Mo Dao Zu Shi – Chapitre 39

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Traduction par NoirSoleil, correction par Keliane

Chapitre 39 : Herbe — Partie 7

Avertissement : Ne suivez pas “n’importe qui n’importe où”. Et n’acceptez pas les bonbons des inconnus. Bref. Ne faites pas comme A-Qing.

A-Qing sembla faire une courte pause avant de répondre :

« Ou-oui.

— Dans ce cas, marche un peu plus lentement. Ne sois pas si hâtive. Tu ne voudrais pas te heurter à quelqu’un d’autre, n’est-ce pas ? »

Il ne mentionna pas le fait que lui même ne pouvait rien voir. Tout en tenant la main d’A-Qing, il la conduisit vers le bord de la route.

« Marche ici. Il y a moins de monde. »

Ses paroles comme ses actes étaient doux mais précautionneux. A-Qing tendit une main hésitante, mais finalement, elle n’en déroba pas moins la bourse qui pendait à sa taille.

« Gege (1), A-Qing t’est très reconnaissante !

— Pas “gege”, rétorqua Xiao XingChen. C’est “daozhang” (2).

— Mais tu es à la fois daozhang et gege, » répondit A-Qing en battant des cils.

Xiao XingChen sourit.

« Dans ce cas, puisque tu m’appelles ainsi, pourquoi ne rendrais-tu pas sa bourse à ton gege ? »

Peu importait à quel point une vagabonde comme A-Qing était rapide, elle ne pouvait tromper les sens d’un cultivateur. Surprise, elle saisit sa canne et courut aussi vite qu’elle put. Néanmoins, avant même qu’elle se soit enfuie très loin, Xiao XingChen l’attrapa d’une main par l’arrière du col et la ramena.

« Comme je l’ai déjà dit, tu ne devrais pas courir si vite. Que se passerait-il si tu rentrais encore dans quelqu’un ? »

A-Qing lutta pour échapper à son emprise. Sa bouche trembla, et elle mordit sa lèvre inférieure. Wei WuXian comprit immédiatement. Oh non, elle s’apprête à crier “Pervers !” Soudain, un homme d’âge moyen surgit au coin d’une rue. Quand il aperçut A-Qing, ses yeux s’embrasèrent d’un coup. Il se précipita avec rage vers eux en jurant :

« Petite salope. Je t’ai enfin rattrapée. Rends-moi mon argent ! »

L’insulter ne lui suffisait pas pour apaiser sa colère. Avec un large mouvement du bras, il envoya sa main s’écraser en direction de son visage. A-Qing baissa immédiatement les yeux et les ferma. Cependant, avant que la claque n’atterrisse sur sa joue, elle fut arrêtée à mi-chemin.   

« Monsieur, prenez un moment pour vous calmer, je vous prie. C’est une façon peu courtoise de traiter une jeune demoiselle, ne pensez-vous pas ? »

A-Qing jeta un coup d’œil discret par-dessous ses paupières. L’homme avait clairement utilisé beaucoup de force, pourtant Xiao XingChen retenait sa main apparemment sans effort, la rendant incapable de bouger d’un pouce. Bien que nerveux, l’homme s’entêta dans ses accusations :

« Qu’est-ce qu’un aveugle comme toi fait là ? On sauve la demoiselle en détresse ? Donc la petite salope est ton amante ? Savais-tu que c’était une voleuse ? Elle m’a volé mon argent ! Si tu la protèges, alors tu es aussi un voleur ! »

Tenant l’individu d’une main et A-Qing de l’autre, Xiao XingChen se retourna :

« Rends son argent à cet homme. »

A-Qing fouilla, sortit la maigre somme en question et la rendit. Xiao XingChen lâcha l’homme, qui compta l’argent. Tout était encore là. Jetant à nouveau un regard au cultivateur aveugle, l’homme comprit qu’il serait difficile d’en venir à bout, il s’en alla donc avec réticence et embarras.

« Tu es bien trop imprudente, déclara Xiao XingChen. Comment peux-tu avoir l’audace de voler alors que tu es aveugle ? »

A-Qing bondit d’indignation :

« Il m’a touchée ! Il m’a pincé les fesses et ça m’a fait vraiment mal, quel problème y a-t-il à ce que je lui prenne un peu d’argent ? Sa bourse pourtant si large ne contient pas grand chose, et il joue les brutes pour si peu. Il finira par mourir complètement fauché ! »

Wei WuXian n’était pas d’accord. “Tu avais clairement l’intention de le voler et tu lui es rentrée dedans en premier, mais là tu racontes la chose comme s’il avait été le premier à s’en prendre à toi. Quel argument fallacieux.”

Xiao XingChen secoua la tête.

« Si tel était le cas, tu aurais dû savoir qu’il ne valait mieux pas le provoquer. Aujourd’hui si personne n’avait été là, cette affaire n’aurait pas été réglée avec une simple gifle. Reste prudente, Demoiselle. »

Suite à ces mots, il se tourna dans la direction opposée et s’en alla. “Il n’a pas demandé à ce qu’elle lui rende sa bourse. Mon shishu est lui aussi courtois envers les femme.”

La bourse qu’elle avait dérobé entre les mains, A-Qing se tint là et contempla le vide pendant quelques secondes. Brusquement, elle la fourra dans son col, accourut avec sa canne, et heurta de plein fouet le dos de Xiao XingChen. Ce dernier ne put s’empêcher de la stabiliser à nouveau .

« Y-a-t-il autre chose ?

