Mo Dao Zu Shi – Chapitre 40

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Traduction par Yukiko-chan, correction par Keliane

Chapter 40 – Herbe — Partie 8

Une autre fille du même âge aurait commencé à crier immédiatement. Cependant, puisque A-Qing s’était fait passer pour une aveugle durant de nombreuses années, beaucoup de gens croyant qu’elle ne pouvait pas voir avaient baissé leur garde face à elle. Elle avait été habituée à voir les côtés les plus répugnants des personnes, ce qui avait endurci son cœur. Elle s’était ainsi débrouillée pour ne pas faire de bruit.

Malgré tout, Wei WuXian put ressentir la raideur engourdissante qui montait du bas de ses jambes.

Debout au milieu des nombreux corps de villageois qui gisaient éparpillés sur le sol, Xiao XingChen rengaina son épée et dit d’une voix grave :

« Comment est-il possible qu’il n’y ait pas une seule personne vivante dans ce village ? Que ce soient tous des cadavres ambulants ?»

Xue Yang sourit, mais la voix qui sortit de sa bouche parut extrêmement confuse, même quelque peu douloureuse :

« Oui. Heureusement que ton épée pointe d’elle-même vers l’énergie démoniaque. Sinon, il nous aurait été difficile de s’en sortir juste tous les deux. »

« Examinons à nouveau le village, proposa Xiao XingChen, s’il n’y a vraiment plus personne, alors brûlons ces cadavres le plus vite possible.»

Après qu’ils se soient éloignés côté à côté, un peu de force revint finalement dans les jambes d’A-Qing. Elle se faufila depuis l’arrière de la maison jusqu’à l’endroit où se trouvait la pile de cadavres et jeta un coup d’œil au sol. Le point de vue de Wei WuXian oscilla aussi.

Tous ces villageois avaient été tués par des coups propres et acérés, portés à travers le cœur par l’épée de Xiao XingChen. Soudainement, Wei WuXian aperçut quelques visages familiers.

Quelques brides de souvenirs plus tôt, tous les trois étaient sortis un jour et étaient tombés sur quelques hommes ayant trop de temps libre à leur disposition, jouant aux dés sur un carrefour du village. Alors que les trois compagnons traversaient celui-ci, ces hommes jetèrent un œil et virent un aveugle, une aveugle, et un garçon qui boitait : ils se mirent tous à rire et à les pointer du doigt. A-Qing leur cracha dessus et  brandit son bâton de bambou, Xiao XingCheng passa calmement, comme s’il n’avait rien entendu, même Xue Yang sourit, bien que ses yeux ne contenaient pas la moindre trace d’amusement.

A-Qing retourna un bon nombre de corps. En soulevant leurs paupières, elle s’aperçut qu’ils avaient tous des yeux blancs. La lividité cadavérique avait déjà recouvert certains de leurs visages. Elle laissa échapper un soupir de soulagement, mais le cœur de Wei WuXian sombra encore plus.

Même s’ils ressemblaient beaucoup à des cadavres ambulants, ces gens étaient bels et bien vivants.

Simplement, ils étaient sous empoisonnement cadavérique.

Près de la bouche et du nez de quelques uns des corps, Wei WuXian pouvait aussi apercevoir les traces restantes d’une poudre rouge violacée. Bien sûr, c’était sans espoir pour ceux qui étaient sous empoisonnement cadavérique depuis un long moment. Cependant, parmi eux se trouvaient quelques uns qui ne l’étaient pas depuis longtemps. Ils commençaient à développer des caractéristiques de cadavres qui s’étaient transformés, comme des émissions d’énergie démoniaque, mais étaient encore conscients et capables de parler, ce qui signifiait qu’ils étaient toujours vivants. S’ils étaient aidés, ils pouvaient encore être sauvés comme Lan JingYi et les autres. Il fallait faire attention à ne pas les tuer accidentellement, puisque ça aurait été pareil que de tuer un humain vivant.

Ils auraient dû pouvoir parler, dire qui ils étaient, crier à l’aide. Cependant, ce qui était affreux, c’était que quelqu’un avait coupé toutes leurs langues avant cela. Les commissures labiales de tous les cadavres suintaient un sang soit encore chaud soit déjà séché.

Même si Xiao XingChen ne pouvait plus voir, Shuanghua pouvait pointer en direction de l’énergie démoniaque. Comme ces villageois avaient perdu leurs langues, ils ne pouvaient qu’émettre d’étranges grognements qui ressemblaient à ceux des cadavres ambulants. De fait, il n’avait pas douté un seul instant du fait que les personnes qu’il avait tué étaient déjà mortes.

C’était une façon maniaque de tuer les autres sans se salir les mains, un moyen sans pitié de souiller à la place la main qui le nourrissait.

A-Qing, cependant, ne comprenait pas comment cela fonctionnait. Elle ne connaissait que le plus gros du procédé, puisqu’elle avait entendu Xiao XingChen le mentionner parfois. Elle murmura :

« Est-ce que l’enfoiré est vraiment en train d’aider Daozhang ? »

Wei WuXian l’avertit en silence, “S’il te plaît, ne crois pas Xue Yang aussi facilement !

Heureusement, l’intuition d’A-Qing était assez affûtée. Même si ses connaissances ne lui permettaient pas de trouver quoi que ce soit de suspect, sa méfiance vis-à-vis de Xue Yang était déjà profondément enracinée dans son inconscient. Elle le détestait instinctivement et refusait d’accepter la situation. De fait, à chaque fois que Xue Yang partait en chasse nocturne avec Xiao XingChen, elle les suivait secrètement. Même lorsqu’ils étaient ensemble dans la maison, elle ne baissait pas sa garde.

Une nuit, le vent d’hiver hurlait dehors. Ils étaient tous les trois entassés dans la plus petite chambre, se réchauffant près du vieux fourneau. Xiao XingChen réparait un panier dont l’une des tiges de bambou était cassée. A-Qing était enveloppée dans l’unique édredon de coton. L’enroulant autour d’elle comme si elle était un zongzi, elle s’assit contre son épaule. Xue Yang tenait son menton d’une main et n’avait rien à faire. Entendre A-Qing harceler Xiao XingChen pour qu’il lui raconte une histoire l’ennuya :

« Arrête d’être aussi bruyante. Je vais faire un nœud avec ta langue si tu continues à japper.»

A-Qing ne l’écouta pas du tout et demanda :

 « Daozhang, je veux entendre une histoire !

Quand j’étais jeune, personne ne m’a raconté d’histoire, répondit Xiao XingChen. Comment pourrais-je savoir en conter une ? »

A-Qing continua sa crise, et allait commencer à se rouler par terre lorsque Xiao XingChen accepta finalement.

 « D’accord. Je vais te raconter une histoire qui a eu lieu sur une montagne.

Il était une fois une montagne, et sur la montagne se trouvait un temple ? (1) tenta A-Qing.

