Mo Dao Zu Shi – Chapitre 18

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Traduction par NoirSoleil, correction par Keliane.

Chapitre 18 : Raffinement – Partie 8

Wei WuXian avait ramené du bourg de Caiyi tout un tas de babioles excentriques au Repaire des Nuages. Dès son retour, il avait tout partagé avec les disciples des autres sectes. Comme Lan QiRen était partit à Qinghe et que les cours étaient annulés, les garçons s’amusèrent dans le chaos le plus total, se précipitant dans la chambre de Wei WuXian et Jiang Cheng pour y passer la nuit. Ils passaient leurs soirées à manger, boire, se bagarrer, parier, et feuilleter des livrets illustrés (1). Une nuit, Wei WuXian perdit à un jeu de dés, et il fut envoyé clandestinement en bas de la montagne pour acheter des jarres de Sourire de l’Empereur. Cette fois, ils eurent tous enfin l’occasion de satisfaire leurs papilles. Cependant, le lendemain, avant même l’apparition des premiers rayons du jour, quelqu’un ouvrit la porte, découvrant les disciples étalés au sol de part et d’autre, endormis comme un tas de cadavres.

Le bruit de l’ouverture de la porte fit sursauter quelques personnes. En voyant le visage dur de Lan WangJi à l’entrée à travers leurs yeux embués de sommeil, ils se réveillèrent instantanément. Nie HuaiSang bouscula brusquement Wei WuXian, qui finit la tête en bas et les jambes en l’air.

« Wei-xiong ! Wei-xiong ! »

Après avoir été secoué plusieurs fois, Wei WuXian répondit d’une voix endormie :

« Qui ça ? Quelqu’un d’autre veut se battre ?! Jiang Cheng ? Je relève le défi — comme si j’avais peur de toi ! »

Jiang Cheng avait beaucoup trop bu la nuit précédente, sa tête lui faisait mal et il était allongé par terre, les yeux fermés. Il attrapa un objet au hasard et le jeta en direction de la voix de Wei WuXian.

« Ferme-la ! »

L’objet atterrit sur le torse de Wei WuXian, et les pages s’ouvrirent. Nie HuaiSang y jeta un œil : Jiang Cheng avait utilisé un de ses livres illustrés érotiques adorés fraîchement imprimés pour le frapper. Alors qu’il relevait la tête, il croisa le regard glacial de Lan WangJi qui le tua presque sur le coup. Wei WuXian marmonna quelques phrases, serra le livre contre lui, et retourna dormir. Lan WangJi entra dans la chambre. Il agrippa le col de Wei WuXian d’une main, le souleva, et l’entraîna vers la sortie.

Après quelques moments confus durant lesquels Lan WangJi le traîna, il parvint finalement à se réveiller à moitié. Il se tourna vers lui :

« Lan Zhan, qu’est-ce que tu fais ? »

Sans dire un mot, Lan WangJi continua de le tirer à sa suite. Jiang Cheng se réveilla lui aussi peu à peu, et les autres cadavres étalés autour de lui en firent de même. En s’apercevant que Wei WuXian s’était fait prendre encore une fois par Lan WangJi, il se précipita dehors et demanda :

« Que se passe-t-il ? Où est-ce que tu l’emmènes ? »

Lan WangJi tourna la tête, et prononça les mots un à un :

« Recevoir. Sa. Punition. »

Le temps de réaction de Jiang Cheng était ralenti à cause du sommeil et de sa gueule de bois, ce fut donc seulement à cet instant qu’il se rappela tout le bazar qui gisait au sol dans leur chambre. Son visage se figea, se souvenant qu’ils avaient enfreint un nombre incalculable des règles du Repaire des Nuages la nuit dernière.

Lan WangJi traina Wei WuXian jusqu’au perron de la Salle des Ancêtres de la secte Lan. Huit disciples plus âgés de la secte Lan les y attendaient déjà. Quatre d’entre eux avaient entre les mains de longues baguettes en bois de santal, sculptées d’innombrables caractères carrés. Toute la mise en scène dégageait une impression solennelle. Alors que Lan WangJi tirait son prisonnier à l’intérieur, deux des disciples s’avancèrent immédiatement, et maintinrent fermement Wei WuXian en place. Ce dernier s’agenouilla à moitié par terre, n’ayant aucune possibilité de se débattre.

« Lan Zhan, tu comptes me punir ? »

Lan WangJi le scruta froidement, persistant dans son silence.

« Je ne l’accepte pas, » déclara Wei WuXian.

A ce moment-là, les autres garçons qui s’étaient réveillés débarquèrent, mais ils furent bloqués à l’extérieur de la Salle des Ancêtres, l’accès leur étant interdit. Ils se grattaient la tête, tétanisés de peur à la vue de la baguette disciplinaire. Cependant, Lan WangJi releva le bas de sa tenue blanche, et s’agenouilla à côté de Wei WuXian.

Le voyant faire, Wei WuXian pâlit d’horreur. Il tenta de se relever, mais Lan WangJi commanda :

« Frappez ! »

Wei WuXian était bouche bée.

« Attends, attends, je l’accepte, je l’accepte, Lan Zhan, débita-t-il rapidement. J’ai eu tort… Ah ! »

Leurs paumes et leurs jambes à tous deux reçurent une centaine de coups. Lan WangJi n’eut pas besoin qu’on le maintienne en place. Il se tint droit et demeura proprement agenouillé tout du long. De son côté, Wei WuXian se plaignit et hurla sans aucune retenue, faisant grimacer les disciples qui assistaient à la scène en imaginant sa souffrance. Après la punition, Lan WangJi se releva silencieusement et sortit après avoir salué les disciples de la Salle des Ancêtres, sans laisser paraître le moindre signe qu’il s’était fait battre, contrairement à Wei WuXian. Jiang Cheng le porta sur son dos, et il ne cessa de grogner pendant toute la journée. Les garçons les entourèrent, demandant :

« Wei-xiong, mais qu’est-il arrivé ?

— C’est normal que Lan Zhan te punisse, mais pourquoi s’est-il fait battre lui aussi ? »

Wei WuXian soupira, s’appuyant sur le dos de Jiang Cheng :

« Quel imprévu ! C’est une longue histoire.

— Arrête tes âneries! Qu’est-ce que tu as fichu ? demanda Jiang Cheng.