— J’ai toujours ta bourse ! s’écria A-Qing.

— C’est la tienne à présent. Il n’y a pas grand chose dedans de toute façon. Avant d’avoir tout dépensé, assure-toi de ne rien voler d’autre.

— J’ai entendu les insultes du sale type. Donc, tu es aveugle aussi ? »

À l’entente de la deuxième phrase. l’expression de Xiao XingChen vacilla soudainement. Son sourire disparut également.

Les remarques directes et innocentes des enfant étaient souvent les plus cruelles. Ces derniers étaient ignorants, et c’était précisément pour cette raison qu’ils blessaient les gens de la manière la plus abrupte qui soit.

Sous les bandages qui recouvraient les yeux de Xiao XingChen, une tache rouge devenait de plus en plus sombre, traversant presque la couche de tissu. Il leva la main pour couvrir ses yeux, le bras légèrement tremblant. La douleur et la meurtrissure causée par le fait de s’être fait arraché les yeux n’étaient guère aisée à guérir. Cependant, A-Qing pensait simplement qu’il se sentait étourdi.

« Alors, laisse moi te suivre ! » s’exclama-t-elle, rayonnante.

Xiao Xing Chen parvint à sourire.

« Pourquoi voudrais-tu me suivre ? Pour devenir une cultivatrice ?

— Tu es grand et aveugle, je suis petite et aveugle. Si nous voyageons ensemble, nous pouvons prendre soin l’un de l’autre. Mes parents ne sont plus et je n’ai nulle part où aller. Je suivrai n’importe qui n’importe où. »

Maligne comme elle l’était, elle craignait que Xiao XingChen ne l’éconduise, elle tira donc avantage de sa nature aimable et menaça :

« Je dépense l’argent vraiment vite. Si tu refuses de me prendre avec toi, toute cette fortune s’envolera en un rien de temps, et je devrais voler et duper de nouveau les gens. Et alors, quelqu’un me frappera très fort et je tomberai et je ne pourrai même pas retrouver mon chemin après. Pauvre de moi !

— Quelqu’un d’aussi intelligent que toi doit être capable de berner les autres de façon à ce que ce soit plutôt eux qui soient incapables de retrouver leur chemin, répondit Xiao XingChen en riant. Qui donc au monde serait en mesure d’en faire de même contre toi ? »

Après avoir observé pendant un moment, Wei WuXian nota un point intéressant.

Maintenant qu’il avait vu Xiao XingChen en personne, il réalisait que, si on la comparait à la vraie personne, l’imitation de Xue Yang était vraiment fidèle ! Mis à part son visage, tous les autres détails étaient identiques au vrai Xiao XingChen. Il aurait même pu croire que Xiao XingChen avait possédé le corps de Xue Yang.

Suppliant, embêtant et jouant les malheureuses, A-Qing s’était accrochée à Xiao XingChen pendant tout leur trajet. Celui-ci la mit en garde plusieurs fois, lui rappelant qu’il était dangereux de le suivre, mais A-Qing n’en avait cure. Elle ne fut même pas effrayée après que Xiao XingChen eut exorcisé, dans un village qu’ils avaient traversé, une vieille bête de somme qui avait acquis une conscience. Elle continua à l’appeler “Daozhang” et demeura collée à lui comme si elle était faite de sirop, ne s’éloignant jamais de plus de trois mètres. Puisqu’elle le suivait, et considérant probablement qu’A-Qing était vive d’esprit, courageuse, et ne l’avait jamais ralenti ni entravé, en plus du fait qu’elle n’était qu’une jeune fille aveugle sans nulle part où aller, Xiao XingChen lui accorda finalement la permission tacite de rester à ses côtés.

Wei WuXian pensait au départ que Xiao XingChen devait avoir une destination. Cependant, au fur et à mesure que les fragments de souvenirs défilaient, à en juger par les climats et les différents dialectes, les endroits qu’ils visitaient ne semblaient pas former un trajet précis. Il ne semblait pas vouloir se rendre où que ce soit, mais plutôt aller en chasse-nocturne dès que l’occasion se présentait. Il allait n’importe où où les gens mentionnaient que des choses étranges se passaient. “Peut-être que l’affaire du clan Chang de Yueyang a été un trop gros coup dur pour lui. Il ne voulait plus côtoyer les clans et les sectes, mais ne pouvait renoncer à ses aspiration, et a donc choisi d’aller en chasse-nocturne au fur et à mesure de son errance, et régler autant de problèmes qu’il le pouvait.” 

À cet instant, Xiao XingChen et A-Qing marchaient le long d’une longue route plate bordée de part et d’autre d’herbes folles qui arrivaient à hauteur de hanches. Brusquement, A-Qing lâcha un “ah !”.

« Qu’y a-t-il ? s’enquit immédiatement Xiao XingChen.

— Ugh. Rien. J’ai tordu ma cheville. » 

Wei WuXian pouvait clairement voir que ce n’était absolument pas parce qu’elle avait tordu sa cheville. Elle marchait aussi aisément qu’à son habitude. Si elle ne prétendait pas qu’elle était aveugle en face de Xiao XingChen pour ne pas lui donner la moindre raison de l’envoyer paître, elle aurait tout aussi bien pu bondir à grands sauts tout en marchant. A-Qing avait poussé cette exclamation car, alors qu’elle regardait les alentours, elle avait soudain aperçu une silhouette sombre allongée au milieu des touffes d’herbes.

