanwu étaient grands ouverts. Ses pupilles étaient devenues brumeuses, mais sa bouche maintenait toujours fermement sa prise.

« Wei Ying ! »

Aucune réponse ne s’éleva de la gueule de la bête.

Lan WangJi se précipita vivement en avant, saisissant les deux rangées de crocs et les forçant à se séparer. Nageant sans l’appui d’un quelconque support, il ne put les ouvrir qu’après avoir concentré ses efforts pendant un moment. À l’intérieur, il vit une épée de fer noir coincée dans la gueule de la bête. La pointe comme la garde avaient pénétré profondément dans sa chair, si bien que la lame avait été forcée à se courber.

Le corps de Wei WuXian était recroquevillé comme une crevette. La tête tournée vers le bas, ses mains toujours crispées sur la lame peu aiguisée. Il avait presque glissé dans la gorge du Xuanwu. Lan WangJi le saisit aussitôt par le col et le sortit de là. Dès que les mâchoires du Xuanwu se relâchèrent, l’épée de fer glissa dans l’eau et coula vers le fond.

Les yeux fermés, Wei WuXian reposait mollement sur le corps de Lan WangJi, un bras autour de son épaule. Le tenant par la taille, Lan WangJi flottait avec lui dans l’eau sanglante.

 « Wei Ying ! »

Ses mains tremblaient légèrement. Juste au moment où il était sur le point de toucher la joue de Wei WuXian, celui-ci frissonna brusquement et se réveilla :

« Que se passe-t-il ? Que se passe-t-il ? Est-il mort ? Est-il mort ?! »

Il glissa légèrement, les faisant tous les deux s’enfoncer un peu plus dans les flots. Lan WangJi resserra son bras autour de sa taille.

« Oui, il l’est ! »

Le regard de Wei WuXian resta neutre, comme s’il avait du mal à réaliser. Il répondit seulement après un moment de réflexion :

« Il est mort ? Il est mort… Génial ! Il est mort. Tout à l’heure, il n’arrêtait pas de crier, de hurler en roulant dans tous les sens, et puis je me suis évanoui. Oh oui, le passage ! Le passage sous l’eau. Vite, allons-y. Sortons par le passage. »

Lan WangJi avait l’impression que son comportement était étrange.

« Qu’est-ce qui ne va pas ? »

Wei WuXian était soudain plein d’énergie :

« Rien ! Partons le plus vite possible. Il n’y a pas de temps à perdre. »

Il n’y avait en effet pas de temps à perdre. Lan WangJi hocha la tête et ajouta :

« Je vais te porter.

— Ce n’est pas la peine… »

Cependant, le bras droit de Lan WangJi resta autour de sa taille comme une ceinture de fer, et il déclara sur un ton irréfutable :

« Inspire. »

Nager dans un tel état de confusion n’était probablement pas la meilleure idée. Wei WuXian n’aimait pas non plus la perspective d’aller au-delà de ses forces et acquiesça. Ils prirent une profonde inspiration et plongèrent dans l’eau.

Un instant plus tard, deux éclaboussures jaillirent de l’eau pourpre. Ils ressortirent de l’étang.

Wei WuXian cracha une gorgée d’eau sanglante et essuya son visage, le couvrant d’un rouge violacé. Il avait l’air encore pire qu’avant.

« Qu’est-ce qui ne va pas ?! Pourquoi n’y a-t-il pas de passage ?! »

Jiang Cheng avait en effet dit qu’il y avait un passage au fond, capable de laisser passer une demi-douzaine de personnes à la fois, et les autres disciples s’étaient bien échappés avec succès. Wei WuXian avait pensé au départ qu’il ne pouvait pas le trouver car il était bloqué par le corps du Xuanwu, mais le cadavre de ce dernier se situait désormais à un autre endroit, et il n’y avait pourtant aucune issue là où il se trouvait auparavant.

Des gouttes perlaient des cheveux mouillés de Lan WangJi. Il ne répondit pas. Ils se regardèrent mutuellement, ayant tous les deux la même pensée démoralisante.

Il était possible que… sous le coup de son intense douleur, quand le Xuanwu Sanguinaire avait furieusement agité ses membres, il avait soit ébranlé des rochers sous l’eau soit frappé un endroit précis, et… bloquer ainsi par accident leur seule échappatoire.

