Mo Dao Zu Shi – Chapitre 38

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Traduction par Leaf, correction par Keliane

Chapitre 38 Herbes— Partie Six.

Enveloppé d’une atmosphère de givre et de glace, Lan WangJi se plaça devant Wei WuXian. Xue Yang para l’attaque en invoquant Shuanghua. Les épées se heurtèrent, puis volèrent de nouveau jusqu’à leurs maîtres respectifs. Wei WuXian commenta :

« N’est-ce pas ce que l’on appelle  “Tomber à pic“ ?

— Oui. » répondit Lan WangJi.

Leur échange s’achevant, ils reprirent leur combat contre Xue Yang. Quelques instants plus tôt, Wei WuXian était poursuivi par ce dernier mais maintenant, c’était lui qui avait endossé le rôle du fuyard face à Lan WangJi. En réaction à cette situation, il passa Shuanghua dans sa main gauche tandis qu’il levait les yeux au ciel et qu’un rictus naissait sur ses lèvres. Sa main droite disparue dans sa manche. Wei WuXian s’inquiétait à l’idée qu’il puisse projeter de la poudre empoisonnée ou des couteaux cachés de ses manches qiankun (1). Cependant, il n’en ressortit qu’une autre épée, et, muni de ces deux lames, passa habilement à un nouveau style d’escrime.

L’éclat de la lame qu’il venait de tirer de sa manche était sinistre et sombre. Alors qu’elle était maniée, une aura noire semblait presque s’en dégager, créant un contraste saisissant avec la lueur argentée de Shuanghua. Maniant les deux épées avec la même aisance, les mains de Xue Yang étaient en parfaite synchronisation. Il prit le dessus sur-le-champ. Lan WangJi l’interrogea :

« Jiangzai ? »

— Hmm ? HanGuang-Jun, vous connaissez cette épée ? Quel honneur.»

“Jiangzai” était la lame de Xue Yang. À l’image de son nom et de son maître, c’était une épée de mauvais augure, qui amenait avec elle le carnage. Wei WuXian l’interrompit :

« Ce nom te va à ravir. »

—  Recule, ordonna Lan WangJi. Ta présence ici n’est pas nécessaire. »

Wei WuXian écouta humblement la suggestion et recula. Quand il arriva près de la porte, il regarda à l’extérieur. Le visage inexpressif, Wen Ning agrippait Song Lan par le cou. Il le souleva dans les airs et l’écrasa contre le mur, formant un large trou de la forme de sa silhouette. Tout aussi dépourvu d’expression, Song Lan attrapa les poignets de Wen Ning. Il le projeta au sol au terme d’un saut périlleux. Les deux cadavres s’affrontaient sans que leurs visages ne trahissent la moindre expression, se heurtant et se percutant sans cesse. Puisqu’aucun d’entre eux ne ressentait la douleur ni ne craignait les blessures, à moins qu’ils ne soient coupés en pièces, ils continueraient de se battre quand bien même ils perdraient un membre ou deux. Wei WuXian marmonna dans un souffle :

« Je ne pense pas pouvoir être utile ici non plus. »

Soudain, il vit que Lan JingYi, depuis une échoppe mal éclairée, agitait frénétiquement la main à son attention. Il rayonna, Aha. Voilà un endroit où je serai assurément utile.

Alors qu’il se mettait tout juste en marche, la lame de Bichen redoubla d’éclat. D’un bref mouvement de la main, Shuanghua vola loin des doigts de Xue Yang. Lan WangJi l’attrapa avec aisance. Voyant Shuanghua entre d’autres mains que les siennes, Xue Yang utilisa Jiangzai pour taillader le bras gauche de Lan WangJi, dont la poigne était fermée autour du manche de l’épée. Alors que l’attaque était esquivée, un éclat de rage à glacer le sang illumina les yeux de Xue Yang. Il demanda froidement :

 « Rend-moi l’épée. »

—  Tu n’es pas digne de cette lame. » répondit Lan WangJi.

Xue Yang s’étrangla dans un étrange rire empli d’amertume.

De son côté, Wei WuXian marchait vers les disciples. Encerclé par les garçons, il s’enquit :

« Tout le monde va bien ? »

« Oui ! »

« Nous vous avons tous écouté, et retenu notre souffle. »

—  Bien, approuva Wei WuXian. Si l’un de vous me désobéit, je lui ferai de nouveau manger du congee. »

Les quelques garçons qui en connaissaient le goût firent semblant de vomir. Soudain, ils furent entourés par des bruits de pas. Des ombres commençaient déjà à émerger du bout de la rue. Lan WangJi avait également entendu le bruit. Dans un froissement de soie, il sortit son guqin, Wangji, de sa manche.

