Mo Dao Zu Shi – Chapitre 24

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Traduction par Leaf, correction par Keliane

Chapitre 24 Malice — Partie 2

« Confie-moi ton chien », ajouta Jiang Cheng.

Jin Ling sortit de sa torpeur. Il hésita pendant un moment et ne siffla qu’après avoir été foudroyé du regard par Jiang Cheng. Le chien se précipita et se tint à ses côtés en quelques sauts. Wei WuXian, le corps aussi raide qu’une planche à repasser, ne pouvait qu’être traîné en avant, un pas après l’autre.

Jiang Cheng trouva une pièce vide et le jeta à l’intérieur, refermant la porte derrière eux. Le chien les y avait suivi, et s’était assis près de la porte. Wei WuXian ne le quittait pas une seconde des yeux, effrayé qu’il puisse lui sauter dessus à la moindre opportunité. Se remémorant la façon dont il avait été maîtrisé en si peu de temps, il songea en son for intérieur que Jiang Cheng savait vraiment comment s’y prendre avec lui.

Pendant ce temps, Jiang Cheng s’assit calmement à la table, et se versa une tasse de thé.

Durant un moment, nul ne pipa mot. La tasse de thé fumait toujours, chaude. Sans même en avoir bu ne serait-ce qu’une gorgée, il la jeta violemment au sol.

Ses lèvres s’étirèrent en un sourire amer.

« …N’as-tu rien à me dire ? »

En grandissant, Jiang Cheng avait déjà vu un nombre incalculable de fois l’état affreux dans lequel se mettait Wei WuXian quand il s’agissait de fuir des chiens. D’autres auraient pu le croire si ce dernier avait nié, mais face à quelqu’un qui connaissait jusqu’à la moindre de ses pensées, argumenter aurait été impossible. C’était un obstacle plus dur à surmonter que Zidian.

«  Je ne sais pas quoi te dire, répondit-il sur un ton sincère.

Tu n’apprends jamais, n’est-ce pas ?»  murmura Jiang Cheng.

Depuis toujours, leurs discussions avaient été rythmées par leurs disputes et leurs querelles. « Et tu n’as pas progressé non plus…», lâcha Wei WuXian sans réfléchir.

Jiang Cheng en rit de colère.

« Évidemment, alors voyons lequel de nous deux est celui qui n’a vraiment pas progressé. »

Sans bouger de son siège, il cria d’un ton autoritaire. Le chien se leva immédiatement.

Être dans la même pièce que lui suffisait à faire suer Wei WuXian d’inquiétude. Voyant que le chien, imposant et grognant, s’était rapproché de lui en moins d’une seconde, ses oreilles s’étaient emplies de ses hurlements sourds et son corps entier s’était engourdi. Il avait oublié la plus grande partie de ses jeunes années, à errer dans les rues. La seule chose dont il se souvenait était la terreur qu’il ressentait quand il était pourchassé par des chiens, et la douleur tranchante des crocs et des griffes s’enfonçant dans sa chair. La peur qui s’était enracinée au plus profond de son cœur n’avait pu être surmontée ou apaisée, peu importe à quel point il essayait.

Soudain, Jiang Cheng lui jeta un regard en coin.

« Quel nom as-tu appelé ? »

Wei WuXian était dans un tel état de détresse qu’il était bien incapable de dire s’il avait appelé quelqu’un ou pas. Il ne parvint à se ressaisir que lorsque Jiang Cheng donna l’ordre au chien de reculer. Après un moment d’hésitation, il tourna brusquement la tête sur le côté. De son côté, Jiang Cheng quitta son siège. Un fouet était attaché à sa taille. Une main posée dessus, il s’abaissa pour regarder le visage de Wei WuXian. Après une pause, il se redressa et demanda:

« À ce propos, depuis quand es-tu si proche de Lan WangJi ? »

Wei WuXian comprit immédiatement quel était le nom qu’il avait inconsciemment appelé.

