The Scum Villain’s Self Saving System – Extra : Rêve profond

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Traduit par Keliane, corrigé par Yukiko

NB : il s’agit d’un chapitre « bonus » situé après la fin du novel, et il n’est pas « spoiler-free » : iI y aura donc des références à des passages de l’histoire que vous n’avez peut-être pas encore lu, lisez à vos risques et périls ~

Rêve profond

S’allonger pour se reposer, puis ouvrir les yeux et se retrouver dans un endroit différent – ce n’était pas la première fois qu’il se trouvait dans une telle situation, Shen Qingqiu n’était donc pas inquiet. Il savait qu’il était de nouveau entré dans le paysage onirique de Luo Binghe. Après avoir dérivé pendant un certain temps, il se posa négligemment sur le sol.

Dès qu’il toucha terre, la scène changea immédiatement, comme s’il chevauchait le vent et piétinait les saules. Tout autour de lui se déployaient de l’or splendide et du jade brillant, dans un style de décoration magnifique et extravagant, ainsi qu’une esplanade très familière. C’était à 100 % le palais de Huan Hua.

Au bout de ce chemin, se trouvait la salle principale et la salle de réception de ce palais. Habituellement, Luo Binghe l’aurait déjà attendu depuis longtemps au sein de ce rêve. Mais cette fois, il n’y avait pas la moindre trace de sa présence, ce qui rendait l’événement étrange.

Il y avait quelqu’un dans la salle. Shen Qingqiu remarqua que cette personne vue de dos lui était familière, et lorsqu’il s’approcha, il constata que la scène était encore plus étrange. Choqué, il s’exclama :

« Mu-shidi ? »

Ce « Mu Qingfang » respectable n’était qu’un fantôme dans la mémoire de Luo Binghe, il ne put naturellement pas entendre ses salutations. Ce shidi avait toujours été amical et affable, mais, en cet instant, debout au beau milieu de la pièce, son visage ne portait pas une expression agréable.

Shen Qingqiu se souvint d’avoir entendu dans le Jianghu [1] une rumeur selon laquelle, peu après qu’il a trompé la mort pour s’échapper, Luo Binghe avait ramené Mu Qingfang au palais Huan Hua et l’avait forcé à « traiter la maladie de Shen Qingqiu ». Il réalisa que cette scène devait indubitablement remonter à cette époque.

Une ombre noire passa sans bruit à côté de lui, et la voix de Luo Binghe retentit :

« Mu-xiansheng [2]. »

Les yeux de ce « Luo Binghe » ne reflétaient pas la figure de Shen Qingqiu et il n’était pas conscient de son existence. Il ne s’agissait pas de Luo Binghe en personne, seulement d’un souvenir.

Shen Qingqiu se demanda s’il se pouvait qu’il ait dérivé dans une zone onirique dans laquelle même Luo Binghe n’avait aucun contrôle.

L’attitude de Luo Binghe et sa manière de s’adresser à Mu Qingfang ne pouvaient être qualifiées d’irrespectueuses. Ce dernier demanda :

« Gexia [3] m’appelle « Mu-xiansheng ». Vous reconnaissez-vous ou non comme un membre de la secte de la montagne Cang Qiong ?

— Que ce soit le cas ou pas, cela a-t-il de l’importance ?

— Si vous ne vous identifiez pas comme tel, pourquoi vous adressez-vous encore à Shen-shixiong sous le nom de « Shizun » ? Dans le cas où vous le reconnaissez, vous devriez m’appeler « shishu ». Et puis, pourquoi avoir blessé les disciples de la montagne de Cang Qiong et m’avoir enlevé pour m’amener ici ?

— Inviter Mu-xiansheng ici avait naturellement pour but de voir mon Shizun.

— Shen-shixiong s’est autodétruit et a péri sous les yeux de tous dans la ville de Huayue. Son pouvoir spirituel s’est dispersé et je crains qu’à présent, même son corps se soit depuis longtemps flétri et décomposé. Je n’ai aucune méthode pour ramener les gens à la vie. »

En écoutant cette succession de questions et de réponses, Shen Qingqiu fut parcourut de sueurs froides.

Mu Qingfang n’avait pas une personnalité comme celles de Qi Qingqi ou de Liu Qingge, avec leurs tempéraments fougueux et leur intolérance à tout ce qui était répréhensible. Mais cette réponse qu’il avait donnée n’était pas agréable. Même s’il savait que tout irait bien pour Mu Qingfang, Shen Qingqiu ne put s’empêcher de transpirer d’anxiété, craignant qu’il n’enrage Luo Binghe et ne souffre inutilement.