Le corps du guqin fut allongé sur la table. Lan WangJi passa Bichen dans sa main gauche et continua de combattre Xue Yang, ses attaques ne perdant rien de leur puissance. Au même moment, sans même détourner le regard, il leva sa main droite et gratta les cordes.

L’accord était profond et clair. Il résonna jusqu’au bout de la rue. L’étrange et pourtant familier écho des têtes des cadavres qui explosaient leur parvint en retour. Lan WangJi continuait de se battre avec Xue Yang d’une main tout en jouant du guqin de l’autre. Il jetait de temps à autre un rapide coup d’œil à la scène, comme s’il eut s’agit d’une affaire banale, puis courbait ses doigts avec nonchalance pour jouer de nouveau. Bien qu’il usait de ses deux mains, il paraissait néanmoins calme et serein.  

Jin Ling lâcha malgré lui :

« Il est tellement doué ! »

Il avait vu Jiang Cheng et Jin GuangYao participer à des chasses-nocturnes et tuer des bêtes, ce qui lui avait laissé penser que ses deux oncles étaient les deux cultivateurs les plus puissants au monde. Envers Lan WangJi, il avait toujours ressenti plus de crainte que de respect, surtout vis-à-vis de sa technique réduisant les autres au silence, et de son tempérament glacial. Cependant, à ce moment précis, il ne pouvait s’empêcher d’admirer les capacités de cet homme. Lan JingYi approuva :

« Eh bien, ça va de soi. Bien sûr qu’HanGuang-Jun est doué. Il n’aime juste pas le montrer. Il est très discret, pas vrai ? »

Le « pas vrai ? » était adressé à Wei WuXian, qui répliqua, confus :

« Est-ce à moi que tu le demandes ? Pourquoi tu me poses cette question ? »

Lan JingYi était à deux doigts de s’énerver :

« Alors tu penses qu’HanGuang-Jun n’est pas bon ?! »

Wei WuXian se frotta le menton :

 « Mmh. Il est bon. Bien sûr. Il l’est vraiment. C’est le meilleur. »

Tandis qu’il parlait, il ne put refréner un sourire.

La nuit, dangereusement terrifiante, était enfin sur le point de mourir — l’aube serait bientôt là. Cependant, ce n’était pas la meilleure des nouvelles. Avec la lumière du jour, le brouillard gagnerait en intensité. Alors, il serait de nouveau réduits à l’impuissance !

S’il n’y avait que Wei WuXian et Lan WangJi, cela ne serait pas trop difficile. Mais avec autant d’humains vivants autour, s’ils finissaient entourés par un large groupe de cadavres ambulants, s’échapper relèverait de l’impossible. Tandis que Wei WuXian essayait de réfléchir à toute vitesse à une solution, le tip-tap net d’un bâton de bambou résonna à nouveau.

Le fantôme de la fille aveugle et muette était de retour !

Sans aucune hésitation, Wei WuXian ordonna :

« Partez ! »

—  Où ça ? demanda Lan JingYi

—  Suivez les bruits du bâton de bambou. » conseilla Wei WuXian.

Jin Ling était quelque peu surpris :

« Tu veux qu’on suive un fantôme ? Qui sait où elle nous emmènera !

—  C’est précisément ce que tu vas faire, reprit Wei WuXian. Le bruit vous a suivi depuis que vous êtes arrivés, n’est-ce pas ? Vous tentiez d’entrer dans la ville, mais elle vous guidait vers les portes et la sortie, où vous nous êtes rentrés dedans. Elle vous chassait au loin — elle essayait de vous sauver!”

L’étrange bruit sporadique du bâton de bambou était une technique qu’elle utilisait pour effrayer les gens qui pénétraient dans la ville. La tête de Combattant Funeste sur laquelle Wei WuXian avait marché avait peut-être, elle aussi, été placée là par la jeune fille pour les surprendre et les alerter. Wei WuXian continua :

« Et, la nuit dernière, elle voulait clairement nous dire quelque chose de vraiment important, mais ne pouvait pas l’exprimer. Cependant, elle a disparu dès que Xue Yang est venu. Elle essayait sûrement de l’éviter. Dans tous les cas, elle n’est définitivement pas de son côté. »

« Xue Yang ?! Quoi, il est là aussi ? Ce n’était pas Xiao XingChen et Song Lan ? »

—  Euh, je vous expliquerai ça plus tard. Quoi qu’il en soit, celui en train de se battre avec Hanguang-Jun, là-dedans, n’est pas Xiao XingChen, mais Xue Yang, qui se faisait passer pour lui. »

Les bruits du bâton de bambou continuaient, comme si la fille les attendait ou les pressait. S’ils la suivaient, ils pouvaient tomber dans un piège ; s’ils ne le faisaient pas, ils seraient encerclés par des cadavres dont émanait de la poudre empoisonnée. Ce n’était pas vraiment plus sûr. Les garçons décidèrent de les suivre, avec Wei WuXian. Comme on pouvait s’y attendre, dès qu’ils bougèrent, le son fit de même. Parfois, ils pouvaient voir une petite ombre vague au milieu du léger brouillard, au loin, mais d’autres fois, il n’y avait rien du tout.

