Mo Dao Zu Shi – Chapitre 45

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Traduction par NoirSoleil, correction par Keliane

Chapitre 45 : Attrait — Partie 3

Pour certaines raisons, Wei WuXian se sentait un peu trop coupable pour oser se faufiler dans le même lit que Lan WangJi. Il passa le reste de la soirée assis au sol et s’endormit à un moment quelconque durant la nuit, la tête posée contre le lit de bois. À l’aube, il sentit vaguement quelqu’un le soulever avec des gestes délicats et le placer sur le lit. Luttant pour ouvrir les yeux, Wei WuXian aperçut le visage toujours indifférent de Lan WangJi.

Il se sentit immédiatement plus éveillé.

« Lan Zhan. »

Lan WangJi lui répondit avec un “mmh”. 

« Es-tu sobre ou toujours ivre ? s’enquit Wei WuXian

— Sobre.

— Oh… Il est donc déjà cinq heures. »

Lan WangJi se réveillait à cette heure chaque jour, c’est ainsi que Wei WuXian avait appris à mesurer le temps sans même regarder par la fenêtre. Lan WangJi saisit les poignets de Wei WuXian, qui étaient recouverts de marques rougeâtres. Il sortit un petit flacon de porcelaine turquoise de sa manche et en appliqua le contenu. La douleur de la zone sur laquelle il avait étalé l’onguent crémeux s’atténua immédiatement. Wei WuXian plissa les yeux.

« Ça fait mal… HanGuang-Jun, tu es si brusque quand tu es ivre. »

Lan WangJi ne leva même pas les yeux.

« Tu récoltes ce que tu as semé. »

Le cœur de Wei WuXian manqua un battement.

« Lan Zhan, tu ne te souviens vraiment pas de ce que tu as fait après avoir bu, n’est-ce pas ?

— Non. »

“C’est sans doute vrai,” pensa Wei WuXian. “Autrement, il m’aurait déjà tué tant il se serait senti humilié.”

Dans son cœur, il songeait que c’était à la fois bien et dommage que Lan WangJi ne se souvienne pas. C’était comme s’il avait secrètement fait ou mangé quelque chose qu’il n’aurait pas dû et qu’il se cachait dans un recoin, ricanant en voyant que personne ne l’avait découvert, mais déçu de ne pas pouvoir partager son ravissement avec qui que ce soit. Involontairement, son regard se posa à nouveau sur les lèvres de Lan WangJi.

Même s’il n’en relevait jamais les coins, ses lèvres semblaient plutôt douces, et l’étaient en effet.

Wei WuXian mordit inconsciemment ses propres lèvres et se mit à rêvasser de nouveau. “La Secte GusuLan est si stricte, et Lan Zhan n’est pas du tout romantique, il n’a donc sans doute jamais embrassé de filles auparavant. Qui sait ? J’ai peut-être reçu ce grand honneur. Dois-je le lui dire ? Sera-t-il si en colère qu’il se mettra à en pleurer après l’avoir appris ? Oh, eh bien… Il l’aurait sans doute fait quand il était plus jeune, mais probablement plus maintenant. Et il ressemble à un moine fait de bois. Il est possible qu’il n’ait même jamais eu de telles pensées auparavant… Minute ! La dernière fois qu’il était ivre, je lui ai demandé s’il aimait quelqu’un, et il m’a répondu oui. Peut-être l’a-t-il déjà embrassée ? Mais d’après ses habitudes de maîtrise de soi, il est probablement très attentif à ne dépasser aucune limite ? Ils ne se sont sans doute jamais embrassés, ni même tenu la main. En y repensant, peut-être qu’à ce moment-là il n’a même pas compris de quel type ‘d’amour’ je parlais…” 

Lorsque Lan WangJi eut fini d’appliquer l’onguent, quelqu’un frappa trois coups à la porte. La voix de Lan SiZhui se fit entendre.

« HanGuang-Jun, tout le monde est levé. Y allons-nous ?

— Attendez en bas, » répondit-il.

Le groupe quitta la ville et se sépara devant la tour à l’entrée. À l’origine, les disciples n’étaient pas si proches les uns des autres. Ils s’étaient juste rencontrés lors de conférences dans leurs sectes respectives. Cependant, durant ces derniers jours, ils avaient affronté ensemble l’incident des cadavres de chats et une terrifiante journée dans une ville hantée. Ils avaient même brûlé de la monnaie funéraire, bu de l’alcool en cachette, s’étaient disputé et avaient maudits autrui ensemble. En somme, ils se connaissaient désormais très bien. Avant leur séparation, ils étaient tous réticents à se quitter, prenant le temps devant les portes de la villes de planifier quand rendre visite à l’un lors d’une conférence, et quand organiser une chasse-nocturne chez l’autre. Lan WangJi ne les pressa pas non plus. Il les laissa bavarder tandis que lui-même se tenait silencieusement sous un arbre. Sous sa surveillance, Fée n’osait pas aboyer une seule fois ni courir dans tous les sens. Couché sous l’arbre également, il fixait anxieusement Jin Ling, secouant la queue à son intention.