— Je n’ai rien fait ! La nuit dernière, tu te souviens que j’ai perdu aux dés et que j’ai dû sortir pour acheter du Sourire de l’Empereur ?

— … Ne me dis pas que tu l’as encore croisé.

— C’est précisément le cas. Va savoir ce qui ne va pas avec ma chance : quand je suis revenu avec les jarres de Sourire de l’Empereur, il est encore apparu juste en face de moi. Je commence à me demander s’il ne me surveille pas vraiment tous les jours.

— Personne n’a autant de temps à consacrer, répondit Jiang Cheng. Et ensuite ?

— Ensuite, poursuivit Wei WuXian, je l’ai salué et je lui ai dit : “Lan Zhan ! Quelle coïncidence, c’est encore toi !” Évidemment, il m’a encore ignoré. Il a voulu m’attraper sans dire un mot. Donc je lui ai dit : “Eh, quel est l’intérêt de faire tout ça ?” Il a répondu que quand un disciple invité violait autant de fois le couvre-feu, il devait se rendre à la Salle des Ancêtres de la secte Lan pour y recevoir sa punition. Du coup j’ai rétorqué : “Il n’y a que nous deux, ici. Si tu n’en parles pas, et que je n’en parle pas, personne ne saura que j’ai violé le couvre-feu, d’accord ? Je te promets que c’est la dernière fois. Nous sommes déjà si proches l’un de l’autre, tu ne peux pas me faire une petite faveur ?” »

Le groupe entier semblait ne plus vouloir en entendre davantage. Wei WuXian continua :

« Au final, il a fait la tête et a dit qu’on n’était pas proches, il a saisi son épée et m’a attaqué. Comme il n’accordait aucune importance à notre amitié ou quoi que ce soit d’autre, je n’ai pas eu d’autre choix que de poser les jarres de Sourire de l’Empereur et de m’engager dans le combat. Ses attaques étaient rapides et il m’acculait tant que je n’arrivais pas à le battre ! Au bout d’un moment, j’en avais marre qu’il me courre après. Je lui ai demandé : “Tu comptes vraiment ne pas laisser passer ça, hein?!” Il a répété : “Reçois ta punition.” »

Les garçons étaient fascinés par l’histoire, et Wei WuXian se laissa emporter par son récit. Il en oublia qu’il était toujours sur le dos de Jiang Cheng, et frappa violemment l’épaule de ce dernier.

« Je lui ai dit : “Très bien !” Ensuite, j’ai arrêté de l’esquiver, je me suis jeté en avant, je me suis accroché à lui, et je nous ai précipité de l’autre côté du mur du Repaire des Nuages !

— …

— Et du coup, nous nous sommes tous deux retrouvés à l’extérieur ! La chute a été si mauvaise que j’ai vu des étoiles danser devant mes yeux.

— … Il ne s’est pas libéré ? interrogea Nie HuaiSang, abasourdi.

— Oh, il a essayé, répondit Wei WuXian. Mais comme je le bloquais avec mes bras et mes jambes, il ne pouvait pas se libérer de mon corps même s’il le voulait, encore moins se relever. Il était aussi tendu qu’un arc. Je lui ai dit : “Alors, Lan Zhan ? Maintenant, toi aussi tu es en dehors du Repaire des Nuages. Nous avons tous les deux enfreint le couvre-feu, et tu ne peux pas te montrer sévère envers les autres et souple envers toi-même. Si tu me punis, tu dois te punir aussi. Un traitement équitable. Qu’en dis-tu ?”

« Après qu’il se soit relevé, il avait vraiment l’air de mauvaise humeur. Je me suis assis à côté et je lui ai dit de ne pas s’inquiéter, que je ne le dirais à personne, et que les seuls témoins de tout ça étaient le ciel, la terre et nous deux. Après, il est parti sans dire un mot. Qui aurait cru qu’il allait faire un truc pareil au matin… Jiang Cheng, marche plus lentement. Tu as failli me faire tomber. »

Jiang Cheng ne voulait pas seulement le faire tomber, mais bel et bien l’enfoncer dans le sol en lui écrasant la tête par terre.

« Le fait de simplement te porter n’est pas à la hauteur de tes standards ?!

— Je ne t’ai jamais demandé de me porter, d’abord. »

Jiang Cheng était furieux :

« Si je ne t’avais pas porté, tu serais encore dans la Salle des Ancêtres à te rouler par terre pour le reste de la journée. Hors de question que je perde la face davantage ! Lan WangJi a reçu cinquante coups de plus que toi, et il est même sorti en marchant tout seul. Avec ça, tu as encore le culot de jouer les infirmes. Je ne veux plus te porter. Maintenant, descends de là !

— Non, je suis blessé. »

Le groupe continua de plaisanter le long de l’étroit chemin de pavés blancs. Ils arrivèrent juste en face d’une personne vêtue de robes blanches qui marchait avec un livre en main. Lan XiChen s’arrêta, intrigué, et sourit :

« Que se passe-t-il donc ici ? »

Jiang Cheng se sentit gêné, ne sachant que répondre. Nie HuaiSang répondit avant lui :

« XiChen-ge, Wei-xiong a reçu plus de cent coups de baguette en punition. Y-a-t-il un quelconque remède ?! »

Le responsable des punitions dans le Repaire des Nuages était Lan WangJi. Au vu des cris douloureux de Wei WuXian au milieu du groupe qui l’entourait, sa condition semblait assez grave. Lan XiChen s’approcha immédiatement.

« Est-ce l’œuvre de WangJi ? Le Jeune Maître Wei peut-il encore marcher ? Qu’est-il arrivé ? »

Bien sûr, Jiang Cheng n’osa pas dire que c’était de la faute de Wei WuXian. Tout bien réfléchi, c’était eux qui l’avait obligé à acheter de l’alcool. Chacun d’entre eux aurait dû être puni. Il ne put que répondre vaguement :

« Tout va bien, tout va bien, ce n’est pas aussi grave ! Il peut marcher. Wei WuXian, qu’est-ce que tu fais encore perché là ?!

— Je ne peux pas marcher. »

Il leva ses paumes rougies et enflées et se plaignit à Lan XiChen.

« ZeWu-Jun, votre petit frère est si cruel. »

Lan XiChen examina ses paumes.