Après avoir couru un moment, Lan JingYi prit la parole :

« Alors, on va juste s’enfuir comme ça ? »

Wei WuXian se retourna et cria :

« HanGuang-Jun, c’est à toi de jouer maintenant. On part devant ! »

Les cordes du guqin vibrèrent, comme si quelqu’un disait « mmh ». Wei WuXian gloussa avec un pfft.

Lan JingYi hésita :

« C’est tout ? Vous n’allez rien ajouter ? »

—  Que veux-tu que je fasse d’autre ? Que devrais-je dire de plus ? » questionna Wei WuXian.

—  Pourquoi aucun de vous n’a dit ‘Je m’inquiète pour toi. Je reste !’, ‘Pars !’, ‘Non ! Je ne partirai pas ! Si j’y vais, tu viens avec moi !’ ? N’est-ce pas le minimum ? » insista Lan JingYi.

Wei WuXian en resta bouche bée :

« Qui t’a appris ça ? Qui t’a dit que ce genre de conversation devait avoir lieu ? De ma bouche, ces mots ne seraient pas étonnants, mais peux-tu imaginer ne serait-ce qu’une seconde HanGuang-Jun dire de telles choses ? »

Les disciples de la secte Lan répondirent en cœur :

« Non… »

—  N’est-ce pas ? poursuivit Wei WuXian. C’est une perte de temps. Je crois qu’une personne aussi fiable qu’HanGuang-Jun saura s’en occuper sans aucun problème. Je peux me concentrer sur mes propres préoccupations et soit attendre son retour, soit aller le chercher moi-même.»

Ils suivirent les bruits du bâton de bambou pendant un peu moins d’un quart d’heure. Après quelques tours et détours, le bruit s’arrêta brutalement devant eux. Wei WuXian tendit son bras, arrêtant les garçons derrière lui, et fit quelques pas en avant. Une maison se dressait seule dans le brouillard qui ne cessait de gagner en épaisseur.

“Criii…”

Quelqu’un ouvrit la porte de la demeure, qui attendait silencieusement l’arrivée d’étrangers. Wei WuXian sentait que quelque chose devait se trouver à l’intérieur. Rien de dangereux ou de potentiellement létal, mais quelque chose qui pourrait lui raconter des choses et lui apporter des réponses.

Il se tourna vers les disciples :

« Nous avons déjà fait tout ce chemin. Entrons. »

Il leva son pied et entra dans la maison. Ses yeux s’habituant à la pénombre, il les avertit sans se retourner :

« Regardez où vous mettez les pieds. Ne trébuchez pas. »

Comme il s’y attendait, l’un des garçons faillit trébucher en passant le haut seuil. Il se plaignit :

« Pourquoi le seuil est-il si élevé ? Ce n’est pas un temple ou quoi que ce soit du même genre. »

—  Ce n’est pas un temple, mais cet endroit a également besoin d’un seuil élevé. » expliqua Wei Wuxian.

En se bousculant, ils allumèrent une douzaine de talismans de feu. La lueur orangée des flammes vacillantes illumina entièrement la demeure.

De la paille était éparpillée sur le sol, faisant office de tapis. Au premier plan, il y avait un autel et quelques tabourets de différentes tailles, sur le sol. Une petite chambre, non éclairée, se trouvait sur la droite. Cela mis à part, il y avait aussi sept ou huit cercueils noirs en bois.

« C’est la soi-disant maison funéraire ? Où les défunts sont temporairement placés ? » questionna Jin Ling.

—  C’est exact, confirma Wei WuXian. Les cadavres qui ne sont réclamés par personne, qui attireraient le mauvais œil sur une maison, ou qui attendent d’être enterrés sont souvent placés dans des maisons funéraires. On pourrait la comparer à une station relais (2) pour défunts. »

La chambre plus petite, sur le côté, était probablement celle que la personne qui gardait les cercueils utilisait pour se reposer.

Lan SiZhui demanda :

« Mo-qianbei (3), pourquoi le seuil de la maison funéraire est-il si haut ?

—  Au cas où l’un des cadavres se transformerait. »

Lan JingYi était perplexe :

« En quoi faire un seuil élevé empêcherait-il les cadavres de se transformer ?