Jiang Cheng sourit, menaçant.

« C’est vraiment curieux de voir jusqu’où il est allé pour te protéger, sur le Mont Dafan. »

Un moment plus tard, il se corrigea.

 « Non. Tu n’étais pas nécessairement celui que Lan WangJi protégeait. Après tout, la secte GusuLan n’aurait pu oublier ce que tu as fait, avec ce chien loyal qu’est le tien. Comment quelqu’un, tant acclamé pour sa droiture, pourrait tolérer un être tel que toi ? Peut-être est-il plutôt familier avec ce corps que tu as volé. »

Ces paroles étaient cruelles et sinistres. Chaque phrase semblait bienveillante en apparence 1, mais était en réalité dénigrante. Wei WuXian ne put le supporter plus longtemps.

« Surveille ton langage.

Je ne me suis jamais soucié de telles choses, ne t’en souviens-tu pas ? répondit-il.

Oh, c’est vrai, » se moqua Wei WuXian.

Jiang Cheng renifla.

« Alors tu penses être qualifié pour me faire tenir ma langue. T’en souviens-tu encore ? La dernière fois, sur le Mont Dafan, as-tu surveillé ton langage quand tu as parlé à Jin Ling ? »

Le visage de Wei WuXian se contracta.

Ayant repris le contrôle de la conversation, Jiang Cheng semblait de nouveau satisfait.« ‘Je suppose que tu n’as pas eu de mère pour t’apprendre les bonnes manières.’ Dis donc, tu sais vraiment appuyer là où ça fait mal, n’est-ce pas ? lâcha t-il en ricanant. Celui qui a valu toutes ces critiques à Jin Ling dans son dos n’est nul autre que toi. Tu as la mémoire courte pour un vieux, non ? As-tu oublié les choses que tu as dites et les promesses que tu as faites ? Alors, te rappelles-tu encore comment ces parents sont morts ?! »

Wei WuXian redressa immédiatement la tête.

« Je n’ai pas oublié ! C’est juste que… »

Pourtant, il ne parvenait tout simplement pas à trouver les mots justes pour poursuivre.

« C’est juste que quoi ? l’interrompit Jiang Cheng. Tu ne peux pas le dire ? Ne t’inquiète pas, tu peux rentrer au Port aux Lotus et présenter tes excuses à genoux devant la tombe de mes parents. »

Wei WuXian se calma et chercha aussi vite que possible un moyen de se sortir de cette situation. Bien qu’il ait toujours rêvé de rentrer une fois de plus au Port aux Lotus, il ne souhaitait pas retourner maintenant en ce lieu qui n’était plus que l’ombre de ce qu’il avait jadis été.

Soudain, une série de pas pressés approcha, et on martela violemment sur la porte.

« Mon oncle ! », cria Jin Ling depuis l’extérieur.

Jiang Cheng éleva la voix.

« Ne t’avais-je pas dit de rester où tu étais ? Pourquoi es-tu venu ici ? »

Mon oncle, j’ai quelque chose de vraiment important à te dire.

—  Si c’est si important, pourquoi ne t’es-tu pas décidé à me le dire pendant que je te réprimandais ? 

C’est justement parce que tu n’arrêtais pas de me gronder que je ne voulais pas le dire! Tu vas m’écouter, oui ou non ? Si non, eh bien, je ne parlerais pas ! » répliqua Jin Ling d’une voix fâchée.

Jiang Cheng ouvrit la porte en fulminant.

« Parle, puis sors ! »

Dès que la porte en bois s’ouvrit, Jin Ling pénétra dans la pièce. Il avait déjà enfilé un nouvel uniforme blanc.

« J’ai bel et bien croisé quelque chose de problématique, aujourd’hui. Je crois bien que je suis tombé sur Wen Ning ! »

Jiang Cheng fronça les sourcils.. Une expression hostile sur le visage, il plaça aussitôt sa main sur son épée.

