Mo Dao Zu Shi – Chapitre 41

Chapitre 40|Index|Chapitre 42

Traduction par AfterWar, correction par Keliane

Chapitre 41 : Herbe — Partie 9

Le sourire de Xiao XingChen se figea.

Le nom de Xue Yang lui causait un choc trop grand. Son teint déjà pâle devint exsangue à l’entente de ce nom. Ses lèvres prirent une couleur rose blanchâtre.

Comme si Xiao XingChen pensait avoir mal entendu il demanda d’une voix basse :

«… Xue Yang ? »

Il poursuivit, troublé :

« A-Qing, comment as-tu appris ce nom ? 

— Xue Yang est la personne qui vit avec nous, c’est ce bâtard !

— La personne qui vit avec nous ? … La personne avec nous… » bredouilla Xiao XingChen, confus.

Il secoua la tête comme s’il se sentait étourdi.

« Comment le sais-tu ?

—  Je l’ai entendu tuer quelqu’un !

—  Il a tué quelqu’un ? Qui a-t-il tué ?

—  Une femme ! Elle était très jeune. Je crois qu’elle avait une épée avec elle. Xue Yang en cachait une sur lui aussi. C’est parce que je les ai entendu se battre. Ils étaient très bruyants. La femme n’arrêtait pas de l’appeler “Xue Yang” et disait qu’il “avait détruit le temple”, qu’il avait “tué d’innombrables personnes”, et qu’il devait être “puni à la mesure de ses crimes”. Oh Ciel ! Il est complètement fou ! Il s’est caché parmi nous depuis le début et je ne sais même pas ce qu’il essaie de faire ! »

A-Qing était restée éveillée toute la nuit, à tricoter des mensonges dans son esprit. Pour commencer, elle ne pouvait absolument pas laisser Daozhang savoir qu’il avait tué des humains vivants en pensant que c’était des cadavres ambulants. Elle ne pouvait pas non plus le laisser découvrir qui l’avait tué Song Lan de ses propres mains. Par conséquent, même si c’était injuste envers Daozhang, quoi qu’il advienne, elle ne pouvait lui parler de la mort de Daozhang Song. Le mieux serait que Xiao XingChen fuit le plus loin possible après avoir découvert l’identité de Xue Yang !

Malgré cela, la nouvelle restait trop dure à accepter pour lui. Et, même si c’était absurde, Xiao XingChen ne pouvait y croire.

« Mais sa voix est différente. Et… »

A-Qing était tellement frustrée qu’elle tapait frénétiquement sa canne contre le sol.

« Il a volontairement modifié sa voix ! Il avait peur que tu le reconnaisses ! »

Une idée traversa soudain son esprit.

« Oh oui ! Mais bien sûr ! Il a neuf doigts. Daozhang, tu le sais? Est-ce que Xue Yang avait aussi neuf doigts ? Tu l’as sûrement vu auparavant, n’est-ce pas ? »

Xiao XingChen trébucha et tomba presque par terre.

A-Qing le guida immédiatement vers la table, où ils s’installèrent tous deux lentement. Après un moment, Xiao XingChen reprit :

« Mais A-Qing, comment as-tu découvert qu’il n’avait que neuf doigts ? As-tu déjà touché sa main ? Mais si c’est vraiment Xue Yang, dans ce cas, comment a-t-il pu te laisser toucher sa main gauche au risque de le démasquer ?

— … Daozhang ! s’exclama A-Qing en serrant les dents. Laisse-moi te dire la vérité ! Je ne suis pas aveugle. Je peux voir. Je n’ai pas touché ses mains, je les ai vues ! »

Chaque coup était pire que le précédent. Xiao XingChen était presque à court de mots.

« Qu’as-tu dis ? Tu peux voir ? »

Bien qu’effrayée, elle ne pouvait cacher la vérité plus longtemps. Elle s’excusa encore et encore.

« Pardon Daozhang ! Je ne t’ai pas menti volontairement ! J’avais peur que tu me chasses si tu savais que je n’étais pas aveugle ! Mais ne m’en veux pas pour ça maintenant. Fuyons ensemble ! Il reviendra après avoir fait les courses ! »

 Elle se tut brusquement.

Les bandages qui entouraient les yeux de Xiao XingChen étaient à l’origine blancs. Cependant, à présent, deux taches rouges les imbibaient de l’intérieur. Les taches de sang grossirent de plus en plus et finirent par déborder des bandages et par dégouliner de là où se trouvaient jadis ses yeux.

« Daozhang, tu saignes ! » cria A-Qing.

Xiao XingChen semblait l’avoir tout juste remarqué. Avec une exclamation faible, il porta la main à son visage. Lorsqu’il la retira, elle fut couverte de sang. Les mains tremblantes, A-Qing l’aida à en nettoyer un peu. Pourtant, plus elle y mettait de l’ardeur, plus du sang coulait. Xiao XingChen leva une main.

« Je vais bien… Je vais bien. »

Normalement la blessure de ses yeux ne saignait que quand il avait des pensées ou des émotions trop fortes, mais ça n’était pas arrivé depuis longtemps. Wei WuXian  avait même pensé qu’elle était guérie. Ce jour-là, néanmoins, les saignements recommencèrent.

« Mais… Mais si c’est vraiment Xue Yang, pourquoi se serait-il comporter ainsi ? murmura Xiao XingChen. Pourquoi ne m’a-t-il pas tué dès le début et est même resté à mes côtés durant tant d’années ? Pourquoi ce serait lui ?