« Oui, la punition est assez dure, en effet. Il est probable que l’inflammation ne se calme pas avant trois ou quatre jours. »

Jiang Cheng ne s’imaginait absolument pas que les coups avaient été aussi forts.

« Quoi ? s’exclama-t-il. Pas avant trois ou quatre jours ? Ses jambes et son dos aussi ont reçus des coups. Comment Lan WangJi a-t-il pu faire ça ? »

Il prononça la dernière phrase avec ressentiment malgré lui, et le réalisa seulement après que Wei WuXian l’ait frappé discrètement. Néanmoins, Lan XiChen ne s’en formalisa pas le moins du monde. Il sourit :

« Quoi qu’il en soit, ce n’est pas suffisamment grave pour nécessiter un remède. Jeune Maître Wei, je vais vous confier un moyen de guérir en à peine quelques heures. »

À la source froide du Repaire des Nuages, il faisait nuit.

Les yeux de Lan WangJi étaient fermés tandis qu’il se relaxait dans l’eau glacée. Soudain, une voix retentit à ses oreilles :

« Lan Zhan.

— … »

Ses yeux s’ouvrirent brusquement. Sans surprise, Wei WuXian était allongé sur le ventre, au-dessus des pierres bleues près de la source froide, et penchait la tête vers lui en lui en souriant.

« Comment es-tu entré ici ?! » lâcha Lan WangJi.

Wei WuXian se releva lentement, et répondit en défaisant sa ceinture :

« ZeWu-Jun m’a dit de venir.

— Que fais-tu ? »

Wei WuXian envoya valser ses bottes en laissant des traînées de vêtements éparpillées au sol.

« Je me suis déshabillé, donc que crois-tu que je sois venu faire ici ? J’ai entendu dire que la source froide de ta secte pouvait guérir les blessures en plus d’aider à la cultivation. C’est pour cela que ton frère m’a envoyé ici me baigner avec toi. D’ailleurs, c’est vraiment pas sympa de venir te soigner ici tout seul. Hiii ! C’est vraiment froid. Brr… »

Il entra dans l’eau et gesticula dans tous les sens à cause de la température glaciale de la source. Lan WangJi s’éloigna rapidement de quelques mètres de Wei WuXian :

« Je suis venu pour cultiver, pas pour guérir… Arrête de bondir partout !

— Mais c’est si froid, tellement froid… »

Cette fois il ne cherchait pas à exagérer ni à l’embêter. Il était vrai que la plupart des gens ne pouvaient vraiment pas s’habituer à la source froide de GusuLan en si peu de temps, éprouvant la sensation que leur corps et leur sang pouvaient geler s’ils restaient immobiles ne serait-ce que quelques instants. Au départ, Lan WangJi méditait tranquillement, mais comme Wei WuXian sautillait autour en essayant de se réchauffer, il reçut quelques giclées d’eau au visage. Quelques gouttes dégoulinèrent de ses longs cils et de ses cheveux noir-d’encre. C’était plus qu’il ne pouvait en supporter :

« Ne bouge plus ! »

Tout en parlant, il tendit le bras et posa la main sur l’épaule de Wei WuXian.

Wei WuXian ressentit instantanément un déferlement de chaleur à l’endroit où leurs corps se touchaient. Se sentant mieux, il ne put s’empêcher de se rapprocher. Lan WangJi était sur ses gardes :

« Quoi ?

— Rien, répondit Wei WuXian d’un ton innocent. Ça a l’air plus chaud de ton côté.»

Lan WangJi maintint fermement son bras entre eux, préservant la distance qui les séparait. Il déclara sèchement :

« Ça ne l’est pas. »

Wei WuXian voulait se rapprocher de Lan WangJi pour le flatter plus facilement. Même s’il ne pouvait pas s’avancer et qu’il avait été repoussé, il n’était absolument pas contrarié. Il jeta un œil aux paumes et aux épaules de Lan WangJi. Les bleus étaient toujours présents, ce qui signifiait que Lan WangJi n’était vraiment pas venu pour se soigner.

« Lan Zhan, je t’admire tellement, lui dit-il sincèrement. Tu t’es vraiment puni toi-même aussi, sans aucun traitement de faveur. Je ne sais pas quoi dire. »

Lan WangJi ferma les yeux à nouveau, sans un mot.

« Honnêtement, je n’ai jamais vu quelqu’un d’aussi exemplaire et irréprochable que toi. Ce serait impossible pour moi d’en faire autant. Tu es vraiment super. »

Lan WangJi ne lui prêtait toujours aucune attention.

Dès que Wei WuXian cessa d’avoir froid, il se mit à nager. Il se baigna un moment mais se rapprocha néanmoins de Lan WangJi.

« Lan Zhan, tu n’as pas compris ce que je faisais quand je te parlais ?

— Je ne sais pas.

— Tu ne sais même pas ça ? Je te complimentais, j’essayais d’être plus décontracté avec toi. »

Lan WangJi coula un regard vers lui.

« Que cherches-tu à faire ?

— Lan Zhan, pourquoi ne deviendrait-on pas amis ? Nous sommes déjà si proches.

— Nous ne le sommes pas. »

Wei WuXian frappa la surface de l’eau.

« Et voilà, tu recommences à être ennuyeux. Sérieusement. Il y a beaucoup d’avantages à être ami avec moi.

— Par exemple ? »

Wei WuXian nagea jusqu’au bord de la source et s’adossa contre les roches bleues, posant les bras sur ces dernières.

« Je suis toujours extrêmement loyal envers mes amis. Par exemple, je te laisserai certainement être la première personne à jeter un œil aux nouveaux livres érotiques que je me procure… Eh, eh, reviens ! C’est tout aussi bien si tu ne veux pas les voir. Tu es déjà venu à Yunmeng ? C’est un endroit très amusant. La nourriture y est bonne, aussi. Je ne sais pas si le problème vient de Gusu ou du Repaire des Nuages, mais la nourriture de ta secte est très mauvaise. Si tu viens au Port aux Lotus, tu pourras manger plein de plats délicieux. Je pourrais t’emmener cueillir des cosses de graines de lotus et des châtaignes d’eau. Lan Zhan, tu veux venir ?

— Non.

