Mo Dao Zu Shi – Chapitre 34

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Traduction par Leaf, correction par Keliane

Chapitre 34 : Herbes— Partie 2

Le bruit étrange et soudain d’un bâton de bambou frappant le sol résonnait tantôt fort, tantôt doucement, lointain, puis proche, rendant ainsi toute tentative d’en déterminer l’auteur ou la localisation, vaines.

« Vous tous, venez là, ordonna Wei WuXian. Regroupez-vous. Ne bougez pas et n’attaquez pas. »

Si les cadets dégainaient leurs épées et tentaient d’attaquer au milieu de ce brouillard, il n’était pas impossible qu’ils se blessent eux plutôt que l’ennemi. Après un moment, le bruit cessa. Ayant attendu en silence quelques secondes, un disciple chuchota à voix basse :

« C’est encore cette chose… Elle compte nous suivre longtemps, comme ça ?! 

Elle vous a suivi ? questionna Wei WuXian.

Après notre entrée dans la ville, parce que le brouillard était trop épais et qu’il aurait été facile de s’égarer, on a décidé de marcher proche les uns des autres, expliqua Lan SiZhui. Puis, on a soudainement entendu le bruit. À ce moment, il n’était pas aussi rapide. Même plutôt lent, un coup à la fois. À travers la brume, nous avons réussi à distinguer une petite ombre marcher près de nous, juste sous nos yeux. Mais quand nous nous sommes lancés à sa poursuite, elle avait disparue. Le bruit a suivi chacun de nos pas depuis. 

Petite comment ? » demanda encore Wei WuXian.

Lan SiZhui désigna sa poitrine de la main :

« Très petite. Très menue.

Vous êtes là depuis combien de temps ?

Une quinzaine de minutes, répondit Lan SiZhui

Quinze minutes ? répéta Wei WuXian. HanGuang-Jun, qu’en est-il de nous ? »

La voix de Lan WangJi s’éleva depuis la brume vaporeuse :

« Une trentaine de minutes. »

Voyons, poursuivit Wei WuXian, nous sommes là depuis plus longtemps que vous. Comment avez- vous bien pu finir devant nous, et nous rentrer dedans après avoir seulement fait demi-tour ? »

Jin Ling ne put s’empêcher de répondre :

« Nous n’avons jamais fait demi-tour. Nous avons toujours marché droit devant nous, en suivant ce chemin. »

S’ils avaient tous marché en ligne droite, alors se pouvait-il que quelqu’un ait ensorcelé le chemin, le transformant en une boucle sans fin ?

Wei WuXian demanda de nouveau :

« Avez-vous essayé d’utiliser vos épées pour voler et voir ça de plus haut ? 

Oui, confirma Lan SiZhui. Je pensais m’être élevé assez haut dans les airs, mais il s’est avéré que non, pas tant que ça. Et il y avait aussi quelques ombres troubles fonçant de-ci de-là. Je ne savais pas ce qu’elles étaient et j’avais peur de ne pas être de taille, alors je suis redescendu. »

Après avoir entendu ça, tout le monde resta silencieux un moment. Puisque la région de Shudong était couverte de brume quoi qu’il advienne, ils n’avaient pas prêté trop d’attention à celle en ville. À présent, il semblait que celle-ci ne se soit pas formé naturellement et soit bel et bien d’origine spectrale.

Lan JingYi était choqué :

« La brume ne peut pas être empoisonnée, hein ?! 

Probablement pas, le rassura Wei WuXian. Nous sommes là depuis un bout de temps, et personne n’est mort.

J’aurai dû emmener Fée avec moi, grogna Jin Ling. Tout est de la faute de ton maudit âne. »

À la mention du nom du chien, le dos de Wei WuXian se couvrit de chair de poule. Il entendit ensuite Lan JingYi crier :

« On n’a même pas eu le temps de blâmer ton chien ! C’est lui qui a ouvert la gueule pour mordre en premier, et a fini avec le sabot de P’tite Pomme dans la figure. Qui est à blâmer ? De toute façon, plus aucun des deux ne peut bouger, au point où ça en est.

Quoi ?! s’écria Wei WuXian. Ma P’tite Pomme a été mordue par un chien ?! 