Profitant du fait que Fée était surveillé par Lan WangJi, Wei WuXian attrapa l’épaule de Jin Ling et ils marchèrent un moment.

Mo XuanYu était l’un des fils illégitimes de Jin GuangShan, ce qui faisait de lui le demi-frère de Jin ZiXuan et Jin GuangYao. En terme de génération, il pouvait être considéré comme l’oncle de Jin Ling aussi. Par conséquent, tout en marchant, il s’adressa à Jin Ling avec un ton condescendant :

« À ton retour, arrête de te disputer avec ton oncle. Obéis-lui. Sois prudent à partir de maintenant. Ne retente pas d’aller en chasse-nocturne tout seul. »

Bien que Jin Ling soit d’une secte proéminente, les rumeurs ne l’épargnaient pas. Ses deux parents étant morts, il était naturel pour lui de vouloir prouver sa valeur aux autres aussi vite que possible. Wei WuXian poursuivit :

« Quel âge as-tu ? Quinze ans ? La plupart des disciples de ton âge n’ont pas chassé d’extraordinaires créatures non plus, alors pourquoi faut-il que tu sois si impatient et que tu t’efforces d’avoir une telle prise dès la première fois ?

— Mes oncles avaient aussi dans les quinze ans quand ils sont devenus célèbres, » rétorqua Jin Ling, boudeur.

“Ce n’est pas la même chose!” commenta Wei WuXian en silence. “À l’époque, la secte Qishan Wen dominait encore, et tout le monde devait rester sur ses gardes. S’ils ne se battaient pas et ne cultivaient pas de toutes leurs forces, qui savait s’ils ne risquaient pas de devenir les prochains à manquer de chance? Pendant la Campagne de la Chute du Soleil, on nous traînait sur le champ de bataille, peu importe qu’on ait quinze ans ou n’importe quel autre âge. Maintenant, puisque la situation est stable et que les sectes sont en paix, bien sûr que l’ambiance n’est plus aussi tendue et que les gens ne cultivent plus comme des fous. Il n’y a plus besoin de ça.”

Jin Ling ajouta :

« Même ce chien de Wei Ying avait dans les quinze ans quand il a tué la Tortue du Carnage. Si même lui peut le faire, pourquoi ne le pourrais-je pas ? »

En entendant son nom cité tout de suite après le mot qui le précédait, le sang de Wei WuXian se glaça. Il parvint néanmoins à réprimer la chaire de poule qui courait dans son dos.

« C’est bien lui qui l’a tuée ? N’a-t-elle pas été éliminée par HanGuang-Jun ? »

À la mention de Lan WangJi, Jin Ling jeta un drôle de regard à Wei WuXian. Il voulut dire quelque chose, mais se retint :

« Toi et HanGuang-Jun… Peu importe. Ce sont vos affaires. Quoi qu’il en soit, je ne me soucie absolument pas de vous. Amusez-vous bien à être des manches-coupées. La maladie est incurable.

— Hé, en quoi est-ce une maladie ? » répliqua Wei WuXian en souriant largement.

Il riait sous cape. “Il pense toujours que je harcèle sans vergogne Lan Zhan?!” 

« Je connais déjà la signification du ruban frontal de la Secte GusuLan. Maintenant que les choses sont ainsi, reste auprès de HanGuang-Jun convenablement. Même si tu es une manche-coupée, sois-le humblement. Ne va pas faire n’importe quoi avec d’autres hommes, en particulier ceux de notre secte ! Autrement, ne me reproche pas les conséquences. »

Le “notre secte” incluait aussi bien LanlingJin et YunmengJiang. Apparemment, sa capacité à tolérer les manches-coupées avait augmenté : tant que ce n’était pas un membre de n’importe laquelle des deux sectes, il pouvait fermer les yeux.

« Sale gamin ! le réprimanda Wei WuXian. Que veux-tu dire par “faire n’importe quoi avec d’autres hommes” ? Je ne suis pas quelqu’un d’aussi horrible. Ruban frontal ? Il y a une signification au ruban frontal de la secte GusuLan ?

— C’est bon ! Tu sais ce qu’il signifie. Arrête d’en faire des tonnes. Je ne veux pas en parler davantage. Es-tu Wei Ying ? »

Il avait soudainement lancé cette question abrupte à la fin de sa réplique, prenant Wei WuXian par surprise. 

« Penses-tu que nous soyons similaires ? » répondit-il calmement.

Jin Ling demeura silencieux un moment. Puis soudain, il siffla et appela :

« Fée ! »

À l’appel de son maître, Fée accourut, la langue pendue. Wei WuXian se mit à courir immédiatement.