— Ne réponds pas toujours non à tout. Tu donnes l’impression d’être insensible : les filles n’apprécient pas ça. Laisse-moi te dire une chose : les filles de Yunmeng sont vraiment jolies, d’un autre genre de beauté que celles de Gusu. »

Il lança fièrement un clin d’œil à Lan WangJi.

« Tu es sûr que tu ne veux pas venir ? »

Lan WangJi hésita, mais répondit néanmoins :

« Non…

— À me rejeter ainsi sans la moindre vergogne, tu n’a pas peur que je prenne tout simplement tes vêtements avec moi quand je partirai ?

— Dégage !!! »

Après le retour de Lan QiRen de Qinghe, il n’envoya pas Wei WuXian au Pavillon de la Bibliothèque pour copier encore une fois les règles de la secte Lan. À la place, il le réprimanda sévèrement devant tout le monde. En dehors de toutes les parties de son discours où il citait les anciens écrits, cela se réduisit au fait qu’il n’avait jamais vu quelqu’un d’aussi indiscipliné et effronté auparavant, et qu’il souhaitait donc qu’il s’en aille, aussi vite et aussi loin que possible ; qu’il évite de s’approcher des autres élèves et qu’il s’abstienne en particulier d’influencer son favori, Lan WangJi.

Pendant qu’il le grondait, Wei WuXian souriait simplement tout en l’écoutant, sans ressentir absolument ni humiliation ni colère. Juste après le départ de Lan QiRen, Wei WuXian s’assit et déclara à Jiang Cheng :

« Tu ne crois pas que c’est un peu tard de me dire de m’en aller maintenant ? Il me le dit alors que j’ai déjà influencé son protégé. C’est trop tard ! »

L’abysse lacustre du bourg de Caiyi provoqua de nombreux problèmes pour la secte GusuLan. Il était impossible de la détruire complètement, et la secte Lan ne pouvait pas le chasser ailleurs comme l’avait fait la secte Wen. Le chef de secte était en retraite méditative la plupart du temps, donc Lan QiRen déployait toute son énergie dans cette affaire. Les leçons se faisant de plus en plus courtes, Wei WuXian passait de plus en plus de temps dans les montagnes avec ses amis.

Ce jour-là, il s’apprêtait à sortir encore une fois avec un groupe de sept ou huit personnes. Mais alors qu’ils passaient devant le Pavillon de la Bibliothèque, il regarda à travers le rideau de branches de magnolia, et aperçut Lan WangJi, assis seul à la fenêtre.

« Est-ce qu’il nous regarde ? demanda Nie HuaiSang d’une voix confuse. C’est étrange. On ne fait pas tant de bruit, alors pourquoi il nous observe comme ça ?

— Il se demande sûrement comment nous prendre en faute.

— Faux, l’interrompit Jiang Cheng. Pas “nous”, mais plutôt “toi”. Je pense que la seule personne qu’il regarde, c’est toi.

— Heh ! Attends un peu de voir. Je m’occuperai de lui à mon retour.

— Ne détestes-tu pas qu’il soit ennuyeux et pas amusant ? Dans ce cas, tu devrais cesser de le taquiner. C’est comme tirer sur les moustaches d’un tigre : arrête donc de courir après ta perte.

— Non, répondit Wei WuXian. C’est particulièrement hilarant, précisément en raison du fait qu’une personne puisse être aussi peu amusante. »

Ils ne revinrent au Repaire des Nuages que lorsque l’heure approcha midi. Lan WangJi était assis à son bureau et organisait les piles de papier sur lesquelles il avait prit des notes quand il entendit du bruit en direction de la fenêtre. Il leva les yeux et vit quelqu’un se hisser à l’intérieur.

Wei WuXian était monté en grimpant sur le magnolia à l’extérieur du Pavillon de la Bibliothèque. Son visage était radieux.

« Lan Zhan, je suis de retour ! Je t’ai manqué ? Hein ? Sans moi en train de copier des textes ces derniers jours ? »

Lan WangJi donnait l’impression d’un vieux moine en pleine méditation, voyant toutes choses comme insignifiantes. Il continua même à organiser les piles de livres avec une expression détachée. Wei WuXian interpréta son silence volontairement de travers :

« Je sais que je t’ai définitivement manqué, même si tu ne le dis pas. Sinon pourquoi tu m’aurais regardé par la fenêtre tout à l’heure ? »

Lan WangJi lui lança immédiatement un regard plein de reproches silencieux. Wei WuXian s’assit sur le rebord de la fenêtre.

« Regarde-toi, à mordre à l’hameçon après seulement quelques phrases. Tu es si facile à attraper. Si tu continues comme ça, tu ne parviendras pas à conserver ton calme.

— Sors.

— Si je ne sors pas, tu vas me jeter par la fenêtre ? »

En voyant le visage de Lan WangJi, Wei WuXian pressentit que s’il disait une phrase de plus, celui-ci abandonnerait pour de bon le peu de self-contrôle qui lui restait et le défenestrerait sur le champ. Wei WuXian ajouta vivement :

« Ne sois pas si effrayant ! Je suis là pour te demander pardon et t’offrir un cadeau. »

Lan WangJi refusa immédiatement, sans même y songer à deux fois :

« Non.

— Tu es sûr ? »

En voyant son regard circonspect, Wei WuXian sortit deux lapins de ses manches, comme s’il accomplissait un tour de magie. Les tenant par les oreilles, ils ressemblaient à deux boules de neige rondes et potelées. Les boules de neige en question donnaient même des coups de pieds autour d’eux. Il les hissa jusque sous les yeux de Lan WangJi.

« C’est vraiment étrange, ici. Il n’y a aucun faisan, mais il y a plein de lapins sauvages. Ils n’ont même pas peur des gens. Qu’est-ce que tu en penses ? Ils sont bien gras, non ? Tu les veux ? »

Lan WangJi les fixa d’un air indifférent.

« Très bien, continua Wei WuXian. Si tu ne les veux pas, je les donnerais à quelqu’un d’autre. Ça tombe bien, la nourriture manquait de goût. »

À l’entente de la dernière phrase, Lan WangJi parla :

« Arrête. »

Wei WuXian tendit les bras :

« Je ne vais nulle part.

— À qui comptes-tu les donner ?

— Je vais les donner à n’importe quelle personne qui sait bien rôtir la viande de lapin.

— Il est interdit de tuer dans le Repaire des Nuages. C’est la troisième règle sur le Mur.