Bien qu’elle ne savait pas s’il était mort ou vivant, et songeant certainement que dans tous les cas il ne serait qu’un boulet, elle n’avait de toute évidence aucune envie que Xiao XingChen ne le trouve.

« Allons-y, allons-y, le pressa-t-elle. Allons nous reposer dans je-ne-sais quelle ville qu’il y a plus loin. Je suis si fatiguée !

— Ne t’es-tu pas tordu la cheville ? Veux-tu que je te porte ? »

A-Qing était extatique, tapant bruyamment le sol avec sa canne de bambou.

« Oui, oui, oui ! »

En souriant, Xiao XingChen se mit dos à elle et mit un genou à terre. Juste au moment où A-Qing s’apprêtait à s’élancer vers lui, Xiao XingChen l’arrêta soudain. Arborant une expression sérieuse, il se releva.

« Il y a comme une odeur de sang. »

A-Qing pouvait aussi sentir une vague effluve de sang, portée à certain moment par le vent nocturne.

« Vraiment ? Pourquoi ne puis-je pas le sentir ? prétendit-elle. Peut-être qu’il y a des familles dans les environs qui abattent du bétail ? »

Au moment même où elle terminaitavait fini sa phrase, comme si les Cieux voulaient aller à l’encontre de sa volonté, la personne dans les hautes herbes toussa.

Même si le son était imperceptible, il ne pouvait échapper aux oreilles de Xiao XingChen. Il en détecta immédiatement la provenance, piétina la broussaille, et s’accroupit auprès de l’individu.

Puisque Xiao XingChen avait de toute façon trouvé la personne, A-Qing tituba et prétendit ensuite avoir trouvé son chemin.

« Que se passe-t-il ?

— Il y a quelqu’un à terre ici, répondit Xiao XingChen en prenant le pouls de l’individu.

— C’est donc pour ça que l’odeur de sang est si forte. Est-il mort ? Devons-nous creuser un trou et l’enterrer ? »

Bien entendu, une personne morte était moins compliquée à gérer qu’une personne vivante, A-Qing avait donc hâte que celle-ci meurt. Cependant, Xiao XingChen répondit :

« Pas encore. Il est juste gravement blessé. »

Après un moment de réflexion, il plaça délicatement la personne sur son dos.

Voyant que cet homme dégoûtant et sanguinolent avait pris la place qu’elle devait occuper et que Xiao XingChen ne pourrait plus la porter jusqu’à la prochaine ville, A-Qing fit la moue et creusa quelques petits trous dans le sol avec sa canne. Néanmoins, elle savait que Xiao XingChen était incapable de ne pas porter assistance à cette personne, se plaindre ne la mènerait donc à rien. Ils revinrent sur la route et continuèrent à  marcher. Plus ils avançaient, et plus Wei WuXian était assailli par un sentiment de familiarité. “Ne serait-ce pas la route que Lan Zhan et moi avons emprunté pour nous rendre à la ville de Yi ?” réalisa-t-il soudain.

Ce fut sans surprise que la ville de Yi se dressa au bout de la route.

À cette époque, les portes de la ville n’étaient pas aussi délabrées. La tour était encore plutôt en bon état, et aucune inscription n’ornait les murs. À l’intérieur de la ville, la brume était un peu plus dense, mais comparée à la densité surnaturelle qu’elle aurait plus tard, ce n’était pas gênant du tout. Le long de la rue, de la lumière et même des conversations filtraient à travers les portes et les fenêtres des maisons. Bien que l’endroit fut glauque, il était quelque peu vivant.

Avec une personne gravement blessée et couverte de sang sur le dos, Xiao XingChen était certain qu’aucune échoppe ne le laisserait entrer. Par conséquent, il ne chercha pas un endroit où se reposer, et demanda directement à un garde qui passait par là s’il y avait une quelconque maison funéraire inoccupée dans la ville.

« Il y en a une là-bas, indiqua le garde. L’homme qui s’en chargeait est mort le mois dernier. Personne ne l’occupe actuellement. »

Voyant que Xiao XingChen était aveugle et aurait sans doute des difficultés à trouver le chemin, il décida de les y conduire.

C’était précisément la maison funéraire dans laquelle le corps de Xiao XingChen avait été déposé après sa mort.

Ils remercièrent le garde, et Xiao XingChen transporta le blessé dans la chambre à droite. La pièce n’était pas grande, sans être trop petite pour autant, et disposait de tout le nécessaire, y compris un lit bas près du mur. Il y allongea soigneusement l’homme. Il sortit un élixir de sa pochette qiankun et l’introduisit entre les dents serrés du blessé. A-Qing tâta un moment autour d’elle avant de s’exclamer, ravie :

« Il y a tant de choses ici ! Voilà une bassine !

— Y a-t-il un réchaud ?

— Ici !

— A-Qing, et si tu essayais de faire chauffer un peu d’eau ? Fais attention à ne pas te faire mal. »

A-Qing fit davantage la moue et se mit au travail. Xiao XingChen toucha le front de son patient, puis sortit un autre élixir et le lui administra. Wei WuXian voulait vraiment voir de plus près le visage de l’inconnu, mais A-Qing n’était clairement pas intéressée par lui. Elle était plutôt agacée et refusait de lui accorder le moindre regard. Quand l’eau fut chaude, Xiao XingChen essuya lentement le sang sur son visage. Ne pouvant retenir sa curiosité, A-Qing jeta un coup d’œil, et lâcha un “huh” silencieux.

Maintenant que son visage était propre, elle put constater qu’il avait une apparence plutôt correcte.