— Bien sûr qu’il voulait te tuer au début ! J’ai vu son regard, aussi mauvais et effrayant qu’on puisse l’imaginer. Mais comme il était blessé et qu’il ne pouvait pas bouger, il avait besoin de quelqu’un pour prendre soin de lui. Je ne le connaissais pas. Si j’avais su que c’était une machine à tuer je l’aurais poignardé jusqu’à ce qu’il meure quand il était dans les hautes herbes ! Daozhang, fuyons ! D’accord ? »

Cependant, Wei WuXian soupira intérieurement. “C’est impossible. Si elle n’avait rien dit à Xiao XingChen, il aurait continué de vivre ainsi avec Xue Yang. Maintenant qu’elle lui a tout dit, il ne fuira pas non plus. Il cherchera forcément à demander directement à Xue Yang. C’est sans issue.”

Comme il s’y attendait, après que Xiao XingChen soit parvenu à se calmer, il déclara :

« A-Qing, fuis. »

Sa voix était légèrement rauque.

« Moi ? demanda A-Qing, quelque peu inquiète. Daozhang, enfuyons-nous ensemble ! 

— Je ne peux pas, répondit-il en secouant la tête. J’ai besoin de découvrir ce qu’il essaye de faire exactement. Il a définitivement un objectif, qu’il a essayé d’accomplir ces dernières années en se faisant passer pour quelqu’un d’autre et en restant à mes côtés. Si je le laisse, je crains que les habitants de la ville de Yi ne soient entre ses mains. Xue Yang a toujours été comme ça. »

Cette fois, les sanglots d’A-Qing n’avait plus rien de feints. Elle jeta sa canne de bambou sur le côté et s’accrocha à la jambe de Xiao XingChen.

« Moi ? Daozhang, comment pourrais-je partir seule? Je veux rester avec toi. Si tu ne pars pas, je ne pars pas non plus. Dans le pire des cas il nous tuera simplement tous les deux. Si j’errais seule de par le monde, je mourrai de solitude de toute façon. Je sais que tu ne veux pas que ça m’arrive, donc partons ensemble! »

Malheureusement, après la révélation du secret de sa fausse cécité, sa tactique consistant à lui inspirer pitié ne fonctionnait plus.

« A-Qing, tu peux voir et tu es très intelligente, réplique A-Qing. J’ai bon espoir que tu vivras une belle vie. Tu ne sais pas à quel point Xue Yang est dangereux. Tu ne peux pas rester. Tu ne dois pas t’approcher de lui non plus.

Wei WuXian pouvait même entendre les cris intérieurs d’A-Qing : “Je le sais ! Je sais à quel point il est dangereux !”

Mais elle ne pouvait lui dire la vérité.

Soudain, une série de pas rapides se firent entendre dehors.

Xue Yang était de retour !

Xiao XingChen leva la tête, alarmé, sa vigilance au même niveau que quand il était en chasse nocturne. Il tira vivement A-Qing vers lui et chuchota :

« Quand il rentrera, je le retiendrai pendant que tu en profiteras pour t’échapper. Obéis-moi ! »

A-Qing était si terrifiée qu’elle ne pouvait qu’acquiescer, les yeux toujours débordants de larmes. Xue Yang cogna la porte.

« Qu’est-ce que vous foutez ? Je suis déjà de retour et vous n’êtes même pas encore sorti. Puisque vous êtes toujours à l’intérieur, ouvrez la porte et laissez-moi entrer. Je suis trop fatigué. »

En ne se basant que sur sa voix et son ton, on aurait pu le prendre pour le simple petit voisin d’à côté, ou un joyeux shidi. Qui aurait pu s’imaginer, cependant, que la personne qui se tenait derrière la porte était un être malveillant dénué de toute morale, un démon qui avait pris forme humaine !

Bien que la porte n’était pas fermée à clé, elle avait été verrouillée de l’intérieur. S’il n’ouvrait pas vite, Xue Yang finirait forcément par soupçonner quelque chose. Et, quand il entrerait, il se tiendrait un minimum sur ses gardes. A-Qing essuya son visage.

« Comment ça, tu es fatigué ?! Ce n’est pas une si grande distance d’ici au marché, et tu es déjà fatigué ?! Je suis un peu lente parce que je cherche la plus jolie tenue. En quoi ça te concerne ?!

— Combien de tenues as-tu seulement ? se moqua Xue Yang. Peu importe le nombre de fois que tu te changeras, tu auras toujours la même apparence. Allez, allez, ouvre la porte. »

Même alors qu’A-Qing chancelait, elle rétorqua d’une voix ferme :

« Mmph ! Je ne te l’ouvrirai pas. Tu peux cogner autant que tu veux.

— Fais attention à ce que tu dis, répliqua Xue Yang en riant. Daozhang, répare la porte après. Ne me le reproche pas. »

Tout en parlant, il défonça le battant de bois. Il enjamba le seuil surélevé et entra. Il tenait le panier rempli de légumes dans une main, et une pomme écarlate dans l’autre. Juste au moment où il croquait dedans, il baissa les yeux et aperçut Shuanghua qui s’enfonçait dans son ventre.

Le panier tomba à terre. Le choux, les carottes, les pommes et les pains à la vapeur roulèrent sur le sol.

« A-Qing, cours ! » s’écria Xiao XingChen d’une voix grave.

Courant aussi vite que possible, A-Qing se précipita par la porte de la maison funéraire. Immédiatement après, elle emprunta un autre chemin pour revenir en catimini. Elle se hissa dans sa cachette habituelle, celle qu’elle utilisait le plus et avec laquelle elle était le plus familière, et pencha même la tête en avant pour voir ce qui se passait à l’intérieur.