Non, répondit Xiao XingChen. Il était une fois une montagne céleste que personne ne connaissait. Sur la montagne, se trouvait une Immortelle qui avait atteint l’Illumination (2). L’Immortelle acceptait de nombreux disciples, mais elle ne leur laissait pas quitter la montagne. »

Après avoir entendu le début, Wei WuXian compris immédiatement, “Il parle de BaoShan SanRen.”

« Pourquoi pas ? » demanda A-Qing.

« L’immortelle ne se cachait dans la montagne que parce qu’elle ne pouvait pas comprendre le monde en dehors. Elle dit à ses disciples, « Si jamais vous quittez la montagne, ce n’est pas la peine de revenir. N’amenez pas les disputes du monde extérieur ici. »

Mais alors comment peux-tu supporter l’ennui ? interrogea A-Qing. Il y aura certainement des disciples qui voudront sortir et aller s’amuser.

Tu as raison, lui répondit Xiao XingChen. Le premier disciple qui partit possédait des capacités exceptionnelles. Juste après avoir quitté la montagne, grâce à la maîtrise de ses compétences, il fut admiré et félicité par tous, et il est devenu un célèbre cultivateur de la voix juste. Mais ensuite, sans que les gens sachent ce qui lui était arrivé, sa personnalité a changé radicalement et il est soudainement devenu un scélérat qui tuait des gens sans y réfléchir à deux fois. Au final, il mourut sous des milliers d’épées. »

Ce fut le premier disciple de BaoShan SanRen qui « ne mourut pas d’une mort douce » — YanLing DaoRen.

Ce que ce shibo (3) de Wei WuXian avait traversé après avoir quitté la montagne pour que cela provoque un tel changement de personnalité demeurait un mystère. Il était fort probable que personne ne le découvre jamais. Après que Xiao XingChen ait fini de réparer le panier, il le palpa plusieurs fois. Il s’assura qu’il ne blesserait pas la main, le posa, puis continua :

« Le second disciple était une fille et était aussi très douée. »

Wei WuXian sentit sa poitrine se réchauffer.

C’était ZangSe SanRen.

“Est-ce qu’elle est jolie ? demanda A-Qing

Je ne sais pas. Mais on disait d’elle qu’elle était très jolie.

Alors, je sais ! Il y avait sûrement beaucoup de personnes qui l’aimaient et voulaient l’épouser après qu’elle ait quitté la montagne. Du coup, elle a dû épouser un officier haut-placé ou le chef d’une secte importante ! Hé ! Hé ! Hé !”

Xiao XingChen rigola :

“Tu as mal deviné. Elle a épousé le serviteur du chef d’une grande secte, et tous deux ont vécu heureux pour toujours.

Je n’aime pas ça, rétorqua A-Qing. Pourquoi est-ce qu’une cultivatrice belle et très douée se contenterait d’un serviteur ? Cette histoire est tellement clichée, elle a probablement été imaginée par un pauvre lettré (4). Et que s’est-il passé ensuite ? À quoi a ressemblé leur vie après qu’ils aient vécu heureux pour toujours ?”

Et ensuite, ils perdirent la vie durant une chasse nocturne.” continua Xiao XingChen

A-Qing cracha :

“Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Elle a seulement épousé un serviteur, mais ils sont morts ensemble ! Je ne t’écoute plus !”

Wei WuXian pensa, “Heureusement que Xiao XingChen n’est pas allé lui dire que ces deux-là ont donné naissance à un autre grand méchant que tout le monde voulait tabasser. Sinon, elle serait peut-être en train de cracher sur moi.”

“C’est pour ça que j’ai dit dès le départ que je ne savais pas raconter les histoires” rappela Xiao XingChen.

Dans ce cas, Daozhang, tu dois te rappeler des chasses nocturnes auxquelles tu as participé, non ? J’aime en entendre parler ! Dis-moi, quel genre de monstres as-tu combattu ?” demanda A-Qing.

Xue Yang n’était pas concentré sur l’histoire, l’écoutant les yeux fermés. Mais là, son expression se fit un peu plus sérieuse. Ses pupilles rétrécirent, et il jeta un coup d’œil à Xiao XingChen.

Xiao XingChen répondit :

“Il y en a eu beaucoup trop.”

Xue Yang demanda soudainement :

“Vraiment ? Alors, Daozhang, est-ce que tu avais aussi l’habitude de faire des chasses nocturnes seul ?”

Un rictus apparut au coin de ses lèvres, indiquant qu’il préparait quelque chose de mauvais. Malgré tout, sa voix était emplie d’une simple curiosité. Après une pause, Xiao XingChen sourit légèrement :

“Non.”

Cela éveilla l’intérêt d’A-Qing :

“Qui était avec toi, dans ce cas ?”

Cette fois, la pause de Xiao XingChen fut plus longue. Après quelques instants, il répondit :

“Un très bon ami à moi.”

Une lumière inquiétante passa dans les yeux de Xue Yang, et son sourire s’élargit. Visiblement, remuer le couteau dans les plaies de Xiao XingChen lui procurait pas mal de plaisir. A-Qing, de son côté, était en fait simplement curieuse :

“Daozhang, qui est cet ami ? C’est quel genre de personne ?”

Xiao XingChen répondit calmement :

“Un homme sincère de noble nature”

En entendant cela, Xue Yang leva les yeux au ciel en signe de mépris. Ses lèvres remuèrent légèrement, comme s’il le maudissait. Cependant, il prétendit volontairement être confus :

“Dans ce cas, Daozhang, où se trouve cet ami en ce moment ? Pourquoi n’a-t-il pas cherché à te rejoindre alors que tu es déjà dans cet état ?”

Quel couteau sournois !”, se dit Wei WuXian.

Cette fois, Xiao XingChen ne répondit pas. Bien qu’A-Qing ne sache pas ce qui se passait, elle eut l’air d’avoir elle aussi ressenti quelque chose. Retenant sa respiration, elle lança un regard noir à Xue Yang. Elle serra les dents, comme si elle voulait le mordre. Après un certain temps, Xiao XingChen brisa le silence :

“Je ne sais pas non plus où il est en ce moment. Mais j’espère que…”

Avant de finir sa phrase, il tapota la tête d’A-Qing :

“Bien, c’est tout pour ce soir. Je ne sais vraiment pas raconter les histoires. C’est plutôt embarrassant.”

A-Qing lui répondit docilement :

“Oh ! D’accord !”

Malgré tout, Xue Yang déclara soudain :

“Et si j’en racontais une ?”

A-Qing avait senti la déception arriver juste avant. Elle accepta donc immédiatement :

 “Oui, oui. Racontes-en une”

Sans se presser, Xue Yang commença :

“Il était une fois, un enfant.

“L’enfant aimait vraiment beaucoup manger des choses sucrées. Mais puisqu’il n’avait ni parents ni argent, il pouvait rarement le faire. Un jour qui ressemblait à tous les autres, il était assis sur une volée d’escaliers. En face d’eux se trouvait un magasin de spiritueux. Un homme était attablé à l’intérieur. Apercevant l’enfant, il lui fit signe d’entrer.”

