The Scum Villain’s Self-Saving System – Chapitre 55

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Traduit par Keliane, corrigé par Aquila

Chapitre 55

Vie en résidence surveillée

Un large couloir de pierre reliait les deux royaumes séparés par la faille. Des paires de torches dansaient incessamment dans le lointain, et les profondeurs étaient aussi sombres qu’une forêt dense la nuit. A voir le style des peintures murales le long des couloirs, il y avait une forte ambiance yin, et il était évident qu’il s’agissait du quartier général de Luo Binghe dans le Royaume Démoniaque.

Une fois la brèche refermée, Luo Binghe cessa de contraindre Shen Qingqiu, relâchant lentement ses mains. Ce dernier se tint droit et dépoussiéra ses manches, sans dire un mot.

Les deux n’avaient rien à se dire, ne s’autorisant pas même un regard de côté. L’un devant et l’autre derrière, leurs pas ne faisaient aucun bruit. L’atmosphère était rigide et froide.

Les bifurcations dans le couloir du palais souterrain ne ralentissaient pas Luo Binghe d’un poil. Après avoir parcouru ce chemin tortueux à travers le complexe pendant un certain temps, la scène s’ouvrit soudain devant leurs yeux. L’architecture du Royaume Démoniaque était pour l’essentiel retranchée dans des grottes souterraines creusées, ne voyant ni le soleil ni la lune tout au long de l’année. Toutefois, cette partie était transpercée du sol au plafond, permettant à la lumière du soleil d’y pénétrer et d’ajouter un peu plus de caractère humain.

Après avoir poussé la porte et être entré, l’ameublement et l’agencement de la pièce avaient un aspect assez familier. En fait, elle était assez semblable à la maison en bambou du pic Qing Jing.

Shen Qingqiu éprouva un mystérieux ressentiment.

Il voulait vraiment demander à Luo Binghe, « Que signifie tout ceci ? »

Arranger le décor et les accessoires comme si nous étions sur une scène de théâtre, rassembler les acteurs, faire comme si jamais rien ne s’était passé… Veux-tu poursuivre cette petite comédie quotidienne du maître aimant et du disciple établie dans ton paysage onirique ?

Faire déborder son cœur de sympathie en se comportant comme un enfant misérable et faire des crises de colère. Là encore, le frapper de nouveau en pleine face et lui dire que tout ceci n’était qu’une mascarade. Que ce soit vrai ou faux, ses yeux n’étaient pas assez aiguisés pour discerner clairement les plumes d’automne [1] et voir à travers le cœur de Luo Binghe afin de comprendre ce qu’il pensait vraiment, et faire la part entre vérité et hypocrisie.

Alors qu’il ruminait encore ces pensées, Luo Binghe s’approcha de lui.

Si cela s’était produit quelques jours plus tôt, Shen Qingqiu n’aurait certainement pas hésité à s’enfuir, reculant de trois pas pour chaque pas qui le rapprochait de lui. Mais désormais, il ne voulait clairement pas agir ainsi. Cela aurait trop ressemblé à la réaction d’une femme de bonne famille kidnappée par des bandits, c’est-à-dire, bien trop peu naturel. Même lorsqu’un dragon nage en eaux peu profondes ou qu’un tigre tombe dans les plaines [2], il peut encore puiser sa dernière once de courage pour conserver ses manières gracieuses et prudentes. Il n’allait en aucun cas sombrer dans une apparence totalement inesthétique.

Mais il était toujours inévitablement contracté, son cœur tendu comme une corde d’arc, ses paupières tressautant et le bout de ses doigts se repliant.

Comment Luo Binghe était-il si perspicace ? Il avança encore d’un pas.

« Shizun, que crois-tu que je vais te faire ?

— Je ne peux pas le deviner » répondit Shen Qingqiu avec sincérité.

Il n’oserait plus jamais deviner gratuitement les intentions de Luo Binghe. Les faits étaient clairs, à chaque fois il était à des années-lumière de la réalité !

Luo Binghe tendit la main droite. Shen Qingqiu ne fit ni bruit ni mouvement, mais son regard ne put s’empêcher de se coller sur le bout de ses doigts, les suivant lorsqu’ils s’approchèrent.

Cette main était élégante et fine. Elle ne ressemblait pas à la main d’un jeune maître de la race démoniaque qui avait déjà pris d’innombrables vies, mais plutôt à celle qui était née pour pincer des cordes, une main pour brûler de l’encens et se baigner dans la neige. Elle se glissa timidement sur sa joue, frôlant légèrement sa peau.

Et puis elle se posa sur sa gorge.