« Était-ce amusant? » demanda Xiao XingChen d’un ton froid.

Xue Yang croqua une nouvelle bouchée dans la pomme qu’il avait toujours dans la main. Il ne répondit qu’après l’avoir tranquillement mâchée et avalée.

« Oui. Bien sûr que c’était amusant. »

Il utilisait de nouveau sa voix originale.

« Que cherches-tu donc à faire, pour être resté à mes côtés pendant toutes ces années?

— Qui sait ? Peut-être que je m’ennuie. »

Xiao XingChen tira Shuanghua et se tint prêt à lancer une nouvelle attaque.

“Daozhang Xiao XingChen, veux-tu toujours entendre l’autre moitié de l’histoire que je n’ai pas terminé ?

“Non.” protesta Xiao XingChen.

Bien qu’il ait refusé, sa tête s’inclina légèrement vers l’avant et son épée s’arrêta également. Xue Yang répondit :

« Bien, je vais quand même te la raconter. Après avoir écouté, si tu penses toujours que c’est de ma faute, tu pourras faire ce que tu voudras. »

Il essuya nonchalamment la blessure sur son estomac, la comprimant pour qu’elle ne saigne pas excessivement, et entama :

« L’enfant avait aperçu l’homme qui l’avait trompé pour l’amener à prendre la lettre. Il se sentait à la fois frustré et heureux. Il se jeta sur l’homme en pleurant, et lui dit : J’ai apporté la lettre, mais les pâtisseries avaient disparu et j’ai été battu. Peux-tu me donner une autre assiette ?

« L’homme avait l’air d’avoir été attrapé par le plus bagarreur et d’avoir été lui aussi frappé. Son visage était blessé. Voyant le sale petit enfant s’accrocher à sa jambe, il ne put s’empêcher d’éprouver de l’agacement et le repoussa aussitôt.

« Il grimpa sur une charrette à bœufs et dit au chauffeur de partir sur-le-champ. L’enfant se releva du sol et continua de courir après la charrette. Il voulait vraiment manger l’assiette de pâtisseries sucrées. Après l’avoir finalement rattrapé, il agita les bras devant le chariot pour qu’ils s’arrêtent. L’homme était trop irrité par ses pleurs. Arrachant le fouet du conducteur, il le frappa à la tête et le jeta à terre. »

Il prononça un mot à la fois :

« Et puis, les roues de la charrette roulèrent sur la main de l’enfant, un doigt à la fois. »

Xiao XingChen ne pouvait pas voir, mais Xue Yang leva tout de même la main gauche vers lui :

« Il avait sept ans ! Les os de sa main gauche ont été écrasés, tandis qu’un doigt a été broyé sur le coup et réduit en un amas de chair abîmée. Cet homme était le père de Chang Ping.

« Daozhang Xiao XingChen, tu étais si juste, si sérieux quand tu m’as ramené à la Tour des Carpes Dorées ! Tu m’as condamné et m’a demandé pourquoi j’avais anéanti une secte entière, juste sur la base de quelques suspicions. Serait-ce parce que ce n’étaient pas vos doigts que vous étiez tous incapables de ressentir la douleur ?! Vous n’imaginiez pas à quel point des hurlements résonnent horriblement quand ils sortent de votre propre bouche ? Pourquoi ne lui avez-vous pas demandé pourquoi il avait décidé de s’amuser à mes dépens sans la moindre raison ?! Le Xue Yang actuel vous a été offert par le défunt Chang CiAn ! Le clan YueyangChang n’a récolté que ce qu’il a semé !

— Chang CiAn a brisé l’un de tes doigts par le passé. Si tu voulais te venger, tu aurais pu lui en briser un en retour, répondit Xiao XingChen comme s’il ne pouvait croire les mots de Xue Yang. Si cela te tenait à cœur, tu aurais pu lui en briser deux, ou même les dix. Même si tu lui avais coupé un bras entier, les choses ne seraient pas allées aussi loin. Pourquoi a-t-il fallu que tu anéantisses le clan entier ? Ne me dis pas que cet unique doigt valait plus de cinquante vies humaines ! »

Xue Yang prit vraiment le temps de réfléchir à la question, comme s’il trouvait l’interrogation de Xiao XingChen étrange.

« Bien sûr. C’était mon doigt à moi, et c’était leurs vies à eux. Ils n’auraient jamais égalé sa valeur, peu importe le nombre de vies que j’aurais prises. Ce n’est qu’une cinquantaine. Comment cela aurait-il pu valoir rien qu’un de mes doigts ? » 

Xiao XingChen pâlissait à vu d’œil sous l’effet du ton plein d’assurance de Xue Yang. Il s’écria :

« Et les autres alors ?! Pourquoi avoir annihilé le temple Baixue? Pourquoi avoir rendu aveugles les yeux de Song ZiChen?!

— Dans ce cas, pourquoi m’avoir arrêté? rétorqua Xue Yang. Pourquoi t’être mis en travers de mes projets? Pourquoi avoir pris la défense de ces chiens du clan Chang ? Tu voulais aider Chang CiAn ? Ou Chang Ping ? Hahahaha, et comment Chang Ping pleurait de gratitude au début ? Et comment t’a-t-il plus tard supplié de ne pas l’aider ? Daozhang Xiao XingChen, cette affaire était de ta faute depuis le départ. Tu n’aurais pas dû te mêler des vertus et des péchés des autres. Qui avait raison, qui avait tort ; comment une personne extérieure serait-elle en mesure de comprendre ? Ou peut-être que tu n’aurais même pas dû quitter ta montagne, pour commencer. Ton maître, BaoShan SanRen, était en effet intelligente. Pourquoi ne l’as-tu pas écoutée et n’es-tu pas resté docilement cultiver dans les montagnes ? Si tu ne pouvais pas comprendre les affaires de ce monde, alors tu n’aurais pas dû venir ! »

C’était plus que Xiao XingChen ne pouvait en supporter. 