« Où ? Quand ? 

C’était cet après-midi. Il y a une maison délabrée, à une vingtaine de kilomètres au sud d’ici. J’y suis allé parce que j’avais entendu que quelque chose d’étrange s’y était produit, mais qui aurait pu croire qu’un cadavre féroce s’y cachait ! »

Les paroles de Jin Ling semblaient plutôt crédibles. Cependant, aux oreilles de Wei WuXian, tout cela n’était que sottises. Il savait précisément où se trouvait Jin Ling, cet après-midi. De plus, si Wen Ning s’était caché, à moins qu’il ne l’ait invoqué délibérément, il était impossible qu’un jeune puisse le trouver si facilement.

« Pourquoi ne l’as-tu pas dit plus tôt ?! brailla Jiang Cheng.

Je n’en étais pas sûr. Le cadavre se déplaçait à très grande vitesse et s’est enfui dès que je suis entré. Je n’ai vu qu’un visage indistinct. Mais j’ai entendu le bruit que faisaient ses chaînes au Mont Dafan, d’où mes suspicions quant à son identité. Si tu ne m’avais pas grondé comme ça, je te l’aurais dit dès mon retour. S’il s’enfuit et que tu ne peux le rattraper, ce sera à cause de ton mauvais caractère, pas de moi.

Il voulait encore jeter un coup d’œil à l’intérieur, mais Jiang Cheng était si énervé qu’il lui claqua la porte au nez. À travers cette dernière, il lui cria :

« Je m’occuperai de ton cas plus tard. Dégage ! »

Jin Ling répliqua avec un « oh », et ses pas s’estompèrent au loin. Voyant Jiang Cheng se retourner, Wei WuXian afficha immédiatement une expression confuse, un mélange de « je suis si choqué », « mon secret a été dévoilé », et « que vais-je faire maintenant que Wen Ning a été trouvé. » Jin Ling était en fait assez malin. Sachant que Jiang Cheng haïssait Wen Ning plus que tout, il avait monté cet habile mensonge en un tour de main grâce à ses connaissances préalables. Jiang Cheng savait que le Patriarche de YiLing et le Général Fantôme apparaissaient souvent ensemble, alors il suspectait déjà que Wen Ning soit dans la région. Ayant entendu les mots de Jin Ling, il était déjà presque convaincu, et l’expression de Wei WuXian acheva de le persuader. Pour parfaire le tout, il entrait dans une rage folle à la moindre mention du nom de Wen Ning. Aveuglé par la colère, comment aurait-il pu douter davantage ? L’hostilité qui s’accumulait dans sa poitrine était sur le point de le faire exploser. Il fit claquer son fouet, frappant le sol près de Wei WuXian, et parla à travers ses dents serrées :  

« Tu emmènes vraiment ce chien obéissant qu’est le tien partout, n’est-ce pas ?! 

Il est mort depuis longtemps, et je suis déjà mort une fois également, répondit Wei WuXian. Que veux-tu d’autre ?! »

Jiang Cheng pointa le fouet vers lui.

« Et alors ? Ma haine perdurerait quand bien même il mourrait des milliers de fois ! Il n’avait pas péri, à l’époque. Très bien ! Je le détruirai aujourd’hui, de mes propres mains. Je vais le réduire en cendres sur-le-champ, et les disperser juste sous ton nez ! »

Il claqua la porte derrière lui et marcha vers le hall principal, ordonnant à Jin Ling :

« Ne le lâche pas des yeux. Ne crois ou n’écoute rien de ce qu’il dit ! Ne le laisse pas faire le moindre bruit. S’il ose siffler ou jouer de sa flûte, bloque sa bouche en premier. Si ça ne fonctionne pas, tranche-lui les mains ou coupe-lui la langue ! »

Wei WuXian savait que Jiang Cheng prononçait ses mots tout spécialement pour qu’il les entende, le menaçant de ne pas tenter quoi que ce soit. La raison pour laquelle il ne l’emmenait pas avec lui était pour l’empêcher de se saisir de l’opportunité de contrôler Wen Ning.