Quand Wei WuXian vit le visage en question, son cœur se serra immédiatement.

Comme il s’y attendait, il s’agissait de Xue Yang.

Il soupira en silence. “Les ennemis ne peuvent vraiment s’éviter l’un l’autre, n’est-ce pas ? Xiao XingChen, tu es vraiment… désespérément malchanceux.”

À cette époque, doté d’un charme enfantin, Xue Yang ne ressemblait à rien de plus qu’un jeune garçon. Qui se serait douté cependant que ce garçon dont le sourire laissait voir ses canines était un détraqué qui avait annihilé des clans entiers ?

D’après le décompte des années, ce devait être après que Jin GuangYao soit devenu le Chef des cultivateurs. Dans une situation aussi délicate, Xue Yang avait sans doute échappé à “l’élimination” de Jin GuangYao. Puisqu’il ne pouvait plus le tuer, Jin GuangYao n’avait évidemment pas voulu laisser quoi que ce soit fuiter. Ou, peut-être que, croyant que Xue Yang ne réussirait pas à survivre, il avait annoncé au public que ce dernier avait été éliminé. Cependant, les vilains avaient tendance à survivre aux héros. Au bord de la mort, il avait été sauvé par Xiao XingChen, son rival de toujours. Il était dommage que ce dernier ne soit pas prudent au point de toucher et examiner son visage. Il avait par accident sauver son ennemi — celui qui avait fait de sa vie ce qu’elle était désormais. Même si A-Qing pouvait voir, comme elle n’était pas cultivatrice, elle ne connaissait pas Xue Yang, et ignorait la profonde haine entre ces deux-là. Elle ne connaissait même pas le nom de Xiao XingChen… 

Wei WuXian soupira de nouveau. Xiao XingChen ne pouvait être plus malchanceux. À croire que toute l’énergie négative du monde l’avait pris pour cible.

Soudain, Xue Yang fronça les sourcils. Xiao XingChen était en train d’inspecter et soigner ses blessures. Sentant que Xue Yang allait se réveiller, il lui conseilla :

« Ne bouge pas. »

Quelqu’un comme Xue Yang, qui avait accomplit d’innombrables méfaits dans sa vie, était naturellement bien plus sur ses gardes que les gens ordinaires. À l’entente de cette voix, ses yeux s’ouvrirent brusquement et il se redressa d’un coup. Il rampa jusqu’à un coin de la pièce et fixa un regard noir sur Xiao XingChen, en arborant une expression irritée et une posture défiante. Ses yeux étaient pareils à ceux d’une bête prise au piège, et ne dissimulaient même pas la malice et la cruauté qui y luisaient. Alors qu’elle observait la scène A-Qing eut la chair de poule. La même sensation traversa Wei WuXian, qui criait en son for intérieur “Parle !” Xiao XingChen n’aurait  sûrement pas oublié la voix de Xue Yang.

« Qu’est-ce que… » commença Xue Yang.

Dès qu’il ouvrit la bouche, Wei WuXian comprit que c’était sans espoir. Même après qu’il ait parlé, Xiao XingChen ne pouvait pas comprendre qui il était. Xue Yang avait aussi une blessure à la gorge. Après avoir tousser en crachant une grande quantité de sang, sa voix était si rauque que personne n’aurait pu imaginer qu’il s’agissait de lui !

Assis sur le rebord du lit, Xiao XingChen le rassura :

« Je t’ai dit de ne pas bouger, tes plaies vont se rouvrir. Ne t’inquiètes pas. Puisque je t’ai sauvé, il est évident que je ne vais pas te faire de mal. »

Xue Yang était capable de s’adapter rapidement à de brusques changements de situations. Il déduisit immédiatement que Xiao XingChen ne l’avait vraisemblablement pas reconnu. Tout en levant les yeux au ciel, il demanda dans une quinte de toux :

« Qui êtes-vous ?

— Si tu as des yeux, ne peux-tu pas t’en servir ?  l’interrompit A-Qing. C’est un cultivateur errant. Il a tant fait rien que pour te porter et sauver, il t’a même donné des élixirs magiques, et pourtant tu es si méchant ! »

Xue Yang se tourna brusquement vers elle. 

« Tu es aveugle ? » demanda-t-il d’une voix froide.

Wei WuXian était alarmé.

Le petit délinquant était à la fois débrouillard et vigilant. Même si les yeux d’A-Qing étaient blancs, il ne baissait pas sa garde. Ne laissant pas passer le moindre point suspicieux, il avait immédiatement noté les paroles irréfléchies d’A-Qing. Xue Yang n’avait prononcé que quatre mots. Avec ces seuls quatre mots, il était impossible de déterminer s’il avait été méchant ou non, à moins qu’A-Qing n’ait vu son expression.

Fort heureusement, A-Qing avait grandi en mentant. Elle répondit dans la foulée :

« As-tu un problème avec les gens aveugles ? Eh bien, c’est un aveugle qui t’a sauvé. Sans lui, personne ne se serait soucié que tu pourrisses sur le bord de la route ! Les premiers mots que tu as prononcé n’étaient même pas pour remercier Daozhang. C’est malpoli ! Et tu m’as appelée “aveugle” avec une de ces intonations. Hmpf… Qu’y a-t-il de mal à être aveugle… »

Elle avait détourné le sujet de conversation avec brio. Tandis qu’A-Qing grommelait sans discontinuer mais d’un air offensé, Xiao XingChen s’approcha d’elle sur-le-champ pour la réconforter. Dans son coin, Xue Yang leva encore les yeux au ciel. Xiao XingChen se tourna à nouveau vers lui :

« Ne reste pas assis contre le mur. Je n’ai pas encore bandé les blessures de tes jambes. Viens par ici. »

L’expression indifférente, Xue Yang continuait à réfléchir.