« Xue Yang, tu es vraiment… trop écœurant… »

À ces mots, l’éclat meurtrier qui n’avait pas fait briller depuis longtemps les yeux de Xue Yang réapparut.

« Xiao XingChen, c’est pour ça que je te hais, lâcha Xue Yang avec un rire amer. Les gens que je déteste le plus sont ceux qui, comme toi, se disent rigoureux, qui pensent qu’ils sont vertueux, précisément des idiots naïfs et stupides dans ton genre qui s’imaginent que le monde est meilleur simplement parce que vous avez accompli une bonne action ! Tu penses que je suis écœurant ? Très bien. Pourquoi je me soucierai que quelqu’un pense que je suis écœurant ? Mais, d’un autre côté, es-tu bien placé pour être dégoûté par ma personne? »

Xiao XingChen fit une pause.

« Que veux-tu dire? »

Le cœur d’A-Qing et de Wei WuXian s’apprêtait à bondir hors de leur poitrine !

Xue Yang continua avec un air affectueux :

« Récemment, nous n’avons pas été beaucoup en chasse nocturne pour tuer des cadavres ambulants, n’est-ce pas? Mais, il y a quelques années, n’allions-nous pas en tuer quelques uns très régulièrement? »

Les lèvres de Xiao XingChen tremblèrent, comme s’il se sentait légèrement mal à l’aise. 

« Pourquoi mentionnes-tu cela maintenant?

— Rien de spécial, je t’assure. C’est juste vraiment dommage que tu sois aveugle. Tu t’es arraché les yeux, donc tu ne pouvais pas voir ces “cadavres ambulants” que tu as tué. Ils étaient si terrifiés, si affligés quand tu embrochais leurs cœurs. Certains se mettaient même à genoux et pleuraient et s’inclinaient pour que tu épargnes les jeunes et les vieillards de leur famille. Si je ne leur avais pas coupé la langue, je parie qu’ils auraient brailler et hurler : “Daozhang, épargne-nous!” »

Xiao XingChen se mit à trembler de la tête aux pieds.

Après quelques instants, il parvint à lâcher :

« Tu m’as dupé. Tu voulais me duper.

— Oui, je t’ai dupé. Je t’ai trompé depuis le début. Personne n’aurait pu penser que tu m’aurais cru lorsque je te trompais, mais maintenant que je dis la vérité, tu ne veux pas me croire? »

Xiao XingChen tituba en direction de Xue Yang en donnant des coups d’épée et en criant :

« Tais-toi! Tais-toi! »

Xue Yang pressa son abdomen. D’une brève poussée de la main gauche, il recula calmement. L’expression de son visage n’avait plus rien d’humain. Ses yeux arboraient une lueur malveillante. Avec sa canine qui pointait quand il souriait, il ressemblait à un monstre incarné.

« Très bien ! cria-t-il. Je me tais. Si tu ne me crois pas, tu n’as qu’à livrer quelques échanges avec la personne qui se tient derrière toi. Vois donc avec lui si je cherche à te duper ou non!  »

Une épée fendit l’air en direction de Xiao XingChen. Celui-ci la bloqua évidemment avec Shuanghua. Lorsque les deux épées s’entrechoquèrent, son visage se vida immédiatement de toute expression.

Ou plutôt, il était tout aussi correct de dire que son corps se transforma instantanément en une statue d’un homme qui dépérissait.

Avec la prudence la plus extrême, Xiao XingChen demanda :

« … Est-ce toi, ZiChen? »

Il ne reçut aucune réponse.

Le cadavre de Song Lan se tenait derrière lui, comme s’il l’observait, mais ses yeux étaient dénués de pupilles. Il tenait l’épée qui avait heurté Shuanghua.

Ces deux-là avaient naturellement appris l’un de l’autre en échangeant des passes d’épées. Même si les deux armes n’avaient fait que s’entrechoquer, Xiao XingChen était capable de reconnaître l’autre juste par la force de son attaque. Pourtant, Xiao XingChen semblait incertain. Il se retourna lentement et tendit une main tremblante, tâtant la lame de Song Lan.

Song Lan ne fit pas un mouvement. La main de Xiao XingChen remonta l’arme depuis son extrémité. Finalement, une caresse après l’autre, il retraça les caractères “Fuxue” gravés sur l’épée.

Le visage de Xiao XingChen devint livide.

Au bord de la stupéfaction, il touchait la lame de Fuxue, sans même remarquer qu’il s’était égratigné la paume. Il tremblait tant que sa voix semblait en être brisée.

« … ZiChen… Daozhang Song… Daozhang Song.. Est-ce toi…? »

Song Lan le fixait, toujours sans un bruit.

Les deux taches terrifiantes imbibaient déjà les bandages qui couvraient les yeux de Xiao XingChen d’un sang qui semblait ne plus pouvoir s’arrêter de couler. Il voulut tendre la main et toucher la personne qui tenait l’épée, mais il avait trop peur, levant le bras puis l’abaissant. Des vagues de chagrin se propageaient dans la poitrine d’A-Qing. Elle, tout comme Wei WuXian, n’arrivait pas à respirer, et des larmes coulèrent de ses yeux.

Xiao XingChen demeura là où il était, incapable de savoir que faire ensuite.

