Mo Dao Zu Shi – Chapitre 42

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Traduction par NoirSoleil, correction par Keliane

Chapitre 42 – Herbes – Partie dix

L’épée de Lan WangJi avait transpercé le torse de Xue Yang. Non seulement il saignait, mais la pochette d’emprisonnement spirituelle qu’il avait caché dans son col avait également été dérobée par la pointe de Bichen. Wei WuXian, cependant, ne pouvait voir ce qui se passait.

« Xue Yang ! Que veux-tu qu’il te rende ? Shuanghua ? Ce n’est pas comme si Shuanghua était ton épée à la base, pourquoi demandes-tu qu’on te la “restitue” ? N’as-tu aucune gêne ? »

Xue Yang éclata de rire.

« Wei-qianbei, tu ne veux vraiment pas faire preuve de la moindre pitié envers moi, pas vrai ?

— Continue de rire. Même si tu meurs en riant, tu ne pourras reconstituer l’âme de Xiao XingChen. Tu l’as tant dégoûté, et tu veux tout de même le ramener pour faire joujou avec lui.

— Qui veut faire joujou avec lui ! se récria Xue Yang.

— Dans ce cas, pourquoi m’as-tu supplié à genoux de t’aider à réparer son âme ? »

Bien entendu, quelqu’un d’aussi vif que Xue Yang savait bien que Wei WuXian cherchait volontairement à le divertir, d’abord pour qu’il soit distrait par sa colère, et aussi pour lui faire hausser le ton afin que Lan WangJi puisse savoir où il était et l’attaquer. Même en sachant cela, il répondit malgré lui, d’une voix cruelle :

« Pourquoi ai-je fait cela ? Ah ! Comment peux-tu ne pas t’en douter ? Je veux faire de lui un cadavre enragé, un mauvais esprit, pour pouvoir le contrôler ! Ne voulait-il pas être un homme de vertu ? Dans ce cas, je ferai en sorte qu’il ne cesse jamais de tuer, et, de cette façon, il ne sera jamais en paix ! » 

— Mmh ? Tu le hais tant que ça ? Alors pourquoi avoir tué Chang Ping ?

— Pourquoi ai-je tué Chang Ping ? Est-ce vraiment nécessaire de le demander, Patriarche de Yiling ?! Ne te l’ai-je pas dit ? J’ai dit que j’allais éradiquer l’intégralité du clan YueyangChang, et que je ne laisserai même pas un chien derrière ! »

Chaque fois qu’il parlait, c’était comme s’il annonçait où il se trouvait. Les bruits de lame traversant la chair s’enchaînaient, mais l’endurance à la douleur de Xue Yang était bien supérieure à celle des gens normaux. Wei WuXian avait vu durant l’Empathie que même s’il était transpercé en plein ventre, il pouvait rire comme si de rien n’était.

« C’est une excellente excuse que tu nous as trouvé là. Malheureusement, le temps que tu as mis n’est pas cohérent. Quelqu’un comme toi qui cherche vengeance pour la moindre broutille et tue de façon aussi impitoyable, n’aurait pas attendu toutes ces années pour éradiquer un clan, pas vrai ? Tu sais pourquoi tu as tué Chang Ping.

— Alors, dis-moi. Que sais-je ? Que sais-je ?! »

Il avait hurlé la dernière phrase. Wei WuXian continua :

« Tu ne l’as pas seulement tué. Pourquoi avoir choisi le lingchi, la forme de torture qui représente la “punition” ? Si tu te vengeais pour toi-même, pourquoi avoir utilisé Shuanghua plutôt que Jiangzai ? Pourquoi lui avoir arraché les yeux, et l’avoir rendu comme Xiao XingChen ?

— Ça n’a aucun sens ! Absolument aucun sens ! s’écria Xue Yang à s’en briser la voix. C’était une vengeance — pourquoi donc l’aurais-je laissé avoir une mort douce ?

— Tu accomplissais en effet une vengeance, mais qui vengeais-tu en réalité ? Quelle blague ! Si tu voulais accomplir une vengeance, celui à qui tu aurais dû faire subir le lingchi, c’est toi-même ! »

Il entendit deux woosh, et le bruit sec d’un objet qui tranchait l’air se dirigea droit vers lui. Wei WuXian ne tressaillit même pas. Wen Ning bondit devant lui et intercepta deux clous qui brillaient d’une froide et sombre lumière. Xue Yang éclata d’un rire horrifiant, pareil au hululement d’une chouette. Il cessa brusquement de rire, et se calma. Il arrêta de prêter attention à Wei WuXian et reprit son combat contre Lan WangJi à travers la brume.