Heureusement, Luo Binghe resta impassible et répondit froidement :

« Veuillez venir voir, Mu-xiansheng, rien que ça. »

Le captif Mu Qingfang ne put que se faire escorter par une foule de disciples en uniformes jaunes jusqu’au pavillon Huan Hua.

L’air froid du pavillon s’infiltrait dans les os de chacun. Les deux hommes franchirent le seuil l’un après l’autre, et la grande porte se referma immédiatement. Shen Qingqiu se précipita pour les suivre.

Luo Binghe souleva les rideaux de gaze suspendus à la table d’assise [4]. Mu Qingfang se pencha pour examiner, et Shen Qingqiu voulut également s’approcher pour en faire de même. Malheureusement, Mu Qingfang se redressa presque immédiatement et laissa tomber le rideau de gaze, bloquant le champ de vision de Shen Qingqiu. Son visage s’était déformé d’un coup.

« Quelle méthode avez-vous utilisée pour préserver son corps ? demanda Mu Qingfang.

— Mu-xiansheng est le seigneur du pic Qian Cao, vous savez mieux que moi comment préserver un corps sans l’abîmer. » répondit Luo Binghe avec légèreté et désinvolture.

Après un long moment, Mu Qingfang abandonna finalement son attitude initiale qui consistait à refuser de coopérer avec tact, et déclara :

« Votre transfusion quotidienne forcée de puissance spirituelle dans le corps de Shen-shixiong n’a absolument aucun effet, à part celui d’empêcher tout juste son corps de pourrir et de vous faire gaspiller d’énormes quantités d’énergie. Et si vous vous arrêtez ne serait-ce qu’un seul jour, tous les efforts précédents n’auront servi à rien. Si je peux me permettre d’être franc, Shen-shixiong est déjà…

— Les compétences médicales du pic Qian Cao sont les meilleures au monde, et Mu-xiansheng en est le seigneur, l’interrompit Luo Binghe. Je suis sûr que vous devez avoir une solution.

— Il n’y a pas de solution.

Face à cette obstination, la patience déjà limitée d’origine de Luo Binghe s’épuisa finalement. Il ricana :

« S’il n’y a pas de solution, trouvez-en une. Tant que vous n’aurez rien trouvé, il ne sera pas nécessaire pour Mu-xiansheng de retourner à la montagne Cang Qiong ! »

Il secoua brusquement sa manche, et les grandes portes du pavillon Huan Hua s’ouvrirent soudainement. Mu Qingfang, stupéfait, fut chassé avant de pouvoir réagir, et immédiatement placé en détention par une foule de disciples vêtus de jaune qui attendaient le moment propice. La grande porte se referma aussitôt.

Une rafale de vent glacial souffla d’un côté à l’autre. La lumière des bougies du pavillon trembla et vacilla.

Soudain, Luo Binghe s’adressa à lui :

« Shizun. »

Shen Qingqiu fut tout d’abord choqué.

Il pensait que le Luo Binghe de ce souvenir l’avait vu. Cependant, il découvrit rapidement que ce dernier ne faisait qu’appeler, et rien de plus. Il ne s’attendait pas du tout à ce que quelqu’un lui réponde.

Luo Binghe demeura à la porte pendant un moment. Ce ne fut qu’ensuite qu’il se dirigea lentement du côté de Shen Qingqiu, s’assit sur la table d’assise, souleva de plus belle le rideau de gaze, puis fixa le visage du cadavre dans un état second.

Cet état d’hébétude dura longtemps. Debout sur le côté, Shen Qingqiu devenait de plus en plus paresseux. Il ne cessait de changer la jambe sur laquelle il s’appuyait pour rester debout, et il ne résista finalement plus à l’envie de se pencher sur le lit. Luo Binghe fixait le visage de son cadavre, tandis que lui fixait le visage de Luo Binghe. Après avoir contemplé encore et encore, Luo Binghe tendit une main et détacha lentement la ceinture du corps.

La jambe pliée de Shen Qingqiu glissa.

Dire quelque chose comme « cette scène était trop belle à regarder » ne convenait pas à ce moment, parce que le corps de Shen Qingqiu sur cette table d’assise… n’avait vraiment pas l’air beau.