—  Cela ne le peut, mais ça peut parfois empêcher les cadavres de faible niveau, qui se sont déjà transformés, d’aller dehors. » expliqua Wei WuXian.

Il alla se placer devant le seuil :

« Disons, par exemple, que je suis mort et tout juste transformé. »

Les garçons hochèrent la tête. Il poursuivit :

« Puisque je viens juste de me transformer, mes membres sont vraiment raides, pas vrai ? Et je ne peux pas exécuter certaines actions ? »

—  Cela va sans dire, approuva Jin Ling. Tu ne peux même pas marcher. Tu ne peux pas mettre un pied devant l’autre, alors tu ne peux que sauter… »
À cet instant, il comprit immédiatement.

« Correct, affirma Wei WuXian. Je ne peux que sauter. »

Avec ses deux pieds joints, il tenta de sauter à l’extérieur. Cependant, puisque le seuil était trop haut, il échoua à chaque tentative. Voyant la façon dont ses orteils cognaient contre le seuil, tous les disciples trouvèrent la scène drôle. Ils se mirent à rire, tandis qu’ils imaginaient un cadavre qui viendrait tout juste de se transformer tenter désespérément de sauter dehors comme ça, se retrouvant bloqué par le seuil élevé à chaque fois. Wei WuXian reprit :

« Vous voyez, maintenant ? Ne riez pas. C’est l’intelligence des gens du commun. Bien que ce soit une piètre astuce et qu’elle semble trop simple, elle n’en reste pas moins efficace contre les cadavres de bas niveaux. Si l’un d’entre eux, tout juste transformé, est piégé par le seuil, une fois tombé par terre, avec son corps raide, il ne sera pas capable de se relever de sitôt. Lorsque ce sera fait, soit le soleil sera sur le point de se lever et le coq chantera, soit la personne gardant la maison funéraire l’aura découvert. C’est même en fait assez impressionnant de voir comment des gens ordinaires, qui ne cultivent pas, peuvent penser à de telles solutions. » 

Bien que Jin Ling ait ri de la scène, lui aussi, maintenant qu’il entendait l’explication, se calma sur-le-champ :

« Pourquoi nous a-t-elle emmené dans une maison funéraire ? Ne me dis pas que c’est parce que nous ne serons pas encerclés par des cadavres ambulants, ici. Où est-elle allée, d’ailleurs ? »

— Nous ne le serons sûrement pas, déclara Wei WuXian. Nous sommes restés immobiles pendant un moment, déjà. L’un d’entre vous a-t-il entendu des cadavres ambulants ? »

Alors qu’il finissait à peine de parler, le fantôme de la jeune fille apparut au-dessus d’un cercueil.

Suite aux encouragements insistants de Wei WuXian, chacun d’entre eux avait déjà vu à quoi elle ressemblait. Ils l’avaient même vu avec ses yeux ensanglantés et sa bouche dépourvue de langue. Par conséquent, maintenant qu’ils l’observaient de nouveau, aucun ne se sentait effrayé ou mal à l’aise. On pouvait constater que, conformément aux dires de Wei WuXian, chacun devenait plus courageux et faisait face aux obstacles avec un meilleur calme après avoir eu peur une ou deux fois.

La fille n’avait pas de forme physique, rien qu’un corps spirituel entouré d’une douce et faible aura. Sa silhouette et son visage étaient petits. Une fois apprêtée, elle deviendrait une parfaite et charmante demoiselle. Cependant, assise avec les jambes écartées ainsi, elle n’avait pas du tout l’air délicate. Le bâton de bambou qu’elle utilisait comme canne d’aveugle reposait sur le cercueil. Ces deux jambes pendaient dans le vide, se balançant anxieusement d’avant en arrière. 

Installée sur le cercueil, elle tapota de sa main sur le couvercle. Elle sauta alors au sol et fit le tour du cercueil plusieurs fois, en leur adressant des signes de la main. Cette fois, c’était plutôt facile à comprendre. C’était l’action « d’ouvrir » quelque chose. Jin Ling le devina :

 « Elle veut qu’on ouvre le cercueil pour elle ?

— Ce pourrait-il que son corps soit à l’intérieur ? suggéra Lan SiZhui. Elle veut peut-être qu’on l’enterre et qu’on lui apporte le repos. » 

C’était la déduction la plus logique, puisque l’une des raisons les plus communes à l’errance des fantômes sur terre était que leurs corps n’étaient pas enterrés. Wei WuXian se tint d’un côté du cercueil, pendant que quelques garçons se tinrent en face, l’aidant à l’ouvrir.

Il les rassura :

« Vous n’avez pas à m’aider. Tenez-vous plus loin. Et si ce n’était pas un cadavre qui se trouvait à l’intérieur, mais de nouveau de la poudre qui en jaillissait et vous empoisonnait ? »

Il ouvrit le cercueil seul et allongea le couvercle au sol. En regardant à l’intérieur, il vit un cadavre.