« Sois gentil ! Pourquoi as-tu appelé le chien ?

— Hmph ! lâcha Jin Ling. Au revoir. »

Après avoir fait ses adieux, il se mit fièrement en marche en direction de Lanling, probablement toujours effrayé à l’idée de croiser Jiang Cheng au Port aux Lotus à Yunmeng. Les disciples des autres sectes s’en allèrent également dans différentes directions. Au final, les seuls restant furent Wei WuXian, Lan WangJi et les novices de la secte Lan.

Tandis qu’ils marchaient, les novices ne pouvaient s’empêcher de se retourner pour regarder en arrière. Bien que Lan JingYi n’ait pas prononcé un mot, sa réticence à partir était écrite sur son visage. 

« Où allons-nous ensuite ? demanda-t-il. 

— ZeWu-Jun est actuellement en chasse-nocturne dans la région de Tanzhou, informa Lan SiZhui. Retournons-nous directement au Repaire des Nuages, où allons-nous à sa rencontre là-bas ?

— À Tanzhou, répondit Lan WangJi.

— Très bien. Peut-être pourrons-nous même l’aider, déclara Wei WuXian. Nous ne savons pas où aller ensuite pour trouver la tête de notre cher ami, de toute façon. »

Le duo ouvrait la marche tandis que les autres garçons les suivaient en gardant une certaine distance. Après un moment, Lan WangJi prit la parole :

« Jiang Cheng sais qui tu es. »

Wei WuXian était assis sur l’âne qui avançait en trottant lentement.

« Oui, il sait. Que peut-il y faire, cependant ? Il n’a aucune preuve. »

Contrairement à la possession, le sacrifice d’un corps ne laissait aucune preuve. Jiang Cheng n’avait déterminé cela qu’en voyant sa réaction en face d’un chien, de toute manière. En premier lieu, Jiang Cheng n’avait jamais divulgué à qui que ce soit que Wei WuXian avait peur des chiens ; deuxièmement, seuls ceux qui le connaissaient bien seraient en mesure de juger de cela en fonction de ses réactions et de ses expressions, puisqu’il était impossible d’avoir la moindre preuve concluante. Même si Jiang Cheng choisissait finalement de coller partout des affiches disant que le Patriarche de Yiling Wei WuXian avait peur des chiens, tout le monde penserait que Sandu-Shengshou avait fini par devenir fou après l’avoir recherché depuis si longtemps et avoir échoué à chaque fois.

« D’ailleurs, je suis en fait vraiment intrigué. Comment as-tu bien pu me reconnaître?

— Je suis aussi intrigué par le fait que ta mémoire soit aussi mauvaise, » répondit Lan WangJi d’une voix posée.

Ils parvinrent à Tanzhou dans la journée. Avant d’aller à la rencontre de Lan XiChen, ils traversèrent un jardin. Voyant comme ce dernier était majestueux sans qu’il n’y ait pourtant qui que ce soit pour s’en occuper, les disciples y pénétrèrent, poussés par la curiosité. Tant que rien n’allait à l’encontre des règles de la secte, Lan WangJi ne les entravait jamais, c’était pour cette raison qu’il les laissa faire. Dans le jardin, il y avait un pavillon et quelques clôtures, une table et quelques tabourets, tous en pierre, permettant aux gens d’admirer les alentours. Cependant, après des années de vent et de pluie, un des coins du pavillon s’était effondré, et deux des tabourets avaient été retournés. Il n’y avait ni plantes ni fleurs dans le jardin, seulement des branches sèches et des feuilles fanées. Ce jardin avait été abandonné depuis longtemps.

Les novices explorèrent le jardin avec enthousiasme pendant un moment, puis Lan SiZhui prit la parole :

« C’est le Jardin de la Damoiselle aux Fleurs Annuelles, n’est-ce pas ?

— La Damoiselle aux Fleurs Annuelles ? Qui est-ce ? demanda Lan JingYi, confus. Ce jardin a un propriétaire ? Pourquoi a-t-il l’air si délabré ? On dirait que personne n’en a pris soin depuis longtemps. »

Les fleurs annuelles étaient des fleurs dont la période de floraison était courte et qui ne s’épanouissaient qu’à certaines saisons. Il y en avait de nombreuses variétés et de toutes les couleurs, qui devaient emplir le jardin tout entier de leur parfum quand elles fleurissaient. En entendant ce nom, Wei WuXian ne put s’empêcher de se souvenir de quelque chose.

