Mo Dao Zu Shi – Chapitre 43

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Traduction par Leaf, correction par Keliane  

Chapitre 43  Attrait—Partie Un

Il ne s’attendait pas à ce que Lan WangJi boive avec lui, et qu’il termine ne serait-ce que sa propre coupe. Cependant, en le regardant silencieusement, Lan WangJi repoussa doucement ses manches. Il se versa une coupe et, après une pause, descendit doucement la liqueur.

Wei WuXian était plutôt surpris.

“HanGuang-Jun, tu es vraiment prévenant, n’est-ce pas ? Tu vas vraiment boire avec moi ?”

La dernière fois qu’ils avaient bu ensemble, Wei WuXian n’avait pas beaucoup prêté attention à l’expression de Lan WangJi. Cette fois, cependant, il fit tout son possible pour l’examiner.

Lan WangJi ferma ses paupières quand il but. Il termina l’alcool dans un léger froncement de sourcils, et n’ouvrit les yeux qu’après avoir subtilement pincé ses lèvres. Un voile de brume semblait avoir obscurci ses yeux.

Le menton posé dans sa main, Wei WuXian commença à compter en silence. Comme attendu, lorsqu’il atteignit le chiffre huit, Lan WangJi posa sa coupe. Il toucha son front, ferma les yeux, et s’endormit.

Wei WuXian était complètement convaincu — Lan WangJi s’endormait vraiment avant de se réveiller ivre !

Pour une raison inconnue, il commença à se sentir impatient. Finissant en une gorgée tout ce qu’il restait de liqueur dans sa coupe, Wei WuXian se leva et fit le tour de la pièce, les mains derrière le dos. Après un moment, il se dirigea vers Lan Wangji, se pencha, et chuchota à son oreille :

“Lan Zhan ?”

Il n’y eut aucune réponse. Wei WuXian poursuivit :

“WangJi-xiong ?”

Lan Wangji était penché la tête sur sa main droite. Son souffle était plus calme que jamais.

Ses traits et la main sur son front étaient d’une clarté sans défaut. Il ressemblait à un morceau de jade.

La légère fragrance du bois de santal qui l’enveloppait était originellement froide, quelque peu sinistre. Cependant, désormais combinée au doux arôme de la liqueur, quelques nuances de chaleur ondulaient à travers la froideur. L’odeur pouvait presque être décrite comme enivrante, comme si un nuage mielleux s’était répandu.

Maintenant que Wei WuXian était assez près, l’odeur se mêlait à ses inspirations. Il ne put s’empêcher de se baisser davantage pour se rapprocher encore de Lan WangJi.

Il se dit vaguement, “Étrange… Pourquoi commence-t-il à faire un peu chaud, ici ?

Au sein de ce mélange d’alcool et de bois de santal, son visage se rapprocha de plus en plus près, sans qu’il ne le remarque du tout. Sa voix s’était également faite plus douce. D’une manière presque taquine, il murmura :

“Second… Frè-…”

Soudain, une voix pénétra ses oreilles :

“Jeune Maître…”

Le visage de Wei WuXian n’était déjà plus qu’à trois centimètres de celui de Lan WangJi. Le mot “frère” était même sur le bout de sa langue. Surpris par le son, il manqua de tomber par terre en glissant des pieds.

Il se plaça immédiatement devant Lan WangJi. Il se tourna ensuite en direction de la fenêtre de bois d’où provenait la voix.

On pouvait entendre un cognement prudent à travers, puis une petite voix dériva par l’embrasure :

“Jeune Maître…”

Wei WuXian remarqua enfin que son coeur battait un peu trop vite. Cela le plongea de nouveau dans la perplexité, mais il retrouva son calme. Traversant la pièce, il souleva la fenêtre pour découvrir une silhouette noire pendue à l’envers, accrochée au toit par les jambes, se préparant à frapper encore une fois. Wei WuXian ouvrit rapidement, ce qui heurta la tête de la personne. La silhouette lâche un léger ah. Rattrapant la fenêtre de ses deux mains, elle établit finalement un contact visuel avec Wei WuXian.