— D’accord. Alors je descendrai de la montagne, je les tuerai à l’extérieur, et je les ramènerai ensuite pour les rôtir. Tu n’en veux pas de toute façon, alors pourquoi t’en soucier autant ?

— … »

Lan WangJi énonça, un mot à la fois :

« Donne. Les. Moi. »

Wei WuXian esquissa un large sourire depuis le rebord de la fenêtre.

« Tu les veux maintenant ? Regarde-toi : tu es toujours comme ça. »

Les deux lapins, ronds et rebondis, avait l’air de deux boules de neige cotonneuses. L’un avait le regard blasé (2), et était étendu sur le ventre, demeurant immobile même après un long moment. Alors qu’il mâchait une feuille de laitue, sa bouche rose se mouvait de façon paisible. L’autre était pareil à un criquet, sautant constamment de gauche à droite. Il jouait autour de son compagnon, gigotant et bondissant sans arrêt. Wei WuXian leur jeta quelques feuilles de laitue qu’il avait récupéré on ne sait où. Il s’exclama soudain :

« Lan Zhan, Lan Zhan ! »

Le lapin le plus actif avait marché sur la pierre à encre (3) de Lan WangJi et avait laissé une ligne d’empreintes noires sur le bureau. Lan WangJi ne savait pas quoi faire et tenait une feuille de papier en réfléchissant à différentes manières de nettoyer cela. Il ne voulait prêter aucune attention à Wei WuXian, mais en entendant son ton emphatique, il songea qu’il y avait peut-être un problème.

« Quoi ?

— Regarde comment l’un vient de monter sur l’autre… Est-ce qu’ils sont en train de…?

— Ce sont tous les deux des mâles !

— Mâles ? Comme c’est bizarre. »

Il les souleva par les oreilles, les examina et confirma :

« Ce sont vraiment des mâles. Ceci dit, je n’avais même pas terminé ma phrase. Pourquoi es-tu si sévère ? Qu’est-ce que tu t’es imaginé ? Maintenant que j’y pense, c’est moi qui les ai attrapés, et je n’ai même pas vérifié s’ils étaient mâles ou femelles, et toi tu as même regarder leur… »

Lan WangJi le jeta finalement hors du Pavillon de la Bibliothèque. Wei WuXian riait en plein air :

« Hahahahahahahahahahahahahahaha! »

Avec un bang, Lan WangJi ferma brusquement la fenêtre et chancela jusqu’au bureau.

Son regard parcourut les piles désorganisées de papier de riz et les empreintes de pattes d’encre sur le sol, ainsi que les deux lapins qui se roulaient par terre en traînant des feuilles de laitue avec eux. Il ferma les yeux et se couvrit les oreilles.

Les grappes de branches de magnolia frémissantes étaient enfermées dehors. Pourtant, peu importait à quel point il résistait, il ne pouvait faire sortir le rire vibrant et débridé de Wei WuXian.

Le jour suivant Lan WangJi cessa finalement d’aller en classe avec eux.

Wei WuXian avait changé trois fois de place. À l’origine, il s’asseyait derrière Jiang Cheng, mais celui-ci, voulant être attentif aux leçons, s’asseyait au premier rang pour donner une bonne image de la secte YunmengJiang. Cette position était bien trop visible, et ne laissait aucune chance à Wei WuXian de pouvoir faire le pitre, il abandonna donc Jiang Cheng et s’assit derrière Lan WangJi. Quand Lan QiRen donnait cours à l’avant, Lan WangJi se tenait droit comme un mur de fer. Derrière lui, Wei WuXian pouvait soit dormir comme une souche, soit griffonner des dessins comme il lui chantait. En dehors de Lan WangJi qui interceptait parfois les feuilles de papier froissées qu’il lançait à d’autres personnes, c’était une excellente place à occuper. Cependant, peu de temps après, Lan QiRen comprit la ruse, et il inversa leurs places. Depuis lors, chaque fois que la posture de Wei WuXian était quelque peu avachie, ce dernier pouvait sentir un regard froid et dur dans son dos, tandis que Lan QiRen lui jetait en même temps un regard noir. Le fait d’être tout le temps surveillé par le vieux et le jeune était très inconfortable pour lui. De plus, depuis l’Affaire de la Pornographie et l’Affaire des Lapins, Lan QiRen était persuadé que Wei WuXian était aussi sombre qu’un bassin de teinture noir de jais, et craignait que son élève favori n’en soit entaché, raison pour laquelle il s’était empressé de dire à Lan WangJi de cesser de venir aux leçons. C’est ainsi que Wei WuXian revint s’asseoir à son ancienne place, et la moitié d’un mois s’écoula paisiblement.

Malheureusement, les meilleures choses ne duraient jamais longtemps pour quelqu’un comme Wei WuXian.

Dans le Repaire des Nuages, il y avait un long mur. Tous les sept pas, on pouvait voir une fenêtre à claustra avec des motifs complexes. Chacune d’entre elles montrait une image différente : un joueur de musique au milieu de hautes montagnes, un homme volant dans les airs sur une épée, un autre combattant des monstres et des bêtes, et ainsi de suite. Lan QiRen expliqua que les dessins de toutes les fenêtres ouvragées dépeignaient la vie de chaque ancêtre du clan Lan de Gusu. Les quatre plus anciennes et les plus célèbres racontaient la vie de Lan An, le fondateur de la secte Lan.

Le fondateur était né dans un temple. Il avait grandi en écoutant les récitations de sutras (4), il devint donc un moine renommé à un très jeune âge. Quand il eut vingt ans, il prit comme nom de famille le “Lan” de qielan (5) et vécu ensuite une vie mondaine en tant que musicien. Durant son parcours dans sa voie de cultivation, il rencontra cette “personne prédestinée” qu’il recherchait à Gusu, fit d’elle sa partenaire de cultivation (6), et fonda la secte Lan. Après le trépas de sa partenaire, il retourna au temple et y finit sa vie. Les quatre fenêtres portaient chacune les noms de qielan, xiyue, daolu et guiji (7).