Il ignorait si c’était ou non un accident, mais cette main se posa exactement sur une des artères principales de son cou. Sa gorge bougea imperceptiblement.

Luo Binghe retira sa main. Lorsqu’il rouvrit la bouche, il fut impossible de dire s’il était heureux, en colère, triste ou joyeux.

« Mon sang, il ne répond pas à mes appels. »

Ainsi, lorsqu’il avait touché sa peau, c’était pour sonder le sang de Démon Céleste absent du corps de Shen Qingqiu.

« Il semble que durant ces derniers jours, Shizun ait fait une autre rencontre fortuite, remarqua Luo Binghe.

— Eh bien, que peux-tu y faire ? M’en faire boire de nouveau ?

— Tu t’enfuiras si tu en bois, tu t’enfuiras si tu n’en bois pas, les deux options sont les mêmes. Je ferais mieux de faire en sorte que Shizun n’ajoute pas une nouvelle couche de mépris pour moi dans son cœur. »

Devant les autres, il n’avait pas manifesté une once de respect pour Shen Qingiu, mais en privé, il était soudain devenu poli et courtois. Shen Qingqiu se sentit quelque peu partagé.

« Shizun, s’il te plaît, reste ici pour le moment. Si tu veux, tu es libre de te promener à l’intérieur du palais souterrain, reprit Luo Binghe. J’ai laissé les domestiques dehors, ils n’entreront pas dans la pièce. Si tu as besoin de quoi que ce soit, fais-moi simplement mander.

— Comme c’est attentionné. »

Luo Binghe fixa son regard sur lui pendant un moment, puis demanda :

« Y a-t-il quelque chose que tu désires ?

— Tout est acceptable ? »

Luo Binghe acquiesça d’un signe de tête. Un sentiment de malveillance soudain émergeant de ses tripes, Shen Qingqiu répondit sans ménagement :

« Je veux te voir le moins possible. Ce serait encore mieux si je ne te voyais pas du tout. »

Il semblait que Luo Binghe ne s’était jamais attendu à ce que Shen Qingqiu fasse ce genre de demande. Son visage pâlit.

En voyant cela, Shen Qingqiu éprouva un éclair de joie née au dépend de son malheur, mais aussi l’impression d’avoir été piquée par une aiguille, peut-être parce qu’il n’avait jamais rien dit d’aussi vitriolique et impitoyable à qui que ce soit par le passé.

Le sang revint lentement colorer le visage de Luo Binghe tandis qu’il reprenait la parole :

« Shizun m’a demandé une fois si je voulais devenir fort.

— Le jour où je t’ai posé cette question, il me semble me souvenir que je t’ai aussi dit que le but de devenir fort était de protéger les gens, et non de les piller et de les massacrer, répliqua Shen Qingqiu.

— Non, tu te trompais, répondit froidement Luo Binghe. Ce que Shizun a enseigné n’était pas nécessairement correct sur tous les points. Ce n’est qu’en devenant le plus fort que l’on peut garder fermement les gens qu’on veut avoir dans la paume de sa main. J’ai finalement compris… il ne fallait pas attendre que Shizun vienne de lui-même. »

Il serra le poing, arborant avec force un sourire vicieux sur son visage.

« Alors, maintenant que je t’ai capturé, Shizun ferait mieux de ne plus jamais penser à s’échapper ! »

Après que le diable incarné ait quitté la scène, Shen Qingqiu frappa à la porte du Système.

« 2.0, tu es là ? »

Le système répondit :

【Le système fournit une assistance complète 24 heures sur 24 et une assistance en ligne réaliste.】

« Euh… Limite toi à complète, oublie le côté réaliste. A combien se porte le total de mes points ? »

Le système :

【B-points 1330, 《 La Voie du Fier Démon Immortel 》 : a retiré avec succès le tag « Les mines terrestres tombent comme la foudre », a atteint le stade « Plutôt beaucoup de points Tsukkomi ». Vous êtes encouragé à continuer à vous connecter et à faire de votre mieux. Dans l’attente de votre prochain achèvement mystère à débloquer. Points de classitude : 3840 ; points de colère : 1500 ; points de chagrin : 4500. De gros efforts sont encore nécessaires pour s’améliorer.】

Très bien. Grâce à son grand effort (chercher la mort), ce stallion novel pourri avait finalement observé une certaine amélioration des B-points. Bien que « Plutôt beaucoup de points Tsukkomi » n’était pas une évaluation favorable, c’était certainement quelques points plus forts que « Les mines terrestres tombent comme la foudre ». Les points de colère ne défiaient pas autant le ciel qu’il le pensait, mais les points de chagrin, au contraire, étaient suffisamment élevés pour qu’il ait l’impression d’avoir été piqué par une autre aiguille.