Plaçant sa main contre l’un des piliers du pavillon, Lan SiZhui réfléchit quelques instants avant de reprendre :

« Si je mes souvenirs sont corrects, c’est sans doute le cas. Ce jardin était jadis plutôt célèbre. J’ai lu quelque chose à son propos dans un livre une fois, dans le chapitre “L’Esprit Bourgeonnant de la Damoiselle Fleuriste”. À Tanzhou, se trouve un jardin, et dans ce jardin, se trouve une damoiselle. Sous l’éclat de la lune, si l’on déclame de la poésie et qu’elle trouve cela de bon goût, elle fait don au poète d’une fleur annuelle, dont le parfum persiste pour trois ans ; mais si elle trouve que le poème est de piètre qualité ou si les rimes ne sont pas la hauteur, elle lui jette une fleur au visage puis disparaît.

— Donc si tu récites de la mauvaise poésie, elle te jette une fleur à la figure ? répéta Lan JingYi. J’espère que la fleur n’a pas d’épines. Sinon, si j’essayais, mon visage serait sûrement tout égratigné. Quelle sorte de fae 1 est-elle ?

— Je ne dirais pas d’elle que c’est une fae, répondit Lan SiZhui. C’est plus une sorte d’esprit. Les légendes racontent que le premier propriétaire du jardin était un poète. Il a planté ces fleurs lui-même et les traitaient comme ses amies, leur récitant des poèmes tous les jours. Touché par les émotions de la poésie, un esprit s’est cristallisé à partir de la flore du jardin pour devenir la Damoiselle des Fleurs Annuelles. Quand quelqu’un passe par le jardin, si sa poésie est décente et lui permet de se souvenir de celui qui l’a fait croître, elle est contente et lui offre une fleur. Si la poésie est mauvaise ou sonne mal, elle émerge des buissons et jette une fleur au visage de la personne en question. Celle-ci s’évanouit alors et, après son réveil, réalise qu’elle a été expulsée du jardin. Il y a dix ans, d’innombrables personnes venaient dans ce jardin.

— Romantique, romantique. Mais je sais très bien que le Pavillon de la Bibliothèque de la secte GusuLan ne possède sûrement pas de livres racontant ce genre de choses, intervint Wei WuXian. SiZhui, soit honnête. Dis-nous quel livre as-tu lu et qui te l’a donné. »

Lan SiZhui rougit et jeta un coup d’œil à Lan WangJi, craignant d’être puni. Lan JingYi demanda :

« La Damoiselle est-elle vraiment jolie ? Sinon pourquoi tant de gens viendraient ? »

Voyant que Lan WangJi n’avait aucune intention de le réprimander, Lan SiZhui lâcha secrètement un soupir de soulagement. Ce fut seulement après cela qu’il répondit en souriant :

« Elle l’était probablement. Après tout, elle s’est formée à partir de tant de choses plaisantes et était un esprit plein de romance. Mais en vérité, personne n’a jamais vu le visage de Damoiselle. Même si une personne ne sait pas composer, il est extrêmement facile de mémoriser quelques poèmes, par conséquent, la plupart des gens ont reçu les fleurs de la Damoiselle. Même si, dans un cas exceptionnel, quelqu’un récitait quelque chose de mauvais, il ne pouvait pas la voir puisqu’il s’évanouissait immédiatement. Cependant… il y a une personne qui fait figure d’exception. 

— Qui ? » demanda un autre garçon.

Wei WuXian toussota.

« Le Patriarche de Yiling, Wei WuXian. » répondit Lan SiZhui.

Wei WuXian toussa de plus belle, et rétorqua :

« Uh, pourquoi encore lui ? On ne peut pas parler d’autre chose ? »

Personne ne lui prêta attention. Lan JingYi le refoula nerveusement d’un geste de la main  :

« Silence ! Qu’a fait Wei WuXian ? Quelqu’un d’aussi malveillant—qu’a-t-il encore fait cette fois ? A-t-il enlevé la Damoiselle et l’a emmenée à l’extérieur ?

— Eh bien, non, répondit Lan SiZhui. Mais, pour pouvoir voir le visage de la Damoiselle, il a fait un détour pour aller à Tanzhou depuis Yunmeng. Chaque fois qu’il entrait dans le jardin, il déclamait de la mauvaise poésie exprès pour que la Damoiselle s’énerve, lui jette une fleur, et le mette dehors. Quand il se réveillait, il retournait à l’intérieur et récitait toujours de la même façon. Après avoir répété son manège plus d’une vingtaine de fois, il parvint finalement à voir le visage de la Damoiselle. À la suite de ça, il vanta partout sa beauté. Cependant, la Damoiselle était plutôt irritée, et elle ne se montra plus pendant un long moment. Chaque fois qu’il revenait, elle le frappait d’une pluie de fleurs. La scène était bien plus merveilleuse que bien des merveilles. »

Les garçons éclatèrent de rire.

« Wei WuXian était quelqu’un de tellement pénible !

— S’ennuyait-il à ce point ? »

Wei WuXian se caressa le menton.