Même si le début de cette histoire n’était pas extraordinaire non plus, c’était définitivement bien meilleur que le récit cliché de Xiao XingChen. Si A-Qing avait eu des oreilles de lapin, elles se seraient déjà levées.

Xue Yang continua :

“L’enfant était naïf et intrigué, et n’avait rien de mieux à faire de toute façon. Il vit quelqu’un lui faire signe, et courut immédiatement vers lui. L’homme pointa une assiette de pâtisseries sur la table et lui demanda “Est-ce que tu en veux ?”

“Bien sûr qu’il en voulait. Il hocha de la tête aussi vite qu’il le pouvait. Alors, l’homme donna à l’enfant un morceau de papier et lui dit “Si tu en veux, apporte ça dans telle pièce, à tel endroit. Je t’en donnerai après que tu aies amené le papier.”

“L’enfant était vraiment heureux. Il pouvait obtenir une assiette de pâtisseries s’il effectuait cette course, et il l’aurait gagnée lui-même.

“Il ne savait pas lire, il se contenta donc de prendre le papier et de se rendre à l’endroit demandé. Après qu’il ait ouvert la porte, un homme grand et musclé sortit. Il prit le mot, le regarda, et donna à l’enfant une gifle si violente que son nez commença à saigner. L’homme lui tira les cheveux et demanda, “Qui t’a dit d’amener une chose pareille ?””

L’enfant devait être Xue Yang lui-même.

Wei WuXian n’aurait jamais pu imaginer qu’une personne aussi rusée que Xue Yang puisse avoir été si honnête, si stupide étant jeune, au point de faire tout ce qu’un étranger lui demandait. Ce qui était écrit n’était définitivement pas sympathique. La personne du magasin de spiritueux et l’homme musclé étaient très probablement en conflit. Le premier n’osait pas insulter le second en face, donc il avait demandé à un gamin des rues de lui apporter une lettre humiliante à la place. Le mot pervers n’était même pas suffisant pour décrire un acte pareil.

Xue Yang continua :

“Il eut peur et pointa en direction du magasin de spiritueux. L’homme s’y rendit en tirant l’enfant par les cheveux. L’autre était parti depuis longtemps. Les pâtisseries restantes avaient aussi été emportées par les serveurs. L’homme était tellement en colère qu’il retourna un bon nombre de tables avant de ressortir furieusement.

“L’enfant était vraiment frustré. Il avait fait une course pour quelqu’un, s’était fait battre, et tiré par les cheveux sur le chemin du retour. Son cuir chevelu avait failli être arraché. Il ne pouvait bien évidemment pas renoncer aux pâtisseries. Alors, les larmes aux yeux, il demanda à un serveur, “Où sont mes pâtisseries ? Où sont les pâtisseries qu’il avait dit qu’il me donnerait ?””

Xue Yang poursuivit en ricanant : 

“Le magasin était sens dessus-dessous et le serveur était en colère. Il gifla l’enfant plusieurs fois, tellement fort que ses oreilles se mirent à bourdonner, et le jeta à la porte. L’enfant rampa et marcha un petit moment. Et devinez quoi ? Par coïncidence, il tomba à nouveau sur l’homme qui lui avait fait apporter la lettre.”

Il s’arrêta là. A-Qing venait tout juste de s’immerger dans l’histoire. Elle le pressa pour qu’il continue :

“Et alors ? Qu’est-il arrivé ?”

Que penses-tu qu’il se soit passé ? lui répondit Xue Yang. Juste de nouvelles gifles et de nouveaux coups.

C’était toi, n’est-ce pas ? demanda A-Qing. Il aimait les sucreries C’était clairement toi ! Pourquoi étais-tu comme cela plus jeune ? Si j’avais été à ta place, j’aurais fait ptew, ptew, ptew, et j’aurais craché dans sa nourriture, et ensuite je l’aurais frappé, et frappé, et frappé…”.

Elle tournait sur elle-même et faillit taper Xiao XingChen, qui était assis à ses côtés.

Xiao XingChen déclara rapidement :

“D’accord, d’accord. Tu as fini d’écouter l’histoire. C’est l’heure d’aller dormir.”

Même pendant qu’il l’amenait jusqu’au cercueil, elle continuait furieusement à se plaindre :

”Ugh, vos histoires me mettent tellement en colère ! L’une est tellement ennuyeuse qu’elle en devient énervante, et l’autre fait pareil ! Punaise, cet homme qui lui a fait apporter la lettre était tellement agaçant ! Je suis tellement frustrée !”

Après que Xiao XingChen l’ait bordée, il fit quelques pas, puis demanda :

“Que s’est-il passé ensuite ?”

Devine, lui répondit Xue Yang. Il n’y a rien après. Tu n’as pas terminé ton histoire non plus, n’est-ce pas ?

Peu importe ce qui s’est passé après, puisqu’à présent ta vie est relativement convenable, il n’est pas nécessaire de trop te focaliser sur le passé.

Ce n’est pas ce que je fais. C’est juste que la Petite Aveugle n’arrête pas de me voler mes bonbons, elle va même jusqu’à tous les manger, donc je ne peux m’empêcher de me remémorer l’époque où je ne pouvais pas en avoir.”

A-Qing frappa fortement contre le cercueil et protesta :

“Daozhang, ne l’écoute pas ! Je n’en ai pas mangé tant que cela !”

Xiao XingChen rigola doucement :

“Allons tous nous reposer”.

Cette nuit-là, Xue Yang ne le suivit pas. Xiao XingChen sortit seul pour la chasse nocturne. A-Qing était immobile dans le cercueil, mais elle ne parvenait pas à s’endormir.

Lorsque le ciel commença à s’éclaircir, Xiao XingChen rentra sans faire un bruit.

Alors qu’il passait près du cercueil, il mit sa main à l’intérieur. A-Qing fit semblant d’être endormie, et n’ouvrit les yeux qu’après que Xiao XingChen ait quitté la maison funéraire. Elle vit un petit bonbon à côté de son oreiller de paille.

Elle sortit la tête et jeta un œil dans la chambre. Xue yang ne dormait pas non plus. Il était assis à table, et avait l’air de réfléchir à quelque chose.

Un bonbon patientait sur le bord du meuble.

Après cette nuit passée à parler au coin du feu, Xiao XingChen leur donna un bonbon à chacun tous les jours. Bien sûr, A-Qing était ravie. Xue Yang n’exprima ni gratitude ni rejet vis à vis de cet acte, ce qui lui valut la colère de la jeune fille pendant un moment.

Xiao XingChen avait toujours été responsable de leurs trois repas. Puisqu’il était aveugle, il ne savait pas comment choisir les légumes et était trop gêné pour négocier avec les autres. Lorsqu’il sortait seul, cela passait si les vendeurs étaient gentils, mais il en rencontrait parfois qui profitaient volontairement de sa cécité. Les légumes qu’il ramenait était soit de mauvaise qualité soit trop peu nombreux.