Détournant son regard, Shen Qingqiu demanda :

« Avec autant de points de classitude, puis-je les échanger contre quelque chose ? »

Le système :

【Vous pouvez les échanger contre une mise à jour des fonctionnalités du Système.】

« Soit, répondit-il joyeusement. Fais la mise à niveau. »

Dans un bruit de sonnerie de notification, le système commença à télécharger tranquillement le paquet de mise à niveau. Shen Qingqiu eut soudain une pensée et demanda :

« Ah oui, quel est le nom de cette mise à jour ? »

Le système :

【Petit Pousseur de Scénario – Édition de Luxe.】

Shen Qingqiu frappa de façon décisive sur le bouton d’annulation de la fenêtre de téléchargement.

FUCK, le téléchargement est déjà terminé, et il a fallu 3000 putain de points de classitude. Zéro étoile !

Après avoir spammé le système d’une pile de plaintes avec mécontentement, Shen Qingqiu entama sa vie en résidence surveillée.

Luo Binghe était occupé à unir les tribus de la frontière nord sur le territoire de Mobei-Jun et Sha Hualing semblait avoir officiellement lancé sa grande opération de tromperie – au sens littéral du terme. En bref, dans un avenir proche, Luo Binghe avait de nombreuses cibles à anéantir ou à enrôler. Avec de nombreuses tâches officielles à accomplir, desquelles il était peut-être incapable de se sortir, il ne montra pas son visage pendant tout ce temps.

… ou peut-être que ce jour-là, son cœur de verre avait été brisé par les mots durs de Shen Qingqiu, et qu’il n’avait pas osé réapparaître.

Shen Qingqiu détourna à grand-peine ses pensées de cette dernière possibilité.

En bref, si Luo Binghe continuait de le laisser seul, ce genre de vie, n’était-ce pas son but tant attendu de passer ses journées à « se débrouiller, manger, attendre la mort et profiter de ses dernières années » ?

En outre, Luo Binghe n’avait pas agi comme les personnages des livres que sa jeune sœur aimait lire dans sa vie antérieure, en l’enchaînant, les yeux bandés et bâillonné, déshabillé et battu. Il pouvait aussi bien se contenter de ce qu’il avait et faire comme chez lui, où qu’il soit.

Conneries !

Pour que Shen Qingqiu tente de se réconforter avec ces mots, il devait avoir de la merde dans son cerveau ! Il n’était pas une sorte de patient atteint du syndrome de Stockholm, ressentant une profonde gratitude d’avoir été engraissé en captivité. Ne comprenez-vous pas ? Vous devez mener une vie heureuse par vous-même, et non pas en comptant sur la charité des autres !

Après avoir vaincu son propre lavage de cerveau, Shen Qingqiu exerça sa force, une page d’un livre s’ouvrant dans ses mains. Au même moment, un bruit fort de craquement de bambou résonna de l’extérieur de la fenêtre. Il leva le rideau, et vit un groupe de jeunes serviteurs du royaume démoniaque se presser. Sortant sa tête dehors, il demanda :

« Que faites-vous ? 

— Maître Shen, pourquoi êtes-vous sorti ? »

Le domestique avait une attitude extrêmement enthousiaste et déférente, tout à fait différente de celle d’une personne parlant à une autre assignée à résidence. Il sourit et répondit :

« Nous plantons des bambous par ici. »

Shen Qingqiu le regarda fixement.

« Des bambous ?

— Mmh. Vous devriez reconnaître cette plante du Royaume Humain. Il est difficile de la planter ici dans le Royaume Démoniaque, et elle ne grandit pas correctement, mais Junshang est déterminé à la faire planter ici, tout le monde doit donc trouver un moyen. »

En voyant sa force et sa façon de se déplacer, Shen Qingqiu savait que ce n’était certainement pas un travailleur manuel ordinaire. Il craignait que tous les démons que Luo Binghe avait trouvés soient la crème de la crème. Faire faire des petits boulots à ces experts pour lui… quel gaspillage de ressources !

Et ce n’était pas fini. Pendant les deux premiers jours, Shen Qingqiu avait été apathique et n’avait pas eu d’appétit, mais le troisième jour, il abandonna son intérêt pour le jeûne et glissa quelques mots distants à (comprendre ‘flirter avec’) la jolie servante à la peau pâle et aux gros seins, en demandant qu’un repas lui soit amené. Avant même d’avoir piqué par deux fois avec ses baguettes, il n’eut plus l’estomac à continuer.