“Le petit délinquant est si plein de vitalité,” songea Wei WuXian. “C’est comme s’il ne ressentait pas la douleur du tout et qu’il se portait bien peu importe où il reçoit ses blessures. Si seulement il parlait un peu plus et que Lan Zhan le touchait encore quelques fois supplémentaires. Je suis sûr qu’il ne serait plus capable de sauter dans tous les sens après qu’on lui ait coupé les bras et les jambes. Mais, malheureusement, il ne mord plus à l’hameçon !”

Soudain, une série de coups secs retentit dans la brume.

Réfléchissant à toute vitesse, Wei WuXian s’écria :

« Lan Zhan, attaque là où les coups de canne se font entendre ! »

Lan WangJi s’élança immédiatement. Xue Yang lâcha un gémissement étouffé. Un moment après, la canne de bambou toqua à nouveau, quelques mètres plus loin !

Lan WangJi continua à attaquer là où le bruit retentissait.

« Petite Aveugle, menaça Xue Yang, ne crains-tu pas que je te réduise en morceaux, à me suivre partout ainsi ? »

Depuis qu’elle avait été tuée par Xue Yang, A-Qing s’était toujours cachée de façon à ce qu’il ne la trouve pas. Cependant, pour une raison ou pour une autre, Xue Yang ne se souciait pas d’un tel fantôme, comme s’il la trouvait trop faible pour s’en inquiéter. Mais à présent, A-Qing suivait Xue Yang comme son ombre. En frappant avec sa canne et en révélant sa position, elle indiquait à Lan WangJi où il devait attaquer !

Les mouvement de Xue Yang étaient extrêmement rapides. Il changeait instantanément de position. De son vivant, A-Qing avait aussi été une coureuse rapide. Maintenant qu’elle était un fantôme, elle restait collée à lui, telle une malédiction. Elle frappait sa canne contre le sol aussi vite qu’elle le pouvait. Le son sec s’élevait tantôt près, tantôt loin, à gauche comme à droite, devant ou derrière. Il ne pouvait y échapper. Dès qu’il retentissait, l’éclat de Bichen suivait immédiatement !

Au début, Xue Yang évoluait dans le brouillard comme un poisson dans l’eau. Il pouvait s’y cacher et faire des attaques surprises à sa convenance. Cependant, à présent, il devait aussi prêter attention à A-Qing pour se charger d’elle. Lâchant un juron, il jeta vivement un talisman derrière lui. Immédiatement après cette seconde de distraction, tandis qu’A-Qing poussait un hurlement strident à en glacer le sang, Bichen le transperça à travers le torse !

Bien que le fantôme d’A-Qing ait déjà été détruit par le talisman de Xue Yang et que les coups indiquant sa position s’étaient éteints, l’attaque avait été décisive. Xue Yang ne pouvait continuer à être aussi imprévisible qu’auparavant !

À travers la brume, on pouvait entendre les bruits d’une personne qui toussait et crachait du sang. Wei WuXian sortit une pochette d’emprisonnement spirituel pour sauver l’âme d’A-Qing. D’un pas lourd, Xue Yang marcha un moment, avant de brusquement se jeter en avant. Les mains tendues, il rugit :

« Donne-le moi ! »

La lumière bleutée de Bichen fendit les airs. Lan WangJi avait coupé net l’un de ses bras.

Du sang jaillit d’un coup. Sous les yeux de Wei WuXian, une large portion de brume blanche se teinta de rouge. L’odeur du sang était si présente qu’une simple inspiration laissait à sentir une odeur humide et ferreuse. Cependant, il ne s’en souciait pas le moins du monde. Il se concentrait uniquement sur le fait de trouver l’âme d’A-Qing, qui avait été éparpillée. Parallèlement, bien que Xue Yang n’émit pas un seul bruit, le bruit de ses genoux tombant lourdement au sol se fit entendre. Il semblait qu’il avait perdu tellement de sang qu’il s’était finalement effondré, incapable de faire un pas de plus.

Lan WangJi convoqua de nouveau Bichen. La prochaine attaque devait décapiter Xue Yang !

Néanmoins, brusquement, des flammes bleues jaillirent du sol couvert de brouillard et s’élevèrent jusqu’au ciel.

C’était les flammes d’un talisman de téléportation !

Wei WuXian savait que la situation n’était guère prometteuse. Sans se soucier des dangers dans la brume, il se précipita dans leur direction. Peu de temps après, il glissa presque sur le sol. Là où l’odeur était la plus forte, le sol était couvert d’un sang encore frais, issu du bras arraché à Xue Yang.

Cependant, Xue Yang n’était plus là.

Lan WangJi s’approcha.