Xiao XingChen lui-même ne s’en souciait pas trop, ou plutôt on pouvait dire qu’il n’y prêtait pas vraiment attention, mais A-Qing était souvent excédée. Elle avait donc demandé à accompagner Xiao XingChen pour l’achat des ingrédients.

Malheureusement, même si elle pouvait voir, elle ne pouvait rien dire. Elle n’osait pas faire un scandale et démolir les échoppes en face de Xiao XingChen non plus. C’est à ce moment que Xue Yang devint utile. Avec ses yeux vifs et sa langue aiguisée hérités de son côté délinquant, s’il sortait avec eux, à chaque fois qu’ils voulaient acheter quelque chose, son premier réflexe était de demander effrontément à ce que le prix soit divisé par deux. Si le vendeur acceptait, il tentait de négocier encore plus, et s’il refusait, il affichait un air menaçant, et les commerçants commençaient alors à penser qu’ils étaient chanceux que quelqu’un comme lui accepte de payer ne serait-ce qu’une partie, espérant qu’il parte aussi vite que possible.

Vraisemblablement, à l’époque où il errait librement à Kuizhou et Lanling, il n’avait jamais eu à payer pour obtenir ce qu’il désirait. Maintenant que la colère d’A-Qing s’était évaporée, elle le félicita même quelques fois. Et depuis, grâce au savoureux bonbon quotidien, une paix délicate s’était maintenue temporairement entre A-Qing et Xue Yang.

Néanmoins, elle ne pouvait jamais baisser sa garde contre Xue Yang. Les courtes périodes de paix étaient souvent remplacées immédiatement par de multiples doutes et soupçons. 

Un jour, A-Qing était de nouveau en train de jouer l’aveugle dans les rues. Elle avait joué à ce jeu toute sa vie, et ne s’en était jamais lassé. Alors qu’elle claquait sa canne en bambou tout se baladant, une voix s’éleva soudain derrière elle :

“Jeune fille, si vos yeux ne peuvent voir, il serait préférable de ne pas courir si vite.”

C’était la voix d’un jeune homme, qui paraissait plutôt froid. A-Qing se retourna et vit un grand cultivateur habillé de robes noires, se tenant à quelques mètres d’elle.Il portait une épée dans le dos et un fuchen dans ses bras. Avec sa posture droite et ses manches flottantes, il dégageait une aura fière et distante.

Cet homme s’avérait être Song Lan.

A-Qing inclina la tête. Song Lan l’avait déjà rejointe. Il la guida sur le côté en posant son fuchen sur son épaule :

Il y a moins de personnes de ce côté de la route.”

Ce sont vraiment de bons amis, n’est-ce pas ? commenta Wei WuXian. De bons amis doivent être semblables au niveau du caractère

A-Qing gloussa :

“A-Qing est vraiment reconnaissante envers Daozhang !”

Song Lan retira son fuchen et le positionna de nouveau entre ses bras. Il la regarda : “Ne t’amuse pas trop. L’énergie démoniaque est plutôt puissante ici. À l’avenir, fais attention à ne pas traîner dehors.

D’accord !” répondit A-Qing

Song Lan hocha la tête et continua son chemin, mais A-Qing ne put s’empêcher de se tourner pour l’observer. Après avoir marché un peu, il arrêta un passant :

“Veuillez m’excuser. Est-ce que quelqu’un dans ce secteur aurait aperçu un cultivateur aveugle qui porte une épée ?”

Immédiatement, A-Qing commença à écouter avec attention. L’interlocuteur répondit “Je n’en suis pas sûr. Daozhang, tu peux essayer d’aller interroger les gens là-bas.”

Song lan le remercia.

A-Qing se fraya un chemin jusqu’à lui :

“Daozhang, pourquoi cherches-tu cet autre Daozhang ?”

Song Lan se retourna aussitôt :

“Est-ce que tu l’as vu ?

Peut-être que oui, peut-être que non.

Comment pourrais-je faire en sorte que tu l’aies vu ?

Si tu réponds à quelques questions, je me rappellerai peut-être l’avoir vu. Es-tu un ami de Daozhang ?”

Song Lan hésita. Il ne répondit qu’après un petit moment : 

“…Oui”

Pourquoi a-t-il hésité ? se demanda Wei WuXian

A-Qing sentit aussi que sa réponse était plutôt réticente. Ses soupçons s’amplifièrent de nouveau :

“Est-ce que tu le connais vraiment ? Quelle taille fait-il ? Est-il beau ou laid ? À quoi ressemble son épée ?”

Song Lan répondit sur-le-champ :

“Sa taille est semblable à la mienne. Son apparence est plutôt appréciable. Des motifs de givre sont gravés sur son épée.”

Puisqu’il avait répondu correctement à toutes les questions et n’avait pas l’air d’être une mauvaise personne, A-Qing répondit :

“Je sais où il est. Daozhang, suis-moi !”

Song Lan avait déjà voyagé à la recherche de son ami proche pendant quelques années, et avait été déçu de nombreuses fois. Maintenant qu’il entendait enfin des nouvelles de lui, il n’en croyait pas ses oreilles. Il répondit avec difficulté :

“Mer…Merci…”

A-Qing le guida jusqu’à ce qu’ils approchent de la maison funéraire, mais Song Lan s’arrêta brusquement. A-Qing l’interrogea :

“Qu’est-ce qui ne va pas ? Tu ne vas pas entrer ?”

Pour une raison inconnue, le visage de Song Lan était extrêmement pâle. Il regardait la porte de la bâtisse comme s’il avait voulu courir à l’intérieur s’il l’avait pu, mais était trop effrayé pour le faire. Son air distant s’était complètement évaporé. Wei WuXian supposa, “peut-être qu’il est nerveux parce que fait très longtemps qu’ils ne se sont pas vu ?”

Alors même qu’il venait de se décider et se préparait à entrer, une silhouette nonchalante pénétra à l’intérieur avant qu’il ne puisse le faire.

Dès qu’il reconnut qui était cette personne, le visage de Song Lan vira instantanément de pâle à cadavérique !

Des rires leur parvinrent depuis la maison funéraire. A-Qing renifla : 

“L’emmerdeur est de retour”

Qui est-ce ? Pourquoi est-il ici ?” demanda Song Lan

A-Qing se plaignit :

“C’est un enfoiré. Il ne nous a jamais donné son nom, donc qui sait qui il est ? Il a été sauvé par Daozhang. Maintenant, il le colle en permanence. C’est un vrai casse-pieds !”

Le visage de Song Lan alternait entre stupeur et exaspération. Après un petit moment, il s’exclama :

“Tais-toi !”