La servante inclina la tête, demandant d’une voix riante :

« Qu’y a-t-il, Maître Shen, le goût n’est pas bon ? »

Le goût est bon, très bon. C’est juste que c’est trop bon, un bon goût très familier. Cela faisait de nombreuses années que Shen Qingqiu n’avait plus goûté cela, et c’était pourquoi il ne pouvait pas continuer.

Il posa ses baguettes et demanda :

« C’est vous qui avez fait ça ? »

La servante gloussa.

« Comment cela pourrait-il être possible ? Je ne sais faire que tuer et manger frais, ou attendre que la viande pourrisse avant de manger. Je ne connais pas ces recettes humaines, avec tout le feu et une tonne de riz et condiments. Cela m’ennuierait à mort. »

… Fuck, il s’avérait que cette belle démone à la voix claire et au souffle d’orchidée était une amatrice de chair pourrie. Shen Qingqiu aurait dû le voir depuis longtemps. Faire nettoyer les tables et balayer le sol tous les jours était trop avilissant pour cette fille. Vu sa force, elle était plus apte à manier une paire de larges haches au combat pour découper les ennemis, plutôt que de couper des melons et des légumes, et il était fort probable qu’elle avait l’habitude de faire précisément ce travail.

Sur un ton retenu et sans changer d’expression, Shen Qingqiu demanda :

« Dans ce cas, qui l’a fait ?

— Aiyo, je n’ose pas le dire. Junshang [3] me tuerait certainement si je le faisais. »

Tu n’oses pas le dire ? Ne serait-il pas capable de le savoir rien que par le goût même si elle ne disait rien ?

Shen Qingqiu hésita entre reposer son assiette et ramasser cette paire de baguettes. Quel était le dicton ? La main qui a reçu est hésitante, la bouche qui a été nourrie est douce. [4] Shen Qingqiu s’inquiétait beaucoup de savoir si, après avoir terminé ce repas, il pourrait encore prendre avec force une position vertueuse contre Luo Binghe. Mais, au final, le cuisinier connaissait trop bien ses goûts et ses habitudes alimentaires, et pendant qu’il s’inquiétait, il avait inconsciemment nettoyé son assiette…

La servante fit la vaisselle et se retira dans un balancement de hanches, couvrant un sourire de sa main. Peu de temps après son départ, le rideau se souleva et une personne se faufila à l’intérieur. En voyant ce visage, un sentiment malveillant jaillit des tripes de Shen Qingqiu. Lui faisant face avec un coup violent, il cria :

« Airplane Shooting Towards the Sky, je… »

Shang Qinghua leva frénétiquement les mains pour le bloquer, une épée sortant de son fourreau pour trancher l’espace qui les séparait, et adopta une position offensive.

« Ai ai ai, non, s’il te plaît, non. Shen-dada, tu ne peux vraiment pas déconner avec les gens comme tu veux. Si tu me cherches, même si je n’ai certes pas de compétences impressionnantes, ne pense pas que celles-ci te permettront de t’en tirer à bon compte.

— Tu m’as vendu, rugit Shen Qingqiu. Qu’en est-il de notre association ? De la camaraderie d’avoir une origine commune ?!

— Quelle amitié y a-t-il entre nous, si ce n’est un amour véritable déguisé en haine depuis le début ? rétorqua Shang Qinghua. Ah ! Ne me traite pas comme ça, ça fait vraiment mal… Qu’est-ce que j’aurais pu faire d’autre que de te vendre ? C’était le grand Dieu Luo, même si je ne t’avais pas vendu, il t’avait déjà presque découvert. Pourquoi aurais-je cherché une raclée sans raison ? Cela ne veut rien dire, j’ai juste choisi de me confesser et de prendre le chemin le plus facile. »

Cette réponse était tellement éhontée que Shen Qingqiu en resta quelque peu étonné. Après avoir baissé sa garde un moment, il découvrit que Shang Qinghua s’était déjà avancé et s’était assis à la table. Il posa l’épée dans sa main dessus dans un « bang » et reprit :

« Ne parlons plus de cela. On m’a ordonné de te livrer quelque chose. »

En regardant mieux cette épée, la main de Shen Qingqiu se tendit pour caresser la lame. C’était cette même épée qui avait été brisée en de nombreux morceaux suite à la destruction de son énergie spirituelle lorsqu’il s’était autodétruit. La malheureuse épée Xiu Ya.