« Le pilleur de tombe ? » interrogea Wei WuXian.

L’organe le plus vital de Xue Yang avait été touché par Bichen, et il avait également perdu un bras. D’après la quantité de sang perdu, il mourrait à coup sûr. Il aurait été impossible pour lui d’avoir encore assez de force et d’énergie spirituelle pour utiliser un talisman de téléportation.

Lan WangJi hocha légèrement la tête.

« J’ai touché trois fois le pilleur de tombe. Alors que sa capture était imminente, un groupe de cadavres ambulants a attaqué et lui a donné l’opportunité de s’enfuir.

— Bien qu’étant blessé, le pilleur de tombe a récupéré le corps de Xue Yang, même si ça lui a coûté une grande quantité d’énergie spirituelle, enchaîna Wei WuXian avec une expression sérieuse. Il savait probablement qui était Xue Yang et ce dont il était capable. S’il a emporté le corps de Xue Yang… c’est pour vérifier s’il portait le Sceau du Tigre Stygien sur lui. »

La rumeur disait qu’après “l’élimination” de Xue Yang, le Sceau avait été perdu. Mais, d’après la situation actuelle, il était plus que probable qu’il ait le sceau sur lui. Des dizaines de milliers de cadavres ambulants, et même de cadavres enragés, avaient été réunis dans la ville de Yi. Ils auraient été extrêmement difficiles à contrôler avec uniquement la poudre d’empoisonnement cadavérique et des clous dans le crâne. Seul le Sceau du Tigre Stygien pouvait expliquer comment Xue Yang les commandait comme il le souhaitait, leur ordonnant de lui obéir et d’attaquer pour lui. Quelqu’un d’aussi débrouillard et méfiant que lui n’aurait jamais laissé le Sceau du Tigre à un endroit hors de sa portée. C’était seulement en le gardant sur lui en permanence qu’il pouvait se sentir en sécurité. Quand le pilleur de tombe avait emmené son corps, il avait également emmené le Sceau avec lui.

Il n’y avait là pas matière à plaisanter du tout.

« Maintenant que la situation est ainsi, déclara gravement Wei WuXian, nous ne pouvons qu’espérer que le pouvoir du Sceau du Tigre que Xue Yang a restauré est limité. »

Soudain, Lan WangJi lui lança un objet avec souplesse.

Wei WuXian l’attrapa parfaitement.

« Qu’est-ce que c’est ?

— Le bras droit, » répondit Lan WangJi.

Il lui avait lancé une nouvelle pochette qiankun. Se remémorant finalement la raison pour laquelle ils s’étaient au départ rendus à la ville de Yi, Wei WuXian demanda d’un ton réjoui :

« Le bras droit de notre cher ami ?

— Mmh. »

En dépit de l’obstruction du pilleur de tombe, des groupe de cadavres ambulants, et de la brume épaisse, Lan WangJi avait quand même réussi à trouver le bras droit du cadavre. Wei WuXian était plus que ravi.

« Je n’en attendais pas moins de HanGuang-Jun ! le complimenta-t-il. Maintenant, nous avons de nouveau un pas d’avance sur eux. Quel dommage que ce ne soit pas la tête ! Je voulais voir à quoi ressemblait notre cher ami. Eh bien ! j’imagine qu’on le saura bien assez tôt… Où est Song Lan ? »

Après que le corps de Xue Yang ait disparu, le brouillard s’était mis à circuler plus vite. Il semblait s’être un peu dissipé, et les alentours étaient quelque peu plus visible. C’était pour cela que Wei WuXian avait subitement remarqué que Song Lan était parti. Là où il gisait auparavant, Wen Ning était toujours accroupi au sol et les observait d’un regard vague.

Lan WangJi porta à nouveau la main à Bichen, qu’il avait précédemment rengainée. Wei WuXian l’arrêta.

« Ça va aller. Il n’y a pas besoin de s’alarmer. Song Lan, enfin le cadavre enragé qui était là, n’a sans doute plus aucune intention meurtrière, sinon Wen Ning nous aurait alerté. Il est plus que probable qu’il ait repris conscience et qu’il soit parti de son propre chef. »

Il siffla. Wen Ning se leva et s’éloigna, sa silhouette disparaissant dans la brume. Le bruit des chaînes qui traînaient au sol s’atténua peu à peu avec la distance. Lan WangJi n’ajouta rien. Il se tourna calmement vers Wei WuXian.

« Allons-y. »

Juste au moment où ils s’apprêtaient à partir, Wei WuXian s’arrêta soudain.

« Attends. »

Il avait vu quelque chose au milieu de la flaque de sang.