Une brise fraîche s’engouffra dans la chambre. Les yeux de Wen Ning étaient ouverts, et laissaient apercevoir une paire de pupilles noires, silencieuses, sans rapport avec le blanc cendré qui les occultait avant.

Ils restèrent comme ça, l’un debout, l’autre pendu, et se regardèrent pendant quelques instants.

Wei WuXian, « Viens. »

Avec une perte d’équilibre soudaine, Wen Ning tomba et s’écrasa au sol, à l’extérieur de l’auberge.

Wei WuXian essuya une sueur imaginaire de son front.

Il commenta, “On a vraiment choisi le bon endroit!”

C’était une bonne chose que d’avoir choisi cet endroit. Dans un souci de tranquillité, les fenêtres de la chambre privée donnaient sur un petit bosquet plutôt que sur la rue. Utilisant le mât de soutien, Wei WuXian laissa la fenêtre ouverte et regarda en bas, se penchant à l’extérieur. Avec son lourd corps, Wen Ning avait laissé l’empreinte de sa silhouette dans le sol. Il regardait toujours Wei WuXian tandis qu’il était allongé dans le trou.

D’une voix feutrée, Wei WuXian lui cria :

« Je t’ai dit de venir, pas de tomber. ‘Viens’, tu comprends ? »

Wen Ning leva les yeux pour le regarder. Époussetant ses vêtements, il rampa hors du trou et se hâta de répondre :

« Oh ! J’arrive. »

Dès qu’il eut fini, il s’agrippa à un pilier et s’apprêta à grimper. Wei WuXian l’interrompit sur le champ :

« Stop ! Reste où tu es. Je vais te rejoindre. »

Il se retourna vers Lan WangJi et se pencha à son oreille :

« Lan Zhan, oh, Lan Zhan. Dors encore un peu s’il-te-plaît. Je reviendrai avant que tu aies eu le temps de remarquer mon absence. Peux-tu être un bon garçon ? »

Il ressentit une pulsion étrange, après avoir parlé. Il ne put s’empêcher de caresser les cils de Lan WangJi du bout du doigt.

Avec un léger mouvement, les cils de ce dernier tremblèrent et ses sourcils se froncèrent. Il avait l’air assez perturbé. Retirant sa main, Wei WuXian sauta dehors, en passant par la fenêtre. Il sautilla deux-trois fois sur les branches près du toit, puis atterrit sur le sol. Immédiatement après s’être retourné, Wen Ning s’agenouilla devant lui.

« Que fais-tu ? » demanda Wei WuXian.

Wen Ning ne répondit rien, la tête basse.

Wei WuXian demanda de plus belle :

« Dois-tu vraiment me parler de cette façon ? »

Wen Ning baissa sa voix :

« Jeune Maître, je suis désolé.

— Très bien, alors. »

Dès qu’il eut fini de parler, il s’agenouilla à son tour devant Wen Ning. Surpris, Wen Ning se mit à s’aplatir devant lui, pendant que Wei WuXian lui rendait sa courbette. Wen Ning en fut si alarmé qu’il sauta sur le champ sur ses pieds. À ce moment-là seulement, Wei WuXian se releva, balayant la poussière à ses ourlets :

« Tu aurais pu te contenter de te tenir droit et de me parler, tu sais ? »

Wen Ning regardait toujours le sol, effrayé à l’idée de dire quoi que ce soit. Wei WuXian demanda :

« Quand as-tu repris conscience ? »

— Il y a tout juste un moment.

— Te rappelles-tu des choses qui se sont passées quand les clous étaient dans ton crâne ?

— Certaines… mais pas toutes.

— De quoi te souviens-tu ?

— D’avoir été enchaîné dans un endroit vraiment sombre, raconta Wen Ning. Je crois que des gens venaient de temps en temps vérifier mon état.

— Te souviens-tu de leurs identités ?