Shen Qingqiu avait encore un attachement émotionnel envers Xiu Ya, et dès qu’il eut l’épée en main, il n’eut plus d’attention à consacrer à sa dispute avec Shang Qinghua. Lorsqu’il tira l’arme de son fourreau, celle-ci se révéla d’un blanc pur et brillant comme jamais, fine et élégante. Ses morceaux brisés étaient réparés aussi parfaitement que des vêtements célestes, débordant d’énergie spirituelle, sans qu’on puisse voir la moindre fente.

De l’autre côté, Shang Qinghua riait nerveusement et se frottait les mains, claquant sa langue tout en disant :

« Aiyah, je n’aurais jamais cru que… l’histoire se déformerait à ce point. Remarquable, vraiment remarquable.

— Le protagoniste du roman d’étalon que tu as écrit s’est transformé en manche-coupée, ne devrais-tu pas être en colère ?

— Cela n’a pas d’importance, déclara Shang Qinghua avec sincérité. De toute façon, ce n’est pas de moi dont il est tombé amoureux. »

Shen Qingqiu lui adressa un cordial doigt d’honneur, avant de baisser la tête pour polir son épée.

Shang Qinghua lui répondit en levant le pouce.

« Vraiment, pas besoin d’être si pessimiste. Tu as de bonnes perspectives d’avenir, de très bonnes. Ces cuisses en or [5], elles sont fortes, fiables !

— Garde tes putains de cuisses dorées ! Si je dois les serrer dans mes bras, où penses-tu qu’elles vont m’emmener ? Entre ses jambes !

— Entre ses jambes, c’est encore mieux, ah. Entre les jambes, c’est la place la plus importante d’un homme. »

Si ce n’était parce que Xiu Ya venait juste de revenir entre ses mains et qu’il ne pouvait pas supporter de l’utiliser pour des choses dégoûtantes, Shen Qingqiu aurait vraiment eu envie de couper un morceau de cet endroit entre ses jambes. N’étant pas d’humeur à cette bouffonnerie, il réajusta son expression et demanda :

« Puisque nous sommes francs l’un envers l’autre, je vais te le demander : n’as-tu jamais eu de projets pour Tianlang-Jun ?

— Que vas-tu faire avec cette information au sujet du père de Bing-ge ?

— Ce n’est pas que je veuille faire quelque chose de cette information, j’ai juste trouvé étrange que tu ne fasses pas de foin sur le père du protagoniste. Je sais pertinemment ce que tu peux écrire.

— Tu as vraiment de bons yeux, tu es vraiment un de mes fidèles lecteurs. Je vais te le dire : à l’origine, j’avais prévu de développer la structure de l’intrigue pour faire du père de Bing-ge le BOSS, mais au moment où j’écrivais, mon ordinateur est mort et j’ai perdu mon plan, ainsi qu’une tonne de détails. Et à l’époque, dans la section des critiques, les gens voulaient tous une intrigue différente : la bataille de Bing-ge envahissant une centaine de fleurs, tu vois ? Une centaine d’esprits des fleurs sacrées qui, depuis leur naissance, n’avaient jamais vu un homme ; et il s’est occupé de chacun d’eux. Cucumber bro’, tu sais combien j’ai souffert d’écrire la partie sur les cent bourgeons de fleurs fleurissant à l’unisson, mais tu continues de m’engueuler…

— … »

Shen Qingqiu connaissait enfin la véritable origine de tous ces trous dans la trame.

« Tu t’es donc contenté d’aller écrire l’intrigue du harem, et tu as ainsi pu laisser celle du père de Bing-ge, plus sérieuse, rester pleine de trous ?

— En fait, la laisser pleine de trous n’était pas un problème, déclara Shang Qinghua. Le principal était de rendre ça cool pour les lecteurs. Toutes les sœurs qui auraient dû être couchées ont été couchées, toute la chair à canon qui aurait dû être tuée a été tuée. Écrire une intrigue qui n’intéresse peut-être pas tout le monde, c’est faire un effort supplémentaire sans récompense. Je voulais juste gagner ma vie. Si tous les abonnés quittent le navire, je n’aurai plus rien à manger, Cucumber bro’. »

Airplane Shooting Towards the Sky, tu t’amuses vraiment trop à découper les grandes lignes, mais les exigences strictes du système me font remplir tous les trous que tu as creusés avec tes fautes professionnelles !