C’était un bras arraché. Quatre doigts étaient refermés. Le petit doigt manquait.

Le poing était fermement serré.  Wei WuXian s’accroupit. Ce ne fut qu’en y mettant presque toutes se forces qu’il parvint à détendre les doigts un à un. Quand le poing fut ouvert, il découvrit qu’il tenait un petit bonbon. 

Le bonbon avait viré sombre. Il n’était assurément plus comestible.

Il avait été serré si fort qu’il avait presque été écrasé.

Wei WuXian et Lan WangJi retournèrent à la maison funéraire ensemble. Les portes étaient ouvertes. Comme ils s’y attendaient, Song Lan se tenait près du cercueil dans lequel reposait Xiao XingChen, les yeux fixés sur lui, la tête baissée.

Tous les disciples avaient tiré leurs épées. Ils s’étaient rassemblés sur le côté, et observaient avec prudence le cadavre enragé qui les avait attaqué un peu plus tôt. Lorsqu’ils virent que Wei WuXian et Lan WangJi étaient de retour, ce fût comme si on leur avait sauvé la vie, cependant, ils étaient trop apeurés pour émettre le moindre bruit, de crainte d’alarmer ou d’énerver Song Lan.

Wei WuXian s’avança dans la maison funéraire et fit les présentation à Lan WangJi :

« Voici Song Lan, Daozhang Song ZiChen. » 

Debout près du cercueil, Song Lan releva la tête et se tourna vers eux. Relevant le bas de ses robes, Lan WangJi franchit le haut seuil avec élégance, et hocha la tête.

Comme Song Lan avait repris conscience, ses pupilles étaient revenues également. Deux yeux noirs et limpides leur rendaient leurs regards.

Au fond des yeux qui avaient jadis appartenu à Xiao XingChen, débordait une tristesse profonde et indescriptible.

Ainsi, aucune question n’était nécessaire. Wei WuXian savait déjà. Il avait vu et se souvenait de tout ce qui s’était passé durant la période à laquelle Xue Yang avait fait de lui un cadavre enragé et l’avait commandé.

Peu importait à quel point ils l’interrogeraient, à quel point ils discuteraient ensemble, cela ne ferait que mettre en exergue sa douleur et son désespoir.

Après un moment de silence, Wei WuXian sortit deux pochettes d’emprisonnement spirituel de la même taille. Il les tendit à Song Lan.

« Daozhang Xiao XingChen et Demoiselle A-Qing. »

Bien qu’A-Qing avait été extrêmement effrayée par Xue Yang, quelques instants plus tôt, elle avait néanmoins suivi de près celui qui l’avait tuée, refusant de le laisser s’esquiver ou s’échapper jusqu’à ce que, finalement, il fut transpercé en plein cœur pas Bichen et reçoive ce qu’il méritait. Le talisman l’avait presque fait disparaître. Wei WuXian n’avait réuni que quelques fragments, même en cherchant et en les ressemblant autant que possible. Cependant, son âme était désormais en morceaux, de la même façon que celle de Xiao XingChen.

Chacun des deux faibles amas de fragments d’âmes étaient pelotonnés dans sa propre pochette d’emprisonnement spirituel. On pouvait presque s’imaginer que le moindre cahot les ferait se dissiper à l’intérieur. Les mains tremblantes, Song Lan les récupéra et les garda au creux de ses paumes.  Il n’osa même pas les prendre par leurs cordelettes, de peur de les balancer trop fort. 

« Daozhang Song, que comptes-tu faire du cadavre de Daozhang Xiao XingChen ? »

Tandis qu’une main tenait en coupe avec précaution les deux pochettes, Song Lan tira Fuxue avec l’autre et traça deux phrases sur le sol.

“Incinérer le corps. Partir à la recherche de l’âme.”

Puisque l’âme de Xiao XingChen était brisée à ce point, elle ne pouvait certainement pas retourner dans son corps, incinérer le cadavre n’était donc pas une mauvaise idée. Une fois le corps disparu et seulement une âme pure restante, après des soins diligents, peut-être le jour viendrait où il reviendrait de nouveau. Wei WuXian hocha la tête et poursuivit :

« Que comptes-tu faire ensuite ? »

Song Lan écrivit :

“Errer de par le monde avec Shuanghua. Exorciser les créatures maléfiques aux côtés de Xiao Xing Chen.”

Après une pause, il continua :

“Quand il se réveillera, dire ‘je suis désolé, ce n’était pas de ta faute’.”

C’était ce qu’il n’avait pas pu dire à Xiao XingChen avant de mourir.