Tels des fleurs rouges et des saules verts, tout ce qui se trouvait sous son cou était couvert de taches de décoloration dues à la lividité cadavérique.

Luo Binghe ôta sa robe extérieure, puis il prit le cadavre dans ses bras, comme pour étreindre une grande poupée. Si quelqu’un d’autre avait vu cela, il aurait été inévitablement effrayé au point d’en être choqué, ou aurait associé cela à des mots laids et à un dégoût insupportable. Mais, en vérité, il ne faisait que tenir le corps, sans rien faire d’anormal.

Luo Binghe posa son menton sur les cheveux noirs de Shen Qingqiu. L’une de ses mains suivit la courbe de son dos, le caressant de manière rassurante tout en délivrant une grande quantité de puissance spirituelle. Les taches vertes et violettes de lividité cadavérique s’estompèrent progressivement, et la peau redevint de nouveau pâle et lisse.

Cette posture et cette action tirèrent sur la corde sensible de Shen Qingqiu.

Il se rappela avoir déjà fait la même chose auparavant pour Luo Binghe.

C’était un soir, peu après que Luo Binghe avait emménagé dans la maison en bambou.

Flashback

C’était une nuit d’hiver. Le vent froid sifflait en tourbillonnant autour des forêts du pic Qing Jing, et des milliers de feuilles de bambou bruissaient et se balançaient en tous sens. Shen Qingqiu se coucha sur le flan dans le lit long et étroit, fermant les yeux pour se délasser sans pour autant sombrer dans le sommeil, mais, alors qu’il se reposait, un léger grincement filtra du petit monde par-delà le paravent. On aurait dit que la personne qui s’y trouvait tournait et virait aussi sans cesse, ce qui rendait le sommeil difficile à trouver.

Peu de temps après, les bruits répétés d’agitation s’arrêtèrent brusquement. Quelqu’un quitta tranquillement le lit, souleva le rideau et sortit de la maison en bambou.

Que faisait Luo Binghe, à ne pas dormir et à se faufiler dehors au milieu de la nuit ?

Shen Qingqiu ne se souvenait pas de quoi que ce soit le contraignant à s’aventurer furtivement dehors à cette heure-ci et à cette période dans l’histoire originale. Par curiosité, il se leva également.

Sa cultivation dépassait de loin celle de Luo Binghe et ses mouvements étaient légers et rapides. Par conséquent, lorsqu’il s’approcha derrière lui, ce dernier ne l’avait pas encore remarqué. Luo Binghe ne s’était pas beaucoup éloigné, et il ne s’était surtout pas rendu dans un sombre endroit mystérieux en quête d’aventure. Il était au fond de la cour, assis sur un petit banc. Il avait déjà enlevé le haut de ses vêtements et les avait soigneusement empilés sur sa jambe gauche. Sa main droite versait quelque chose dans sa paume gauche, qu’il appliquait ensuite sur son corps. Après l’avoir fait et avoir massé la zone concernée, sa bouche laissa échapper une légère expiration.

Sous le clair de lune, le garçon de quinze ans n’était pas mince, mais pas costaud non plus. Son corps était couvert d’ecchymoses bleues et violettes. Le vent nocturne portait la fragrance légère du médicament et de l’alcool.

La voix de Shen Qingqiu rompit le silence :

« Luo Binghe. »

L’intéressé sursauta fortement. Alors qu’il sautait du banc, les vêtements pliés tombèrent par terre. Stupéfait, Luo Binghe s’exclama :

« Shizun ! Comment t’es-tu réveillé ? »

Shen Qingqiu s’avança et répondit :

« Ce maître ne dormait pas.

— Le bruit fait par ce disciple a-t-il réveillé Shizun ? s’inquiéta Luo Binghe. Je suis vraiment désolé ! A l’origine, je suis sorti parce que je ne voulais pas déranger le repos de Shizun, je ne m’attendais pas à être encore… »

Cet enfant avait eu peur que l’agitation ne le réveille, c’est pourquoi il était sorti au milieu de la nuit pour appliquer une liqueur médicinale. Shen Qingqiu craignait que la douleur de Luo Binghe ne soit vraiment insupportable.

« D’où viennent les blessures sur ton corps ?

— Ce n’est rien de grave ! Ce disciple a juste mal cultivé ces derniers jours et a subi quelques blessures mineures de plus que d’habitude. »

Shen Qingqiu examina attentivement ses plaies.