« Je sais, répliqua Jin Ling sur un ton nonchalant. Bien sûr que je serai capable de le surveiller. Mon oncle, pourquoi t’étais-tu enfermé avec cette sale manche-coupée ? Qu’a-t-il fait, cette fois ? 

Ce n’est pas une question que tu devrais poser, répliqua Jiang Cheng. Rappelle-toi de le surveiller proprement. Si, à mon retour, je constate qu’il a disparu, je te briserai les jambes, sois en sûr ! »

Après quelques questions supplémentaires au sujet de la localisation exacte, il partit avec la moitié des disciples chasser un Wen Ning imaginaire.

Après avoir attendu quelques instants, la voix arrogante de Jin Ling se fit entendre à travers la porte.

« Toi, vas te poster là-bas. Toi, va attendre de ce côté. Tous les autres, allez devant l’entrée principale. Je vais aller à l’intérieur et l’interroger 2. »

Aucun disciple n’osa désobéir. En quelques secondes, la porte s’ouvrit de nouveau et Jin Ling y passa sa tête, les yeux parcourant la pièce. Wei WuXian était assis, le dos droit. Jin Ling mit un doigt devant sa bouche, marcha silencieusement à l’intérieur, mit sa main sur Zidian, puis chuchota quelque chose.

Zidian ne pouvait fonctionner que s’il reconnaissait son propriétaire. Jiang Cheng l’avait probablement autorisé à reconnaître Jin Ling. Le courant électrique mourut immédiatement, et il se transforma en un anneau d’argent incrusté d’un cristal violet, reposant au creux des paumes pâles de Jin Ling.

« Allons-y », l’invita ce dernier à voix basse.

Suite à ces ordres insensés, les disciples de YunmengJiang avait été dispersés aux quatre coins des lieux. Ils s’éclipsèrent furtivement par la fenêtre, et se faufilèrent hors des murs. Ayant quitté la boutique, ils se mirent à courir sans bruit. Mais tandis qu’il entrait dans une forêt, Wei WuXian entendit quelque chose d’étrange venant de derrière lui. Il manqua mourir de peur en se retournant.

« Pourquoi est-ce qu’il vient aussi ?! Dis-lui de s’en aller ! »

Jin Ling siffla deux fois, et le chien tira sa longue langue. Tout en gémissant doucement, ses oreilles pointues tressaillirent, et il partit à contre-cœur. Jin Ling ricana avec mépris.

« Quel trouillard ! Fée ne mord jamais. Il a juste l’air effrayant. C’est un chien spirituel, dressé à ne mordre que les êtres maléfiques. Tu croyais vraiment que c’était un chien ordinaire ? 

Minute. Comment l’as-tu appelé ?

Fée. C’est son nom.

Tu as donné un nom pareil à un chien ?!

Quel est le problème avec ce nom ? répliqua Jin Ling avec assurance. Quand il était petit, c’était Petite Fée. Maintenant qu’il est adulte, je ne peux pas continuer à l’appeler comme ça. »

Wei WuXian protesta.

« Non. Non. Non. Le problème n’est pas qu’il soit petit ou grand ! … Mais bon sang qui a bien pu t’apprendre à nommer les choses d’une telle façon ?! »

Sans aucun doute, cela avait dû être son oncle. Dans le passé, Jiang Cheng avait aussi eu quelques chiots. Les noms qu’il choisissait étaient du style ‘Jasmin’, ‘Princesse’, ‘Amour’, et ainsi de suite, ce qui faisait penser à des noms de maîtresses chères payées dans des bordels.

« Les vrais hommes n’ont que faire de telles broutilles, poursuivit Jin Ling. Pourquoi t’emballes-tu pour des détails pareils ? D’accord ! Arrête. Maintenant que tu as offensé mon oncle, tu es déjà à moitié mort. Je te laisse partir. Nous sommes quittes. 