— Non, seulement que quelqu’un a enfoncé quelque chose dans ma tête »

— C’était probablement Xue Yang, affirma Wei WuXian. Il a aussi utilisé ces clous pour contrôler Song Lan. Il était un cultivateur invité par la Secte LanlingJin, mais nous ne savons toujours pas s’il a agi de son propre chef, ou conformément aux souhaits de LanlingJin. »

Après avoir réfléchi quelque peu à la question, il poursuivit :

« Il a sûrement suivi leurs souhaits. À l’époque, ils disaient tous que tu avais été complètement annihilé. Si la Secte LanlingJin n’avait pas pris part à cela, il n’aurait pas pu cacher la vérité à lui seul. »

Après une pause, il demanda encore :

« Et, que s’est-il passé ensuite ? Comment es-tu allé au Mont Dafan ?

Après ça, je ne sais pas combien de temps s’est écoulé, mais j’ai soudainement entendu quelqu’un taper dans ses mains, et alors, Jeune Maître, vous avez dit ‘réveille-toi’ alors j’ai…lutté pour me dégager de mes chaînes, et me suis précipité à l’extérieur…»

C’était l’ordre que Wei WuXian avait donné aux trois cadavres féroces au village Mo.

Par le passé, Wei WuXian avait donné au Général Fantôme un nombre incalculable d’ordres. De ce fait, il avait également entendu la première exigence que Wei WuXian avait formulée après son retour dans ce monde.

Et donc, avec un esprit embrumé, Wen Ning avait suivi la direction prise par les autres cadavres et les ordres de Wei WuXian. La Secte LanlingJin, de son côté, savait qu’elle ne pouvait pas rendre publique le fait qu’elle avait caché le Général Fantôme. Ou sinon, si la nouvelle se répandait, non seulement sa réputation serait entachée, mais les gens se mettraient à paniquer, ce qui expliquait pourquoi elle n’osait pas le poursuivre en grandes pompes malgré sa fuite. Après un voyage chaotique, Wen Ning avait finalement rejoint Wei WuXian, qui jouait de la flûte au sommet du Mont Dafan, et les deux s’étaient retrouvés avec succès.

« Tu as dit que tu ne savais ‘pas combien de temps avait passé’, soupira Wei WuXian. Cela fait déjà plus de dix ans. »

Il continua après une courte pause.

« Enfin, il serait juste de dire que je n’en sais pas beaucoup plus que toi. Veux-tu que je te raconte ce qui s’est passé ? »

— J’ai eu quelques échos, répondit Wen Ning.

— Comme ?

— J’ai ouïe dire que le Tertre Funéraire n’est plus, que tout le monde… est parti. »

En vérité, Wei WuXian ne voulait lui rapporter que les ragots les plus superficiels, comme la hausse des règles de la Secte Lan, qui étaient passées de trois mille à quatre mille. Ne s’attendant pas du tout à ce que Wen Ning aborde un sujet aussi lourd en premier lieu, il ne put que rester silencieux.

Malgré la gravité du sujet, la voix de Wen Ning n’était pas affligée du tout, comme si il avait su que cela arriverait tôt ou tard. En vérité, c’était bel et bien le cas. Ils s’étaient attendus au pire des scénarios possibles maintes et maintes fois, déjà dix ans auparavant.

Après un moment de silence, Wei WuXian demanda encore :

« Qu’as-tu entendu d’autre ? »

— Le Chef de la Secte Jiang, Jiang Cheng, a mené le siège au Tertre Funéraire, murmura Wen Ning. Et vous a tué.

— Il faudra que je rétablisse la vérité à ce sujet. Il ne m’a pas tué. Mon sort s’est retourné contre moi. »

Wen Ning leva les yeux sur lui :

« Mais, le Chef de Secte a clairement…

— Personne ne peut ignorer le pont et marcher en sécurité sur une seule planche de bois toute sa vie. On n’y pouvait rien. »

Wen Ning semblait vouloir soupirer, mais il n’avait plus aucun souffle à laisser filer hors de ses lèvres. Wei WuXian clôtura la discussion :

« D’accord. N’en parlons plus. As-tu entendu d’autres choses?