A-Qing eut peur de son expression et obéit. Ils s’approchèrent tous les deux silencieusement de la maison funéraire, l’un se tenant à côté de la fenêtre tandis que l’autre se cachait en-dessous de celle-ci. Dans la bâtisse, Xiao XingChen interrogea :

À qui est-ce le tour aujourd’hui ?”

À l’instant où il prononça ses mots, les mains de Song Lan se mirent à trembler si fort que A-Qing pu le voir clairement.

“Et si, à partir de maintenant, nous ne le faisions plus chacun son tour ? répondit Xue Yang. Changeons notre façon de faire.

Tu dis ça seulement parce que c’est ton tour aujourd’hui, n’est-ce pas ? Quel changement veux-tu faire ?

Tiens. Il y a deux bâtons. Si tu sélectionnes le plus long, tu n’auras pas besoin d’y aller, mais si tu prends le plus court, alors tu devras le faire. Qu’en penses-tu ?”

Après un moment de silence, Xue Yang rigola :

“Le tien est plus court. J’ai gagné. c’est toi qui y va !”

Xiao XingChen répondit avec réticence :

“D’accord. Je vais y aller.”

Il eut l’air de s’être enfin levé et commença à marcher en direction de la porte. Wei WuXian se réjouit, “Formidable. Sors d’ici, vite. C’est mieux si Song Lan l’attrape et court dès qu’il sera sorti.”

Cependant, avant qu’il n’ait eu le temps d’aller très loin, Xue Yang s’exclama :

“Reviens. Je vais y aller.”

“Pourquoi es-tu prêt à y aller, à présent ?” demanda Xiao XingChen.

Xue Yang se leva aussitôt :

“T’es idiot ou quoi ? Je t’ai piégé. J’ai pris le plus court. C’est juste que j’avais caché le plus long derrière moi, donc peu importe celui que tu sélectionnais, je pouvais toujours en sortir un plus long. J’ai juste exploité le fait que tu ne pouvais pas voir.”

Il continua à se moquer de Xiao XingChen et déambula dehors, un panier à la main. A-Qing leva les yeux vers Song Lan, dont le corps entier tremblait. Elle ne comprenait pas pourquoi il était tellement en colère. Song Lan lui fit un geste pour lui dire de rester silencieuse. Ce fut seulement après que les deux hommes se soient suffisamment éloignés qu’il commença à demander des détails à la jeune fille :

“Cet homme, quand est-ce que Xing…Quand ce Daozhang l’a-t-il sauvé ?”

Son ton était solennel. A-Qing compris que la situation était grave, et elle lui répondit tout aussi sérieusement :

Ça fait longtemps, quelques années.

Le Daozhang n’a jamais découvert son identité ?

— Non.

Qu’a-t-il fait durant le temps qu’il a passé avec le Daozhang ?

Il s’est amusé, m’a harcelé, m’a fait peur, et… Oh, il a aussi participé à des chasses nocturnes avec Daozhang !”

Song Lan fronça les sourcils en pensant que Xue Yang ne pouvait pas être aussi gentil :

“Des chasses nocturnes ? Pour chasser quoi ? Est-ce que tu le sais ?”

A-Qing n’osa pas être négligente. Après réflexion, elle répondit :

“Ils avaient l’habitude d’aller régulièrement chasser des cadavres ambulants à une époque. Maintenant ce sont généralement des fantômes, des animaux agissant bizarrement, et d’autres choses du même genre.”

Alors qu’il se renseignait sur le sujet, Song Lan sentit que quelque chose était étrange, mais il ne parvenait pas à trouver une piste. Il continua :

“Est-ce que le Daozhang est proche de lui ?”

Bien qu’elle n’avait pas envie de l’admettre, A-Qing avoua tout de même :

“Je pense que Daozhang est vraiment malheureux lorsqu’il est seul… Il s’est finalement trouvé quelqu’un pratiquant lui aussi la cultivation. Donc, je crois qu’il apprécie plutôt le fait d’écouter l’enfoiré raconter des blagues.”

Le visage de Song Lan était obscurcit à la fois par la rage et dévastation. Au milieu de toute cette confusion, une seule chose était claire :

Il ne pouvait clairement pas parler à Xiao XingChen de tout ça !

Il mit la jeune fille en garde :

“Ne dis rien d’inutile au Daozhang”

Dès qu’il eut terminé, il alla dans la direction empruntée précédemment par Xue Yang. A-Qing l’interrogea :

“Daozhang, est-ce que tu vas aller tabasser cet enfoiré ?”

Song Lan était déjà loin d’elle. Wei WuXian pensa, “Bien plus que le tabasser. Il va le découper en morceaux !”

Xue Yang était sorti en portant le panier à légumes. A-Qing savait quel chemin il allait emprunter s’il se préparait à en acheter. Prenant un raccourci, elle courut à travers une portion de la forêt, le cœur battant plus vite que jamais. Après l’avoir recherchée un moment, elle aperçut finalement la silhouette de Xue Yang devant elle. Il tenait un panier d’une main, et celui-ci était empli de choux, de carottes, de brioches à la vapeur, et d’autres aliments. Il marchait en baillant paresseusement. Il  avait probablement terminé ses achats.

A-Qing avait toujours été douée pour se cacher et espionner. Elle se faufila dans un buisson à la lisière de la forêt, et s’y déplaça en même temps que lui. Soudain, la voix froide de Song Lan résonna face à elle :

“Xue Yang.”

L’expression de Xue Yang devint instantanément terrifiante, comme si quelqu’un lui avait versé un seau d’eau glacée sur la tête, ou l’avait giflé pour le sortir d’un profond sommeil.

Song Lan sortit de derrière un arbre. Il avait déjà dégainé son épée.Il la tenait dans sa main, la pointe dirigée vers le sol.

Xue Yang feignit la surprise :

“Oh, ne serait-ce pas Song Daozhang ? Quel rare invité. Tu es là pour profiter d’un repas gratuit ?”

Song Lan se précipita sur lui avec son épée. Xue Yang fit immédiatement glisser Jiangzai de l’intérieur de ses manches, para l’attaque, et recula de quelques pas. Il posa le panier sous un arbre :

“Sale cultivateur. Bordel, pour une fois que j’avais envie d’aller acheter de la nourriture, il a fallu que tu te ramènes ici, et que tu gâches ma bonne humeur !”

Les attaques furieuses de Song Lan cherchaient à tuer. Il cria d’une voix grave :

“Mais qu’est-ce que tu cherches à faire ? Pourquoi as-tu passé autant de temps aux côtés de Xiao XingChen ?!”

Xue Yang se mit à rire :

“Et dire que je me demandais pourquoi Song Daozhang avait encore des affaires à régler avec moi. C’est donc cela que tu voulais me demander.”

Dis-le moi ! s’emporta Song Lan. Pourquoi est-ce qu’une ordure comme toi l’aiderait gentiment à effectuer des chasses nocturnes ?”