— Est-ce que tu sais pourquoi ton oncle veut me capturer ? demanda Wei WuXian.

Ouais. Il croit que tu es Wei WuXian. »

‘C’est plus qu’un ‘soupçon’, cette fois, songea l’intéressé. Il a mis la main sur la bonne personne.’

« Dans ce cas, qu’en est-il de toi ? l’interrogea t-il encore. Tu ne le crois pas également ? »

Ce n’est pas la première fois que mon oncle fait une telle chose. Il n’en a jamais laissé un seul repartir, quand bien même il se serait trompé d’individu. Mais, si Zidian n’a pas pu faire sortir ton âme, je vais me contenter de croire que tu n’es pas cet homme. De plus, il n’était pas une manche-coupée, alors que tu as même osé harceler… »

Avec un regard dégoûté, il s’arrêta avant de mentionner qui Wei WuXian avait harcelé, et balaya l’air de sa main comme s’il éloignait des mouches.

« De toute façon, à partir de maintenant, tu n’as plus rien à voir avec la secte LanlingJin ! Si tu veux remettre ça, ne t’avise pas de venir trouver quelqu’un de ma secte ! Dans le cas contraire, je ne te laisserais pas t’en tirer ! »

Ayant fini de parler, Jin Ling se retourna pour partir. Après avoir fait quelques pas, il se tourna vers lui de nouveau.

« Qu’est-ce que tu fiches encore planté là ? Pars. Tu attends que mon oncle vienne te chercher ? Laisse-moi te dire  — ne pense pas que je vais être reconnaissant juste parce que tu m’as sauvé. Ne t’attends pas non plus à des paroles embarrassantes 3

Wei WuXian mit ses mains dans son dos et marcha vers lui.

« Jeune homme, il y a deux phrases embarrassantes qui se doivent d’être dites dans la vie d’un homme, quoi qu’il advienne. 

Lesquelles?

‘Merci’, et ‘Je suis désolé’, répondit Wei WuXian.

Et qu’est-ce qu’on pourrait me faire si je ne les dis pas ? railla Jin Ling.

Un jour, tu diras ces mots en pleurant. »

Jin Ling émit un bruit semblable à un crachat, juste au moment où Wei WuXian ajouta soudainement :

« Je suis désolé. »

Jin Ling se stoppa.

« Quoi ? 

Je suis désolé pour les mots que je t’ai dit sur le Mont Dafan. »

Ce n’était pas la première fois que l’on disait à Jin Ling qu’il n’avait ‘pas eu de mère pour lui apprendre les bonnes manières’, mais c’était la première fois que quelqu’un lui présentait ses excuses avec autant de sérieux. Avec un ‘Je suis désolé’ balancé en pleine figure, il ne savait pas pourquoi, mais il se sentit soudain un peu mal à l’aise.

Il agita frénétiquement ses bras dans les airs.

« C’est rien. Tu n’étais pas le premier à me le dire, de toute façon. C’est vrai que je n’ai pas eu de mère pour m’enseigner les choses. Cependant, je ne serai pas inférieur aux autres à cause de ça ! En fait, je vais vous faire ouvrir les yeux et voir que je suis bien plus fort que vous autres ! »

Wei WuXian sourit. Alors qu’il était sur le point de parler, son expression changea d’un seul coup.

« Jiang Cheng ? Toi ! »

Jin Ling se sentait déjà coupable d’avoir volé Zidian et laissé Wei WuXian partir. À l’entente du nom, il fit volte-face pour regarder. Saisissant l’opportunité, Wei WuXian frappa son cou du tranchant de sa main. Il l’allongea à plat sur le sol, retroussa le bas de son pantalon, et examina la Marque Maudite sur sa jambe. Il essaya quelques techniques, mais aucune ne l’effaça. Au bout d’un moment, il soupira, sachant que ce serait difficile.