« Les gens du pic Bai Zhan t’ont encore harcelé, n’est-ce pas ? »

Luo Binghe ne voulait pas le dire, mais il ne voulait pas mentir non plus. Shen Qingqiu le vit garder le silence, et plus il l’observait, plus il s’insurgeait.

« Qu’est-ce que ce maître t’a appris ?

— Si tu ne peux pas gagner, fuis.

— As-tu suivi les consignes ?

— Mais… Mais de cette façon, ce disciple apporterait une grande humiliation et une grande honte au pic Qing Jing.

— Se battre juste parce qu’ils n’aiment pas quelque chose… Quelle différence y a-t-il entre le comportement du pic Bai Zhan et celui de ces bandits despotes en bas de cette montagne ? En partant de ce principe, est-ce honteux pour le pic Qing Jing, ou est-ce vraiment honteux pour le pic Bai Zhan ? Ce maître va de ce pas trouver Liu Qingge. Il y a trois cent soixante-cinq jours dans une année. S’il prenait ne serait-ce qu’un seul jour pour contrôler ce groupe de jeunes, ils ne seraient pas aussi indisciplinés et incontrôlables. »

Luo Binghe s’empressa de le rattraper.

« Shizun, tu ne peux pas ! Si toi et Liu-shishu recommencez à vous disputer à cause de ce disciple, alors je… alors je… »

Incapable de le tirer en arrière, ses jambes vacillèrent. Voyant Shen Qingqiu s’arrêter, il se dépêcha d’ajouter :

« D’ailleurs, tout n’est pas à cause des coups reçus par les xiong du pic Bai zhan. C’est seulement parce que je suis tombé et que je me suis encore plus blessé pendant mon entraînement de cultivation que ça a l’air si moche pour le moment. »

Remarquant son anxiété, Shen Qingqiu expira lentement et répondit :

« La pratique de la cultivation exige un enchaînement adéquat avec une progression graduelle, en suivant le courant. Comment cela pourrait-il être forcé ? Une jeune pousse prometteuse telle que toi, cela n’amènerait-il pas une vie d’éternels regrets si tes fondations s’effrondraient ?»

Un de ces jours, il devrait réfléchir à une méthode pour procéder [5] ce groupe d’éléments violents du pic Bai Zhan, en recourant à l’aide de Liu Qingge pour les éduquer, afin qu’ils puissent éprouver du ressentiment mais soient obligés de le garder pour eux.

Le Pic classé septième en terme de qualifications osait en fait provoquer celui classé second [6], l’ancienneté ne signifiait-elle rien ? Comment cela pouvait-il être toléré ?

Luo Binghe promit d’éviter de se forcer. Shen Qingqiu déclara :

« Rentre. »

Luo Binghe agita la main sans interruption et protesta :

« Non, ce disciple est bien dehors. Rentrer perturberait le repos de Shizun. »

Shen Qingqiu plia son doigt et les vêtements qui se trouvaient au sol s’envolèrent dans ses mains. Il les déplia et les drapa doucement sur l’épaule de Luo Binghe :

« Quel repos ? Maintenant que je t’ai vu, comment pourrais-je te laisser geler dans ce vent froid dehors, seul au milieu de la nuit ? »

Tous deux retournèrent à la maison de bambou. Luo Binghe voulait à l’origine retourner dans son propre lit, mais Shen Qingqiu lui prit la liqueur médicinale des mains et lui fit signe de venir sur le long lit de la chambre principale.

Luo Binghe, surpris, y fut tiré jusqu’à ce que Shen Qingqiu commence à ôter la ceinture qu’il venait à peine de rattacher. Son visage se mit à rougir brusquement et il recula à plusieurs reprises, en tirant sur son col :

« Shizun, qu-qu-qu… qu’est-ce que tu fais ?! »

Shen Qingqiu secoua la petite bouteille qu’il tenait dans sa main :

« Je vais appliquer le médicament pour toi, et frictionner le sang extravasé [7].

— Pas besoin, je vais le faire tout seul ! »

Luo Binghe tenta prestement d’attraper le flacon médical. La main droite de Shen Qingqiu effectua une rotation pour lui tordre le poignet. Il s’avança et demanda de manière impassible :

« Toi… Peux-tu voir à quel endroit ton dos est meurtri ? »

Luo Binghe frissonna.