«… Que s’est-il passé…? Dis quelque chose… »

Il était totalement effondré.

« Quelqu’un peut-il dire quelque chose ?! »

En réponse à son souhait, Xue Yang parla.

« Ai-je besoin de te dire qui était exactement le cadavre ambulant que tu as tué hier ? »

Un bruit métallique résonna.

Shuanghua était tombée à terre.

Xue Yang éclata de rire

Xiao XingChen se tenait devant Song Lan, vidé de toute énergie. Il prit sa tête entre les mains, et gémit à s’en déchirer les poumons.

Xue Yang riait si fort que des larmes se formaient aux coins de ses yeux.

« Qu’est-ce qui ne va pas ?! gronda-t-il. Es-tu si touché de revoir ton vieil ami que tu en pleures ! Veux-tu le prendre dans tes bras ?! »

A-Qing se couvrit la bouche de toutes ses forces, refusant de laisser échapper le moindre de ses sanglots et de ses geignements. Dans la maison funéraire, Xue Yang faisait les cent pas en jurant d’un ton effrayant mêlant colère et extase.

« Sauver le monde! Quelle blague. Tu ne peux même pas te sauver toi-même! »

Une série de douleurs aiguës traversa le crâne de Wei WuXian. Cette fois, la douleur n’était pas celle de l’âme d’A-Qing. 

Abattu, Xiao XingChen tomba à genoux aux pieds de Song Lan. Il se recroquevilla, comme s’il voulait se réduire à un petit amas quelconque, voire même disparaître du monde. Ses robes aussi immaculées que la neige étaient déjà recouvertes de poussière et de sang. Xue Yang lui hurla :

« Tu n’as rien pu faire, tu as échoué lamentablement, tu es le seul à pouvoir en être blâmé : tu as cherché tout ça ! »

À cet instant, Wei WuXian se reconnut dans Xiao XingChen.

Lui qui avait échoué lamentablement tandis qu’il se tenait debout et couvert de sang, lui qui n’avait rien pu faire si ce n’était accepter silencieusement les critiques et les accusations, lui qui était totalement au-delà de tout espoir, qui ne pouvait que pleurer de désespoir !

Les bandages blancs étaient désormais entièrement rouges. Le visage de Xiao XingChen était maculé de sang. Sans ses yeux pour pleurer, il ne pouvait que saigner des larmes écarlates. Trompé, durant des années, il avait pris son ennemi pour un ami et toute sa gentillesse avait été piétinée sans ménagement. Il pensait exorciser des fantômes mais ses mains étaient couvertes du sang des innocents. Il avait même tué son ami le plus proche

Il ne pouvait que gémir de douleur

« Je t’en prie. Laisse-moi partir.

 — Ne voulais-tu pas me tuer avec ton épée il y a à peine un instant ? Pourquoi me supplies-tu de te laisser partir, maintenant? »

Il savait pertinemment qu’avec la protection du cadavre de Song Lan,  Xiao XingChen ne pouvait lever son épée contre lui.

Il avait encore gagné. C’était une victoire incontestable

Soudan Xiao XingChen s’empara de Shuangha qui gisait au sol. Tournant la lame vers lui, il plaça le fil de l’épée contre sa gorge. Le flash brillant et argenté d’un coup d’épée fit briller les yeux sombres et ternes de Xue Yang.

La prise de  Xiao XingChen se détendit. Un sang écarlate dégoulinait de Shuanghua.

Juste après l’écho clair de l’épée tombant au sol, les mouvements comme le rire de Xue Yang s’interrompirent.

Après un moment de silence, il s’approcha du corps immobile de Xiao XingChen. Il baissa la tête les yeux injectés de sang, tandis que son sourire fourbe s’affaissait peu à peu. Wei WuXian ignorait s’il s’imaginait des choses, mais il lui avait semblé  voir le bord des yeux de Xue Yang s’humidifier.

Immédiatement après, il lui lança un regard noir et lâcha, les dents serrées :

« Tu m’as obligé à faire ça ! »

Il éclate un d’un rire sombre et se déclara à lui-même :

« Un mort, c’est bien mieux ! Seuls les morts obéissent. »

Xue Yang vérifia le souffle de Xiao XingChen et prit son pouls, comme s’il pensait qu’il n’était pas assez mort, qu’il n’était pas assez rigide. Il se releva, se rendit dans la chambre à côté et en rapporta une bassine d’eau. À l’aide d’un linge propre il nettoya tout le sang sur le visage de Xiao XingChen. Il changea même les bandages usés, enroulant avec soin les bandes neuves autour de sa tête.

Il dessina un sort par terre, prépara le matériel dont il avait besoin, et plaça consciencieusement  Xiao XingChen à l’intérieur. Il ne se souvint finalement de sa propre blessure à l’abdomen qu’après avoir fait tout cela.

Songeant probablement qu’ils allaient tous les deux se retrouver dans peu de temps, son humeur s’améliora graduellement. Il ramassa les fruits et les légumes qui étaient éparpillées au sol et les rangea à nouveau dans le panier. Par une rare et soudaine envie de faire du zèle, il fit même le ménage dans la maison et plaça une nouvelle couche de paille au fond du cercueil d’A-Qing.  En tout dernier il sortit le bonbon que Xiao XingChen lui avait donné le soir précédent.

Juste au moment où il s’apprêtait à le mettre dans sa bouche,  il s’accorda un moment de réflexion. Réprimant son envie il le rangea à nouveau. Ennuyé, tenant son menton d’une main, il attendit que Xiao XingChen se relève.

Mais  cela ne se produisit pas.