« Si ça n’est pas traité rapidement, tu risques de finir estropié. »

À ces mots, Xue Yang prit sa décision.

Wei WuXian pouvait imaginer ce qu’il pensait. le corps recouvert de graves blessures, il ne pouvait aller nulle part si personne ne l’aidait à se soigner. Puisque Xiao XingChen était tellement idiot qu’il se mettait à sa disposition, pourquoi ne pas accepter son aide ?

En conséquence, son expression changea d’un coup. D’une voix pleine de gratitude, il répondit :

« Dans ce cas, merci à toi, Daozhang. »

Ayant vu lui-même le talent de Xue Yang pour passer d’individu sans pitié à homme affectueux en une fraction de seconde, Wei WuXian était extrêmement inquiet pour les deux aveugles dans la pièce, le vrai comme la fausse, mais tout particulièrement pour A-Qing. Elle pouvait tout voir. Si Xue Yang le découvrait, pour préserver son secret, il la tuerait certainement. Bien qu’il savait qu’au final, A-Qing était de toute façon probablement morte de la main de Xue Yang, Wei WuXian se sentait néanmoins anxieux car il allait cette fois vivre cette expérience avec elle.

Il remarqua soudain que Xue Yang empêchait discrètement Xiao XingChen de toucher sa main gauche. Regardant de plus près, il découvrit que l’auriculaire gauche de Xue Yang était manquant. D’après la coupure, ce n’était visiblement pas une blessure récente. À ce moment-là, Xiao XingChen devait certainement savoir que Xue Yang n’avait que neuf doigts. C’était la raison pour laquelle ce dernier portait un gant noir pendant qu’il jouait la comédie.

Xiao XingChen s’appliquait avec assiduité à lui venir en aide. Après avoir appliquer un remède sur ses plaies, il les banda de façon remarquablement nette.

« C’est terminé, mais il serait mieux que tu ne bouges pas, tes os risquent de se disloquer encore. »

Xue Yang avait désormais la certitude que Xiao XingChen était si naïf qu’il ne l’avait pas reconnu. Bien qu’il soit recouvert de sang et d’autres immondices, son sourire paresseux fleurit de nouveau sur ses lèvres.

« Daozhang, tu ne me demandes donc pas qui je suis ? Ni pourquoi suis-je si gravement blessé ? »

Si quelqu’un d’autre avait été à sa place, il aurait soigneusement évité ce sujet, de façon à ne pas révéler de détails qui exposeraient son identité. Cependant, Xue Yang avait quant à lui délibérément fait l’exact opposé. Tandis qu’il se retournait pour ramasser les instruments médicaux et les bandages, Xiao XingChen répondit doucement :

« Si tu ne me le dis pas, pourquoi te poserais-je la question ? Je t’ai juste trouvé par hasard et j’ai décidé de te donner un coup de main. Ça ne m’a posé aucune difficulté, de toute façon. Quand tes blessures seront guéries, nos chemins se sépareront. Si j’avais été à ta place, il y a beaucoup de choses que je n’aurais pas voulu qu’on me demande non plus. »

“Même si Xiao XingChen avait demandé, le petit délinquant aurait probablement inventé une explication sans faille et l’aurait dûpé,” commenta Wei WuXian. Il était normal que des gens aient un passé compliqué. Xiao XingChen n’avait évité de l’interroger que par respect. Cela permettait néanmoins à Xue Yang d’en profiter. Wei WuXian était sûr que non seulement il allait amener Xiao XingChen à soigner toutes ses blessures, mais qu’en plus, après sa guérison, il ne permettrait pas à “leurs chemins de se séparer”.

Xue Yang continua de se reposer dans la chambre de la maison funéraire, tandis que Xiao XingChen partit dans la pièce principale. Il ouvrit un cercueil neuf, rassembla un peu de paille par terre et répandit le tout sur toute la surface du fond du cercueil. Il se tourna vers A-Qing :

« La personne dans la chambre est blessée, nous le laisserons donc occuper le lit. Pourrais-tu te contenter de cela ? J’ai mis de la paille au fond, ce ne sera donc pas trop froid. »

A-Qing avait erré dans les rues depuis sa plus tendre enfance. Ayant vécu soumise aux intempéries et à la faim, il n’y avait pas un endroit où elle n’avait pas dormi. Elle rétorqua donc avec nonchalance :

« Bien sûr. C’est déjà bien que j’aie un endroit où dormir. Je n’aurais pas froid. Ne retire pas une nouvelle fois ton manteau pour moi. »

Xiao XingChen tapota affectueusement sa tête. Avec son épée et son fuchen dans le dos, il sortit de plus belle. Pour sa sécurité, Xiao XingChen ne la laissait pas l’accompagner quand il allait en chasse-nocturne. Peu de temps après s’être glissée dans le cercueil et s’être allongée un moment, elle entendit Xue Yang l’appeler depuis l’autre pièce :

« Petite Aveugle, viens par ici. »

A-Qing sortit la tête de son cercueil.

« Quoi ?

— Veux-tu un bonbon ? »

Le bout de la langue d’A-Qing commençait à la chatouiller, comme si elle avait en effet envie d’un bonbon. En dépit de cela, elle refusa.