Ces derniers jours, les leçons avait rarement traité d’un sujet aussi intéressant. Même si Lan QiRen avait introduit le cours avec d’ennuyeuses suites de dates, Wei WuXian absorba pour une fois ces connaissances. Après la classe, il rit :

« Alors le fondateur de la secte Lan était un moine ? Tu m’étonnes ! Il s’est aventuré dans le monde mortel pour rencontrer une personne, et quand elle s’est éteinte, il s’est éteint à son tour, sans rien laisser sur Terre derrière lui. Mais comment un tel individu a pu produire des descendants aussi peu romantiques ? »

Puisqu’aucun d’eux ne se doutait que la secte Lan, connue pour être plutôt orthodoxe, avait un tel fondateur, ils se mirent à discuter entre eux. Leur conversation les amena à se concentrer sur le sujet des “partenaires de cultivation”, et ils se mirent à parler de celle de leurs rêves, évaluant les filles renommées des différentes sectes. C’est à ce moment-là que quelqu’un demanda :

« ZiXuan-xiong, qui est la fille la plus jolie à ton avis ? »

Quand Wei WuXian et Jiang Cheng entendirent la question, ils regardèrent tous les deux le garçon au premier rang de la salle.

Il avait des traits fiers et beaux, et une marque vermeille sur le front. Sur son col, ses manchettes et sa ceinture était cousu la pivoine blanche Étincelles d’or dans la Neige. Il s’agissait du jeune maître envoyé par la secte LanlingJin pour étudier à GusuLan : Jin ZiXuan.

Quelqu’un d’autre prit la parole :

« C’est mieux de ne pas interroger ZiXuan-xiong sur ce sujet. Il a déjà une fiancée, il est évident qu’il dira que c’est elle. »

Au mot “fiancée”, les lèvres de Jin ZiXuan semblèrent trembler, laissant voir une expression légèrement contrariée. Le disciple qui avait posé la question ne semblait pas se rendre compte du malaise, et poursuivit joyeusement :

« Vraiment ? De quelle secte est-elle ? Elle doit être extrêmement talentueuse ! »

Jin ZiXuan haussa un sourcil.

« Laisse tomber. »

Wei WuXian intervint soudainement :

« Que veux-tu dire par “laisse tomber” ? »

Tous ceux qui étaient présents dans la pièce le regardèrent avec surprise. Habituellement, Wei WuXian était toujours souriant. Il ne s’était jamais vraiment mis en colère, même quand il avait été réprimandé ou puni. Pourtant, à cet instant, son visage laissait clairement voir son hostilité. Jiang Cheng ne lui reprocha pas non plus de causer des problèmes pour rien, comme il le faisait généralement. Il resta simplement assis derrière lui, le visage sombre.

Jin ZiXuan déclara d’un ton arrogant :

« L’expression “laisse tomber” est-elle trop difficile à comprendre ? »

Wei WuXian esquissa un sourire sardonique.

« L’expression n’est pas difficile à comprendre. Ce que je ne comprends pas en revanche, c’est pourquoi donc ne serais-tu pas satisfait de ma shijie. »

Les élèves se mirent à murmurer entre eux. Ils venaient seulement de réaliser, après cet échange, qu’ils avaient accidentellement mis le feu aux poudres : la fiancée de Jin ZiXuan n’était autre que Jiang YanLi de la secte YunmengJiang.

Jiang YanLi était la fille aînée de Jiang FengMian et la grande sœur de Jiang Cheng. Sa personnalité était modeste, sans rien de vraiment notable ; sa voix était douce, sans être pour autant mémorable. Son physique était tout juste au-dessus de la moyenne, et ses talents étaient loin d’être extraordinaires. Comparée aux filles des autres clans, il était normal qu’elle paraisse plutôt banale. Parallèlement, son fiancé, Jin ZiXuan, était son exact opposé. Il était l’unique fils officiel de Jin GuangShan, doté d’une apparence remarquable et de talents exceptionnels. Si on faisait preuve de bon sens, étant donnée la condition de Jiang YanLi, il était évident qu’ils n’étaient guère assortis l’un à l’autre. Elle n’était même pas à la hauteur des autres filles. La seule raison qui permettait à Jiang YanLi de s’unir à Jin ZiXuan était que sa mère était issue de la secte MeishanYu, et que cette secte était en bons termes avec celle d’origine de la mère de Jin ZiXuan. Les deux dames avaient grandi ensemble et étaient très proches l’une de l’autre.

La secte Jin était connue pour sa fierté, et Jin ZiXuan avait hérité de cette caractéristique. Ses standards élevés faisaient qu’il était mécontent de cette union depuis longtemps déjà. Non seulement il n’était pas satisfait de sa promise, mais il en voulait de plus à sa mère d’avoir pris la liberté de choisir pour lui, le rendant peu à peu de plus en plus indigné. Ce jour-là, il avait décidé de profiter de l’occasion pour dire ce qu’il pensait. Il répliqua donc en retour :

« Pourquoi ne pas plutôt me demander pourquoi donc serais-je satisfait d’elle ? »

Jiang Cheng se leva instantanément.

Wei WuXian le poussa sur le côté, passa devant lui et ricana :

« Tu penses sans doute que tu es amplement satisfaisant, n’est-ce pas ? Où as-tu trouvé le culot de faire le difficile ici ? »

À cause des fiançailles, Jin ZiXuan n’avait pas une bonne impression de la secte YunmengJiang, et voyait d’un mauvais œil l’attitude de Wei WuXian depuis quelques temps. Pour couronner le tout, il se vantait d’être sans égal parmi les novices, et jamais on ne l’avait regardé de haut ainsi. Tout son sang lui monta à la tête, et il lâcha :

« Si elle n’est pas satisfaite, tu n’as qu’à lui dire de rompre les fiançailles ! Au final, je n’en ai rien à faire de ta shijie. Si tu te soucies d’elle, tu n’as qu’à en parler à son père ! Après tout, ne te traite-t-il pas mieux que son propre fils ou quelque chose dans le genre ? »

À l’entente de la dernière phrase, le regard de Jiang Cheng se durcit. Avec une rage incontrôlable, Wei WuXian se jeta en avant et envoya un coup de poing. Bien que Jin ZiXuan s’y attendait, il ne pensait pas que Wei WuXian l’attaquerait si rapidement, avant même la fin de sa phrase. Après avoir subi l’impact, la moitié de son visage s’en trouva engourdie. Il contre-attaqua immédiatement sans dire un mot.