Cependant, ce n’était pas celui de la fille, mais de quelqu’un d’autre.

C’était un jeune homme. Il avait été mis dans une position paisible, les doigts de ses mains entrecroisés ensemble, en-dessous desquelles reposait un fuchen. Son corps était drapé dans une robe de cultivation aussi blanche que la neige. Le contour de la partie inférieure de son visage, avec un visage pâle et des lèvres légèrement colorées, était belle et raffinée. La partie supérieure de son visage, cependant, était enveloppée dans des couches et des couches de bandages atteignant une largeur de quatre doigts. Dessous, aucun volume là où ses yeux auraient dû être. Au lieu de cela, les bandages s’affaissaient. Il n’y avait pas d’yeux, juste deux creux vides.

Les ayant entendu ouvrir le cercueil, la fille se plia en avant. Elle plongea ses mains dans le cercueil et, après avoir cherché à tâtons quelques instants, sentit finalement le visage du cadavre. Trépignant sur ses pieds, des larmes de sang ruisselèrent de ses yeux aveugles à nouveau.

Tout le monde comprit, sans avoir besoin du moindre mot ou geste. Placé tout seul dans une maison funéraire isolée, ce cadavre était le véritable Xiao XingChen.

Les larmes des spectres ne pouvaient se décrocher de leurs joues. Après qu’elle eut pleuré un moment, la fille se leva tout d’un coup et articula des “aah” à leur égard, à travers ses dents serrées. Paraissant à la fois en colère et irrité, on aurait sincèrement dit qu’elle voulait exprimer ses pensées. Lan SiZhui demanda :

« Devrais-je jouer ‘Interrogation’ de nouveau ?

— Ce n’est pas nécessaire, répondit Wei WuXian. Nous risquerions de poser les mauvaises questions, au lieu de celles qu’elle espère. De plus, je pense que sa réponse sera assez complexe, assez difficile à interpréter. »

Bien qu’il n’ait pas dit “vous risquez de ne pas y arriver”, Lan SiZhui se sentait tout de même assez honteux. Il se fit la promesse silencieuse : “À mon retour, j’étudierai ‘Interrogation’ avec une plus grande assiduité. Je devrai être aussi doué, aussi rapide et aussi précis qu’HanGuang-Jun.”

Lan JingYi demanda :

« Alors que devrions-nous faire ?

— Que diriez-vous d’Empathie ? » proposa Wei WuXian.

Toutes les sectes majeures s’étaient spécialisées dans diverses techniques pour obtenir et chercher des informations sur les fantômes. ‘Empathie’ était celle dans laquelle Wei WuXian excellait. Sa méthode n’était pas aussi recherchée que celle des autres sectes. Tout le monde pouvait l’utiliser. Il suffisait d’offrir au fantôme de posséder son corps. Se servant de son propre corps comme intermédiaire, il pouvait envahir l’esprit et la mémoire du spectre, entendre ce qu’il avait entendu, voir ce qu’il avait vu, sentir ce qu’il avait senti. Si les émotions du spectre étaient anormalement fortes, alors il serait affecté par son chagrin, sa rage, son extase. Ainsi, cette technique était nommée  “Empathie”.

On pouvait dire que c’était la méthode la plus directe, la plus pratique et la plus efficace. Bien sûr, elle en était, de fait, la plus dangereuse. Tout le monde craignait d’être possédé et s’assurait de ne pas laisser la moindre chance aux fantômes de le faire. À un autre niveau, utiliser ‘Empathie’ revenait à jouer avec le feu. La moindre erreur se retournait contre soi. Si le fantôme brisait sa parole et utilisait l’occasion pour contre-attaquer, la meilleure solution et la moins radicale resterait malgré tout la capture du corps de l’Empathe.

Jin Ling protesta :

 « C’est trop dangereux ! Utiliser une technique aussi sombre sans quelqu’un… »

Wei WuXian lui coupa la parole :

« D’accord, d’accord. Nous n’avons pas le temps. Tenez-vous correctement. Vite. Nous devons encore retourner là-bas et retrouver HanGuang-Jun une fois qu’on aura fini. Jin Ling, tu seras en charge de surveiller le rituel. »

Un responsable était un élément indispensable au rituel d’Empathie. Au cas où l’Empathe se perdrait dans les émotions du fantôme, ils devaient se mettre d’accord sur un signal à utiliser, avec le responsable. C’était encore mieux si ce code était une phrase ou une voix connue de ce dernier. Le responsable devait surveiller le déroulement du rituel tout du long. S’il constatait le moindre changement, il devait agir sur-le-champ et sortir l’Empathe de sa transe.