Le ciel s’assombrissait,  au même titre que l’expression de Xue Yang. Il tapotait ses doigts contre la table avec irritation.

Quand la nuit fut complètement tombée, il assena un coup de pied à la table et jura. Il se releva, s’accroupit devant le corps de Xiao XingChen et vérifia le sort et les incantations qu’il avait tracé. Après plusieurs vérifications, il confirma qu’il n’y avait aucun problème. Cependant après avoir froncé les sourcils pendant un certain temps, il les effaça néanmoins complètement pour les redessiner intégralement.

Cette fois, Xue Yang s’assit directement par terre, contemplant Xiao XingChen, patiemment. Les jambes d’A-Qing étaient complètement engourdies. Elles la chatouillaient et lui faisaient mal, comme si des milliers de fourmis les dévoraient. De plus, ses yeux étaient gonflés à force de pleurer, et sa vision était floue.

Ce ne fut que deux heures plus tard que Xue Yang comprit finalement que la situation était hors de son contrôle.

Il posa la main contre le front de Xiao XingChen et ferma les yeux, tout à son analyse. Il les rouvrit quelques instants après.

Wei WuXian savait. Il ne détectait sans doute rien de plus que quelques fragments d’âme.

Et une âme qui avait été brisée à ce point ne pouvait être utilisée pour créer un cadavre enragé.

Xue Yang ne s’était certainement pas attendu à cela. Son visage pourtant constamment souriant était pour la première fois vide de toute émotion.

Sans réfléchir, alors qu’il était déjà trop tard, il pressa ses mains contre la blessure au cou de Xiao XingChen. Cependant tout son sang s’était déjà écoulé et son visage était plus blanc que du papier. De larges caillots de sang rouge-sombre avaient séché sur son cou. Couvrir la blessure ne servait à rien.

Xiao XingChen était mort. Définitivement.

Même son âme avait éclaté en mille morceaux.

L’enfant dans l’histoire de Xue Yang, qui avait pleuré parce qu’il ne pouvait pas manger de pâtisseries, était bien différent de sa version actuelle. Il était presque impossible de faire le lien entre les deux. Pourtant à cet instant, Wei WuXian voyait enfin quelques traces de cet enfant ignorant et confus sur le visage de Xue Yang.

En un rien de temps, les yeux de Xue Yang s’injectèrent de sang. Il se redressa brusquement. Les deux mains serrées en poings, il saccagea la maison funéraire, à coups de pieds et de bras, mettant à sac la maison qu’il venait juste de nettoyer.

Après avoir tout détruit, il se calma à nouveau. Il s’accroupit là où il se trouvait et appela d’une voix faible :

« Xiao XingChen. »

Il poursuivit:

« Si tu ne te relèves pas, j’obligerai ton cher ami Song Lan à tuer des gens.

« Je tuerai tous les gens de la ville de Yi, je ferai d’eux des cadavres vivants.  Tu as vécu ici si longtemps. Tu ne t’en soucies vraiment pas?

« J’étranglerai la petite aveugle A-Qing et laisserai son cadavre en plein air pour qu’il soit dévoré par des chiens errants.»

A-Qing trembla en silence. 

Ne recevant aucune réponse, Xue Yang cria de rage :

«Xiao XingChen !»

Il tira le col de ce dernier même si cela ne servait à rien et le secoua plusieurs fois les yeux fixés sur le visage sans vie entre ses mains.

Soudain il tira sur le bras de Xiao XingChen et mit le cadavre sur son dos. Comme s’il avait perdu l’esprit, il répétait en murmurant :

 « Une pochette d’emprisonnement spirituel, une pochette d’emprisonnement spirituel, une pochette d’emprisonnement spirituel. J’ai besoin d’une pochette d’emprisonnement spirituel, une pochette d’emprisonnement spirituel, une pochette d’emprisonnement spirituel… »

Ce n’est que lorsqu’il s’éloigna suffisamment qu’A-Qing osa faire un infime mouvement.

Incapable de garder l’équilibre, elle tomba par terre, et ne fut capable de se relever qu’après avoir passé un certain temps à se tordre de douleur. Elle parvint à avancer de quelques pas. Au fur et à mesure que ses muscles s’étiraient, elle marchait de plus en plus vite jusqu’à finalement se mettre à courir.

Après avoir tant couru que la ville de Yi se trouvait loin derrière elle, elle versa les larmes qu’elle avait retenu au fond d’elle-même.

« Daozhang! Daozhang! Aaah, Daozhang!…»

La scène changea brusquement et ils se retrouvèrent autre part.

À ce moment-là, A-Qing était probablement déjà en fuite depuis quelques jours. Elle se promenait dans une ville inconnue, tenant un bâton de bambou et prétendant une fois de plus être aveugle. Elle demanda à ceux qui s’approchaient d’elle :

« Excusez-moi, y a-t-il de grandes sectes dans le coin ? »

« Excusez-moi, y a-t-il des gens vraiment puissants par ici ? Des gens puissants qui cultivent. »

Wei WuXian songea, “Elle cherche des gens pour pouvoir l’aider à venger Xiao XingChen.”

Malheureusement, personne ne prit ses questions au sérieux. Ils s’en allaient souvent après quelques phrases sans conviction. A-Qing n’était pas découragée pour autant. Elle poursuivit inlassablement, même si on la chassa la plupart du temps. Voyant qu’elle ne pouvait obtenir aucune réponse ici, elle partit et emprunta un chemin plus court.