« En fait, je n’étais pas complètement réticent à m’en défaire, poursuivit Shang Qinghua. Dans mes plans originaux, TianLang-Jun avait le sang plus pur que Bing-ge, sa puissance martiale était plus forte, il avait acquis sa célébrité plus tôt – son personnage était juste plus habillé que Bing-ge. Il s’élevait bien au-dessus de la saleté du monde ordinaire pour rire avec arrogance des Trois Royaumes, et il avait même une histoire tragique profondément émouvante à faire chanter ou pleurer, très Gary Stu [6], n’est-ce pas ? Qu’aurais-je fait si, par hasard, les lecteurs s’étaient mis à penser qu’il volait la vedette à Bing-ge et avaient commencé à protester ? Tu sais que Bing-ge devait être féroce en apparence, féroce au combat et féroce dans ses récompenses. »

Shen Qingqiu laissa sa tête tomber entre ses mains. En entendant cette confession du Boss Airplane, il commença à s’inquiéter. Si TianLang-Jun avait vraiment été libéré, Luo Binghe aurait-il pu le vaincre ?

Mais, en regardant les choses sous un autre angle, peut-être est-il possible de maîtriser le fils en utilisant le père ? Shen Qingqiu étouffa immédiatement cette dangereuse ligne de pensée. En ce qui concerne un adversaire totalement inconnu qui pourrait être vertueux ou malfaisant, une vaine tentative de l’utiliser pourrait vous amener à ne même pas savoir comment vous allez mourir à la fin. Ainsi, la conclusion ne changera pas même dans dix mille ans : le Boss Airplane Flying Toward the Sky est vraiment un génie, il établit les normes de la littérature pour la génération !

Shen Qingqiu frappa la table.

« Tu ferais mieux d’être franc avec moi, de me dire tout ce que tu avais prévu mais que tu n’as pas écrit quand tu as changé le plan. Les choses importantes d’abord !

— Important ou pas, je ne sais pas, mais il y a un segment qui te concerne… ou plus précisément qui a à voir avec Shen Jiu, bégaya Shang Qinghua. Avant, j’avais toujours trop honte pour dire… »

En entendant cela, les cheveux de sa nuque se dressèrent en signe d’anticipation. Connaissant les tendances de Airplane Flying Toward the Sky, il serait étonnant qu’il lui ait donné une histoire normale !

Tenant sa tête dans ses mains, Shen Qingqiu reprit :

« Contente-toi de me le dire. Je peux le supporter. »

Shang Qinghua se lança dans une explication passionnée de son processus d’écriture.

« J’avais beaucoup d’idées pour le personnage de Shen Qingqiu. J’avais espéré le modeler en un personnage tridimensionnel bien équilibré ; c’était une raclure, il était misérable, mais il avait des raisons d’être une ordure, et possédait un côté non méprisable. Mais les lecteurs n’y ont pas vraiment cru, dès que j’ai commencé à montrer des signes de cette évolution, ils ont commencé à s’accrocher dans les critiques. Alors, j’ai vu que les vents ne soufflaient pas dans le bon sens et j’ai immédiatement fait de lui un misérable unidimensionnel. Mais en réalité, il… »

Shen Qingqiu avait porté toute son attention sur l’explication lorsque soudain, les servantes à l’extérieur de la pièce chantèrent sur un ton respectueux, « Junshang ».

C’est vraiment le pire moment auquel tu aurais pu venir !

En entendant cela, l’expression de Shang Qinghua se transforma et il bondit d’un mètre comme si ses fesses avaient été brûlées. Se précipitant vers la porte arrière, il cria par-dessus son épaule :

« Ton homme est là. Je te le dirai plus tard, non, à l’avenir ! »

Ne pars pas ! Shen Qingqiu tendit une main d’Erkang.[7] Garde ton « Je te le dirai à l’avenir » ! Couper à ce stade est plus difficile à supporter que cette scène clichée à l’eau de rose consistant à « assister de ses propres yeux à la mort de quelqu’un disant : “Mon assassin c’est… c’est”…, et qui crache ensuite une gorgée de sang et meurt » !

Le rideau vert se leva et Luo Binghe se baissa pour entrer dans la pièce. Shen Qingqiu adopta immédiatement une expression imperturbable. Comme sa discussion très importante avait été interrompue, il n’avait pas une bonne expression. Le regard de Luo Binghe se posa d’abord sur Xiu Ya dans sa main avant de remonter sur lui.

Après un bref silence, ce fut Luo Binghe qui prit l’initiative et ouvrit la bouche.