Comment cet âne pourrait-il être plus important que mon chien spirituel ? répliqua Jin Ling. Fée m’a été offert par mon plus jeune oncle. S’il lui arrivait quelque chose, même dix milles ânes ne pourraient le valoir ! »

Wei WuXian répliqua en toute absurdité :

« N’utilise pas le nom de LianFang-Zun pour effrayer les gens. Eh bien, ma P’tite Pomme est un présent de HanGuang-Jun. Comment as-tu pu l’emmener à une chasse-nocturne ? Et le laisser être blessé, de surcroît ?! »

Les cadets de la secte Lan répondirent à l’unisson :

« Menteur ! »

Ils ne croyaient pas une seule seconde qu’une personne de la trempe d’HanGuang-Jun puisse choisir un tel cadeau pour quelqu’un. Même si Lan WangJi ne s’était pas exprimé, ils refusaient fermement de le croire. Lan SiZhui clarifia :

« Euh… Pardon, Jeune Maître Mo. Votre P’tite Pomme… Votre âne a fait du bruit tous les jours au Repère des Nuages, et les aînés se plaignaient depuis longtemps, nous ordonnant de nous en débarrasser au cours d’une chasse nocturne. Alors, nous… »

Jin Ling ne croyait pas non plus que l’âne était un cadeau de Lan WangJi.

« Je ne peux même pas supporter de poser les yeux sur lui, s’exclama-t-il. Et en plus il s’appelle ‘P’tite Pomme’. C’est tellement stupide ! »

Lan JingYi pensa que si l’animal venait vraiment d’HanGuang-Jun, alors ils auraient des problèmes. Il prit immédiatement sa défense :

« Qu’est-ce qui ne va pas avec ‘P’tite Pomme’ ? Il aime manger des Pommes, alors il s’appelle P’tite Pomme. C’est logique. Et dix fois mieux que d’appeler ton gros chien ‘Fée’!

Comment ça, Fée est gros ?! s’indigne Jin Ling. Essaie de me trouver un chien spirituel en meilleure forme que… »

Soudain, les bavardages cessèrent.

Quelques secondes plus tard, Wei WuXian demanda :

« Il y a encore quelqu’un ? »

Une série de humph et mmh résonna autour de lui, ce qui signifiait que tout le monde était là. Lan WangJi stipula froidement:

« Bruyant. »

…Comment avait-il pu réduire tout le monde au silence d’un coup ? Wei WuXian ne put s’empêcher de toucher ses lèvres, s’estimant plutôt chanceux.

Tout d’un coup, des bruits de pas se firent entendre dans le brouillard, devant eux, sur la gauche.

Ils titubaient d’une manière extrêmement fastidieuse. Immédiatement après, le même bruit leur parvint devant eux, à l’avant-droite, sur les côtés, et derrière. Bien que cette purée de pois soit trop épaisse pour pouvoir distinguer la moindre silhouette, l’odeur nauséabonde s’était déjà propagée jusqu’à eux.

Bien sûr, Wei WuXian n’était pas du genre à s’inquiéter pour quelques cadavres ambulants. Il siffla légèrement, et finit sur une note qui s’élevait vers les aigus, leur signifiant de reculer. Comme il s’y attendait, une fois que les cadavres dissimulés derrière eurent entendu le sifflement, ils s’arrêtèrent brièvement.

Cependant, une seconde plus tard, ils se ruèrent dans leur direction !

Wei WuXian ne s’était absolument pas attendu à ça. Non seulement l’ordre n’avait pas marché, mais il les avait provoqué. Il n’aurait jamais pu confondre les deux différentes commandes pour « reculer » et « encourager » !

Néanmoins, pour l’instant, il n’avait pas le temps d’y réfléchir. Sept ou huit silhouettes inclinées apparaissaient déjà au milieu de la fumée claire. À en juger par l’épaisseur de cette dernière dans la Ville de Yi, le fait qu’ils puissent les voir voulait dire que les cadavres étaient extrêmement proches !