Wei WuXian se dégagea de l’étreinte de Lan WangJi. Il replongea dans l’eau. Lan WangJi le suivit. Cependant, après avoir longtemps cherché, ils ne trouvèrent toujours aucun passage. Pas même une issue qui pourrait laisser passer ne serait-ce qu’une personne.

« Qu’allons-nous faire maintenant ? » demanda Wei WuXian.

Après un moment de silence, Lan WangJi répondit :

« Remontons d’abord.

— … Oui, remontons », acquiesça Wei WuXian avec un geste de la main. 

Vidés de toute énergie, ils nagèrent lentement vers la rive. Lorsqu’ils sortirent de l’eau, ils étaient recouverts de sang pourpre. Wei WuXian retira ses vêtements. Tandis qu’il les essorait et les secouait dans l’air, il ne put s’empêcher de jurer :

« On se moque de nous ou quoi ? Je pensais que si personne ne venait nous aider, on ne pourrait pas le tuer même si on le voulait, c’est pour ça que j’ai essayé. Et maintenant qu’on l’a enfin tué, ce fils de pute a fait s’effondrer le passage. Putain ! »

En entendant l’injure, Lan WangJi fronça les sourcils. Il voulut dire quelque chose, mais il se retint.

Wei WuXian continua de secouer ses vêtements tout en jurant. Soudain, ses jambes cédèrent. Lan WangJi se précipita à temps pour le rattraper. Prenant appui sur sa main, Wei WuXian expliqua :

« Ça va, ça va. J’ai utilisé toute mon énergie. Oh ! D’ailleurs, Lan Zhan, tu as vu que je tenais une épée quand j’étais dans sa gueule ? Où est-elle passée ?

— Elle a coulé dans l’eau. Un problème avec elle ?

— Elle a coulé ? Tant pis, alors. »

Quand il s’était accroché à l’épée, il avait entendu un flux ininterrompu de hurlements dans ses oreilles. Il avait eu froid et s’était senti étourdi. L’épée de fer semblait être un artefact spécial. Le Xuanwu Sanguinaire avait dévoré au moins cinq mille personnes. Parmi ses proies, certaines étaient sans doute encore vivantes quand il les avait entraîné dans sa carapace. L’arme avait pu appartenir à un cultivateur qui avait été dévoré. Elle était restée cachée pendant au moins quatre cents ans dans le monticule de cadavre de la carapace, infusée de souffrance et du ressentiment d’innombrables victimes, mortes et vivantes, s’imprégnant de leurs cris.

Wei WuXian aurait voulu la garder et examiner son matériau attentivement. Cependant, maintenant qu’elle avait coulé, et qu’ils étaient coincés ici, incapables de s’échapper, il semblait mieux de laisser tomber. S’il en parlait trop et que Lan WangJi comprenait où il voulait en venir, ils seraient de nouveau en désaccord. Wei WuXian baissa les bras : “Il n’y a vraiment rien de bon à en tirer, n’est-ce pas ?”

Il reprit sa marche en traînant des pieds. Lan WangJi le suivit en silence. Après quelques pas, les jambes de Wei WuXian cédèrent une fois de plus.

Et Lan WangJi le rattrapa encore. Cette fois, il posa une main contre son front. Après une courte réflexion, il déclara :

« Wei Ying, tu… es si chaud. »

Wei WuXian posa lui aussi la main sur son front :

« Lan Zhan, tu es aussi très chaud. »

Lan WangJi se rétracta, répliquant d’un ton plat :

« C’est parce que ta main est froide.

— Je crois que j’ai un peu le tournis. »

Quatre ou cinq jours plus tôt, il avait appliqué toutes les herbes du sachet parfumé sur la jambe de Lan WangJi. Il n’avait fait que nettoyer un peu sa propre brûlure. Ces derniers jours, il s’était à peine reposé et il avait nager dans le monticule de cadavres et dans l’eau de l’étang. Sa blessure avait finalement empiré.

Il avait de la fièvre.

Après avoir pris sur lui pendant un moment, Wei WuXian se sentit de plus en plus étourdi. Il ne pouvait plus marcher, il décida donc de simplement s’asseoir là où il était, se demandant à voix haute :

« Comment ai-je pu attraper une fièvre pour si peu ? Je n’en ai pas eu depuis des années. »

Lan WangJi n’avait pas envie d’exprimer son opinion sur ce “pour si peu”.