« Ces derniers jours, il semble que Shizun n’ait pas pris un instant de repos. »

En parlant de repos, Shen Qingqiu pensa immédiatement aux rêves ; et en parlant de rêves, il ne put s’empêcher de se rappeler tous les gestes embarrassants qu’il avait faits dans le royaume onirique pour consoler Luo Binghe. Shen Qingqiu se frotta le front et répondit :

« Si je pouvais le faire sans rêver, je serais heureux de me reposer. »

Les cils de Luo Binghe s’affaissèrent. Après avoir attendu un peu, il sembla avoir pris une décision importante. Sur un ton sévère, il déclara :

« Même si ces événements se sont produits dans un rêve, j’ai profité de Shizun. Mais les sentiments que je t’ai révélés à l’époque, ceux-là n’étaient pas faux. »

Shen Qingqiu soupira et répondit sincèrement :

« Luo Binghe, pour l’heure, je ne sais vraiment pas lesquelles de tes paroles sont vraies et lesquelles sont fausses. Par conséquent, ne te donne pas la peine de dire des choses pareilles. »

Le Luo Binghe dans ce rêve était vraiment beaucoup plus mignon. Même si le protagoniste masculin était toujours le protagoniste masculin, il était misérable et malheureux, au point que l’on pouvait sentir ses tripes se tordre cent fois, et son visage n’était pas mal. Même un hétéro comme Shen Qingqiu ne pouvait pas s’empêcher d’avoir pitié de lui. C’était simplement que plus il éprouvait de la pitié à l’époque, et plus la douleur lui revenait en pleine face après coup. Luo Binghe avait dit que les événements de la ville de Jinlan n’étaient pas de son fait, et à l’époque, Shen Qingqiu le croyait à quatre-vingt-dix pour cent, mais désormais, il n’osait même pas miser sur un dixième d’espoir irréfléchi.

Le sang reflua sur le visage de Luo Binghe, lui rosissant les joues. Relevant les paupières, il ajouta froidement :

« Shizun se préoccupe uniquement de ma ruse, mais si je ne l’avais pas fait, je crois bien que je n’aurais toujours pas pu te dire un mot. »

Inconsciemment, ses doigts se serrèrent de plus en plus fort sur la poignée de Xin Mo, jusqu’à ce que ses articulations deviennent blanches sous la pression. Non seulement ses pupilles, mais aussi les orbites de ses yeux commencèrent à devenir légèrement rouges.

« Depuis quand Shizun ne m’a-t-il jamais trompé ? Tu as dit que tu n’approuvais pas le fait d’attacher trop d’importance à la différence entre les races, mais en un clin d’œil, tu refuses de l’admettre. Après ta mort corporelle dans la ville de Huayue, j’ai réclamé ton âme des centaines de milliers de fois, essayant puis échouant, puis essayant et échouant encore, ne laissant jamais mon cœur tomber en cendres et mes pensées se refroidir.[8] Malgré cela, je n’ai jamais soupçonné que Shizun me mépriserait à ce point, me regardant avec un air détaché et jouant follement l’idiot après être revenu se tenir devant mes yeux. »

A la fin de sa tirade, ses dernières syllabes sonnèrent quelque peu instables, les tons s’élevant à la fois dans la fureur et l’exaspération.

« A présent, Shizun a certainement de nombreuses raisons de me dénoncer comme un diable incarné, j’apporte le désastre partout où je vais. Mais cette fois, je n’ai rien fait du tout, pourtant, tu me méprises tels des serpents et des scorpions ? Tu m’as trompé deux fois, je t’ai trompé deux fois, ne sommes-nous pas à égalité ? »

Même s’il estimait que cette logique du « un est un, deux est deux » n’était pas à côté de la plaque, Shen Qingqiu ne put s’empêcher de révéler ses véritables sentiments.

« Tu as vraiment de la rancune. »

Luo Binghe ricana.

« J’ai bien peur que Shizun n’ait jamais vu comment je suis quand j’en veux vraiment à quelqu’un. »

Son visage se transforma peu à peu en une expression lugubre issue de son ricanement. Comblant la distance entre eux, il ajouta :

« Mais si je disais que, vis-à-vis de Shizun, je ne fais que me souvenir, pas éprouver de haine [9], il est fort probable que je ne sois pas cru. »

Voyant l’ombre de plus en plus grande que sa silhouette projetait, Shen Qingqiu s’empressa de dire :

« Calme-toi. »

Si tu veux parler, alors parle correctement, ne change pas soudain de visage, ne t’approche pas à ce point !

Luo Binghe répondit à voix basse :

« Shizun, tu peux toujours te calmer, mais moi, je ne le peux plus. »

Shen Qingqiu n’avait pas encore complètement assimilé ces mots quand, dans un bruit sourd, son dos commença à le faire souffrir. Il se rendit alors compte qu’ils venaient de rouler sur le lit.

Cela fait si longtemps que je n’ai pas dormi sur ce lit en bambou, pourquoi est-il si bosselé !

« Qu’est-ce qui ne va pas avec toi ! » s’écria Shen Qingqiu.