Le combat ébranla les deux sectes proéminentes. Le jour même, Jiang FengMian et Jin GuangShan se précipitèrent à Gusu depuis Yunmeng et Lanling.

Après que les deux chefs de sectes soient allés voir les deux garçons qui avaient reçu comme punition l’obligation de rester à genoux, ils se calmèrent et commencèrent à discuter. Jiang FengMian évoqua rapidement l’idée de rompre l’engagement.

« C’est la mère d’A-Li qui a insisté pour former ces fiançailles en premier lieu, et je n’étais pas d’accord, dit-il à Jin GuangShan. En voyant le résultat maintenant, puisque ni l’un ni l’autre ne s’apprécient, il serait mieux de ne pas les forcer. »

Jin GuangShan était choqué. Il éprouva quelques hésitations, puisqu’il n’était jamais bon de rompre un engagement avec une autre secte proéminente, quel que soit le point de vue.

« Qu’en savent les enfants ? répondit-il. Qu’ils s’amusent autant qu’ils le désirent. FengMian-xiong, toi et moi n’avons pas besoin de leur prêter attention.

— Jin-xiong, même si nous pouvons former les fiançailles pour eux, nous ne pouvons pas assurer la réussite de leur mariage à leur place. Après tout, c’est eux qui devront passer le reste de leur vie ensemble. »

Ces fiançailles n’avaient jamais été le dessein de Jin GuangShan. S’il voulait renforcer le pouvoir de sa secte par un mariage avec une autre secte, YunmengJiang n’était ni la seule ni la meilleure option. De toute façon, l’union avait à l’origine été proposée par la secte Jiang. Puisque la secte Jin était le parti de l’époux, il n’avait pas à s’inquiéter autant que celui de l’épouse, donc pourquoi se tracasser sur la question ? De plus, il savait que Jin ZiXuan avait toujours été amer quant au statut de fiancée de Jiang YanLi. Après maintes considérations, Jin GuangShan trouva le courage d’accepter la proposition de Jiang FengMian.

À ce moment là, Wei WuXian ignorait encore ce que ce combat avait brisé, tandis qu’il demeurait à genoux sur le sentier de pierre auquel l’avait assigné Lan QiRen. Jiang Cheng s’approcha de lui, un rictus au visage :

« Regarde donc comme tu te tiens bien, si proprement agenouillé.

— Bien sûr, je passe mon temps à genoux, jubila Wei WuXian. Mais Jin ZiXuan est un sale gamin gâté, je suis sûr qu’il n’a jamais eu à s’agenouiller avant. Si je ne le mets pas à genoux jusqu’à ce qu’il appelle ses parents à l’aide, je ne m’appelle plus Wei. »

Jiang Cheng baissa la tête, resta silencieux un moment, avant d’annoncer doucement :

« Père est venu.

— Mais pas shijie, n’est-ce pas ?

— Pourquoi viendrait-elle ? Pour admirer comment tu as perdu la face pour elle ? Si elle était venue, ne se serait-elle pas rendue auprès de toi pour te soigner ? »

Wei WuXian soupira.

« … Ç’aurait été bien que shijie vienne. C’est heureux que tu ne l’aies pas frappé.

— Je comptais le faire. Si tu ne m’avais pas poussé, l’autre moitié du visage de Jin ZiXuan aurait tout autant été défigurée.

— Nan. Il est bien plus laid ainsi, avec un visage asymétrique. J’ai entendu dire qu’il accordait beaucoup d’importance à son visage, comme un paon. Je me demande ce qu’il en a pensé après s’être regardé dans le miroir ! Hahahaha…  »

Après s’être roulé de rire par terre, Wei WuXian continua :

« En fait, j’aurais dû te laisser le frapper, et simplement regarder le spectacle. De cette façon, peut-être qu’oncle Jiang ne serait pas venu. Mais il n’y avait pas le choix. Je n’ai pas pu m’en empêcher ! »

Jiang Cheng émit une légère expression indignée.

« Tu rêves. »

Bien qu’il ne s’agisse que de simples mots, Jiang Chen se sentit tiraillé, car il savait que ce n’était pas un mensonge. Jiang FengMian ne s’était jamais précipité chez une autre secte en un jour pour quoique ce soit le concernant, qu’il s’agisse d’une affaire bonne ou mauvaise, importante ou non.

Jamais.

Quand Wei WuXian aperçut son visage mélancolique, il crut qu’il était encore embêté par les paroles de Jin ZiXuan.

« Tu devrais y aller. Tu n’as pas besoin de rester avec moi. Si Lan Zhan revient, tu vas te faire attraper. Si tu as le temps, rends visite à Jin ZiXuan et va donc voir à quel point il a l’air stupide à genoux. »

Jiang Cheng fut quelque peu surpris :

« Lan WangJi ? Pourquoi est-il venu ? Il a encore l’audace de venir te voir ?

— Ouais, moi aussi je me suis dit qu’il devrait être félicité pour avoir le courage de venir me voir. Son oncle lui a probablement demandé de vérifier si j’étais convenablement agenouillé. »

Jiang Cheng appréhenda instinctivement la réponse.

« Étais-tu convenablement agenouillé ?

— Oui. Quand il s’est un peu éloigné, j’ai trouvé un bâton et je me suis mis à creuser dans la terre. Le petit tas, juste à côté de ton pied. Il y a une fourmilière ici que j’ai eu toutes les peines du monde à trouver. Quand il a tourné la tête, il a dû voir mes épaules trembler et il a sans doute pensé que je pleurais. Il est même revenu me parler. Tu aurais dû voir sa tête quand il a vu la fourmilière.

— … Tu devrais te barrer et retourner à Yunmeng le plus tôt possible ! Je ne pense pas qu’il veuille un jour te revoir. »

Et c’est ainsi que, cette nuit-là, Wei WuXian rassembla ses affaires et retourna à Yunmeng avec Jiang FengMian.


Note : On arrive à la fin du premier flashback 🙂 Retour au présent dès le prochain chapitre!
Ndt :

1) Livrets illustrés : très probablement des illustrations érotiques.

2) regard blasé : littéralement “des yeux de poisson mort”. Vous voyez les yeux de Levi / Livaï / Rivaille de l’Attaque des Titans ?

3) pierre à encre : bloc de minéral qui produit de l’encre de chine quand on y ajoute de l’eau, c’est un outil traditionnel très prisé par les calligraphes.