Jin Ling se pointa du doigt :

« Moi ? Tu veux qu’un Jeune Maîtr-…Tu veux que je te surveille pendant que tu accomplis une telle chose ?

— Si le Jeune Maître Jin ne veut pas s’en charger, je peux m’en occuper. » proposa Lan SiZhui.

— Jin Ling, as-tu emmené la clochette d’argent de la Secte Jiang ? le questionna Wei WuXian.

La clochette d’argent était un accessoire caractéristique de la Secte YunmengJiang. Quand Jin Ling était enfant, il avait été élevé par deux sectes. Il vivait à la Tour des Carpes Dorées (4) de la Secte LanlingJin la moitié du temps, et au Port-aux-Lotus de la Secte YunmengJiang le reste de l’année, alors il portait sur lui des biens des deux sectes. Comme Wei WuXian s’y attendait, il sortit une petite clochette, au design épuré, en affichant une expression complexe à déchiffrer. Le symbole du Clan Jiang, le lotus aux neufs pétales, était gravé sur le corps argenté de la clochette. Wei WuXian la fixa pendant quelques instants. Voyant qu’il semblait un peu ailleurs, Jin Ling demanda :

« Quoi ?

— Rien », répondit Wei WuXian.

Il confia la clochette à Lan SiZhui et dit :

« La cloche d’argent de la Secte Jiang peut stabiliser la concentration et apaiser l’esprit. Utilise ça comme signal. »

Jin Ling s’empara de la cloche :

« Finalement, je vais le faire ! »

— Tu ne voulais pas le faire il y a cinq minutes, et maintenant tu changes d’avis, marmonna Lan JingYi. Avec un caractère aussi versatile, es-tu une Jeune Maîtresse ? »

Wei WuXian se tourna vers la fille :

« Viens. »

La fille essuya ses yeux et son visage, et se jeta contre son corps. Toute son âme s’y engouffra. Appuyé contre le cercueil, Wei WuXian glissa doucement au sol. Les garçons se hâtèrent d’amener un tas de paille pour qu’il s’assoit dessus. Jin Ling serra la cloche fermement, ses pensées inconnues de ses camarades.

Quand la fille s’était précipitée contre lui, Wei WuXian s’était soudain rappelé un détail, La demoiselle est aveugle. Si j’utilise Empathie avec elle, ne vais-je pas être aveugle moi aussi, et incapable de voir quoi que ce soit ? L’efficacité sera moindre. Oh ! Tant pis, je devrais pouvoir m’en sortir uniquement avec l’ouïe.

Après quelques secondes étourdissantes, l’esprit qui semblait léger donna l’impression d’atterrir sur un sol ferme. Alors que la fille ouvrait les yeux, Wei WuXian fit de même. Cependant, la scène qui s’offrait à lui n’était pas une étendue de noir opaque, mais un paysage clair aux couleurs chatoyantes.

Il pouvait voir !

Apparemment, à l’époque de ce souvenir, elle n’était pas encore aveugle.

Pendant qu’il utilisait Empathie, les scènes qui apparaissaient devant les yeux de Wei WuXian étaient plutôt des fragments de ses souvenirs dont l’émotion était la plus forte, et qu’elle souhaitait le plus exprimer aux autres personnes. Il ne pouvait que regarder en silence et ressentir ce qu’elle ressentait. En cet instant, ils partageaient tous deux les mêmes sens. Les yeux de la fille étaient les siens ; sa bouche était la sienne.

Assise près d’un ruisseau, la fille s’apprêtait en se mirant dans l’eau. Avoir des habits en piteux état ne l’empêchait pas d’avoir besoin d’un minimum d’hygiène. Battant la mesure du bout de son pied, elle fredonnait en arrangeant ses cheveux, comme si elle était insatisfaite du résultat peu importe les coiffures qu’elle essayait. Wei WuXian pouvait sentir une fine pince à cheveux, en bois, tenter de se frayer un chemin au sein de sa chevelure. Soudain, elle baissa les yeux et observa son reflet. La vision de Wei WuXian s’abaissa également. Une jeune demoiselle au visage ovale et au menton pointu se reflétait dans l’eau du ruisseau.

Il n’y avait pas de pupilles dans ses yeux, juste un voile blanc.

Wei WuXian se demanda, “C’est bien le regard d’un aveugle, pourtant en ce moment-même, je peux voir, n’est-ce pas ?!”