L’éclat bleu glacé de Bichen la déchira. Encerclant le groupe, il dessina un cercle distinct dans les airs, tranchant tous les cadavres ambulants en deux, avant de retourner à son fourreau. Wei WuXian laissa échapper un soupir de soulagement, tandis que Lan WangJi abaissait sa voix :

« Pourquoi ? »

Wei WuXian se le demandait aussi. Pourquoi l’ordre ne pouvait pas contrôler ces cadavres ? Avec un rythme lent et une odeur rance, ils n’étaient définitivement pas d’un niveau élevé. J’aurais dû pouvoir leur faire prendre leurs jambes à leurs cous en quelques claquements de main. Il est impossible que mon sifflement ne marche plus tout d’un coup, puisqu’il n’utilise pas de pouvoir spirituel de toute façon. Une situation comme ça n’a jamais…

Soudain, il se rappela de quelque chose. Une fine couche de sueur suinta le long de son dos.

Non, ce n’était pas qu’une “telle situation ne s’était jamais produite auparavant”. En réalité, cela avait déjà bel et bien eu lieu, et pas qu’une fois. Il y avait vraiment un type de cadavre ou d’esprit auquel il ne pouvait commander—

Des cadavres ou des esprits qui étaient déjà sous le contrôle du Sceau du Tigre Stygien !

Lan WangJi leva le sort de silence, et Lan SiZhui put parler de nouveau :

« HanGuang-Jun, la situation est-elle réellement dangereuse ? Devrions-nous quitter la ville sur-le-champ ? 

— Mais le brouillard est si épais. On ne peut pas utiliser le chemin ou s’envoler non plus… 

Un disciple s’exclama :

« Je crois qu’il y en a d’autres qui arrivent !

— Où ? Je n’ai entendu aucun bruit de pas. 

— Je pense que j’ai entendu des respirations bizarres… »

Le garçon ne réalisa à quel point sa remarque était ridicule qu’après l’avoir dite, et se couvrit la bouche d’embarras. Un autre lui répondit :

« Tu es vraiment quelque chose, n’est-ce pas ? Des respirations. Les cadavres sont morts—comment pourrait-il y avoir le moindre bruit de souffle? »

Avant qu’il n’ait fini, une autre grande silhouette s’écrasa. Avec Bichen de nouveau dégainée, la tête de l’ombre se sépara de son corps. Au même moment, d’étranges bruits d’éclaboussures purent être perçus. Les disciples qui étaient proches de la scène hurlèrent d’effroi. Inquiet à l’idée qu’ils soient blessés, Wei WuXian appela immédiatement :

« Que s’est-il passé ? 

Quelque chose s’est échappé hors du cadavre, l’informa Lan JingYi. Je crois que c’était une sorte de poudre. C’était à la fois amer et doux. Et pourri ! »

Ce n’était vraiment pas de chance pour lui. Puisqu’il semblait avoir voulu parler, il avait ouvert la bouche, et une quantité non négligeable de poudre y était entrée. Sans se soucier de son image, il cracha immédiatement plusieurs fois. Les choses qui se propageaient hors d’un cadavre n’étaient indubitablement pas à prendre à la légère. La poudre traînait toujours dans l’air. Si elle était accidentellement aspirée dans les poumons, il serait encore plus difficile de s’en débarrasser que si elle rentrait dans la bouche de quelqu’un. Wei WuXian ordonna :

« Que tout le monde s’éloigne de la zone ! Venez vite ici. Laissez-moi vous examiner.

D’accord, accepta Lan JingYi. Mais je ne vous vois pas. Où êtes-vous ? »

Il ne pouvait même pas voir sa main s’il la tendait devant lui, et encore moins marcher dans ce brouillard. Wei WuXian se souvint que, dès que Bichen était dégainée, l’éclat de sa lame pouvait percer le voile opalin. Il se tourna vers Lan WangJi, qui se tenait à son côté :

« HanGuang-Jun, tire ta lame hors de son fourreau un instant, que nous puissions nous approcher. »

Lan WangJi se tenait tout près de lui, mais ne répondit ni n’esquissa le moindre geste.

Tout à coup, l’éclat limpide, et bleuté, d’une épée éclaira la zone à peu près sept pas plus loin.

…Lan WangJi était là-bas ?

Dans ce cas, qui était la personne qui s’était tenue silencieusement près de lui tout ce temps ?!

D’un coup, une ombre passa devant les yeux de Wei WuXian. Une figure sombre approcha en face de lui.

Elle était ténébreuse car, par-dessus le visage, se trouvait une couche épaisse de fumée noire !