— Oui .»

Wen Ning le fixa :

 « Jeune Maître Wei, votre mort a été si atroce.

— … »

Voyant à quel point il était misérable, Wei WuXian soupira.

« Alors tu n’as pas entendu la moindre bonne nouvelle ? »

Les sourcils de Wen Ning se froncèrent :

« Non. Pas la moindre. »

—  … »

Wei WuXian en restait sans voix.

Tout à coup, un bruit de fracas retentissant leur parvint depuis le hall principal du premier étage. La voix de Lan SiZhui suivit de près :

« Ne parlions-nous pas de Xue Yang ? Pourquoi nous disputons-nous maintenant pour ça ? »

— Nous sommes en train de parler de Xue Yang, confirma Jin Ling. Ce que j’ai dit était-il faux ? Qu’a fait Xue Yang ? C’est la pire des pourritures, et Wei Ying était encore plus dégoûtant que lui ! Qu’est-ce que tu veux dire par ‘nous ne devrions pas généraliser’ ? Ces monstres sont de la vermine pour notre monde ! Nous devrions les tuer, les assassiner, et les massacrer jusqu’au dernier ! »

Wen Ning tressaillit. Wei WuXian lui fit le signe de rester calme. De l’autre côté, Lan JingYi s’en mêlait à son tour :

« Pourquoi tu t’énerves à ce point à ce sujet ? SiZhui ne disait pas que Wei WuXian n’aurait pas dû être tué. Il disait juste que tous ceux qui pratiquent les arts démoniaques ne sont pas du même genre que Xue Yang. Avais-tu besoin de balancer des choses ? Je n’avais pas encore eu le temps de manger de ça… »

— Et n’a-t-il pas dit que le fondateur de cette voie n’avait peut être pas de mauvaises intentions ? ricana Jin Ling. Qui était ‘le fondateur de cette voie’ ? Vas-y, dis-moi, qui ça pouvait être à part Wei Ying ?! Je n’arrive pas à te comprendre, vraiment. Votre Secte GusuLan est proéminente, et à l’époque vous avez aussi perdu un nombre non négligeable de gens aux mains de Wei Ying, n’est-ce pas ? Était-ce dur, de tuer tous ces cadavres et autres qu’il avait sous son contrôle ? Lan Yuan, pourquoi t’exprimes-tu avec un point de vue aussi étrange ? Vu ta manière de parler, ne me dis pas que tu cherches des excuses à Wei Ying ! »

Lan Yuan était le nom de naissance de Lan SiZhui. Il protesta :

« Je ne lui trouvais pas d’excuses. Je suggérais simplement que nous ne voudrions peut-être pas tirer de conclusions avant d’avoir compris l’intégralité de la situation. Tu sais, avant notre arrivée à la ville de Yi, beaucoup de gens prétendaient que Chang Ping, du clan YueyangChang, avait été tué par Daozhang Xiao XingChen par vengeance, pas vrai ? Mais quelle était la vérité ? »

— Personne n’as vu si Chang Ping avait été tué par Daozhang Xiao XingChen ou pas, en vérité, répliqua Jin Ling. Tout ce qu’ils avaient était des suppositions, alors pourquoi les présentes-tu comme des affirmations ? Essaie, pour voir, de compter combien de cultivateurs ont perdu leur vie aux mains de Wei Ying, Wen Ning, ou du Sceau du Tigre durant les batailles du Passage Qiongqi et de la Cité du Ciel Sans Nuit ! Ce sont des vérités que tout le monde accepte, que nul ne peut nier ! Et ce que je n’oublierai jamais est qu’il a ordonné à Wen Ning de tuer mon père et ma mère ! »

Si Wen Ning avait encore eu la moindre trace de sang circulant dans ses veines, elle se serait évaporée, le laissant plus pâle que la mort.

« … Le fils de Mademoiselle Jiang ? » souffla-t-il.