« Partout, l’appliquer partout, ça fonctionne ! »

Il persista dans sa tentative de le récupérer. Luo Binghe arborait généralement un air de douce soumission, de chaleur et de calme constant ; c’était la première fois que Shen Qingqiu le voyait si gêné et rougissant au point que ses oreilles semblaient sur le point de perdre du sang. Il trouva cela amusant et pensa que c’était probablement un enfant en pleine croissance qui avait honte d’avoir été battu, et qu’après les coups, il avait encore plus honte que son professeur l’aide à passer de la pommade. Il rit secrètement en son for intérieur, mais son visage demeura sérieux.

« Trop bruyant, le blâma-t-il. Le pic Qian Cao envoie une quantité fixe d’alcool médicinal à chaque fois, comment pourrais-je te permettre de le gaspiller ainsi. »

« Je… Je… »

Luo Binghe ne pouvait même plus dire « ce disciple », les yeux larmoyants, serrant ses vêtements pour protéger sa poitrine, complètement hors de contrôle sous l’effet de la panique. Shen Qingqiu attrapa ses épaules, le tourna, et retira facilement son haut, puis il commença à étaler le liquide de la petite bouteille sur les contusions de son dos.

Sans prévenir, Luo Binghe laissa échapper un petit gémissement :

« Ah ! »

Shen Qingqiu allégea immédiatement la force qu’il appliquait :

« Est-ce que j’appuie trop fort ? »

Luo Binghe secoua la tête comme un fou.

« Alors pourquoi cries-tu ? Un homme viril comme toi devrait être capable de tolérer cette petite douleur. »

La voix de Luo Binghe se fit pareille au son d’un moustique :

« Non, ce n’est pas de la douleur… »

Le cœur à l’aise, Shen Qingqiu massa un peu plus longtemps. Il essaya d’infuser lentement de l’énergie spirituelle par la paume de sa main. Luo Binghe lâcha de nouveau un « Ah ! »

Shen Qingqiu demanda :

« Pourquoi fais-tu tant de bruit pour rien ? Comment peux-tu être un disciple de mon pic Qing Jing en abandonnant complètement tout comportement décent ?

La voix de Luo Binghe trembla :

« Je… Je… Ce disciple, ce disciple va bien rien qu’avec l’application du médicament, et ne veut pas que Shizun gaspille son pouvoir spirituel. »

La paume droite de Shen Qingqiu se rapprocha intimement de la peau exposée de son dos et fit lentement des allers et retours.

«Est-ce que c’est agréable ? 

— … »

Luo Binghe ne répondit pas et sembla se mordre les lèvres.

Shen Qingqiu caressa lentement et doucement la taille de Binghe, tout en étant secrètement déconcerté : Désagréable ? Impossible. Me suis-je mal souvenu de ces points d’acupuncture ? Cette quantité de puissance spirituelle devrait être bonne, ni trop ni pas assez. Comment peut-il se sentir aussi mal ? Est-ce que c’est que… je suis handicapé et malchanceux en des proportions légendaires ?!

Shen Qingqiu rétracta sa main. Luo Binghe poussa un soupir de soulagement ; ses yeux étaient injectés de sang. Qui aurait cru que l’instant d’après, il se retrouverait prisonnier d’une étreinte complète.

Alors qu’il le serrait dans ses bras, Shen Qingqiu s’effondra sur le lit.

Luo Binghe semblait sur le point d’expirer son dernier souffle :

« …Shizun, Shizun ! »

Shen Qingqiu n’avait pas enlevé sa robe intérieure, mais ils n’étaient séparés que par une fine couche de vêtements et pouvaient sentir leurs battements cardiaques mutuels. L’enlacer ainsi maximisait leur zone de contact et la zone de transmission du pouvoir spirituel.

« J’ai peur qu’en utilisant seulement la force de la paume, cela ne soit pas assez rapide, expliqua Shen Qingqiu. Reste un peu comme ça et les blessures de ton corps devraient être presque guéries après que mon impulsion spirituelle a parcouru quelques uns de tes circuits, cela sera bien plus efficace que la liqueur médicinale que tu appliquais. »

Tel un petit hérisson, Luo Binghe se débattit dans ses bras :

« Shizun ! Shizun ! J’ai de l’alcool médicinal partout sur le corps ! »

Ses frottements enflammèrent le caractère de Shen Qingqiu. Il lui frappa une fois le bras pour le réprimander, et demanda avec dignité :

« Pourquoi te tortilles-tu ? Je soigne tes blessures et tu te comportes encore mal ! »

Après la claque ni dure ni molle, Luo Binghe devint raide comme un bâton. Plus précisément, un bâton tourmenté que l’on faisait rôtir sur un feu.