« En quoi est-ce de l’ennui ? Qui n’a pas fait ce genre de choses quand il était plus jeune ? En parlant de ça, pourquoi les gens connaissent-ils ce genre d’histoires ? Et c’est même sérieusement relaté dans un livre. C’est ça le plus ennuyeux, si vous voulez mon avis. »

Lan WangJi le regardait. Bien que son expression restait impassible, une lueur inhabituelle brillait au fond de ses yeux, comme s’il se moquait de lui. “Hey, Lan Zhan, tu n’as pas intérêt à rire à mes dépends,” songea Wei WuXian. “Je connais au moins huit — voire même dix — histoires embarrassantes de ta jeunesse. Je les raconterai aux garçons tôt ou tard, et je briserai l’idée de réputation inviolable et irréprochable qu’ils ont de leur HanGuang-Jun.”

Il déclara ensuite :

« Les enfants, vous êtes bien trop agités en permanence. À tous les coups vous avez passé du temps à lire des livres sans intérêt au lieu de vous concentrer sur votre cultivation. Quand vous rentrerez, soyez sûrs que HanGuang-Jun vous punira en vous faisant copier les règles de la secte. Dix fois. »

Les garçons gémirent.

« Dix fois même en équilibre sur les bras? »

Wei WuXian était tout autant choqué. Il se tourna vers Lan WangJi.

« Ta secte fait copier le règlement à ses disciples pendant qu’ils sont en équilibre sur les bras ? C’est affreux. 

— Il y aura toujours quelqu’un qui ne retiendra pas la leçon en copiant simplement les règles de la secte, répliqua calmement Lan WangJi. Être en équilibre sur les bras ne garantit pas seulement de meilleures performances dans le futur, mais c’est aussi bénéfique à la cultivation. » 

Bien entendu, Wei WuXian était la personne qui ne retenait jamais la leçon. Il fit comme s’il ne savait pas de quoi il parlait et se retourna, ravi de ne pas avoir eu à copier les écritures en équilibre sur les mains.

Ragaillardis par toutes ces histoires, les garçons décidèrent de camper dans le Jardin des Fleurs Annuelles pour la nuit. Il était commun de camper durant les chasses nocturnes, de toute façon. Le groupe réunit une pile de branches mortes et de feuilles sèches et firent un feu de camp. Lan WangJi s’éloigna pour patrouiller, pas seulement pour s’assurer que les alentours étaient sûrs, mais aussi pour mettre en place un sort en cas d’attaque nocturne. Wei WuXian étendit ses jambes et s’assit à côté du feu. Maintenant que Lan WangJi était parti, il avait enfin une chance d’assouvir sa curiosité. 

« Bien. J’ai besoin de vous poser une question. C’est quoi la signification du ruban frontal de votre secte au juste?»

À ces mots, l’expression des garçons changea subitement. Ils se mirent tous à bégayer. Le cœur de Wei WuXian manqua un battement avant de se mettre à cogner de plus en plus vite.

«Qianbei, tu ne sais vraiment pas?

— Si je le savais, pourquoi l’aurais-je demandé? Ai-je vraiment l’air d’être le genre de personne qui n’a rien de mieux à faire?

— Oui… marmonna Lan JingYi. Après tout, tu es bien du genre à nous duper en nous faisant regarder à tour de rôle ce genre de chose…»

Wei WuXian remua le feu avec un bâton, faisant jaillir des nuées d’étincelles.

« N’était-ce pas pour vous entraîner et vous faire sortir de votre zone de confort ? C’est vraiment efficace. Si vous m’écoutez, vous en tirerez certainement profit à l’avenir. »

Lan SiZhui sembla choisir ses mots avec soin. Il ne répondit qu’après une longue hésitation :

« Très bien. Le ruban frontal de la secte GusuLan symbolise le fait de « se réguler ». Tu sais cela, qianbei, n’est-ce pas ?

— Oui. Et ?

— Et le fondateur de la secte GusuLan, Lan An, a décrété qu’on ne pouvait renoncer à toutes formes de régulations qu’auprès de la personne que l’on aime et que l’on chéri. Par conséquent, le message qui a été transmis de génération en génération est que, euh, le ruban frontal de notre secte est un objet spécial, très, très personnel et intime. On ne doit pas donner à quelqu’un d’autre la permission de le toucher à la légère, on ne peut pas l’enlever comme on l’entend, et on ne peut absolument pas l’attacher à quelqu’un d’autre. C’est prohibé. Enfin, à moins que, que… »

Il n’eut pas besoin de finir sa phrase.

Devant le feu de camp, les visages juvéniles et innocents se teintèrent de différentes nuances de rouge. Même Lan SiZhui ne parvint pas à poursuivre.

Wei WuXian sentit presque la moitié de son sang lui monter à la tête. 

Le ruban frontal, le ruban frontal, l-l-le…

Le ruban frontal était en effet plutôt significatif !