Quand la fille eut attaché ses cheveux, elle épousseta ses vêtements et se leva. Se saisissant du bâton de bambou à ses pieds, elle sautilla le long du chemin. Elle balançait le bâton tandis qu’elle marchait, frappant sans cesse les branches au-dessus de sa tête, tapotant les rochers tandis qu’elle passait, effrayants les sauterelles dans les buissons. Dès que quelqu’un, au loin, venait dans sa direction, elle cessait immédiatement de sautiller. Se tenant convenablement à son bâton, elle tapotait le sol alors qu’elle avançait lentement, paraissant assez méfiante. Le groupe qui arrivait était composé de quelques femmes du village. Voyant sa situation, elles s’ôtèrent de son chemin et murmurèrent entre elles. La fille hochait la tête avec précipitation :

« Merci, merci. »

L’une des femmes semblait désolée pour elle. Relevant le tissu blanc qui couvrait son panier, elle en sortit une brioche à la vapeur et la lui donna :

« Ma sœur, sois prudente. As-tu faim ? Prend, et mange. »

La fille s’étonna en un vague ah et répondit machinalement :

« Comment pourrais-je le prendre ? J-Je… »

La femme lui fourra la brioche dans les mains :

« Prends-là. »

Elle l’accepta finalement :

« Ma sœur, A-Qing vous est très reconnaissante ! »

Le nom de la fille était dnoc A-Qing. 

Souhaitant au-revoir aux femmes du village, A-Qing engloutit la brioche en quelques bouchées, et continua de sautiller tout du long, s’élevant d’une demi-tête à chaque foulée. Sautant avec elle à l’intérieur de son corps, Wei WuXian fut pris d’étourdissements à en avoir la tête qui tourne. La demoiselle est pleine de vie, pensa-t-il. Maintenant, je comprends. Elle fait semblant d’être aveugle. Elle est probablement née avec ces yeux blancs. Bien qu’elle ait l’air non-voyante, il n’en est rien, elle joue les aveugles, trompant ainsi les gens qui ont pitié d’elle. Étant une fille qui arpentait les rues seule, si elle usait de ce subterfuge, les gens penseraient tout naturellement qu’elle ne pouvait vraiment pas voir et baisseraient leur garde. Mais, en vérité, elle voyait tout. Cela lui permettait de s’adapter aux circonstances et c’était, de fait, un moyen intelligent de se préserver.

En dépit de cela, l’esprit d’A-Qing était vraiment aveugle, ce qui signifiait qu’elle avait bel et bien perdu la vue avant de mourir. Mais alors, comment son mensonge était-il devenu réel ?

Aurait-elle vu ce qu’elle n’aurait pas dû ?

Quand personne n’était dans les parages, A-Qing sautillait ; quand il y avait des gens, A-Qing s’affaissait et jouait les aveugles. S’arrêtant de-ci de-là, elle arriva sur la place du marché.

Puisqu’elle était noire de monde, évidemment, elle faisait montre de tout son talent d’actrice. Se donnant sans retenue, elle tapotait le sol de son bâton de bambou, son jeu plus crédible que jamais. Marchant lentement parmi la foule, elle rentra soudainement dans un homme d’âge moyen vêtu de vêtements aux couleurs vives et apparemment coûteux.

Elle ne pouvait pas voir ? Elle venait manifestement de percuter cet homme !

S’étant cogné contre quelqu’un, l’homme se retourna avec colère, comme s’il voulait insulter quiconque se trouverait sous ses yeux. Cependant, voyant qu’il s’agissait non seulement d’une personne aveugle, mais en plus d’une jeune demoiselle qui avait l’air plutôt mignonne, s’il la giflait dans la rue, il serait à coup sûr l’objet des critiques des passants. Il ne pouvait que gronder :

« Regarde où tu mets les pieds ! »

A-Qing continuait de s’excuser. Quand il fut sur le point de partir, il n’était toujours pas satisfait, et pinça les fesses d’A-Qing de sa main droite. Puisqu’ils partageaient leurs sensations, c’était comme si le pincement avait atterri sur le corps de Wei WuXian. Instantanément, Wei WuXian eut l’impression qu’un voile de chair de poule s’abattait sur son cœur. Il ne voulait qu’une chose : frapper cet homme jusqu’à ce qu’il soit à terre.