Cependant, bien qu’il existe des marques qu’il ne pouvait enlever, il pouvait les transférer sur son propre corps.

Jin Ling se réveilla lentement après un moment. Une main sur son cou, la douleur pouvait encore se faire un peu sentir. Il était si énervé qu’il bondit et dégaina son épée sur le champ.

« Comment oses-tu me frapper ! Même mon oncle n’a jamais levé la main sur moi ! 

Vraiment ? s’exclama Wei WuXian. Ne passe-t-il pas son temps à dire qu’il te brisera les jambes ? »

Jin Ling fulmina.

« Ce ne sont que des mots ! Foutu manche-coupée, qu’est-ce que tu veux à la fin ? Je… »

Wei WuXian couvrit son visage et cria par-delà Jin Ling.

« Ah ! HanGuang-Jun ! »

Jin Ling avait plus peur de Lan WangJi que de son oncle. Après tout, son oncle était de son propre clan, mais HanGuang-Jun était d’une autre secte. Effrayé, il s’enfuit à toute vitesse, hurlant tout en courant.

« Espèce de sale manche-coupée ! Maniaque dégoûtant ! Je me souviendrai de toi ! Ce n’est pas encore terminé ! »

Derrière lui, Wei WuXian riait si fort qu’il ne pouvait plus respirer. Une fois que Jin Ling eut disparu au loin, sa poitrine lui fit mal comme s’il étouffait, et il parvint finalement à arrêter de rire après avoir toussé quelques fois. Ce n’est qu’à ce moment qu’il eut enfin le temps de réfléchir.

Il avait été ramené à la maison par Jiang FengMian quand il avait neuf ans.

La plupart des souvenirs de cette époque étaient déjà flous. Pourtant, la mère de Jin Ling, Jiang YanLi, se rappelait de tout, et en avait même partagé quelques-uns avec lui.

Elle disait que, dès que son père avait appris la nouvelle de la mort de ses parents au combat, il s’était dédié corps et âme à trouver l’enfant que ses amis décédés avaient laissé derrière eux. Après avoir cherché pendant un bout de temps, il avait finalement trouvé l’enfant à Yiling. La première fois qu’ils s’étaient rencontrés, Wei WuXian était agenouillé au sol, mangeant des épluchures de fruits que quelqu’un avait jeté par terre.

L’hiver et le printemps étaient assez froids à Yiling, pourtant l’enfant ne portait que de fines couches de vêtements. Ses genoux étaient abîmés, et ses pieds étaient chaussés de deux chaussures différentes, bien trop grandes pour lui. Tandis qu’il regardait par terre, à la recherche d’épluchures de fruits, Jiang FengMian l’appela. Il se souvenait encore qu’il y avait un “Yin“ dans son nom, alors il releva la tête. Bien que ses joues se trouvaient toutes deux rougies et gercées par le froid, un sourire éclaira quand même son visage.

Jiang YanLi disait qu’il était né avec le sourire. Peu importe que le malheur s’abatte, il ne se laissait pas atteindre ; peu importe la situation dans laquelle il était, il sourirait. Même si ça semblait un peu insensible, ce n’était vraiment pas si mal.

Jiang FengMian lui donna un morceau de melon, et Wei WuXian le laissa le ramener avec lui. A l’époque, Jiang Cheng avait aussi dans les huit ou neuf ans. Il gardait quelques chiots avec lesquels il jouait au Port aux Lotus. En découvrant que Wei WuXian avait extrêmement peur des chiens, Jiang FengMian suggéra à Jiang Cheng de s’en séparer. Ce dernier n’en avait vraiment pas envie. Après avoir piqué une crise, cassé des objets, boudé, et pleuré toutes les larmes de son corps, il renvoya finalement ses chiens.