« Allonge-toi. »

Wei WuXian fit comme il lui était demandé. Lan WangJi prit sa main et commença à lui transmettre de l’énergie spirituelle.

Wei WuXian resta allongé un moment, mais se redressa bientôt.

« Allonge-toi correctement », le sermonna Lan WangJi.

Wei WuXian rétracta sa main :

« Tu n’as pas besoin de me donner de l’énergie. Il ne t’en reste plus beaucoup. »

Lan WangJi reprit sa main et répéta :

« Allonge-toi correctement. »

Quelques jours avant, c’était Lan WangJi qui avait été à court d’énergie, et Wei WuXian l’avait à la fois effrayé et taquiné. Cette fois, c’était au tour de Wei WuXian d’être vidé de son énergie et d’être à sa merci.

Cependant, même allongé, Wei WuXian n’aimait pas le silence. Il ne perdit pas de temps avant de se mettre à se plaindre :

« C’est trop dur, c’est trop dur.

— Que veux-tu ?

— Je veux m’allonger ailleurs.

— Où voudrais-tu t’allonger, dans un endroit pareil ?

— Laisse-moi emprunter ta cuisse un moment, tu veux bien ? »

Lan WangJi lui répondit avec un visage inexpressif :

« Arrêtez de jouer l’idiot.

— Je suis sérieux. J’ai la tête qui tourne. Tu n’es pas une fille, pourquoi ne puis-je pas me reposer un peu dessus ?

— Même si je ne suis pas une fille, tu ne peux tout simplement pas la faire. »

Voyant qu’il commençait à froncer les sourcils, Wei WuXian rétorqua :

« Je ne joue pas l’idiot. C’est toi qui devrais arrêter de le faire. Je refuse d’accepter cela. Lan Zhan, dis-moi, pourquoi ?

— Quoi, pourquoi ? »

Wei WuXian réussit à se retourner et à se coucher sur le ventre :

« Parmi tous les gens qui disent que je suis agaçant, il n’y a personne qui ne m’apprécie pas secrètement malgré tout. Pourquoi est-ce que, quand c’est toi, tu n’as jamais l’air content de me voir ? On peut dire qu’on a survécu à des situations mortelles ensemble, n’est-ce pas ? Tu ne veux même pas me prêter ta cuisse pour que je me repose dessus et tu recommences à me sermonner. Tu es un vieil homme ou quoi ?

— Tu es en plein délire », répliqua Lan WangJi d’une voix faible.

Peut-être était-il vraiment en train de délirer. Peu de temps après, Wei WuXian s’endormit.

Durant son sommeil, il sentit que sa position n’était pas si inconfortable, comme s’il était vraiment couché sur les cuisses de quelqu’un d’autre. Une main fraîche se posa sur son front. C’était plutôt agréable. Il se tourna et se retourna joyeusement tout content, et nul ne le gronda. Quand il roula sur le sol, sa tête fut même gentiment caressée avant d’être soulevée et reposée sur les cuisses.

Néanmoins, quand il se réveilla, il était toujours allongé par terre. À la place des cuisses, il y avait un tas de feuilles sous sa tête, ce qui était un peu plus confortable qu’auparavant. Lan WangJi était assis un peu plus loin. Il avait allumé un feu. La lueur des flammes, douce et chaleureuse, se reflétait sur ses joues, comme si elles étaient faites de jade.

“Bien sûr, c’était un rêve”, se dit Wei WuXian.

Le chemin qu’ils comptaient emprunter pour s’échapper était coupé. Coincés dans la grotte, ils durent attendre deux jours de plus que la secte YunmengJiang vienne à leur secours. Durant ces deux jours, Wei WuXian demeura légèrement fiévreux, alternant période de sommeil et d’éveil. La tâche incombait à Lan WangJi de lui transmettre de l’énergie spirituelle pour stabiliser son état actuel et s’assurer qu’il ne s’aggravait pas.

Wei WuXian ne cessait de se plaindre.