Le brouillard de la ville de Yi disparaissait peu à peu. On pouvait déjà apercevoir les routes et les intersections. Lan WangJi et Wei WuXian conduisirent le groupe de disciples hors de la ville déserte. Devant les portes de la ville, Song Lan se sépara d’eux.

Il portait encore ses robes de cultivation noires. Seul, il portait deux épées, Shuanghua et Fuxue, transportait deux âmes, Xiao XingChen et A-Qing, et empruntait un nouveau chemin.

Différent de celui qui menait à la ville de Yi.

SiZhui fixa la silhouette qui s’éloignait.

« “Xiao XingCheng, la lune brillante, la douce brise ; Song ZiChen, la neige distante, le froid mordant”… Je me demande si ces deux-là parviendront à se retrouver. »

Wei WuXian marchait sur la route couverte d’herbes folles. Il aperçut soudain un carré d’herbe, et songea : “C’était là qu’à l’époque, Xiao XingChen et A-Qing avait récupérer Xue Yang.”

« Maintenant, tu dois nous dire ce que tu as vraiment vu pendant l’Empathie, d’accord ? déclara Lan JingYi. Pourquoi cette personne serait Xue Yang ? Pourquoi prétendait-il être Xiao XingChen ?

— Et aussi, était-ce le Général Fantôme ? Où est-il passé ? Pourquoi ne le voit-on plus ? Est-il encore dans la ville de Yi ? Pourquoi est-il apparu si subitement ? »

Wei WuXian prétendit qu’il n’avait pas entendu la deuxième série de questions et répondit :

« Eh bien ! c’est une histoire très compliquée… » 

Après avoir terminé de raconter l’histoire tout en avançant, tout le monde fut si déprimé que personne ne se souvint du Général Fantôme.

Lan JingYi fut le premier à fondre en larmes.

« Pourquoi une chose pareille existe ! se lamenta-t-il.

— Ce Xue Yang est une telle ordure ! fulmina Jin Ling. La mort est une fin trop douce pour lui ! Si Fée avait été ici, je le lui aurais fait mordre à mort ! »

Wei WuXian était terrifié. Si Fée avait été là, avant même que Xue Yang ne meurt, il serait lui même mort de peur.

Le garçon qui avait complimenté A-Qing pendant qu’il l’avait regardé à travers la fente de la porte titubait :

« Demoiselle A-Qing, oh, Demoiselle A-Qing ! »

Lan JingYi était celui qui pleurait le plus bruyamment. Il était disgracieux, mais cette fois, personne ne lui rappela de baisser la voix, puisque les yeux de Lan SiZhui étaient aussi rougis. C’était une chance que Lan WangJi ne l’ait pas réduit au silence.

« Nous devrions brûler un peu de monnaie funéraire pour Daozhang Xiao XingChen et Demoiselle A-Qing, suggéra Lan JingYi à travers la morve et les larmes. Il y a un village près du carrefour plus loin, pas vrai ? Achetons-y deux-trois choses et prions pour eux.

— Bien sûr, bien sûr, » acquiescèrent les autres.

Tandis qu’ils discutaient, ils arrivèrent au village. Lan JingYi et Lan SiZhui s’y précipitèrent avec impatience et rapportèrent au hasard quelques bâtons d’encens, des bougies et de la monnaie funéraire. Il se mirent sur le côté et construisirent une sorte de foyer avec des briques et des cailloux. Les garçon s’accroupirent autour du petit édifice et se mirent à brûler la monnaie funéraire, marmonnant tout en attisant le feu en l’éventant. Wei WuXian n’avait pas le moral non plus. Tout le long du chemin, il n’avait même pas plaisanté beaucoup. Néanmoins, voyant cela, il ne put se retenir davantage. Il se tourna vers Lan WangJi :

« HanGuang-Jun, regarde donc ce qu’ils font juste en face de la porte d’autres gens. Tu ne les arrêtes même pas.

— Tu peux les arrêter, répondit Lan WangJi d’un ton indifférent.

— Très bien. Je les disciplinerai pour toi. »

Il s’avança vers eux.

« Est-ce que j’imagine des choses ? Vous êtes tous des disciples de grandes sectes. Vos parents et vos proches ont dû vous apprendre que les morts ne recevaient pas la monnaie funéraire, non ? Pourquoi les morts auraient-ils besoin d’argent ? Ils n’en perçoivent rien. Et vous êtes en face de la porte de quelqu’un. Si vous les brûler là… »

Lan JingYi le chassa d’un geste de la main.

« Ouste, ouste. Tu bloques le vent. Le feu va s’éteindre. Et ce n’est pas comme si tu étais déjà mort, alors comment peux-tu savoir que les morts ne reçoivent pas la monnaie funéraire ? »

Le visage couvert de larmes et de suie, un autre garçon se tourna vers lui et renchérit :

« C’est vrai. Comment le saurais-tu ? Et si en réalité ils la recevaient ?