L’homme au visage embrumé tendit la main vers la Pochette Qiankun qui pendait le long de son corps. Cependant, une fois qu’il l’eût saisi, la Pochette enfla violemment. Le cordon qui la fermait se brisa en deux, et trois esprits enragés en émergèrent. Formant un amas emmêlés, ils chargèrent droit sur lui !

Wei WuXian rit.

« Tu voulais la Pochette Qiankun ? Alors, ta vision doit être en mauvais état. Pourquoi as-tu pris ma Pochette d’emprisonnement spirituelle à la place ? »

Depuis qu’ils avaient arraché le torse récemment déterré des mains du fossoyeur dans le cimetière de la Secte YueyangChang, et l’avaient fait battre en retraite, le laissant avec un arrière-goût de frustration, Wei WuXian et Lan WangJi avaient toujours été sur leurs gardes. Ils avaient deviné qu’il n’abandonnerait pas et chercherait au contraire à saisir la moindre opportunité pour le récupérer. Comme ils s’y attendaient, après être entré dans la Ville de Yi, le fossoyeur avait attaqué, avec l’intention de prendre avantage de l’épais nuage et de la foule bavarde. Et en effet, son assaut avait été un succès, mais Wei WuXian avait depuis bien longtemps échangé la Pochette Qiankun qui contenait le bras gauche avec la Pochette d’emprisonnement spirituelle.

Avec un clang, l’adversaire sauta en arrière et dégaina son épée. Instantanément, les hurlements stridents emplis de haine des esprits se firent entendre, comme si l’offensive les poussait au bord de la perdition. Wei WuXian pensa en son for intérieur, Alors c’est bel et bien quelqu’un avec un haut niveau de cultivation. Il cria immédiatement :

« HanGuang-Jun, le fossoyeur est là ! »

Sans avoir besoin qu’on le lui dise à deux fois, Lan WangJi savait que quelque chose s’était produit rien qu’en écoutant. Il resta silencieux. L’attaque rapide et féroce de Bichen parla pour lui.

La situation actuelle était loin d’être positive. Une fumée noire couvrait la lame du fossoyeur, rendant son éclat impossible à percevoir et lui permettant de se fondre à la perfection au sein de la brume. Par contre, la clarté de l’épée de Lan WangJi, Bichen, ne pouvait pas du tout être dissimulée. Il était exposé au grand jour tandis que l’ennemi se cachait dans les ténèbres. En outre, l’adversaire n’était pas qu’extrêmement doué en cultivation, il était également familier avec le style d’escrime de la Secte Gusu Lan. Et, bien qu’ils s’affrontaient tous deux à l’aveugle, il pouvait faire ce qu’il voulait, tandis que Lan WangJi devait être prudent s’il ne voulait pas blesser quelqu’un de son camp par accident. En considérant tout cela, Lan WangJi était réellement désavantagé. Au son des lames qui s’entrechoquaient, le cœur de Wei WuXian se serra subitement. Il lâcha :

« Lan Zhan ? Es-tu blessé ?! »

Au loin, un grognement étouffé lui parvint, comme si quelqu’un recevait une blessure critique. Cependant, ce n’était manifestement pas la voix de Lan WangJi.

« Bien sûr que non, répondit Lan WangJi.

Il semblerait ! » répondit Wei WuXian en souriant.

On aurait dit que l’autre personne riait avec amertume. Il attaqua de nouveau. Les sons de l’affrontement de l’éclat de Bichen et de l’autre épée s’éloignèrent de plus en plus. Wei WuXian savait que Lan WangJi ne voulait pas les blesser par erreur et attirait l’autre au loin exprès, afin de s’occuper du fossoyeur par lui-même. Évidemment, le reste incombait à Wei WuXian. Il se retourna.

« Comment vont ceux qui ont inhalé la poudre ? 

Ils commencent à avoir du mal à tenir debout ! s’exclama Lan SiZhui.

Venez au milieu et comptez-vous ! », ordonna Wei WuXian.