Il eut soudain l’impression qu’il avait besoin d’air frais. Il se releva vivement et se rua dehors, ne parvenant à se maintenir debout qu’en s’appuyant au tronc d’un arbre desséché. « … Juste ciel ! Mais qu’ai-je donc fait ?! » s’exclama-t-il intérieurement. 

À l’époque, à Qishan, la secte Wen avait tenu une grande Conférence de Discussion. La conférence devait durer sept jours, et chaque jours différents types de divertissements étaient organisés. L’une de ses journées comportait une compétition de tir à l’arc.

Les règles de la compétition étaient les suivantes : tout disciple âgé de moins de vingt ans pouvaient entrer sur le terrain de chasse. Parmi le millier de mannequins de papier cibles grandeur nature, seule une centaine étaient possédés par des esprits pernicieux. Si un des participants touchait la mauvaise cible, il était immédiatement éliminé. On ne pouvait rester dans la compétition qu’en touchant à chaque fois les mannequins possédés. À la fin, les disciples étaient classés par ordre de nombre de prises, de précision du tir, et ainsi de suite.

Bien entendu, Wei WuXian se devait de participer à un tel événement en tant que concurrent au sein de la secte YunmengJiang. Avant la compétition, il se sentait étrangement somnolant, ayant dû assister aux débats entre les sectes durant toute la matinée. Il ne retrouva son enthousiasme que lorsqu’il plaça son arc et ses flèches dans son dos. Il se dirigeait vers le terrain de chasse en baillant quand il aperçut soudain, sur le côté, un très beau jeune homme au teint clair et à l’attitude froide. Il portait une robe rouge au col arrondi dont les manches avaient des ouvertures étroites et une ceinture de neuf anneaux dorés. C’était l’uniforme de tous les novices qui participaient à la Conférence de Qishan. Il lui allait tout particulièrement bien. Il avait un semblant d’élégance, quelques traces de vigueur, mais de la beauté à profusion. On ne pouvait s’empêcher de se sentir enjoué à la vue d’un tel jeune homme.

Il portait des flèches empennées de plumes blanches et était en train de tester son arc. Tandis qu’ils caressaient la corde, ses doigts fins lui firent émettre un son comparable à celui d’une corde de guqin, fort et pourtant magnifique.

Le garçon lui semblait familier. Après un moment de réflexion, il se souvint finalement de lui et le salua avec enthousiasme :

« Hey ! WangJi-xiong, c’est toi ! »

À ce moment-là, cela faisait déjà un an depuis que Wei WuXian avait étudié à Gusu et avait été renvoyé à Yunmeng. À son retour, il avait raconté à tout le monde tout ce qu’il avait vu à Gusu, en particulier des choses comme le fait que, même si le visage de Lan WangJi était agréable, il était tellement rigide qu’il faisait ceci, tellement ennuyeux qu’il faisait cela. Peu de temps après, il avait tout oublié de son séjour à Gusu et avait continué à s’amuser dans les lacs et les montagnes. Auparavant, il n’avait vu Lan WangJi que dans les simples “vêtements de deuil” qui constituaient l’uniforme de GusuLan, jamais encore il ne l’avait vu dans une tenue aussi vive et tape-à-l’œil. En ajoutant ce visage bien trop beau qu’arborait Lan WangJi, maintenant que leurs routes se croisaient à nouveau, Wei WuXian avait été momentanément aveuglé par son apparence et avait eu du mal à le reconnaître sur le coup.

En parallèle, dès que Lan WangJi eut fini de tester son arc, il s’éloigna immédiatement. Avec un air embarrassé, Wei WuXian se tourna vers Jiang Cheng.

« Il m’a encore ignoré. Huh. »

Jiang Cheng lui jeta un regard indifférent, décidant de l’ignorer à son tour. Il y avait plus de vingt entrées menant au champ de tir, chaque secte avait la sienne. Tandis que Lan Wangji se dirigeait vers celle de GusuLan, Wei WuXian se glissa devant lui avant qu’il ne puisse l’atteindre. Lan WangJi se décala sur le côté, il en fit de même ; Lan WangJi se tourna dans une autre direction, et il en fit encore de même. En somme, il refusa de le laisser passer.

Au final, se tenant bien droit, Lan WangJi leva légèrement le menton. D’un ton sérieux, il articula :

« Pardon.

— Tu te décides enfin à me parler ? répliqua Wei WuXian. Faisais-tu semblant de ne pas me connaître ou de ne pas m’avoir entendu ? »

Près d’eux, les garçons des autres sectes les dévisageaient. Certains riaient, d’autres se récriaient. Jiang Cheng claqua sa langue avec impatience. Ses flèches fixées dans son dos, il se dirigea vers une autre entrée.