Elle avait marché et interrogé les gens un jour entier. Épuisée, elle traîna ses jambes lourdes vers un ruisseau. Elle plaça ses mains en coupe et but quelques gorgées, apaisant ainsi sa gorge sèche. Sur la surface de l’eau, son regard croisa la vision d’une épingle à cheveux en bois dans ses cheveux, et elle la récupéra.

En la contemplant, A-Qing plissa les lèvres, voulant de nouveau pleurer. Son estomac grogna, et elle sortit une petite pochette d’argent blanche du revers de veste. C’était celle qu’elle avait dérobée à Xiao XingChen. Elle en tira ensuite un petit bonbon et le lécha avec soin. Après en avoir goûté la douceur du bout de la langue, elle le remit à sa place.

C’était le dernier bonbon que Xiao XingChen lui avait donné.

A-Qing baissa les yeux et rangea le sac. D’un coup d’œil, elle découvrit soudain que l’ombre d’une autre personne se dessinait dans le reflet de l’eau.

Debout dans l’image renvoyée, Xue Yang lui souriait.

A-Qing s’enfuit aussitôt en trombe dans un cri de surprise.

Cela faisait un petit moment que Xue Yang se tenait derrière elle. Avec Shanghua dans sa main, il ouvrit les bras et simula un mouvement de câlin. Il prit joyeusement la parole :

“A-Qing, pourquoi t’enfuis-tu ? Cela fait longtemps que nous ne nous sommes pas vu. Ne t’ai-je pas manqué ?

— Aidez-moi ! hurla A-Qing.

Hélas, c’était un chemin de montagne sombre. Personne ne viendrait l’aider.

Xue Yang arqua un sourcil :

« Il se trouve que je t’ai rencontré quand tu te renseignais en ville après que j’ai terminé mon travail à Yueyang. Quel merveilleux coup du sort ! En parlant de ça, ta comédie est superbe. Tu m’as dupé pendant si longtemps. Bien joué. »

A-Qing savait qu’elle n’avait aucune chance d’échapper à la mort cette fois. Après le choc, se disant qu’elle mourrait de toute façon, pourquoi ne pas mourir après avoir maudit autant qu’elle le souhaitait ? Retrouvant son audace, elle bondit et cracha :

« Espèce d’animal ! Misérable ingrat ! Tu vaux encore moins qu’un petit bâtard ! Tes parents ont dû faire l’amour dans une porcherie pour qu’un fils de pute comme toi naisse ! Tu n’es qu’un germe qui a grandi en mangeant de la merde ! »

Ayant eu l’habitude de parcourir les marchés, elle avait entendu plus qu’un tas de malédictions et de disputes. Elle proféra toutes les vulgarités qui lui venaient à l’esprit. Xue Yang se contenta de sourire et d’écouter :

« Tu es douée pour ça, n’est-ce pas ? Pourquoi ne t’ai-je pas entendue si grossière devant Xiao XingChen ? T’en as d’autres en réserve ? »

— Va te faire foutre, saleté éhontée ! poursuivit A-Qing. Et tu oses encore parler de Daozhang et tenir l’épée de Daozhang ! T’en crois-tu digne ? Tu salis ce qui lui appartenait ! »

Xue Yang leva Shuanghua de la main gauche :

« Oh ! tu veux parler de ça ? C’est à moi maintenant. Penses-tu que ton daozhang était plus propre ? Après ça, il sera aussi mon… »

— Espèce de merde ! Tu rêves ! Tu n’as aucun droit de qualifier Daozhang d’impur. Tu n’es qu’une mare de bave ! Daozhang doit être l’homme le plus malchanceux au monde pour t’avoir rencontré ! Tu es le seul à être sale ! Ce n’est qu’un bassin de crachat dégoûtant comme toi ! »

L’expression de Xue Yang s’assombrit finalement.

Après avoir vécu pendant si longtemps sur le fil du rasoir, maintenant que le moment était enfin arrivé, A-Qing se sentait étrangement soulagée.

Xue Yang proféra sur un ton froid :

« Puisque tu aimes tant faire semblant d’être aveugle, pourquoi ne le deviendrais-tu pas réellement ? »

D’un geste de la main, une sorte de poudre lui gicla au visage et pénétra dans ses yeux. Immédiatement, tout ce qu’elle pouvait voir devint d’un rouge sanglant, puis fit place aux ténèbres.

Piquée par la douleur ardente, A-Qing poussa un cri à glacer les sangs. La voix de Xue Yang retentit de plus belle :

« Tu es trop bavarde. Tu n’auras plus besoin de ta langue non plus. »

Les tintements nets de la clochette d’argent chantèrent comme s’ils étaient juste à côté de Wei WuXian, mais il restait immergé dans les émotions d’A-Qing, incapable de retrouver ses sens. Sa tête lui tournait également.

Lan JingYi agita la main devant lui :

« Il n’y a pas de réaction ? Et s’il avait perdu la boule ? »

— J’ai déjà prévenu qu’Empathie est une technique très dangereuse ! rappela Jin Ling.

— C’est parce que tu avais la tête était dans les nuages et que tu n’as pas agité la clochette à temps”, le réprimanda Lan JingYi.

Le visage de Jin Ling se figea :

« Je… »

Heureusement, Wei WuXian se réveilla enfin. Il se leva contre le cercueil. A-Qing, ayant déjà quitté son corps, il s’appuya dessus. Les garçons l’encerclèrent comme une portée de porcelets et se mirent à parler tous en même temps :

« Il est debout, il est debout ! »

« Ouf, il n’a pas perdu ses esprits.