Wei WuXian demeura immobile.

« Mon oncle a grandi avec lui, mon grand-père le considérait comme son propre fils, ma grand-mère n’était pas horrible avec lui non plus, mais qu’a-t-il fait ? poursuivit Jin Ling. Il a fait du Port-aux-Lotus la tanière des Wen, il a saccagé la Secte YunmengJiang dans son intégralité, il a causé la mort de mes deux parents et grands-parents, et maintenant mon oncle est le seul survivant ! Il a causé sa propre mort via les ravages qu’il a créé et n’a finalement même pas laissé un cadavre entier derrière lui ! Quelle partie ne comprends-tu pas dans tout ça ? Quelles excuses lui cherches-tu encore ?! »

Il se disputait férocement, tandis que Lan SiZhui ne répliquait rien du tout. Un moment plus tard, un autre garçon prit la parole :

« Pourquoi nous échauffons-nous soudain sur un tel sujet ? Laissons juste tomber, d’accord ? Nous n’avons pas encore fini de manger. La nourriture va refroidir. »

À en juger par la voix, c’était le “sentimental” dont Wei WuXian s’était gentiment moqué. Quelqu’un d’autre acquiesça :

« ZiZhen a raison. Nous devrions arrêter de nous disputer. SiZhui a simplement omis de choisir ses mots avec soin. Ce n’était qu’une remarque désinvolte — comment aurait-il pu réfléchir à tout ça? Assieds-toi, Jeune Maître Jin. Laisse-nous continuer de manger.

— C’est vrai. Nous venons tous de quitter la ville de Yi il y a peu, alors techniquement nous avons déjà frôlé la mort ensemble… Nous ne devrions vraiment pas nous quereller pour une malheureuse erreur. »

Jin Ling renifla. Lan SiZhui répondit finalement, son ton aussi poli que d’habitude :

« Je suis désolé. J’aurai dû y réfléchir à deux fois avant de parler. Jeune Maître Jin, s’il-te-plaît, assieds-toi. Nous ne voudrions pas continuer et faire même venir HanGuang-Jun ici. »

Mentionner HanGuang-Jun était sans conteste un mouvement splendide. Immédiatement, Jin Ling s’immobilisa, ne formulant plus aucun autre son. Les bruits des tables et des chaises qui bougeaient leurs parvinrent. Il semblait qu’il s’était de nouveau assis. Le hall se remplit rapidement de clameurs, et les voix des garçons furent vite noyées par les tintements des bols et de la vaisselle.

Sans faire de bruit, Wen Ning s’agenouilla de plus belle. Wei WuXian ne le remarqua qu’après une courte pause. Agitant faiblement la main, il répondit :

« Ce n’était pas de ta faute. »

Alors que Wen Ning était sur le point d’ouvrir la bouche pour parler encore, il regarda soudain derrière Wei WuXian et hésita. Avant que ce dernier ne puisse se tourner, une silhouette en robes blanches le dépassa et frappa l’épaule de Wen Ning.

Wen Ning créa un nouveau trou à forme humaine en tombant au sol.

Wei WuXian se hâta de tirer Lan WangJi en arrière, alors qu’il semblait vouloir frapper encore :

« HanGuang-Jun, HanGuang-Jun ! Calme-toi ! »

Il semblait que la phase “sommeil” était passée, tandis que celle de “l’ivresse” arrivait, et ainsi Lan WangJi s’était frayé un chemin jusqu’à l’extérieur.

La situation semblait quelque peu familière — l’histoire se répétait vraiment, n’est-ce pas ? Cependant, cette fois, Lan WangJi avait l’air encore plus normal que la dernière fois. Il n’avait pas mal enfilé ses bottes, non plus. Même quand il avait rudement frappé Wen Ning, son expression était restée parfaitement vertueuse. Personne ne pouvait lui trouver le moindre défaut. Une fois que Wei WuXian l’eut tiré en arrière, il arrangea ses manches et hocha la tête. Il se tenait fièrement là où il était, se retenant de frapper à nouveau.