« Argh. Je m’ennuie tellement. »

« Je m’ennuie vraiment, tellement. »

« C’est trop silencieux. »

« Ahhh. »

« J’ai faim. Lan Zhan, pourquoi tu ne te lèverais pas pour me préparer quelque chose ? Cuisine-moi un peu de cette viande de tortue. »

« Laisse tomber, je préfère m’en passer. La viande de bêtes mangeuses d’hommes comme celle-ci est de toute évidence corrompue. Ne bouge pas, finalement. »

« Pourquoi tu es comme ça, Lan Zhan ? Tu es tellement ennuyeux. La bouche fermée, les yeux fermés ; tu ne me parles pas et tu ne me regardes pas non plus. Tu médites, tu joues les moines, ou quelque chose comme ça ? C’est vrai, ton ancêtre était vraiment un moine. J’avais oublié.

— Reste tranquille. Tu as encore de la fièvre. Tais-toi. Conserve ton énergie. »

— Tu me réponds enfin. Cela fait combien de jours que nous attendons ? Pourquoi personne n’est encore venu nous sauver ?

— Cela ne fait même pas un jour », fit remarquer Lan WangJi.

Wei WuXian se couvrit le visage :

« Pourquoi est-ce si difficile ? Ça doit être parce que je suis avec toi. C’est Jiang Cheng qui aurait dû rester derrière. Même me disputer avec lui aurait été plus intéressant que de rester comme ça avec toi. Jiang Cheng ! Où es-tu, bon sang ?!  Ça fait presque sept jours !!! »

Lan WangJi planta une branche dans le feu, et, d’une certaine manière, son geste donnait l’impression qu’il l’avait plutôt poignardé avec une épée. Des étincelles volèrent tout autour. Il déclara froidement :

« Repose-toi. »

Wei WuXian se recroquevilla une fois de plus comme une crevette, lui fit face et rétorqua :

« Tu es sérieux ? Je viens de me réveiller et tu me dis de me reposer. Tu détestes à ce point voir ma version éveillée ? »

Reprenant la branche, Lan WangJi répondit calmement :

« Tu réfléchis trop. »

“Absolument rien ne fonctionne sur lui”, songea Wei WuXian. “Il n’est pas du tout aussi intéressant qu’il y a quelques jours, le visage aussi sombre que le fond d’une marmite, parlant d’un ton bien plus naturel, allant même jusqu’à me mordre quand il était en colère. Mais il ne faut pas espérer revoir un tel Lan Zhan si facilement. Je ne pourrais probablement pas être de nouveau témoin d’une chose pareille avant la fin de ma vie.”

Il reprit :

« Je m’ennuie tellement. Lan Zhan, discutons. Tu peux commencer.

— Quand as-tu l’habitude de t’endormir ?

— Ton début de conversation laisse tellement à désirer. C’est si sec, ça me donne vraiiiment envie de ne pas poursuivre. Mais je vais te faire honneur et continuer. Laisse-moi te dire, au Port aux Lotus, je ne m’endors jamais avant une heure du matin. Je reste souvent debout toute la nuit.

— Conduite impropre. Une mauvaise habitude.

— Tu crois que tout le monde se comporte comme les gens de ta secte ?

— Il faut cesser cela. »

Wei WuXian se couvrit les oreilles :

« Je suis malade. J’ai de la fièvre, Lan Er-gege, tu ne peux pas dire quelque chose de plus gentil ? Et me faire me sentir mieux, pauvre de moi ? »

Lan WangJi demeura bouche cousue. 

« Tu ne sais pas quoi dire ? Bien, j’aurais dû m’en douter. Dans ce, si tu ne sais pas quoi dire, peux-tu chanter ? Et si tu chantais une chanson ? »

C’était à l’origine une remarque désinvolte. Il discutait avec Lan WangJi pour passer le temps et ne s’attendait pas du tout à ce qu’il soit d’accord. Pourtant, après un silence, une voix basse mais douce résonna doucement dans la grotte.

Lan WangJi s’était vraiment mis à chanter.

Wei WuXian ferma les yeux, se retourna et étendit ses membres.

« Ça sonne bien. Comment elle s’appelle? » demanda-t-il.

Il lui sembla que Lan WangJi murmura quelque chose. Wei WuXian ouvrit les yeux.

« Comment, répète encore? »


Notes :

↑[1] “ne même pas vouloir toucher l’eau utilisée pour faire la lessive” : vient de l’expression chinoise “ne touche pas à l’eau de source”, pour parler de quelqu’un qui est tellement douillet et maniéré qu’il ne toucherait même pas à l’eau d’une source pour laver du linge.

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Shraeve
Shraeve
3 novembre 2020 23:14

J’adore cette histoire. Un tout grand merci pour votre travail de traduction 🙂