« Je ne le mangerait sûrement pas. Je ne viens pas.

— Tu es sûre que tu n’en veux pas ? menaça Xue Yang d’un ton doucereux. As-tu trop peur pour venir ? Crois-tu vraiment que je ne suis pas en mesure de bouger ? Que, si tu ne viens pas, je ne viendrais pas moi-même te rejoindre ? »

À l’entente du ton étrange de ses mots, A-Qing frissonna. Elle imagina le sourire malicieux apparaître brusquement au dessus du cercueil, et se dit que c’était encore plus effrayant. Quelque peu hésitante, elle se saisit finalement de sa canne et tituba lentement en tapant la perche contre le sol jusqu’à la chambre. Avant qu’elle puisse seulement ouvrir la bouche, un petit objet vola droit sur elle.

Wei WuXian voulait instinctivement esquiver, inquiet que ce soit une sorte d’arme quelconque. Bien entendu, il ne pouvait contrôler ce corps. Immédiatement après, il réalisa enfin : “C’est un piège !”

Xue Yang testait A-Qing : si elle était réellement aveugle, elle ne pouvait pas l’éviter ! 

Étant une personne à la fois vive et qui avait prétendu pendant des années être aveugle, A-Qing ne l’avait pas esquivé le moins du monde. Elle n’avait même pas cligné des yeux alors qu’elle voyait l’objet s’élancer vers elle. Au lieu de cela, elle le laissa toucher son torse avant de sursauter en reculant et fulmina :

« Hé ! Qu’as-tu jeté sur moi ? »

Comme A-Qing avait passé son test, Xue Yang lui répondit :

« C’est un bonbon pour toi. J’ai oublié que tu étais aveugle et que tu ne pouvais pas l’attrapper. Il a atterri à tes pieds. »

A-Qing souffla d’exaspération et s’accroupit. Elle tâta autour d’elle comme si elle était vraiment aveugle et trouva un petit bonbon. Elle n’avait jamais rien mangé de pareil auparavant. Elle déglutit, le nettoya et le glissa dans sa bouche, le croquant à pleine dent avec délice. Xue Yang s’allongea sur le flanc, le menton sur une main, et demanda :

« Est-ce bon, Petite Aveugle ?

— J’ai un nom. Je ne m’appelle pas Petite Aveugle.

— Tu ne m’as pas dit ton nom, je ne peux donc pas t’appeler autrement. »

A-Qing n’avait jamais donné son nom qu’à ceux qui s’étaient montrés bons envers elle, mais elle n’avait pas aimé le ton sur lequel Xue Yang avait dit ça, elle rétorqua donc :

« Écoute bien. Mon nom est A-Qing. Arrête de m’appeler “Petite Aveugle” par ci, “Petite Aveugle” par-là ! »

Après avoir parlé, elle se dit que son ton était tout de même plutôt sec. Par peur de risquer d’énerver l’individu, elle enchaîna immédiatement sur un autre sujet.

« Tu es une personne si étrange. Tu es couvert de sang et blessé, mais tu as des bonbons sur toi. »

Xue Yang sourit.

« Quand j’étais petit, j’aimais vraiment les bonbons, mais je ne pouvais pas en avoir peu importe ce que je faisais et je ne pouvais que regarder les gens en manger. Donc, je me suis promis que si un jour je devenais plus riche, j’aurai toujours une quantité infinie de bonbons sur moi. »

A-Qing venait justement de finir le bonbon qu’il lui avait donné. Elle se pourléchait les lèvres, en voulant davantage. Son désir d’avoir un bonbon  surpassa sa crainte de la personne en face d’elle. 

« Dans ce cas, tu en as d’autres ?

— Bien sûr, répondit Xue Yang en riant. Je t’en donnerai d’autres si tu t’approches. »

A-Qing se releva et, avec sa canne de bambou, elle s’avança vers lui. Néanmoins, quand elle fut à mi-chemin, Xue Yang se mit à la regarder d’un air effrayant, toujours avec le même sourire. Sans un bruit, il tira de sa manche une épée aux bords aiguisés.

C’était Jiangzai.

Il pointa l’extrémité de l’arme vers A-Qing. Si elle avançait encore d’à peine quelques pas, elle finirait empalée. Cependant, si A-Qing hésitait un seul instant, le fait qu’elle n’était pas aveugle serait révélé !

Puisqu’il partageait la perception d’A-Qing, Wei WuXian ressentit également le frisson parcourant sa nuque. Malgré cela, la jeune fille poursuivit courageusement sa route en tâtonnant, calmement, comme d’ordinaire. Quand la pointe de l’épée fut à à peine un centimètre de son ventre, Xue Yang la recula et la rangea dans sa manche, l’échangeant alors avec deux bonbons. Il en donna un à A-Qing, et glissa l’autre dans sa propre bouche. 

« A-Qing, où est allé ton daozhang en plein milieu de la nuit ? l’interrogea-t-il.

— Je crois qu’il est allé à la chasse, répondit-elle en suçotant et machouillant sa friandise.

— À la chasse ? tiqua Xue Yang. Tu veux plutôt dire en chasse-nocturne.

— Oh, vraiment ? Les deux sont pareils de toute façon. Quelle est la différence ? C’est juste aider des gens à combattre des spectres et des bêtes sans recevoir d’argent en échange. »

Wei WuXian était complètement abasourdi par son intelligence.