— Comment je le saurais ? » murmura Wei WuXian.

Bien sûr qu’il le savait ! 

Durant la décennie et quelque qu’il avait passé mort, il n’avait pas reçu le moindre billet funéraire !

Lan JingYi enfonça le couteau dans la plaie.

« Et même si tu n’en recevais pas, ce serait sans doute parce que personne n’en brûlerait pour toi. »

“Comment ça ?” s’interrogea Wei WuXian. “Étais-je vraiment un bon-à-rien pareil ? N’y a-t-il pas une seule personne qui a brûlé de la monnaie funéraire pour moi ? Est-ce vraiment parce que personne n’en a brûlé pour moi que je n’en ai pas reçu ?”

Plus il y pensait, et plus il se disait que c’était impossible. Il se retourna et chuchota à LanWangJi :

« HanGuang-Jun, as-tu brûlé de la monnaie funéraire pour moi ? Tu l’as fait, toi, au moins, pas vrai ? »

Lan WangJi lui jeta un coup d’œil. Il baissa les yeux, épousseta la poussière qui collait aux extrémités de ses manches, puis regarda au loin, silencieusement, sans lui accorder un seul mot en guise de réponse.

Tout en dévisageant son expression calme, Wei WuXian songea : “Vraiment ?”

Il n’avait vraiment rien brûlé ?!

Soudain, un villageois avec un arc dans le dos s’approcha. Il avait l’air assez énervé.

« Pourquoi brûlez-vous ça ici ? C’est devant chez moi. C’est de mauvais augure ! »

Ces garçons n’avaient jamais rien fait de tel auparavant et ne savaient pas qu’il était de mauvais augure de brûler de la monnaie funéraire devant la maison de quelqu’un. Ils présentèrent tous leurs excuses. Lan SiZhui se nettoya le visage à la hâte.

« Est-ce votre maison, juste-là ?

— Hé, gamin, fais attention à ce que tu dis. Ma famille vit ici depuis trois générations. Comment ça pourrait être autre chose que ma maison ? »

Au ton qu’il employait, Jin Ling s’énerva d’un coup et commençait à se redresser.

« Comment osez-vous nous parler ainsi ? »

Wei WuXian pressa sa tête et le fit se rasseoir.

« Je comprends, maintenant, reprit Lan SiZhui. Je suis désolé, je ne voulais rien sous-entendre avec la question que j’ai posé. C’est juste que, la dernière fois que nous sommes passés près de cette maison, nous avons vu un autre chasseur, c’est pour cela que nous étions confus.

— Un autre chasseur ? répéta le villageois, perplexe. Qu’entendez vous par un autre chasseur ? »

Il leva trois doigts.

« Cette maison est passé de main en main depuis trois générations. Il n’y a que moi, je n’ai pas d’autres frères ! Mon père est mort depuis longtemps et je ne suis pas marié, pas plus que je n’ai d’enfants. D’où viendrait un autre chasseur ?

— Il y en avait vraiment un ! » s’exclama Lan JingYi.

Il se leva à son tour, et continua :

« Il portait d’épaisses couches de vêtements et un grand chapeau, et était assis dans votre jardin et réparait son arc et ses flèches, comme s’il allait partir à la chasse peu de temps après. Quand nous sommes arrivés, nous lui avons même demandé notre chemin. C’est lui qui nous a dirigé vers la ville de Yi !

— Ça n’a aucun sens ! cracha le villageois. Vous l’avez vraiment vu dans mon jardin ? Il n’y a personne comme lui dans mon foyer ! À la ville de Yi, même les fantômes peuvent se battre contre des humains. Il vous a dirigé vers là-bas ? Il a plutôt essayé de vous tuer, oui ! La chose que vous avez vu est sûrement un fantôme ! » 

Il cracha plusieurs fois, pour évacuer sa colère, puis secoua la tête et se retourna pour partir. Les garçons restèrent sur place, à se regarder les uns les autres.

« Mais il était vraiment assis dans ce jardin, persista Lan JingYi. Je me souviens clairement  que… »

Wei WuXian dit quelques mots à Lan WangJi avant de se tourner vers eux :

« Vous comprenez, maintenant ? Quelqu’un vous a conduit à la ville de Yi. Le chasseur qui vous a indiqué cette direction n’était absolument pas un villageois. Il était déguisé et envoyé par quelqu’un avec de mauvaises intentions.