Le vent créé par l’épée lui effleura la joue. Une coupure apparut sur le visage de Xue Yang, mais il n’en fut pas surpris du tout :

“Comment Daozhang fait-il pour me comprendre si bien ?”

L’un des deux combattait avec les techniques apprises dans une véritable secte, tandis que l’autre combattait avec l’expérience de ses précédents meurtres. Il était évident que Song Lan était plus doué que Xue Yang. Le cultivateur lui transperça le bras :

“Dis-le moi !”

Si le problème n’avait pas été si alarmant que Song Lan se devait de savoir ce qui se passait, l’épée aurait pu traverser le cou plutôt que le bras. Même si Xue yang était blessé, son expression n’avait pas changé du tout.

“Tu veux vraiment l’entendre ? J’ai peur que ça te rende fou. Certaines choses ne devraient jamais être connues.”

La voix de Song Lan était plus froide que jamais :

“Xue Yang, ma patience s’amenuise !”

Avec un clang, Xue Yang bloqua une attaque dirigée vers ses yeux. Il répondit :

“Soit, puisque tu veux tellement l’entendre. Est-ce que tu sais ce qu’a fait ton meilleur ami ? Il a tué beaucoup de cadavres ambulants. Il l’a fait pour le bien commun, sans demander quoique ce soit en retour. C’est plutôt émouvant, sincèrement. Même s’il s’est arraché les globes oculaires et est devenu aveugle, ce qui est bien, c’est que Shuanghua peut le guider vers l’énergie démoniaque des cadavres. Mais tu sais ce qui est encore mieux ? J’ai découvert que si on sectionnait les langues des personnes sujettes à un empoisonnement cadavérique et qu’on faisait ainsi en sorte qu’elles ne puissent plus parler, Shuanghua ne pouvait pas faire la différence entre les vivants et les cadavres, alors…”

Il expliqua cela de façon très détaillée. Le bras et l’épée de Song Lan tremblaient tous deux :

“Monstre…Espèce de monstre méprisable !”

Song Daozhang, j’ai parfois l’impression que les gens polis comme toi sont vraiment désavantagés lorsqu’il faut insulter quelqu’un, puisque c’est toujours ces quelques mots qui sont répétés encore et toujours… Il n’y a absolument aucun pouvoir ni aucune créativité. Je n’ai pas utilisé ces mots pour injurier quelqu’un depuis mes sept ans.”

La rage de Song Lan était écrasante. Il attaqua à nouveau, en visant la gorge cette fois :

“Tu as profité de sa cécité et tu l’as si terriblement trompé !”

L’attaque était à la fois rapide et fatale. Xue Yang parvint à l’éviter, mais elle empala tout de même son épaule. Il ne sourcilla même pas, comme s’il ne ressentait pas la douleur :

“Sa cécité ? Song Saozhang, aurais-tu oublié pour qui il s’est arraché les yeux et est devenu aveugle ?”

En entendant cela, le visage et les mouvements de Song Lan se raidirent.

“Crois-tu vraiment être en mesure de me blâmer ? continua Xue Yang. Un ami à lui ? Es-tu vraiment effronté au point de dire que tu es son ami ? Ha ! Ha ! Ha ! Ha ! Song Daozhang, dois-je te rappeler ce que tu as dit à Xiao XingChen après que j’ai massacré le temple de Baixue ? Lorsqu’il s’est inquiété pour toi et a voulu t’aider, quelle sorte d’expression lui as-tu montré ? Que lui as-tu dit ?”

Song Lan était dans un état d’esprit terrible :

“Je… ! À cet instant-là, je…”

À cet instant-là, tu étais en colère ? l’interrompit Xue Yang. Tu avais mal ? Tu étais en deuil ? Tu ne savais pas sur qui reporter ton énervement ? Et c’est pour cela que tu t’en es pris à lui ? Pour être honnête, si j’ai décimé ton temple, c’est précisément à cause de lui. C’est plutôt compréhensible que tu t’en sois pris à lui. En fait, c’était exactement ce que je souhaitais.”

Chaque phrase était un coup critique !

Xue Yang augmenta à la fois la rapidité de ses attaques et de son discours. Ses mouvements devinrent plus calmes et plus difficiles à parer, il prit l’avantage petit à petit, mais Song Lan ne le remarqua pas du tout. Xue Yang ajouta :

“Eh bien ! qui a dit ‘à partir de maintenant, nous n’aurons plus besoin de nous rencontrer’ ? N’était-ce pas toi, Song Daozhang ? Il a entendu ta demande et a disparu après s’être arraché les yeux pour toi, mais pourquoi es-tu venu le retrouver à présent ? Cela ne rendrait-il pas les choses un peu compliquées ? Qu’en penses-tu, Xiao XingChen Daozhang ?”

En entendant cela, Song Lan vacilla. Ses attaques se firent elles aussi hésitantes !

Le fait qu’il se soit laissé berné par une ruse aussi simple montrait que les mouvements et l’esprit de Song Lan étaient vraiment perturbés par Xue Yang.

Prenant avantage de cette parfaite opportunité, il fit tomber de la poudre d’empoisonnement cadavérique d’un signe de la main.

Personne n’en avait jamais vu d’aussi fine auparavant, y compris Song Lan. Il en respira accidentellement une quantité assez importante. Il sut immédiatement qu’il était en mauvaise posture, et commença à tousser. Cependant, la Jiangzai de Xue Yang attendait depuis longtemps. D’un coup froid avec la pointe de l’épée, elle pénétra directement dans sa bouche !

Aussitôt, le champ de vision de Wei WuXian vira au noir complet. A-Qing était tellement effrayée qu’elle avait fermé les yeux.

Mais, il l’avait déjà deviné. C’était à cet instant que la langue de Song Lan avait été tranchée par Jiangzai.

Les sons étaient terrifiants.

Les yeux d’A-Qing étaient chauds, mais elle serra fermement les dents, sans faire le moindre bruit. Ils s’ouvrirent de nouveau. Song Lan avait réussi à rester debout, appuyé contre son épée. De son autre main, il couvrait sa bouche. Du sang coulait en continu entre ses doigts.

Avec sa langue coupée par l’attaque soudaine de Xue Yang, l’agonie de Song Lan était telle qu’il ne pouvait même plus marcher. Malgré tout, il retira tout de même son épée du sol et la dirigea vers Xue Yang. Ce dernier l’évita facilement. Un sourire étrange se dessinait sur son visage.

Le moment d’après, Wei WuXian vit pourquoi il souriait de la sorte.

L’éclat argenté de Shuanghua transperça la poitrine de Song Lan, et sortit par son dos.

Song Lan baissa le regard jusqu’à la lame qui avait pénétré son cœur, puis releva lentement les yeux. Il vit Xiao XingChen qui tenait calmement l’épée.

Xiao XingChen n’était pas du tout conscient de la situation :

“Es-tu là ?”

Song Lan bougea les lèvres sans émettre de bruit.

Oui, ricana Xue Yang. Qu’est-ce que tu fais ici ?”