Lan WangJi leva les yeux avec froideur et répéta :

« Pardon. »

Un léger sourire étirant ses lèvres, Wei WuXian leva les sourcils et se mit sur le côté. Le portail arqué était assez étroit. Lan WangJi n’avait pas d’autres choix que de le frôler en passant. Après qu’il soit entré, Wei WuXian cria derrière lui :

« Lan Zhan, ton ruban frontal est de travers! »

Tous les disciples des grandes sectes faisaient extrêmement attention à leur apparence, tout particulièrement ceux de GusuLan. En entendant cela, Lan WangJi leva les main pour le réajuster sans même y songer. Cependant, le ruban frontal était clairement aussi convenable que de coutume. Il se retourna et lança un regard agacé à Wei WuXian. Ce dernier rit simplement tandis qu’il se tourna vers l’entrée de Yunmeng Jiang.

Après que tout le monde fut entré et que la compétition eut officiellement débuté, un à un, des disciples furent éliminés pour avoir accidentellement tiré sur des mannequins normaux. À chacun de ses tirs, Wei WuXian en abattait un. Bien qu’il fût lent, il n’en ratait jamais un seul. Le nombre de flèches dans son carquois se réduisit bientôt à dix-sept ou dix-huit. Juste au moment où il se demandait ce qui se passerait s’il tirait avec son autre main, quelque chose vola vers son visage.

Plus léger même que la caresse de fleurs de chatons 2 portées par le vent, l’objet donna à Wei WuXian l’envie de se gratter la joue. Il se retourna et vit que Lan WangJi s’était déjà rapproché de lui. Dos à Wei WuXian et face à un mannequin de papier, il était en train de bander son arc.

Les extrémités de son ruban frontal dansaient dans la brise, caressant doucement le visage de Wei WuXian.

Il plissa les yeux.

« WangJi-xiong ! »

Son arc était déjà tendu, pareil à une pleine lune, mais Lan WangJi répondit néanmoins après un court moment d’hésitation.

« Quoi ?

— Ton ruban frontal est de travers. »

Cette fois, Lan WangJi refusa de le croire de nouveau. Tandis qu’il relâchait la corde, il répondit sans même se retourner :

« Ridicule.

— C’est vrai cette fois ! protesta Wei WuXian. Il est vraiment de travers. Tu n’as qu’à vérifier si tu ne me crois pas. Laisse-moi le réarranger pour toi. »

Il fit comme il l’avait dit, et saisit l’extrémité du ruban qui s’obstinait à flotter sous ses yeux. Hélas, cependant, ses mains étaient trop indociles. Par le passé, il avait pris l’habitude de tirer les tresses des filles de Yunmeng. Chaque fois qu’il touchait un objet ressemblant vaguement à une bande, il ne pouvait s’empêcher de tirer dessus. Ainsi, sans y réfléchir, il tira sur le ruban cette fois aussi. Cependant, comme le ruban était déjà un peu de travers et légèrement défait, après avoir tiré dessus, il tomba instantanément du front de Lan WangJi.

La main de Lan WangJi qui tenait l’arc trembla immédiatement.

Il ne parvint à se retourner qu’après un long moment. Lentement, ses yeux accrochèrent ceux de Wei WuXian.

Celui-ci tenait encore le doux ruban dans la main.

« Désolé. Je n’ai pas fait exprès. Tiens, tu peux le rattacher. »

L’expression de Lan WangJi était plus sombre que jamais. 

On aurait presque dit qu’un nuage noir s’était abattu sur son visage. Tandis qu’il agrippait son arc, des veines remontèrent sur le dos de sa main. Il semblait si énervé que son corps en tremblait presque. Voyant que même ses yeux étaient injectés de sang, Wei WuXian ne put s’empêcher de serrer le ruban frontal. “Ai-je bien tiré seulement le ruban, et pas une partie de son corps?”

Choqué qu’il ait osé serrer son ruban, Lan WangJi le lui arracha des mains aussi vite que possible.

Wei WuXian le lâcha dès l’instant où il s’en empara. Les autres disciples de la secte Lan cessèrent leurs attaques également, et tous s’approchèrent. Le bras autour des épaules de son petit frère, Lan XiChen parlait à un Lan WangJi muet d’une voix basse. Les autres semblaient tout aussi sérieux, comme s’ils faisaient face à un puissant ennemi. Ils secouaient la tête en parlant, épiant Wei WuXian avec un air étrange et indescriptible.

Wei WuXian ne put entendre que quelques termes vagues, comme “accident”, “reste calme”, “ne t’inquiète pas”, “un homme”, “les règles de la secte”, et ainsi de suite. Il se sentit encore plus confus. Après lui avoir jeté un dernier regard noir, Lan WangJi se retourna et quitta seul le terrain. 

Jiang Cheng s’approcha et demanda :

« Qu’est-ce que tu as encore fait cette fois ? Ne t’ai-je pas dit de ne pas l’embêter ? Ta journée ne serait pas complète si tu ne creusais pas ta propre tombe au moins une fois, hein ? »

Wei WuXian haussa les épaules.