— Se pourrait-il que quelqu’un nous ait conduits jusqu’ici depuis l’affaire des cadavres de chats ? demanda Jin Ling. Le faux chasseur était-il celui qui a fait toutes ces choses ?

— Très probablement, répondit Wei WuXian.

— Pourquoi a-t-il mis tant d’efforts à nous diriger vers la ville de Yi ? se demanda Lan SiZhui.

— Nous l’ignorons pour l’instant. Mais, à partir de maintenant, soyez prudents, s’il vous plaît. Si vous tombez encore sur des faits aussi étranges, n’allez pas les traquer tout seul. D’abord, contactez vos sectes et collaborez avec un groupe important de personnes. Si HanGuang-Jun ne s’était pas trouvé lui aussi à la ville de Yi, vous auriez même pu mourir. »

Imaginant ce qui aurait pu leur arriver s’ils étaient restés coincés dans la ville de Yi, nombres de disciples sentirent leurs cheveux se dresser sur leur tête. Qu’importe s’ils avaient fini entourés par des hordes de cadavres ou s’étaient retrouvés face à Xue Yang : la situation aurait été terrifiante.  

Cheminant avec les disciples, après un moment, quand le ciel fut en grande partie sombre, Lan WangJi et Wei WuXian arrivèrent finalement à la ville où le chien et l’âne avaient été laissés.

La ville n’était pas seulement vivement éclairée, elle résonnait aussi des conversations des habitants. Les disciples s’exclamèrent que cela ressemblait enfin à un endroit habité par des êtres vivants.

Wei WuXian tendit ses bras vers l’âne et s’écria :

« P’tite Pomme ! »

P’tite Pomme brailla comme s’il était fâché. Immédiatement, Wei WuXian entendit les aboiements d’un chien. Il se précipita instantanément derrière Lan WangJi. Fée accourut aussi vers eux. Le chien et l’âne se tenaient à l’opposé l’un de l’autre, et grognait l’un sur l’autre. 

« Attachez-le, ordonna Lan WangJi. Il est l’heure de manger. »

Entraînant Wei WuXian qui était pratiquement collé à son dos, il monta au deuxième étage, à la suite du serveur de thé. Jin Ling et les autres voulurent les suivre, mais Lan WangJi se retourna et leur lança un regard indéchiffrable. Lan SiZhui indiqua immédiatement aux autres :

« Les chambres des aînés et des cadets devraient être séparées. Nous pouvons rester au premier étage. »

Lan WangJi hocha la tête et poursuivit son ascension, le visage aussi indifférent qu’à l’accoutumé. Jin Ling se tenait au milieu de l’escalier, incertain, se demandant s’il devait monter ou descendre. Wei WuXian se retourna et avec un large sourire, lui déclara :

« Les adultes et les enfants ne devraient pas rester ensemble. Il vaut mieux que tu n’assistes pas à certaines choses qui pourraient se passer.

— Qui veut y assister ! » se récria Jin Ling en grimaçant.

Lan WangJi demanda à un membre du personnel de préparer une table en bas pour le groupe de disciples et une chambre privée pour Wei WuXian et lui en haut. Ils s’assirent l’un en face de l’autre. 

« HanGuang-Jun, écoute-moi. Ta secte ne doit pas s’occuper seule des retombées de l’affaire de la ville de Yi. C’est une ville si grande. Si vous devez nettoyer toute la zone, ça vous coûtera énormément à de nombreux égards. Ce sera difficile. Shuzhong ne se trouve pas dans la juridiction de GusuLan de toute façon. Compte les disciples en bas et regarde à quel secte chacun appartient. Ces sectes devront aussi vous aider.

— Je prendrai cela en considération.

— Oui, fais-le, s’il te plaît. Tout le monde veut se battre pour les proies et mettre de côté les responsabilités. S’ils profitent de ta secte maintenant, même si c’est à leur avantage, ils pourraient ne pas en être reconnaissants ni comprendre pourquoi vous faites cela. Si cela venait à se répéter trop souvent, ils prendraient pour acquis que ta secte s’occupe toujours de ce genre de choses. C’est ainsi que fonctionne le monde. »

Après une pause, il poursuivit :

« Mais, en parlant de ça, ils n’ont vraiment pas eu de chance. La ville de Yi est trop isolée et il n’y a aucune tour de garde dans ses environs. Autrement, Jin Ling, SiZhui et les autres n’y se seraient pas précipités par accident. Les âmes de Demoiselle A-Qing et Daozhang Xiao XingChen ne seraient pas restées cachées pendant toutes ces années non plus. »

Grandes ou petites, il existait autant de sectes cultivationnelles que d’étoiles dans le ciel nocturne. La plupart se situaient dans des villes florissantes qui pouvaient être facilement accessibles ou sur des terres spirituelles aux magnifiques paysages. Cependant, elles étaient réticentes à s’installer à certains endroits isolés, où même les cultivateurs indépendants se rendaient rarement. Ainsi, quand des êtres maléfiques les hantaient, ceux qui vivaient là souffraient en général en silence, incapables de trouver de l’aide où que ce soit.