Ce n’était pas qu’elle ne se souvenait pas de ce que Xiao XingChen lui avait expliqué. En fait, elle s’en rappelait mieux que quiconque. Elle avait volontairement utilisé le mauvais terme pour parler de “chasse-nocturne”. Comme Xue Yang l’avait corrigée, il avait en quelque sorte confirmé qu’il était lui aussi un cultivateur. Le test de Xue Yang avait échoué, et il avait à son tour été testé par elle. La demoiselle était encore très jeune, pourtant elle utilisait déjà de telles tactiques.

Bien que Xue Yang arborait une expression dédaigneuse, sa voix sonnait confuse.

« Il est pourtant aveugle. Comment peut-il aller en chasse nocturne ?

— Tu recommences, fulmina A-Qing. Qu’y a-t-il de mal à être aveugle ? Même si Daozhang est aveugle, il est vraiment cool. Son épée fait genre whoosh, whoosh, whoosh. En un mot : rapide. »

Tandis qu’elle sautillait partout, Xue Yang lui demanda soudain :

« Tu ne peux rien voir, comment peux-tu savoir que son épée est rapide ? »

L’adversaire était vif, mais la défense l’était plus encore. A-Qing répliqua d’une voix outrée :

« Elle est rapide parce que je le dis. L’épée de Daozhang est forcément rapide ! C’est vrai que je ne peux pas voir, mais ne puis-je pas entendre ? Qu’est-ce que tu essaies d’insinuer ? Tu fais de la discrimination envers les gens aveugles comme nous ? »

Elle se comportait exactement comme une fille naïve qui fanfaronnait à propos de la personne qu’elle admirait. Cela sonnait tout à fait naturel.

Puisqu’elle avait passer les trois tests, l’expression de Xue Yang se détendit finalement. Selon toutes vraisemblances, il croyait désormais qu’A-Qing était effectivement aveugle.

Cependant, A-Qing, à l’inverse, était devenue extrêmement méfiante envers Xue Yang. Le jour suivant, Xiao XingChen avait trouvé du bois et des tuiles pour réparer le toit. Aussitôt qu’il pénétra à l’intérieur de la maison funéraire, A-Qing l’entraîna discrètement à l’extérieur de nouveau, lui chuchotant à quel point l’individu était suspect et qu’il n’était définitivement pas une bonne personne, à en juger par sa façon de cacher des choses alors qu’ils étaient tous les deux cultivateurs. Malheureusement, elle pensait que le petit doigt endommagé n’était qu’un détail trivial, elle ne mentionna donc pas cette caractéristique majeure. Xiao XIngChen la rassura :

« Tu as déjà mangé ses bonbons, tu devrais arrêter d’essayer de le chasser. Bien sûr qu’il partira après que ses blessures seront guéries. Personne ne voudrait rester avec nous vivre dans cette maison funéraire. »

C’était vrai. Il n’y avait qu’un seul lit dans cette masure. C’était une chance qu’il ne pleuvait pas ni ne ventait, sinon l’état du toit aurait constitué un vrai problème. Personne ne voudrait vivre là. Juste alors qu’A-Qing s’apprêtait à continuer ses plaintes à propos de Xue Yang, la voix de l’individu en question s’éleva derrière eux :

« Êtes-vous en train de parler de moi ? »

À la surprise d’A-Qing, il était sorti de son lit. Cependant, elle n’avait pas peur d’être prise sur le fait.

« Nous, parler de toi ? Ne prends pas tes rêves pour des réalités ! »

Récupérant sa canne de bambou, elle rentra à l’intérieur, se faufila jusqu’à la fenêtre, et continua de les écouter secrètement. 

À l’extérieur de la maison funéraire, Xiao XingChen se tourna vers Xue Yang.

« Tes plaies ne sont pas encore guéries, et tu te balades déjà comme si de rien n’était. Es-tu sûr que ça va aller ?

— Ça guérira plus vite si je bouge un peu. Et ce n’est pas comme si j’avais les deux jambes cassées ou quoi que ce soit dans le genre. J’ai l’habitude de ce genre de blessures. J’ai grandi en étant battu par les autres. »  

Xiao XingChen semblait ne pas savoir que répondre, s’il devait le réconforter ou en plaisanter. Après un silence il lâcha : 

« Oh… 

Daozhang, enchaîna Xue Yang, les choses que tu as ramenées ici vont servir à réparer le toit ? 

— Oui. Je vais sans doute rester ici un certain temps. Le toit endommagé ne sera pas bon pour A-Qing ou tes blessures.

— Puis-je t’aider ?

— Ça ira, le remercia Xiao XingChen.

Daozhang, sais-tu comment t’y prendre ? »

Xiao XingChen rit et secoua la tête.

« J’en suis navré, mais je n’ai jamais vraiment essayer de faire une telle chose auparavant. »

Et ainsi, les deux se mirent à réparer le toit ensemble. L’un travaillait, l’autre le guidait. Xue Yang était éloquent et maniait bien les mots, particulièrement bon à faire des remarques pleines d’esprits. Son humour était accentué par le ton pompeux qu’on entendait souvent dans les marchés. Par le passé, Xiao XingChen n’avait sans doute que rarement rencontré ce type de personne. Facilement amusé, il se mettait à rire après seulement quelques phrases. En entendant comme leurs conversations étaient joyeuses, A-Qing marmonna en silence. Si on regardait de près, le mouvement de ses lèvres semblait vouloir dire “Laisse moi te tuer maudit démon.” 

Wei WuXian ressentait la même chose qu’A-Qing.