C’était une chance qu’après avoir dû achever une première vague de cadavres ambulants et attirer un fossoyeur au loin, rien d’autre ne soit venu les troubler. Le bruit du bâton de bambou ne retentit plus non plus. Les disciples restant se rassemblèrent et se comptèrent. Personne ne manquait à l’appel. Wei WuXian prit le visage de Lan JingYi entre ses mains, et toucha son front. Il était un peu chaud. Il compara avec le front des autres garçons qui avaient inhalé la poudre du cadavre. Ils étaient dans le même état. Il souleva les paupières de Lan JingYi et demanda :

« Montre-moi ta langue. Ahh. 

Ahh, fit-il. 

Ouaip. Félicitation. Tu as été empoisonné par un cadavre, annonça Wei WuXian.

En quoi est-ce un motif de félicitations ?! érupta Jin Ling.

C’est une expérience à vivre, répondit Wei WuXian. Ça fera une anecdote à raconter pour lancer la conversation, quand tu seras grand. »

Être empoisonné par un cadavre résultait souvent d’une blessure infligée par ce dernier, ou si une blessure entrait en contact avec leur sang nécrotique. D’habitude, les cultivateurs ne laissaient pas les cadavres ambulants s’approcher assez près pour les blesser, alors personne n’avait pris l’habitude d’emporter des élixirs pour soigner l’empoisonnement avec soi. Lan SiZhui s’inquiéta,

« Jeune Maître Mo, quelque chose va-t-il leur arriver ? s’inquiéta Lan SiZhui.

Rien pour l’instant, assura Wei WuXian. Mais quand ça pénètre dans le système sanguin et voyage dans tout le corps, puis entre dans le cœur, on ne peut plus rien faire.

Qu-Qu’est ce qui va se passer ? s’inquiéta Lan SiZhui.

La même chose que ce qui arrive aux cadavres, poursuivit Wei WuXian. Si tu es chanceux, tu vas juste pourrir. Si tu ne l’es pas, tu pourrais te transformer en zombie aux cheveux longs, condamné à sautiller de-ci de-là pour le reste de ta vie. »

Tous les disciples empoisonnés eurent le souffle coupé.

« Alors, vous voulez remédier à ça ? », demanda Wei WuXian.

Tout le monde opina du chef. Il poursuivit :

« Si vous voulez guérir, alors écoutez attentivement. A partir de maintenant, vous devrez tous suivre et écouter tout ce que je dirai. Chacun de vous. »

Bien que la plupart des garçons ne soient pas familiers avec lui, voir qu’il pouvait appeler intimement HanGuang-Jun par son nom de naissance comme s’ils étaient de la même génération, qu’ils se tenaient au beau milieu d’une ville hantée enveloppée d’un brouillard inquiétant, qu’ils étaient à la fois fiévreux et empoisonnés, et qu’ils étaient particulièrement anxieux, ils souhaitaient instinctivement être pris sous l’aile de quelqu’un. Et, puisque tout ce qui sortait de la bouche de Wei WuXian semblait l’être avec une assurance qui éloignait le moindre souci, ils ne purent s’empêcher de boire ses paroles, répondant à l’unisson :

« Oui !

Vous devrez faire tout ce que je vous ordonnerai, ordonna Wei WuXian. Être obéissants. Compris ?

Oui ! »

Wei WuXian frappa dans ses mains.

« Levez-vous. Ceux qui ne sont pas contaminés peuvent porter ceux qui le sont, de préférence par-dessus leur épaule. Si vous pouvez seulement les porter dans vos bras, souvenez-vous de positionner la tête et le cœur plus haut que le reste du corps. 

Mais je peux marcher. Pourquoi avons-nous besoin d’être porté ? s’étonna Lan JingYi.

Frère, si tu sautes partout, ton sang circulera plus vite, et entrera plus vite dans ton cœur. Alors, tu devrais t’abstenir de trop bouger. Il vaudrait même mieux que tu ne remues pas du tout. »

Les garçons se tinrent immédiatement aussi immobiles que des statues, permettant ainsi à leurs camarades de les soulever. Porté sur l’épaule d’un autre disciple de sa secte, un garçon marmonna :

« Le cadavre qui a craché la poudre empoisonnée respirait vraiment pour de bon. »

Le garçon qui le portait se plaignit entre deux respirations :

« Je te l’ai déjà dit. S’il savait comment respirer, alors ce serait un vivant.