Wei WuXian utilisa ce moment pour s’adresser à Wen Ning :

« Comment te sens-tu ? »

— Je vais bien.

— Si ça va alors, relève-toi ! Pourquoi es-tu encore à genoux ? »

Wen Ning rampa et hésita :

 « Le Jeune Maître Lan. »

Lan WangJi fronça les sourcils et se couvrit les oreilles. Il tourna alors le dos à Wen Ning. Face à Wei WuXian, il utilisait son propre corps pour bloquer tout contact visuel.

Wen Ning, « … »

— Il vaudrait mieux que tu ne restes pas là, constata Wei WuXian. Lan Zhan, euh, n’aime pas vraiment te voir. »

— … Qu’est-il arrivé au Jeune Maître Lan ? »

— Pas grand-chose. Il est juste ivre. » expliqua Wei WuXian.

— Quoi ? »

L’expression de Wen Ning était indéchiffrable, comme s’il ne pouvait accepter une telle chose. Après un moment, il reprit finalement :

« Dans ce cas… Qu’allez-vous faire ? »

— Eh bien ! que puis-je faire ? questionna Wei WuXian. Je vais le porter à l’intérieur  et le border.

— D’accord, répondit Lan WangJi.

— Mmh ? Ne te couvrais-tu pas les oreilles ? Comment peux-tu subitement m’entendre de nouveau ? »

Cette fois-ci, Lan WengJi refusa de répondre, faisant comme si celui qui les avait interrompu un instant n’était pas lui. Wei WuXian ne savait pas trop comment réagir. Il se tourna vers Wen Ning et dit :

« Sois prudent. »

Wen Ning hocha la tête. Il ne put s’empêcher de regarder Lan WangJi une dernière fois. Tandis qu’il était sur le point de partir, Wei WuXia le stoppa :

« Wen Ning, pourquoi tu ne… trouverais pas un endroit où te cacher pour commencer ? »

Wen Ning s’arrêta une seconde. Wei WuXian ajouta :

« N’importe qui, en te voyant, pourrait dire que tu es déjà mort deux fois. Va prendre un repos bien mérité. »

Après son départ, Wei WuXian retira les mains de Lan WangJi de ses oreilles, qu’il bouchait toujours.

« C’est bon. Il est parti. Tu ne peux plus l’entendre ou le voir désormais. »

Lan WangJi baissa finalement ses mains. Il regarda fixement Wei WuXian de ses yeux à peine colorés.

Ils étaient si clairs, si honnêtes, qu’un désir de malice monta en Wei WuXian. Comme si quelque chose en lui venait de s’embraser, il sourit, aguicheur.

« Lan Zhan, tu vas toujours répondre à tout ce que je te demanderai ? Faire tout ce que je te dirai ? »

— Mmh.

— Enlève ton ruban frontal. »

Sagement, Lan WangJi porta ses mains à l’arrière de son crâne et défit lentement le tissu. Il retira le ruban frontal blanc, sur lequel était cousu un motif de nuages flottants au gré du vent.

Tenant le ruban dans ses mains, Wei WuXian le retourna plusieurs fois, examinant chacun de ses angles.

« Alors il n’y a vraiment rien de spécial avec ce ruban, n’est-ce pas ? Et moi qui croyais qu’il renfermait je-ne-sais quel sorte de grand secret. Dans ce cas, à l’époque, pourquoi étais-tu si furieux quand je te l’ai pris ? »

Ou peut-être que le Lan WangJi du passé le détestait simplement, lui et chacune de ses actions.

Soudain, il sentit quelque chose enserrer ses poignets. Lan WangJi avait lié ses deux mains ensemble en se servant du ruban frontal, et commençait à faire des nœuds.

« Que fais-tu ? » s’enquit Wei WuXian.