4) sutra : comprendre ici dans le sens “écrits canoniques bouddhistes”.

5) qielan : vient du mot “temple” en sanskrit, langue dans laquelle sont écrits les textes religieux hindouistes et bouddhistes.

6) partenaires de cultivation : c’est le terme qu’on utilise quand deux personnes s’unissent, se marient et cultivent ensemble.

7) xiyue : “apprentissage de la musique”

daolu : “devenir partenaires de cultivation”

guiji : “retourner au néant”

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4 commentaires sur “Mo Dao Zu Shi – Chapitre 18”

  1. J’ai essayé de tenir un peu avant de le dévorer, mais je n’ai même pas tenu 2 jours ! lol

    Le roman est tellement différent du manhua et de l’anime. Bien sûr la ligne de direction est la même.
    Mais c’est tellement bien d’avoir les points de vue des personnages, ça change tout ! 🙂 Surtout pour Lan Zhan, qui est plutôt dur à lire et à comprendre. Il n’y a que son frère qui lit en lui comme dans un livre ! x)

    J’ai vraiment hâte de lire le prochain qui sort de ce flashback. J’aime bien leur souvenir mais je préfère leur présent.
    Leur passé est déjà écrit dans les grandes lignes, j’ai juste hâte de voir l’évolution de leur relation futur. 🙂

    En tout cas, merci beaucoup, vraiment, pour ce travail de fou ! *s’incline*
    Fighting ! 🙂

  2. Je ne comprends pas trop pourquoi le donghua a « coupé » la scène où Lan Wangji transmet son énergie spirituelle à Wei Ying afin qu’il puisse se réchauffer (censure ? )… Surtout que ça peut sembler anodin mais ce « geste » marque une étape dans la relation entre les protagonistes.
    Dans les précédents chapitres, Lan Wangji annonce d’entré de jeux qu’il évite tout contact physique. Pourtant, il fut le PREMIER à faire le premier pas… Et ce avec Wei Wuxian… Même si c’est peu perceptible, Lan Wangji commence (même si il n’en a pas vraiment conscience) à s’intéresser à lui.
    Et je comprends la décision de Lan Wangji de ne pas voulu être son ami. Wei Ying (qui est effronté et désinvolte), lui propose une amitié superficielle (uniquement basée sur des contreparties, etc…)… ce que qui va à l’encontre de sa personnalité (et ses principes)….Et Malheureusement, Ce n’est qu’après sa résurrection que Wei Ying finira vraiment par comprendre cela.
    Je suis bien contente que nous retournions dans le présent car les flash back sont longs et douloureux à certains moment ! 🙂

    1. Si je me souviens bien, dans la scène de la source froide du donghua, c’est Wei WuXian qui initie tous les contacts physiques XD et Lan WangJi quant à lui ne fait que lui tourner le dos, s’éloigner et répéter « non »… Personnellement j’aime penser que c’est une façon de souligner le déni de Lan WangJi à ce moment-là, le fait qu’il cherche à l’esquiver et aussi sa tension dès que Wei WuXian essaie de se rapprocher, physiquement ou non 😉 En fait, en dépit du fait que Lan WangJi n’a en effet pas touché lui-même Wei WuXian, cette scène est paradoxalement une de celle qui laisse le plus deviner la nature des sentiments conflictuels de Lan WangJi : on le ressent aussi bien dans son attitude évitante que dans l’exaspération de sa voix X) et puis surtout, le rougissement des oreilles juste après le compliment de Wei WuXian… C’est définitivement la scène où, censure ou non, le fait qu’on soit bien devant du BL est le plus évident XD

      Là où le novel a voulu montrer l’ambivalence des sentiments de Lan WangJi en montrant son hésitation à s’ouvrir à Wei WuXian et son dilemme entre sa propre morale et son envie de se rapprocher quand même un tout petit peu, l’anime a préféré la représenter par un rejet pur et simple malgré des indices subtils qui montrent qu’il cherche seulement à conserver la rigueur et la droiture qui ont toujours fait partie de sa philosophie de vie, Wei WuXian représentant pour lui à ce moment-là une menace pour ses principes. Je crois que c’est un choix volontaire, et que ça rend ENCORE PLUS DRAMATIQUE la scène du retour de Wei WuXian en mode Patriarche : au moment où Lan WangJi se décide enfin à faire un pas vers lui, il essuie un rejet catégorique T.T

      Quant à Wei WuXian et le fait qu’il lui propose une amitié basée sur des contreparties, je suppose que c’est juste une façon d’essayer de se rapprocher : il n’essaie pas vraiment d’acheter son amitié, il veut juste lui montrer qu’il est, comme il le dit, « loyal envers ses amis », et qu’il est prêt à tout partager avec ces derniers. Après, il faut garder en tête qu’il a seulement 15 ans à ce moment, à cet âge-là l’idée qu’on se fait d’un ami est souvent encore celle d’un « camarade de jeu » plus qu’autre chose, et si on ajoute à ça sa nature désinvolte et son caractère joueur, forcément il n’allait pas lui parler de bons sentiments plein de lyrisme, d’amitié pour la vie ou lui proposer de devenir son frère juré XD

  3. Hahaha ! Je les vois mal en frère juré ! ಥ◡ಥ
    Mais je comprends ce que tu dis. Lan Wangji est jeune (qui plus est doté, d’un faible tempérament) et a toujours été élevé avec droiture. C’est difficile pour lui de s’ouvrir aux autres. Wei Ying fut la seule personne à lui avoir adressé la parole sans fuir comme les autres. Donc, pour lui, comme tu l’as si bien dis, c’est une « menace » pour son équilibre mais par la suite, cela deviendra une bénédiction dans sa vie. Et le plus triste dans l’histoire, c’est ce conflit intérieur entre sa raison et ses principes qui on conduit à la dégradation progressive de leur relation car tout au long, Wei Ying a toujours pensé qu’ils n’étaient pas proche.
    Je trouve intéressant les différences et subtilités dans le donghua et le roman. Un geste, une citation, une expression peut changer diamétralement la perspective de quelqu’un :).

    Merci encore d’avoir éclairer mes lanternes(>ε<). Cette oeuvre est si complexe. Chaque personne est si énigmatique, c’est d’ailleurs ce qui fait son succès :).

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