« J’ai dit que son ruban frontal était de travers. Je me moquais de lui la première fois, mais la deuxième fois c’était vrai. Il ne m’a pas cru et il s’est mis en colère. Je n’ai même pas fait exprès de tirer dessus. Pourquoi est-il si énervé à ton avis ? Il ne participe même plus à la compétition?

— N’est-ce pas évident ? railla Jiang Cheng. C’est parce qu’il te déteste tout particulièrement ! »

Il n’avait presque plus de flèche dans son dos. En voyant cela, Wei WuXian se remit au travail lui aussi.

Durant toutes ces années, il n’avait jamais vraiment prêté attention à cet incident. Au début, il s’était doutait que le ruban frontal avait une signification particulière pour le clan Lan. Après la compétition, cependant, il oublia complètement tout cela. Maintenant qu’il songeait à la façon dont les autres Lan l’avaient regardé…

Même avec son ruban arraché par un sale gamin, sans aucun consentement ou quoi que ce soit dans le genre et sous les yeux de tous, Lan Zhan était parvenu à se retenir de tirer une flèche sur Wei WuXian et de le tuer sur le coup — les gens avec de bonnes manières étaient terrifiants !!! Il méritait bien son titre de HanGuang-Jun !!!

Et, en y réfléchissant davantage, Wei WuXian réalisa qu’il avait touché au ruban frontal de Lan WangJi plus d’une fois après l’incident !!!

Lan JingYi était confus.

« Qu’est-ce qu’il fait, à faire les cent pas dans tous les sens, comme ça ? Est-ce qu’il a trop mangé ?

— Et son visage est tantôt rouge, tantôt vert… ajouta un autre garçon. Peut-être est-ce quelque chose qu’il a mangé ?

— Nous n’avons rien mangé de spécial… Est-ce à cause de la signification du ruban frontal ? Il avait l’air un peu trop enthousiaste. On dirait qu’il aime vraiment beaucoup HanGuang-Jun. Regardez comme il est content… »

Wei WuXian parvint finalement à se calmer après avoir fait le tour d’un buisson de fleurs fanées une cinquantaine de fois. En entendant cette dernière phrase, il était entre le rire et les larmes. Soudain, il entendit le son d’une personne piétinant les feuilles sèches derrière lui.

D’après le bruit des pas, il pouvait dire que ce n’était pas l’un des enfants. Lan WangJi était probablement revenu. Wei WuXian ajusta hâtivement son expression, se retourna et vit une silhouette sombre se tenir dans l’ombre d’un arbre mort à proximité.

La silhouette était grande, assez droite, plutôt pleine de dignité.

Cependant, il lui manquait la tête.


Notes :

1 Fae : yao en chinois, voir notes du chapitre 13

2 Fleur de chatons :  https://fr.wikipedia.org/wiki/Chaton_(botanique)

Ces fleurs aériennes sont notamment le sujet de nombreux poèmes renommés en Chine.

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plop
plop
10 mois

Merci

evinrudEvin Rud
9 mois

Très cher Soleil Noir (ou NoirSoleil !) je vous remercie infiniment pour cette traduction Française si scrupuleuse, si détaillée, si proche de l’esprit du roman. Et plus encore ces notes de bas de page qui éclaircissent nos lacunes culturelles ou linguale. Depuis 3 mois que j’ai vu la série, je fouille internet dans ses moindres recoins pour trouver le manga, l’anime et le roman dans notre langue. Il semble que même les rebeled exiled n’aient pas entierement finis la version anglaise du roman.
Bref tout cela pour te supplier de continuer et te demander ( oups pardon, je te tutoie !!! ) quand nous pouvons espérer la suite de la traduction. Tu es dans mes favoris mais je ne sais pas si je peux mettre une alerte pour être informée des chapîtres à venir.
Bonne année toi et longue vie à The Untamed grâce à la communauté internationale.

AruBiiZe
AruBiiZe
8 mois

Ce chapitre commence fort bien ! *en mode fangirl*
*bave*

« Ça fait mal… HanGuang-Jun, tu es si brusque quand tu es ivre. »
*Prends cette phrase à double sens*
*saigne du nez*

Le premier baiser de Lan Zhan ! Rien que d’y penser…. ! *Kyaaaaa*
Ah oui, mais nan, c’est vrai ! xD Quoique, maintenant que j’y réfléchis… xD

Ooh, je croyais que Wei Ying savait pour le ruban de Lan Zhan ! :O

Ils se titillent comme un vieux couple ! Ca m’avait manqué ! <3

Ouiiii ! Le ruban ! Wei Ying est entre bonheur et culpabilité ! xD

Merci beaucouuuup pour ce chapitre trèèèès agréable !
A bientôt ! <3