Quand le précédent chef de la secte LanlingJin, Jin GuangShan, était encore de ce monde, Jin GuangYao avait mis ce sujet sur le tapis. Cependant, cela impliquait de gros investissements et Jin GuangShan n’était pas follement enthousiaste à cette idée. De plus, à l’époque, l’autorité de LanlingJin n’était pas aussi puissante, ce sujet fut considéré comme peu important, et rien ne se fit.

Après que Jin GuangYao ait officiellement hérité de la position de chef de secte et soit devenu Cultivateur en Chef, il avait immédiatement réuni de la main d’œuvre et des ressources de toutes les sectes et s’était mis à concrétiser son objectif passé. Au début, les voix de l’opposition étaient assourdissantes. De nombreuses personnes soupçonnaient la secte LanlingJin de faire du profit sur leur dos et de se remplir les poches.  Toujours en souriant, Jin GuangYao persévéra pendant cinq années. Durant toutes ces années, il s’allia et se fâcha avec de nombreuses personnes. Usant de méthodes douces tout autant que coercitives, il fit tout ce qui était en son pouvoir et son souhait se réalisa enfin. Plus de mille deux cents “tours de garde” furent construites.

Ces tours étaient disséminées autour des lieux les plus isolés. À chacune d’elles étaient assignés des disciples de certaines sectes. Si quoi que ce soit d’étrange se produisait, ils entraient en action immédiatement. S’ils ne pouvaient venir à bout de la chose, ils envoyaient des messages aux autres sectes ou à des cultivateurs indépendants pour leur demander de l’aide. Même si les cultivateurs qui venaient voulaient quelque chose en échange de leurs services mais que la population locale était trop pauvre pour leur donner quoi que ce soit, l’argent que récoltait annuellement la secte LanlingJin était suffisant pour les dédommager.

Tout cela s’était passé après la mort du Patriarche de Yiling. Wei WuXian n’en avait entendu parler que grâce à Lan WangJi après avoir dépassé certaines de ces tours de garde au cours de leur voyage. La rumeur disait que la Tour des Carpes Dorées s’apprêtait à en faire construire de nouvelles, pour élever leur nombre à trois mille et couvrir une aire plus grande. Même si les premières tours construites avaient reçu l’approbation générale du fait de leur effet notable, les voix suspicieuses et critiques ne s’étaient jamais éteintes non plus. Ce n’était qu’une question de temps avant que le monde de la cultivation ne retombe dans le chaos.

Peu de temps après, la nourriture et l’alcool arrivèrent. Wei WuXian jeta un œil à la table, l’air de rien. Presque tous les plats étaient recouverts de rouge. Il prêta attention aux baguettes de Lan WangJi, et nota qu’il mangeait surtout les plats les plus fades, rarement ceux qui étaient arrosés de piment. Même quand il y touchait, son expression demeurait la même. Wei WuXian sentit une sorte de pincement au cœur.

Remarquant son regard, Lan WangJi l’interrogea.

« Qu’y a-t-il ? »

Wei WuXian se versa lentement un bol de liqueur.

« J’aimerais une personne avec qui boire. »

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AruBiiZe
AruBiiZe
11 mois

Xue Yang aime bien se faire embroché quand même ! XD

A-Qing veut sa vengeance aussi !

Et paf ! Un bras en moins ! Bien fait !

Hmmm… Le ‘senario’ dans le drama est différent sur le ‘mort’ de Xue Yang. Mais est-ce qu’il est bien mort dans le roman… Hmm A suivre !

Lan WangJi est vraiment multi-tâche ! xD C’est dingue, comment il fait ! x)

Je sais pas mais je vois tellement Lan WangJi dans Song Lan. Sa douleur, sa tristesse face à la perte de l’être aimer… Continuer à y croire, chercher à le revoir. C’est triste amer mais pourtant magnifique.

Wei WuXian scandalisé parce que personne n’a brulé de monnaie funéraire pour lui ! Le pauvre ! xD

Lan WangJi a une sangsue collée sur lui ! xD

On peut comparer les cultivateurs à des ‘policiers’ ! x)

Aha ! Bientôt un Lan WangJi saoul ?! xD

Merci beaucoup pour ce chapitre !
Happy Halloween ! 😉