Il voulait voir ce qu’il voulait véritablement faire, alors il le laissa continuer. Après que Lan WangJi se soit assuré que ses mains étaient bien attachées, il fit tout d’abord un simple nœud. Il réfléchit quelques instants et, comme s’il sentait que quelque chose n’allait pas, il opta pour un nœud plus serré. Il y réfléchit encore un peu plus, toujours insatisfait, et noua un dernier nœud au-dessus du premier.

Le ruban frontal de la Secte GusuLan était un morceau de tissu qui pendait dans le dos après qu’il eut été noué. Quand on bougeait, il flottait élégamment dans les airs, ce qui expliquait sa longueur assez conséquente. Lan WangJi fit sept ou huit nœuds avec le ruban, formant un tas de petites bosses disgracieuses, et se sentit finalement assez satisfait pour s’arrêter.

« Eh ! s’exclama Wei WuXian. Tu veux toujours récupérer ce ruban ? »

Le visage de Lan WangJi se détendit. Tenant l’autre bout du ruban, il leva les mains de Wei WuXian devant lui, comme s’il admirait un chef-d’œuvre qu’il aurait tout juste créé. Avec ces mains suspendues dans les airs, Wei WuXian songea en son for intérieur, “Je ressemble sûrement beaucoup à un criminel maintenant… Attends, pourquoi est-ce que je joue avec lui comme ça ? N’étais-je pas censé être celui qui se jouerait de lui ?”

Wei WuXian réalisa enfin.

« Retire-le. »

Lan WangJi tendit joyeusement ses mains vers son col et sa ceinture, répétant les mêmes gestes qu’auparavant. Wei WuXian cria :

« Ne retire pas ça ! Retire ce qui est sur mes mains. La chose avec laquelle tu m’as attaché. Le ruban. » 

Si Lan WangJi, non content de lui avoir attaché les mains, lui ôtait en plus ses vêtements, la scène aurait été effrayante au-delà de toute commune mesure !

À l’entente de sa requête, Lan WangJi fronça de nouveau les sourcils, et n’esquissa pas le moindre geste. Wei WuXian leva ses poignets et tenta de l’amadouer :

« Tu disais que tu m’écouterais, n’est-ce pas ? Sois un bon garçon et enlève-ça. »

Lan WangJi lui jeta un coup d’œil, puis détourna silencieusement le regard, comme s’il ne comprenait pas ce que Wei WuXian était en train de dire et qu’il devait y réfléchir un peu plus longtemps. Wei WuXian se plaignit :

« Oh ! maintenant je vois de quoi il s’agit ! Tu es tout excité si tu peux m’attacher, mais tu ne peux pas comprendre ce que je dis si je te demande de me libérer. C’est ça ? »

Le ruban frontal de la Secte Lan était fait dans le même matériau que leurs uniformes. Sous une apparence fragile, il était en réalité plutôt résistant. Et, puisque Lan WangJi l’avait attaché de manière serrée et avait noué une longue série de nœuds, Wei WuXian ne pouvait se défaire de l’emprise peu importe la force qu’il y mettait. Il commenta silencieusement, “Je me suis vraiment tiré une balle dans le pied, n’est-ce pas ? Heureusement que ce n’est qu’un ruban frontal, et pas une espèce de corde magique bizarre, ou il m’aurait vraiment ligoté.

Lan WangJi regardait au loin tandis qu’il tirait sur l’autre bout du ruban, le faisant balancer gaiement de droite à gauche. Wei WuXian supplia :

« Peux-tu le retirer, s’il-te-plaît ? HanGuang-Jun, comment quelqu’un d’aussi gracieux que toi peut-il faire une telle chose ? Quelle utilité as-tu à m’attacher de la sorte ? On sera en mauvaise posture si quelqu’un nous voit comme ça, pas vrai ? »

À l’écoute de la dernière phrase, Lan WangJi commença à le traîner vers les rues.

Promené par Lan WangJi, Wei WuXian bégaya :

« A-a-attends une seconde. Je voulais dire que ce serait mauvais pour nous si quelqu’un nous voyait comme ça, pas que tu devrais laisser quelqu’un voir ça. Eh ! Tu fais semblant de ne pas me comprendre, n’est-ce pas ? Le fais-tu exprès ? Alors tu ne comprendras que ce que tu veux comprendre ? Lan Zhan, Lan WangJi !”