Même si, à cause de cela, il éprouva de l’hostilité envers Wei WuXian pendant longtemps, une fois qu’ils s’habituèrent l’un à l’autre, ils commencèrent à faire des bêtises ensemble. Dès qu’il tombait sur des chiens, Jiang Cheng les chassait toujours au loin, avant de rire de Wei WuXian, qui avait grimpé à un arbre.

Il avait toujours pensé que Jiang Cheng serait de son côté, et Lan WangJi du côté opposé. Il n’aurait jamais pu imaginer que les choses s’avéreraient, au final, si différentes.

Il marcha vers le point de rendez-vous où lui et Lan WangJi étaient supposés se rencontrer. Nul ne déambulait parmi les lumières éparses qui vacillaient dans la nuit. Sans regarder autour d’elle, la silhouette vêtue de robes blanches se tenait debout, au bout de la rue, immobile et la tête basse.

Avant que Wei WuXian ne fasse le moindre bruit, Lan WangJi leva les yeux et le vit. Après quelques hésitations, il marcha dans sa direction, un air sombre sur le visage.

Wei WuXian ne savait pas pourquoi, mais il recula d’un pas malgré lui.

Il pouvait presque voir le coin des yeux de Lan WangJi injectés de sang. Il devait l’admettre… Son visage était vraiment terrifiant.


Notes de traduction :

1 chaque phrase semblait bienveillante : Faites nous signe si vous trouvez la bienveillance en question parce que nous, on la voit pas. On est pratiquement sûres que c’est lui qui était chargé de passer le sel aux autres à table… dur de trouver plus salty que lui dans le roman!

2 Je vais aller à l’intérieur et l’interroger : la phrase anglaise est « I’ll go inside and meet him », ce qui aurait dû donner, littéralement traduit, « Je vais aller à l’intérieur et le rencontrer ». Mais ça paraissait assez maladroit en français. Et remplacer le verbe « rencontrer » par « parler » aurait pu trahir les intentions de Jin Ling, ce qui aurait été imprudent (pourquoi aller parler avec Wei WuXian, qui passe pour un excentrique notoire et une manche-coupée ?) J’ai donc opté pour « interroger », mais au moins, vous avez l’idée de la version anglaise, qui est directement traduite du mandarin.

3 ne t’attends pas à des paroles embarrassantes non plus : la version anglaise est « Don’t expect me to say anything cringe worthy either. » Littéralement, « cringe worthy » signifie « faire grincer des dents ». L’idée est que Jin Ling ne veut pas dire des choses qui seraient gênantes, ou mielleuses/dégoulinantes de guimauve au point d’en grincer des dents. Un des synonymes anglais de cringe worthy étant « awkward », j’ai opté pour « embarrassantes »

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Archangedenfer1 Popo
Archangedenfer1 Popo
1 année

Merci beaucoup pour tout votre minutieux travail les filles *.* Et bon courage à vous toutes pour les suites de vos projets en cours ^^

arubiize
arubiize
1 année

Je ne m’étais pas attendu jusqu’alors qu’une partie de l’enfance de Wei WuXian soit si « dure ». J’aime sa personnalité à toujours sourire face à l’adversité (surtout quant il n’était qu’un enfant). Ca me donne envie de faire des câlins ! :3

– Je suis curieuse que Jiang Cheng ait plus de ressentiments pour Wen Ning que Wei WuXian, ça m’intrigue !

– « Un jour, tu diras ces mots en pleurant. » J’ai l’étrange impression que c’est exact… Ah… Jin Ling…

– Et qu’inconsciemment Wei Ying a appelé Lan Zhan… Ca réveille mon côté fangirl ! xD

Merci beaucoup pour ce chapitre ! J’ai hâte de lire le prochain ! xD

Agent Ily
Agent Ily
1 année

Merci pour ce super chapitre !!

« Après quelques questions supplémentaires au sujet de la localisation exacte, il partit avec la moitié des disciples chasser un Wen Ning imaginaire. »
Cette phrases m’a tuée XD