Xiao XingChen récupéra Shuanghua et la remit dans son fourreau :

“Shuanghua a commencé à agir de façon étrange. Je l’ai suivie et je suis venu voir.” 

Il s’interrogea, “Nous n’avions pas vu de cadavres ambulants dans ce secteur pendant un bon moment, encore moins un errant seul. Est-il venu ici depuis un autre endroit ?”

Lentement, Song Lan tomba à genoux devant Xiao XingChen.

Xue Yang lui jeta un regard et répondit :

“Probablement. Il fait des bruits atroces”

À cet instant, si Song Lan avait mis son épée dans les mains de Xiao XingChen, celui-ci aurait immédiatement compris qui il était. Il aurait été capable de reconnaître l’épée de son ami proche simplement au toucher.

Seulement, Song Lan ne pouvait plus le faire. Pouvait-il lui donner l’épée, et ainsi lui dire qui il avait tué de ses propres mains ?

C’était précisément l’objectif de Xue Yang, de fait il n’avait rien à craindre. Il se tourna vers Xiao XingChen :

“Allons-y. Il est temps de préparer le dîner. J’ai déjà faim.

Tu as acheté les légumes ?

— Oui, je suis tombé sur cette chose en revenant. Quelle sale journée.”

Xiao XingChen partit en premier. Xue Yang tapota les blessures sur son épaule et sur son bras. Il ramassa à nouveau le panier, et, en passant devant Song Lan, sourit et baissa les yeux :

“Pas de nourriture pour toi.”

Après que Xue Yang soit parti, et ait même certainement déjà atteint la maison funéraire avec Xiao XingChen, A-Qing se leva finalement de derrière le buisson.

Ses deux jambes étaient engourdies après tout ce temps passé accroupie. Tenant sa canne, elle boita et tituba jusqu’à Song Lan, dont le corps s’était déjà rigidifié.

Song Lan était loin d’avoir eu une mort paisible. A-Qing sursauta en voyant ses yeux grands ouverts. Puis, lorsqu’elle vit le sang qui avait coulé de sa bouche, glissé sur son menton, taché l’avant de son vêtement cloué au sol, de grosses larmes déferlèrent sur ses joues.

Même si elle était effrayée, A-Qing tendit la main pour fermer les yeux de Song Lan. Elle s’agenouilla ensuite face à lui et mit ses mains l’une contre l’autre :

“Daozhang, je t’en prie, ne nous blâme pas l’autre Daozhang et moi. Si j’étais sortie, je serais morte, donc j’ai dû me cacher et n’ai pas pu t’aider. Quant à l’autre Daozhang, il a été dupé par cet enfoiré. Il ne l’a pas fait exprès. Il ne savait pas que c’était toi qu’il tuait !”

Elle sanglota :

“Je rentre. Je t’en prie, fais que ton esprit me bénisse afin que je puisse tirer Daozhang de cette situation, bénis nous pour que nous puissions échapper au contrôle du démon. Je ne dois pas laisser ce monstre de Xue Yang reposer en paix. Je dois le couper en morceaux afin qu’il ne puisse jamais se réincarner”

Après son discours, elle s’agenouilla bruyamment sur le sol trois fois. Elle essuya son visage rudement, se leva, s’encouragea elle-même, et marcha en direction de la ville de Yi.

Le ciel s’était déjà assombri lorsqu’elle arriva à la maison funéraire. Xue Yang était attablé et épluchait des pommes. Il donnait la forme d’un lapin à tous les morceaux, il paraissait être de très bonne humeur. Quiconque l’aurait vu se serait dit qu’il devait être un jeune plein de vie. Personne n’aurait été capable d’imaginer ce qu’il venait juste de faire. En l’entendant rentrer, Xiao XingChen sortit avec une assiette de chou dans la main :

“A-Qing, où étais-tu aujourd’hui ? Il est déjà si tard.”

Après lui avoir jeté un regard, quelque chose s’alluma soudainement dans les yeux de Xue Yang :

“Qu’est-ce qui ne va pas ? Ses yeux sont si gonflés.”

Xiao XingChen se précipita vers elle :

“Que s’est-il passé ? Est-ce que quelqu’un t’a harcelé ?

La harceler ? répliqua Xue Yang. Qui pourrait être capable de la harceler ?”

Bien qu’il arborait un large sourire, il commençait clairement à soupçonner quelque chose. Soudain, A-Qing jeta la canne en bambou sur le sol, et commença à se lamenter.

Elle pleurait en ayant à la fois des larmes et le nez qui coulaient. Elle se jeta dans les bras de Xiao XingChen en hoquetant presque :

“Est-ce que je suis laide ? Est-ce que je suis laide ? Daozhang, tu dois me le dire. Suis-je vraiment si moche que ça ?”

Xiao XingChen lui caressa la tête :

“Bien sûr que non. A-Qing est une si jolie fille. Qui t’a dit que tu étais laide ?”

Xue Yang commenta avec dédain :

“Tu es tellement moche. Tu l’es encore plus quand tu pleures”

Xiao XingChen le réprimanda :

“Ne dis pas ça.”

A-Qing pleura encore plus fort. Elle frappa du pied :

“Eh bien ! Daozhang, ce n’est pas comme si tu pouvais me voir ! En quoi est-ce utile que tu me dises que je suis jolie ? Tu es clairement en train de me mentir ! Il peut voir. Il dit que je suis moche, donc je dois vraiment l’être ! À la fois laide et aveugle !”

Au vu de toute cette agitation, les deux hommes se mirent naturellement à croire qu’aujourd’hui un enfant quelconque l’avait appelée “cul-terreuse” ou “la fille aveugle aux yeux blancs” tandis qu’elle était dehors, et qu’elle en était frustrée. Xue Yang lui dit d’un ton méprisant :

“Tu es revenue en pleurant juste parce qu’ils ont dit que tu étais laide ? Où est passée ta grossièreté déraisonnable ?

Je ne suis pas grossière ! Daozhang, est-ce qu’il te reste de l’argent ?

Après une pause, Xiao XingChen répondit avec gêne :

“Euh…Je pense”

Xue Yang l’interrompit :

“Je peux t’en prêter”

A-Qing cracha :

“Tu vis et manges avec nous depuis si longtemps, et tu appelles toujours ça “prêter” si nous utilisons un peu de ton argent ! Quelle misère ! tu n’as aucune honte ! Daozhang, je voudrais acheter de jolis vêtements et de beaux bijoux. Pourrais-tu venir avec moi ?”

Wei WuXian songea intérieurement, “Donc, elle veut éloigner Xiao XingChen d’ici. Mais si Xue Yang souhaite les suivre, que devrait-elle faire ?”

“Bien sûr que je le peux, mais je ne serai pas capable de te dire s’ils te vont ou pas”

Xue Yang l’interrompit à nouveau :

“Je peux l’aider !”