A-Qing se roula en boule comme si elle était profondément effrayée. Cependant, une fois que l’homme se fut éloigné, elle se fraya un chemin de son bâton jusqu’à une allée sombre, et s’assit immédiatement au sol. Sortant une pochette qui contenait de l’argent, elle en déversa le contenu, le compta, puis cracha à nouveau :

« Ces espèces de nuls, tous les mêmes. Habillés comme s’ils étaient bien-nés, mais plus fauchés que les blés. On ne peut même pas en tirer un centime. »

Wei WuXian était à mi-chemin entre froncer les sourcils et exploser de rire. A-Qing était encore jeune, possiblement plus jeune que quinze ans, mais elle était déjà une sacrée experte en terme de jurons, et encore plus quand il s’agissait de délester les gens de leur argent. Il se souvint, “Si tu m’avais volé mon argent, tu n’aurais pas juré de la sorte. À l’époque, j’étais riche, moi aussi…”

Alors qu’il soupirait en se rappelant la façon dont il était devenu pauvre, A-Qing avait déjà trouvé sa prochaine cible. Jouant les aveugles, elle sortit de l’allée, erra dans les rues un moment, et refit la même chose. Avec un « ah », elle se jeta dans les jambes d’un cultivateur en robes blanches, puis s’excusa :

« Je suis désolée, je suis désolée ! Je ne peux rien voir. Je suis désolée ! »

Wei WuXian secoua la tête en silence. Cette jeune beauté ne changeait même pas ses lignes !

Ayant été secoué par la jeune fille, la personne se tourna. Il l’aida d’abord à se relever :

« Je vais bien. Jeune fille, es-tu aveugle également ? »

La personne était plutôt jeune. Ses robes de cultivation étaient simples mais propres, et il portait dans son dos une épée enveloppée dans un tissu blanc. La partie inférieure de son visage était franchement belle, bien que quelque peu émaciée. D’un autre côté, la partie supérieure de son visage était couverte de bandages d’à peu près quatre doigts de large. Une légère odeur de sang émanait vaguement d’en-dessous.

 


Notes de traduction.

(1) Manches Qiankun: Semblables aux pochettes Qiankun, les robes dotées de manches Qiankun sont souvent portées par les cultivateurs pour emporter des choses avec eux. C’est ce que cela veut dire quand il est écrit, dans les histoires xianxia, que quelqu’un sort quelque chose “ de son bras “ ou “de sa manche“

(2) Station relais : Les stations relais étaient implantées dans le passé afin que les coursiers (ou les messagers) puisse transmettre des lettres au prochain coursier, quand la distance était trop longue pour être parcourue par une seule personne.

(3) Qianbei : Équivalent de « senpai » en japonais. Sert à s’adresser respectueusement à un aîné. Le nom de la personne précède le suffixe qianbei, ex. : Mo-qianbei.

(4) La Tour des Carpes Dorées: Cet endroit a déjà été mentionné quelques fois, n’est-ce pas? Comme pour le Repaire des Nuages et le Port-aux-Lotus, la Tour des Carpes Dorées est l’endroit où se situe la secte LanlingJin. La version anglaise d’Exiled Rebels Translation (dont nous traduisons les chapitres vers le français avec leur autorisation) l’appelait auparavant la Tour Jinlin, mais K ayant traduit le « Repaire des Nuages » et le « Port-aux-Lotus » en anglais, elle songeait à en faire de même pour la Tour Jinlin. Elle a spécifié dans les notes de ce chapitre que Jinlin signifie « carpe dorée », et que cela ne sonnerait pas aussi bien si elle nommait l’endroit « Tour des Carpes » (« Carp Tower »). En ce qui nous concerne, nous nous sommes basés sur le texte chinois, et avons traduit cela « Tour des Carpes Dorées ».

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1 a commenté sur “Mo Dao Zu Shi – Chapitre 38”

  1. What ?! Il a sorti une épée de sa manche ! Hahaha ! C’est plus grand à l’intérieur qu’à l’extérieur ! Hahaha xD

    What ?! Lan WanJi a sorti son guqin de sa manche aussi ! Olala Il faut vraiment que j’ai un vêtement comme ça ! XD

    Multi-tache Lan WanJi ! Héhéhé ! Il a vraiment trop la classe ! <3
    Oui, pas vrai Wei WuXian ! XD Il est doué notre HanGuang-Jun ! *fais du coude*

    Les pauvres pupilles ! Ils sont complètement à l'ouest ! Adorables mais pas très perspicaces ! x)
    Lan JingYi est bien comique, tiens ! XD Sérieusement, Lan WangJi faire un tel discours ! Hahaha !

    Il y a une telle confiance entre Wei WuXian et Lan WangJi… C'est beau ! 🙂

    L'imitation de Wei WuXian était quand même drole ! Et oui, quand les humains sont vraiments malins quand ils le veulent (surtout pour leur survit) ! 😉

    Wei WuXian est quand même un très bon tuteur/professeur !

    C'est dommage, j'aurai bien voulu savoir l'âge de A-Qing.

    Wei WuXian est plus outré par le geste du passant que A-Qing ! Ahh~ Les hommes bons trop rares !

    Ah bah finalement si ! On lui donne un âge à notre A-Qing courageuse !

    Merci beaucoup pour ce chapitre spécial halloween !
    Toujours un bonheur de vous suivre ! <3

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