Avant même qu’il ait pu finir de parler, Lan WangJi l’avait déjà traîné hors du petit bois. Ils déambulèrent dans les rues et entrèrent de nouveau dans le hall principal en passant par le premier étage.

Les cadets étaient encore en train de manger et de s’amuser. Bien qu’un léger désagrément les ait interrompus, les jeunes gens étaient prompts à vite oublier ces soucis. Ils étaient au beau milieu d’un jeu de boisson. Quelques cadets de la Secte Lan, les plus audacieux, voulaient faucher quelques gorgées également. Il y avait toujours quelqu’un pour surveiller les escaliers qui menaient au second étage, à l’affût de Lan WangJi. Aucun d’entre eux ne s’était attendu à ce qu’il traîne soudain Wei WuXian derrière lui à travers l’entrée principale, à laquelle ils n’avaient prêté aucune attention. Ils furent tous choqués en se retournant.

Tandis que Lan JingYi se jetait sur la coupe d’alcool sur la table, espérant la cacher, il se cogna contre quelques bols et plats dans son élan. Les objets qu’il voulait dissimuler n’en devinrent que plus voyants. Lan SiZhui se leva :

« H-HanGuang-Jun, pourquoi rentrez-vous de nouveau par cette entrée ? »

« Ha ! Ha ! rit Wei WuXian. Votre cher HanGuang-Jun avait un peu trop chaud et a décidé de faire un tour dehors afin de pouvoir vous prendre par surprise, par la même occasion. Vous voyez ? Vous voilà, à boire alors que vous ne devriez pas. »

Il pria secrètement pour que Lan WangJi le traîne à l’étage directement, sans dire ou faire quoi que ce soit qui ne serait pas nécessaire. S’il gardait le silence et maintenait son apparence froide, personne ne remarquerait que quelque chose n’allait pas avec lui.

Alors même que cette pensée effleurait son esprit, Lan WangJi le tira jusqu’à la table des cadets.

Dire que Lan SiZhui était choqué aurait été un euphémisme :

« HanGuang-Jun, votre ruban frontal… »

Avant qu’il ne puisse achever sa phrase, il remarqua les mains de Wei WuXian.

Le ruban frontal d’HanGuang-Jun était attaché à ses poignets.

Comme s’il estimait que les gens ne les voyaient pas assez, se saisissant du bout du ruban, Lan WangJi les leva, les offrant à la vue de tous.


Notes de Traduction.

Tertre Funéraire: Maintenant que nous avons le Repaire des Nuages, le Port-aux-Lotus, et la Tour des Carpes Dorées, pourquoi ne pas donner une traduction convenable au Mont Luanzang également ?
Pour rappel : le Tertre Funéraire était le domaine de Wei WuXian, à l’époque où il était encore la Patriarche Yiling.

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2 commentaires sur “Mo Dao Zu Shi – Chapitre 43”

  1. *bave*

    Ohhh~ Tu as chaud Wei WuXian ?! *héhéhé*

    Prit sur le faite ! Mouahahaha !

    Ohhhh~~ Il l’a caressé ! C’est mignon !!!

    Ouaip, c’est bien ce que je pensais. La mort de Wei WuXian est complètement différente du drama. Je m’attends au pire ! :S

    Wei Nig est en train de faire de cratère dans le jardin ! XD

    [Petit faute d’orthographe dans le nom de Lan WangJi, juste après cette phrase: – Mmh ? Ne te couvrais-tu pas les oreilles ? Comment peux-tu subitement m’entendre de nouveau ?]

    Le ruban symbolise le mariage/l’union, non ?

    Lan WangJi qui veut se déshabiller dehors ! Ahaha ! xD

    Qui est le plus embarasser: Lan WangJi ou Wei WuXian ? XD

    Merci beaucoup pour ce chapitre fort croustillant !
    Happy Halloween !

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