Luo Binghe pinça les lèvres et refusa de répondre. Au moment où Shen Qingqiu pensait le repousser, une chair de poule le recouvrit de la tête au pied. Une main pénétra soudain dans sa robe intérieure par l’ourlet.

Tu te moques de moi !

Il souleva violemment un genou, mais Luo Binghe l’attrapa d’une seule main, le pressant sur le côté de son corps.

Shen Qingqiu cria intérieurement « FUCK » une centaine de fois, il ne voulait pas être contraint dans cette position avec les jambes grandes ouvertes, couché sous une autre personne ! Il s’empressa de redresser le haut de son corps, et avec un sursaut d’énergie au bon moment et une torsion de sa taille, il inversa leurs positions tel le déplacement des étoiles dans le ciel, coinçant Luo Binghe sous lui. Il dégaina de trois pouces Xiu Ya, la pressant froidement contre sa gorge. C’était la première fois de sa vie que Shen Qingqiu était bousculé par quelqu’un et qu’il était poussé à bout. Affichant un sourire violent, il ricana.

« Alors, tu joues à t’imposer sur ton Shizun ? Mmh ? Comme c’est filial ! »

Les accusations qui lui avaient été adressées étaient vraies, mais il ne fallait pas croire qu’il se soumettrait tranquillement !

Toute retraite de Luo Binghe et le point vital de son cou avaient été bloqués, mais il avait une lumière éblouissante dans les yeux. Ne craignant nullement la lame tranchante sur son cou, il saisit le poignet de Shen Qingqiu d’une main, l’autre le soutenant au sol. Avec une attaque vigoureuse, il inversa de nouveau leurs positions. Bien sûr, Shen Qingqiu ne le laisserait pas faire comme il le souhaitait, dirigeant vers un point vulnérable la poignée de Xiu Ya.

Après quelques échanges de ce type, les deux se retrouvèrent enchevêtrés. Ils roulèrent sur le lit, se retournant sans cesse, des éclairs blancs et des étincelles explosant de toutes parts, l’énergie spirituelle et l’énergie démoniaque se mêlant dans un brouillard confus, des attaques violentes volant au hasard. Après avoir passé tant de temps caché derrière un masque, Shen Qingqiu ne savait plus depuis combien de temps il n’avait pas combattu de manière aussi brutale. Après que la bataille avait atteint ce niveau d’intensité, Shen Qingqiu réalisa soudain.

Ce n’est pas correct, c’est un roman de cultivation, pourquoi devrais-je me battre à mains nues, putain ? Quel genre d’idiot a un canon et ne l’utilise pas ?

Il leva immédiatement la main, la remplissant d’énergie spirituelle, envoyant un coup de poing bouleversant vers le bas-ventre de Luo Binghe.

——

[1] 明察秋毫 (míng chá qiū háo), chengyu (idiome) signifiant littéralement « voir clairement la plume duveteuse de l’automne » ou « être sensible au moindre détail », « pouvoir distinguer le bien du mal avec acuité ».

[2] 龙游浅水虎落平阳, fait référence à une situation dans laquelle on n’a aucun pouvoir.

[3] Junshang : Titre de Luo Binghe en tant que souverain du Royaume Démoniaque. Ce titre est généralement employé dans la Chine Antique pour s’adresser à l’Empereur.

[4]Dans l’original, il s’agit de 拿人家手短,吃人家嘴软, mais la formulation la plus « standard » de cet idiome que l’équipe anglaise à trouvé est 吃人家的嘴软,拿人家的手短. En gros, cela signifie que l’on hésite à parler ou à agir contre la personne dont on a tiré des bénéfices.

[5] Cuisses d’or – quelqu’un de fort ou de puissant. Il s’agit du plan initial de Shen Qingqiu qui consistait à étreindre la cuisse/cirer les pompes de Luo Binghe.

[6] 杰克苏 (jié kè sū), lit. « Jack Sue », l’équivalent masculin de Mary Sue.

[7] Référence à un mème. En gros, il suffit de tendre le bras « comme nooooon n’y va pas ! »

[8] 心灰意冷 (xīn huī yì lěng), un chengyu chinois signifiant « découragé ». Traduit littéralement ici car c’est assez poétique.

[9]C’est un peu un jeu de mots dans le chinois original. La phrase qui signifie « garder rancune » est 记仇 (jì chóu), littéralement « se souvenir de la haine ». L’original sépare ici cette phrase en deux parties.

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Coco
Coco
23 février 2021 12:24

merci pour ce nouveau chapitre <3 que d’émotions ! >o<