Jeune Maître Mo, nous sommes prêts, intervint Lan SiZhui. Où irons-nous ? »

Lan SiZhui était le plus gentil, le plus obéissant, et celui qui posait le moins de soucis. Wei WuXian répondit :

« Pour l’instant, nous ne pouvons absolument pas quitter la ville. Allons frapper à quelques portes.

Pour quoi faire ? », le questionna Jin Ling.

Wei WuXian songea un moment.

« Y a-t-il quoi que ce soit d’autre qui possède des portes, si ce n’est des maisons ? »

Tu veux qu’on entre dans ces demeures ? s’insurgea Jin Ling. C’est déjà assez dangereux à l’extérieur. Qui sait ce qui se cache dans ces pièces, en train de nous épier et de nous attendre. »

Dès qu’il eut fini de parler, tout le monde eut l’impression qu’il y avait vraiment des paires d’yeux cachées au sein de la brume et des maisons, surveillant attentivement le moindre de leurs gestes, la moindre de leurs paroles. Ils ne purent s’empêcher de frissonner d’effroi.

« C’est vrai, répliqua Wei WuXian. Il est difficile de déterminer ce qui, de l’intérieur ou  de l’extérieur des maisons, est le plus dangereux. Mais, puisque c’est déjà comme ça ici, l’intérieur ne peut pas être pire. Allons-y. Il n’y a pas de temps à perdre. Nous devons toujours remédier au poison. »

Le groupe dû faire ce qu’on lui disait. Suivant les instructions de Wei WuXian, chacun se saisit du fourreau de la personne se trouvant devant lui, afin de ne pas s’égarer dans le brouillard épais. De maison en maison, ils toquèrent aux portes. Jin Ling tambourina un moment, et n’entendit aucune réponse en provenance de l’habitation.

« Il semblerait qu’il n’y ait personne dans celle-ci, fit-il remarquer. Entrons. »

La voix de Wei WuXian lui parvint :

« Qui t’a dit d’entrer s’il n’y avait personne ? Continue de frapper. Nous avons besoin d’entrer dans une maison qui renferme bel et bien un occupant en ses murs. 

Vous voulez en trouver une habitée ? s’écria Jin Ling.

Oui. Toque doucement. Tes coups étaient trop forts. C’est assez grossier. »

Jin Ling était tellement irrité qu’il manqua de défoncer la porte en bois. Au final, il… se contenta de piétiner le sol avec colère.

Chaque maisonnée bordant la rue verrouillait ses portes fermement, s’abstenant d’ouvrir peu importe la force de leurs coups. Plus Jin Ling toquait, plus il en avait assez, mais la quantité d’énergie qu’il y mettait avait clairement diminuée. Lan SiZhui, en revanche, restait calme. A la treizième échoppe, il répéta la phrase qu’il avait déjà formulée tant de fois :

« Excusez-moi. Y a-t-il quelqu’un à l’intérieur ? »

Tout à coup, la porte s’entrouvrit. Une petite ouverture, étroite.

Il faisait très sombre de l’autre côté, ne permettant à personne de deviner ce qui se trouvait derrière la fente. La personne qui leur avait ouvert ne parlait pas non plus. Les garçons qui étaient proches ne purent s’empêcher de reculer de quelques pas.

Lan SiZhui retrouva sa contenance :

« Excusez-nous, mais êtes-vous la gérante de ce commerce? »

Un moment passa, et une voix âgée, bizarre, s’échappa de l’ouverture.

« Oui. »

Wei WuXian s’approcha et tapota l’épaule de Lan SiZhui, lui signifiant de reculer d’un pas également, et prit la parole :

« Ancienne, c’est notre première visite ici. Le brouillard était si dense que nous nous sommes égarés. Nous marchons depuis de longues heures déjà, et sommes plutôt fatigués. Serait-il possible que vous nous offriez le gîte afin que l’on puisse se reposer un peu ? »

La voix étrange répliqua :

« Ma boutique ne sert pas d’auberge aux voyageurs. »

Wei WuXian fit comme s’il ne trouvait rien d’étrange à tout cela, et parla avec son expression habituelle:

« Mais, dans la région, aucun autre commerce n’est habité. Ancienne, ne pouvez-vous vraiment pas nous faire une fleur ? Nous pouvons payer.