A-Qing bondit si haut qu’elle frappa presque le menton de Xiao XingChen:

“Je m’en fiche, je m’en fiche ! Je ne veux que toi ! Je ne le veux pas du tout à mes côtés. Tout ce qu’il va me dire, c’est que je suis laide. Et il va m’appeler la Petite Aveugle !”

Ce n’était pas la première fois qu’elle agissait de façon aussi déraisonnable. Les deux autres y étaient déjà habitués. Xue Yang lui fit la grimace, tandis que Xiao XingChen acquiesça :

“D’accord. Pourquoi pas demain ?

Ce soir !” répondit A-Qing

Si tu y vas ce soir, tous les magasins seront fermés. Où pourrais-tu aller d’autre ?” rétorqua Xue Yang.

N’ayant pas d’autre choix, A-Qing renonça :

“Bien, demain alors ! C’est promis !” 

Après avoir échoué une première fois, si elle suppliait encore pour sortir, Xue Yang aurait de nouveau des soupçons. A-Qing ne pouvait qu’abandonner le sujet pour l’instant et passer à table pour le dîner. Lors du grabuge précédent, bien que sa performance ait été la même qu’auparavant, semblant plus que naturelle, son estomac avait été tendu tout du long. Elle avait été si nerveuse que, même maintenant, la main qui tenait son bol tremblait. Xue Yang était assis juste à sa droite. Tandis qu’il lui lançait des regards en coin, ses jambes se rigidifièrent de plus belle. Puisqu’elle était trop apeurée pour manger quoique ce soit, elle prétendit commodément qu’elle était trop furieuse pour avoir faim. Elle recracha la nourriture à chaque bouchée. Poignardant son bol, elle marmonna et maudit :

“Sale pétasse. Servante répugnante. Eh bien ! je ne pense pas que tu sois meilleure, traînée !”

En l’entendant maudire l’inexistante “Servante répugnante”, Xue Yang ne put s’empêcher de lever les yeux au ciel, tandis que Xiao XingChen dit :

“Ne gâche pas la nourriture”

Les yeux de Xue Yang quittèrent A-Qing et se posèrent à la place sur le visage de Xiao XingChen. Wei WuXian pensa, “ça explique effectivement comment le petit délinquant a pu imiter Xiao XingChen de façon si précise. Après tout, ils étaient assis l’un en face de l’autre chaque jour. Il a largement eu le temps de trouver comment faire.”

Cependant, Xiao XingChen n’était pas du tout conscient du fait que deux paires d’yeux le fixaient. Après tout, il était le seul dans la pièce à être réellement aveugle.

Après qu’ils aient terminé, Xiao XingChen nettoya les bols et les baguettes, et retourna dans la chambre centrale. Incapable de s’asseoir ou de rester debout, A-Qing voulut le suivre à l’intérieur, mais Xue Yang l’interpella soudain :

“A-Qing.

Le cœur d’A-Qing manqua aussitôt un battement. Même Wei WuXian sentit le frisson qui la parcourut de la tête aux pieds.

“Pourquoi tu m’appelles par mon nom tout à coup ? répondit-elle

N’as-tu pas dit toi-même que tu ne souhaitais pas être appelée Petite Aveugle ?”

A-Qing lui rétorqua d’un air buté :

“Les gens ne deviennent pas subitement gentils avec les autres, à moins qu’ils n’aient des intentions cachées ! Qu’est-ce que tu veux au juste ?”

Xue Yang sourit :

“Rien, vraiment. Je veux simplement t’apprendre ce que tu devrais faire la prochaine fois que quelqu’un t’insulte.

Hein ? Dis-le moi, alors. Que devrais-je faire ?

Si une personne te dit que tu es laide, alors rends-la encore plus laide. Lacère son visage une douzaine de fois afin qu’elle n’ait plus jamais le courage de sortir à nouveau. Si quelqu’un t’appelle l’Aveugle, alors affûte l’une des extrémités de ta canne, et poignarde-lui les deux yeux pour qu’il soit aveugle à son tour. À ce moment-là, tu verras s’il ose encore dire du mal de toi.”

Le sang d’A-Qing ne fit qu’un tour. Elle prétendit penser qu’il tentait de l’effrayer :

“Tu me fais encore peur !”

Bah, pense ce que tu veux.” renifla Xue Yang

Alors qu’il terminait, il poussa en face d’elle l’assiette contenant les quartiers de pommes taillés en forme de lapins :

“Mange.”

Regarder l’assiette avec ces morceaux mignons et délicats dégoûta à la fois le cœur d’A-Qing et celui de Wei WuXian.

Le jour suivant, alors qu’ils venaient tout juste de se lever, A-Qing supplia Xiao XingChen d’aller acheter avec elle de jolis vêtements et du maquillage. Xue Yang était agacé :

“Si vous partez tous les deux, alors je vais encore devoir aller acheter la nourriture pour aujourd’hui ?

Pourquoi ne peux-tu pas l’acheter ? demanda A-Qing. Pense à toutes ces fois où Daozhang l’a fait ! Tu es le seul qui embête et joue des mauvais tours à Daozhang en permanence ! 

D’accord, d’accord, je vais le faire. J’y vais de ce pas.”

Après son départ, Xiao XingChen la questionna :

“A-Qing, tu n’es toujours pas prête ? Est-ce qu’on peut y aller maintenant ?”

A-Qing ne rentra qu’après s’être assurée que Xue Yang était loin. Elle ferma la porte et demanda d’une voix tremblante :

“Daozhang, est-ce que par hasard tu connaitrais quelqu’un répondant au nom de XueYang ?”


Notes de traduction :

(1) Temple : Les scénarios du style “Il était une fois une montagne, et sur la montagne se trouvait un temple”  proviennent d’une berceuse chinoise classique qui se répète à l’infini, et qui est souvent utilisée par les adultes pour endormir les enfants.

(2) Illumination : Cela signifie qu’elle a déjà atteint l’immortalité, ce que tous les cultivateurs cherchent à obtenir.

(3) Shibo : Semblable au shishu. Alors que “shishu” renvoie au shidi d’un parent, shibo renvoie à son shixiong.

(4) Lettré : Dans la Chine Antique, il y eut un moment où les lettrés étaient très mal vus, essentiellement parce qu’on les reliait à la pauvreté.

Chapitre 39|Index|Chapitre 41

1 a commenté sur “Mo Dao Zu Shi – Chapitre 40”

  1. Mon dieu, pauvre pauvre Xiao XingChen…. :'(

    C’est très sympathique d’en savoir un peu plus sur les parents de Wei Ying ! 😀

    Song Lan et Xiao XingChen sont tellement semblables, s’en est rigolo ! 🙂

    SONG LAAAAAAAN !!!! *snif snif* :'(

    Mon dieu ! Elle a laché la bombe ! :S

    Ce chapitre était tristement prenant !
    Merci de l’avoir traduit ! J’espère que vous n’avez pas trop verser de larmes dessus ! :O
    Happy Halloween !

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