Les blessures qui avaient presque tué Xue Yang étaient en partie dûes à Xiao XingChen. Ces deux-là avaient une relation qui reposait sur une haine absolue. Au fond de son cœur, Xue Yang était sans doute en train d’espérer que Xiao XingChen mourrait de la manière la plus atroce possible, cependant, il parvenait tout de même à converser avec lui de façon insouciante. Si la personne cachée derrière la fenêtre avait été Wei WuXian, il aurait tué Xue Yang, peu importaient les conséquences, pour éviter de futurs problèmes. Mais il n’était pas dans son propre corps. Et, même si A-Qing le voulait, elle n’était pas capable de le tuer.

Environ un mois plus tard, grâce aux soins méticuleux de Xiao XingChen, les blessures de Xue Yang étaient en majorité guéries. À part sa façon de boîter légèrement quand il marchait, il n’avait pas vraiment d’autres problèmes. En dépit de cela, il n’avait toujours pas mentionné une seule fois son intention de partir. Il continuait à vivre dans cette maison funéraire étriquée avec les deux autres. Wei WuXian n’avait aucune idée de ce qu’il manigançait. 

Ce jour-là, après avoir mis A-Qing au lit, Xiao XingChen s’apprêtait à partir en chasse-nocturne quand la voix de Xue Yang s’éleva soudain.

« Daozhang, pourquoi ne m’emmènerais-tu pas avec toi ce soir ? »

Sa blessure à la gorge aurait dû avoir guéri aussi, toutefois, il évitait volontairement d’utiliser sa voix originale et l’altérait pour en modifier le timbre.

« Sûrement pas, répondit Xiao XingChen en riant. Si tu parles, je me mettrais à rire, et si je ris, mon épée ne sera plus aussi stable.

— Dans ce cas, je ne parlerai pas, répliqua Xue Yang d’une voix pathétique. Je porterai ton épée et te viendrai en aide. Aller, s’il te plaît, ne sois pas si froid envers moi. »  

Il avait toujours été maître pour se comporter comme un enfant gâté. Quand il s’adressait à des gens plus âgés que lui, il avait l’air d’un petit frère. Et, comme Xiao XingChen avait sans doute pris soin de ses shidi et shimei quand il était un disciple de BaoShan SanRen, il voyait naturellement Xue yang comme un cadet. Xue yang était lui aussi un cultivateur, donc Xiao XingChen accepta sa requête avec plaisir. “Xue Yang n’est pas assez généreux pour vouloir aider Xiao XingChen lors de sa chasse-nocturne. Si A-Qing n’y va pas, elle va certainement rater quelque chose d’important.” 

A-Qing était en effet intelligente. Elle s’était aussi rendue compte que Xue Yang n’avait sans doute pas de bonnes intentions. Après que le duo soit sorti, elle sauta hors du cercueil et les suivit de loin. La distance qui les séparait était un peu trop grande puisqu’elle craignait d’être découverte, et elle finit par les perdre de vue. Par chance, quand Xiao XingChen lavait les légumes un peu plus tôt, il avait mentionné un petit village dans les environs qui était frappé par une invasion de cadavres ambulants et leur avait recommandé à tous deux d’éviter de courir dans tous les sens. A-Qing se souvenait encore de l’endroit en question. Accourant là-bas, elle arriva peu de temps après. Elle se glissa par une trappe pour chien en bas de la clôture du village, derrière l’une des maisons, et jeta un discret coup d’œil. 

Wei WuXian n’était pas certain qu’A-Qing comprenait ce qui se passait, mais il sentit son cœur se glacer d’un coup.

Les mains croisées devant lui, Xue Yang se tenait sur le bord de la route, souriant, la tête penchée sur le côté. Xiao XingChen se tenait à l’opposé. Il tira calmement son épée, puis Shuanghua fit briller sa lame argentée avant de transpercer le cœur d’un villageois.

Le villageois était toujours en vie.


Notes

(1) gege :  pour rappel, “gege” signifie littéralement grand frère, mais peut-être utilisé en dehors d’un contexte familial, comme un sobriquet intime (voire parfois avec une connotation romantique, même si ce n’est pas forcément le cas ici), ou juste pour se donner un air mignon/enjôleur (pensez au « oppa » coréen 😉 ).

(2) daozhang : toujours à titre de rappel, “daozhang” est un honorifique respectueux désignant un prêtre qui pratique le Dao (la Voie), ou simplement un cultivateur de façon générale.

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AruBiiZe
AruBiiZe
2 novembre 2019 14:11

Votre avertissement m’a bien fait sourire mais c’est vrai que c’était important de le souligner !

Xiao XingChen est tellement… pure… humble…. alalala <3 Mais malchanceux ! :O

"Je suivrai n'importe qui n'importe où"
Ah oui, quand même …. ! O.O

Mais pourquoi exorciser un animal avec une conscience ! Je ne pense pas qu'elle était dangereuse… A moins, qu'elle ne cherchait à se venger. :S

Xue Yang est vraiment…. démoniaque…. extrêmement démoniaque…. 🙁

Hâte que cet arc soit terminé pour pouvoir retrouver notre célèbre duo ! 😀
Merci beaucoup pour ce chapitre !
Happy Halloween !

Isis
Isis
15 novembre 2019 08:47

J’attends toujours avec impatience vos traductions. Grâce à vous je peux enfin lire la version française de cette superbe nouvelle. Du courage à vous et s’il vous plaît n’abandonnez pas le projet en cours de route.😘😘