« N’avait-il pas déjà perdu la raison avant ? »

« Ne dis pas de bêtises ! »

En entendant tous ces bavardages bruyants autour de ses oreilles, Wei WuXian intervint :

« Ne soyez pas si bruyant. J’ai mal à la tête. »

Ils se calmèrent aussitôt. Wei WuXian regarda vers le bas, tendit la main dans le cercueil et ouvrit légèrement les cols de Xiao XingChen. Comme il s’y attendait, à son cou, il y avait une blessure mince mais mortelle.

Wei WuXian soupira en silence et se tourna vers A-Qing :

« Merci pour tout. »

La raison pour laquelle le fantôme d’A-Qing était aveugle, mais qu’elle n’était pas aussi lente ou prudente que les autres aveugles, était qu’elle ne l’était devenue vraiment que peu de temps avant sa mort. Avant, elle avait toujours été une jeune fille rapide et vivante.

Durant ces années, elle s’était cachée seule dans le brouillard de la ville de Yi, allant furtivement à l’encontre de Xue Yang en effrayant les humains qui étaient entrés dans la ville et en les avertissant, les dirigeant dehors. De combien de courage et de dévouement avait-elle dû faire preuve pour y arriver ?

En marge du bord du cercueil, A-Qing joignit ses paumes ensemble et salua Wei WuXian une paire de fois. Puis, se servant de son bâton de bambou comme d’une épée, elle esquissa des gestes voulant dire « tuer, tuer, tuer, tuer » comme elle l’avait toujours fait dans sa vie.

Wei WuXian répondit :

“Ne t’inquiète pas.”

Il se tourna vers les disciples et indiqua :

“Restez tous ici. Les cadavres ambulants de la ville ne devraient pas être capables de venir ici. Je serai bientôt de retour.””

Lan JingYi ne put s’empêcher de demander :

“Mais qu’as-tu vu exactement durant ‘Empathie’ ?

— C’est une trop longue histoire. Je vous la raconterai plus tard.

— Ne peux-tu pas résumer ? protesta Jin Ling. Ne nous laisse pas sur un suspens !

— Pour faire court, Xue Yang doit mourir” répondit Wei WuXian.

Au milieu du brouillard dense qui s’étendait à perte de vue, les coups de bâton d’A-Qing lui ouvraient la voie. Les deux hommes bougeaient rapidement et étaient immédiatement retournés sur les lieux du combat.

Lan WangJi et Xue Yang étaient déjà dehors. Les éclats de l’épée de Bichen et de Jiangzai s’entrechoquaient — la bataille était entrée dans une phase critique. Bichen était calme et sereine, prenant le dessus, tandis que Jiangzai s’acharnait sur elle comme un chien enragé, parvenant malgré tout à suivre le rythme. Cependant, dans le brouillard blanc épouvantable, Lan WangJi peinait à voir, alors que Xue Yang qui avait vécu tant d’années dans la ville comme A-Qing, était capable de savoir où il était même en fermant les yeux. Ainsi, le combat était dans l’impasse. Des notes du guqin tonnaient parfois dans le brouillard, repoussant les groupes de cadavres ambulants qui voulaient s’approcher. Au moment où Wei WuXian s’apprêtait à sortir sa flûte, deux silhouettes noires s’écrasèrent devant lui tels deux pagodes de fer. Wen Ning pressait Song Lan sur le sol. Les deux cadavres se tenaient le cou l’un l’autre avec leurs mains, leurs articulations craquant bruyamment.

“Maintiens-le au sol !” commanda Wei WuXian.

Il se baissa et trouva rapidement les extrémités des deux clous ancrés dans la tête de Song Lan. Il éprouva un soulagement immédiat. Les clous étaient beaucoup plus minces que ceux du crâne de Wen Ning et le matériau utilisé était également différent. Il ne devait pas être trop difficile de ramener Song Lan à la conscience. Il attrapa les deux bouts et commença à les extirper lentement. Song Lan, sentant des objets étranges frémir dans sa tête, élargit les yeux et grogna à voix basse. Wen Ning se contenta de l’empêcher de se libérer après avoir exercé un peu plus de force sur lui. Quand les clous furent arrachés, d’un coup, il s’effondra sur le sol et cessa de bouger, comme s’il s’agissait d’une marionnette dont les fils avaient été coupés.

Soudain, un rugissement furieux retentit de là où les deux combattaient.

“Rends-le moi!”

Chapitre 40|Index|Chapitre 42

2 commentaires sur “Mo Dao Zu Shi – Chapitre 41”

  1. La terrible vérité dévoilée….

    Ah ouais, un coup dans le ventre, ça doit pas faire du bien ! Tant mieux !
    Est-ce qu’au moins il sent la douleur ?!

    Pour un doigt c’est chère payer !

    Oui, écoeurant… Xue Yang est écoeurant ! è.é

    Xiao XingChen a le coeur brisé ! Son Song Lan tué de sa main… :'(

    *verse une petite larme pour Xiao XingChen*

    Xue Yang doit avoir beaucoup aimé Xiao XingChen (à sa manière) pour être dans cet état…

    J’appréhende la fin de A-Qing…

    Sacré vocabulaire ma petite !

    [Il y a un moment en trop dans cette phrase vers la fin du chapitre: – C’est parce que tu avais la tête était dans les nuages et que…]

    Comme une portée de porcelets !! Hahaha !

    Oui, vraiment, A-Qing a été courageuse même après sa mort !

    Le retour de Song Lan !

    Merci beaucoup pour ce chapitre (triste) !
    Happy Halloween !

  2. J’ai trouvé ce chapitre bouleversant !
    Merci pour les traductions, dommage que le livre original ne soit pas édité aussi en français, je l’aurai acheté avec plaisir.

Laisser un commentaire