Comment pourrais-tu avoir de quoi payer ? lâcha Jin Ling. Soyons clairs—Je ne te prêterais pas d’argent. »

Wei WuXian agita une délicate pochette devant ses yeux:

« Regarde ça. »

Lan SiZhui était choqué :

« Comment osez-vous ?! C’est à HanGuang-Jun ! »

Tandis qu’ils se disputaient, l’ouverture de la porte s’était agrandie. Même s’ils ne pouvaient toujours pas deviner ce qui se trouvait dans la pièce, ils pouvaient voir qu’une femme inexpressive, aux cheveux gris, se tenait derrière la porte.

Bien qu’elle ait le dos voûté, paraissant assez âgé au premier regard, elle n’avait en réalité pas beaucoup de rides ou de taches de vieillesse.  Il aurait même été possible de lui donner autour de la cinquantaine. Elle acheva d’ouvrir et libéra le passage. Elle semblait disposée à les laisser entrer.

Jin Ling était sidéré. Il murmura :

« Elle veut vraiment nous laisser entrer ? 

Bien sûr, répondit Wei WuXian sur le même ton. L’un de mes pieds était dans l’entrebâillement, alors elle n’aurait pu fermer la porte quand bien même elle l’aurait voulu. Si elle s’était entêtée, je l’aurais défoncé. »

Jin Ling, « … »

La Ville de Yi était déjà effrayante et particulière ; les gens qui vivaient là étaient assurément tout aussi peu communs. Voyant à quel point la vieille femme semblait suspicieuse, les disciples chuchotèrent tous à voix basse. Bien qu’ils ne souhaitaient absolument pas entrer, ils n’avaient pas le choix. Ils ne purent que ramasser leurs camarades, qui avaient trop peur pour bouger d’un pouce à cause de l’empoisonnement, et pénétrer dans la pièce les uns après les autres. La vieille femme se tenait patiemment sur le côté, les couvant d’un regard froid. Une fois que tout le monde fut entré, elle referma la porte sans attendre. La pièce fut de nouveau plongée dans les ténèbres les plus totales. Wei WuXian demanda :

« Ancienne, pourquoi n’allumez-vous pas la lumière ? 

Elle est sur la table. Allumez-là vous-même. » répondit la vieille femme.

Il se trouvait que Lan SiZhui était juste à côté d’une table. Tâtonnant lentement, il trouva une lampe à huile recouverte d’une fine couche de poussière. Il sortit un talisman de feu et l’embrasa. Tandis qu’il l’approchait de la mèche, son regard balayant involontairement la pièce, un courant d’air glacial le parcourut des pieds à la tête. Ses cheveux s’y dressèrent avec terreur.

La chambre centrale de l’échoppe était remplie de gens entassés à l’intérieur, épaules contre épaules et talons contre talons. Tous, sans exception, avaient les yeux grands ouverts, les fixant sans un seul battement de cils !

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2 commentaires sur “Mo Dao Zu Shi – Chapitre 34”

  1. Wouah ! « ensorcelé le chemin » De la magie ?! xD
    Les pauvres, ils sont pas sortis d’affaire ! 😛

    P’tite Pomme ! :’)
    Et c’est bien le moment de parler d’un âne et d’un chien au milieu d’une brume spectrale et « d’ennemi ». xD

    Lan WangJi ! <3 Wei WuXian chanceux ? lol Mais non, ton adorable Lan Zhan adore ta voix ! Et pas que ! Nyark ! xD

    Mais en faite, personne de ne se posent de question par rapport Wei WuXian. Qu'il puisse controler les cadavres en sifflant ou autres ? (Mise à part Lan Zhan)

    LOL On pourrait croire à un film d'horreur ! Qui était donc à côté de moi debut le début ?! xD

    C'est tellement rare d'avoir des personnes (dans les livres ou série TV) qui réagissent tout de suite, sans poser de questions débile ("Quoi", "Qu'est-ce qu'il se passe", etc..) Lan WangJi a tout de suite réagit. Ca change ! ^^

    Le "Bien sûr que non" de Lan Zhan quoi ! A mourir de rire ! x'D

    La technique de persuasion de Wei Ying ! xD Je le pensais gentleman mais il faut pas trop pousser non plus ! x'D

    Hé ben ! Il y a du monde dans cette cabane ! x)

    Comme toujours, merci beaucoup pour ce chapitre ! <3 A bientôt !

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