Ledit « bâton » répliqua :

« Shizun… Ça ne marche pas… Laisse… laisse-moi partir…

— Luo Binghe, si tu étais Ning Yingying, rougissant et timide comme tu l’es en ce moment, il va sans dire que je ne ferais pas cela. Mais tu n’es pas une petite fille, as-tu encore peur que je te mange ?

En entendant cela, Luo Binghe cessa effectivement de se tortiller. Mais son point d’intérêt dévia et il demanda :

« Ce que Shizun veut dire, c’est qu’il ne traiterait pas Ning, une disciple plus âgée, de cette façon ?

Si cela avait été Ning Yingying qui s’était blessée aujourd’hui, même si Shen Qingqiu avait cent fois plus de courage, il n’aurait pas osé employer cette méthode pratique pour la soigner. Il détestait seulement de ne pas pouvoir prêter serment pour exprimer clairement et entièrement son innocence.

« Naturellement, je ne le ferais pas, répondit-il de manière décisive.

— Alors… Alors si ce n’était pas Ning-shijie, si c’était d’autres disciples qui étaient blessés, Shizun ferais-tu… ferais-tu ça aussi…

— … Quelles choses absurdes t’imagines-tu ? Calme ton esprit et contrôle ta respiration.

Le hérisson dans ses bras se calma enfin. Shen Qingqiu choisit avec satisfaction la position la plus confortable. Il posa son menton sur la tête de Luo Binghe. D’une main libre, il caressa tranquillement la courbe de sa colonne vertébrale.

Mais peu de temps après s’être mis à l’aise, Shen Qingqiu commença à ne plus pouvoir le tenir.

Luo Binghe était brûlant, comme s’il sortait tout juste d’un combat dans une cocotte minute. La sueur de son corps avait imprégné les vêtements fins de Shen Qingqiu jusqu’à ce qu’ils soient trempés.

Shen Qingqiu était complètement choqué. Était-il possible que la perte d’énergie spirituelle de Luo Binghe puisse même lui donner une forte fièvre ?

Il venait de poser une main sur sa joue pour vérifier son teint quand, contre toute attente, sa main entra en contact avec une sueur ruisselante et dégoulinante. Le corps dans ses bras se débattit soudain de toutes ses forces, tel un gros poisson blanc sorti de l’eau. Luo Binghe s’échappa de ses bras et tomba de son lit de bambou dans un « boum ».

Ce ne fut pas tout. Il y eut ensuite un enchaînement insupportablement misérable de « Bang » et de « Crash » ! Son pied frappa dans le tabouret, sa tête heurta le paravent et le fit tomber. Luo Binghe semblait être devenu fou, se précipitant frénétiquement hors de la maison en bambou.

Choqué par ce déferlement d’événements, Shen Qingqiu ne put qu’observer fixement depuis le lit. Il se demanda pendant un certain temps ce qu’il devait faire. Il se reprit rapidement et sauta prestement hors du lit pour le poursuivre dehors.

« Luo Binghe ?! »

Luo Binghe s’était déjà bien éloigné en courant, et il criait en même temps :

« Shizun, je suis désolé ! »

Le visage de Shen Qingqiu s’était chargé de lignes noires [8].

« Pourquoi es-tu désolé ? Reviens ici ! » [9]

Le vent de la nuit portait une voix distante et larmoyante :

« Non ! Shizun, je ne peux pas te voir pour l’instant ! Ne t’approche pas, ne t’approche pas quoi qu’il arrive ! »

Mais qu’est-ce qui a bien pu ensorceler cet enfant ?!

D’ordinaire, la cultivation de Shen Qingqiu était supérieure de plus d’un niveau et il était définitivement plus rapide. Mais l’adrénaline de Luo Binghe avait apparemment monté en flèche ou quelque chose comme ça, et, sans qu’il ne s’y attende, Shen Qingqiu ne put combler la distance.

Tous deux coururent et accélérèrent tout le long du chemin en se criant dessus. En peu de temps, tout le pic Qing Jing fut alerté. De petits groupes de lanternes s’allumèrent tout à travers tout le pic, et une masse de disciples tenant des torches sortirent les uns après les autres :

« Qui est-ce qui crie au milieu de la nuit, perturbant la tranquillité du pic Qing Jing ?

— La voix me semblait être celle de Shizun !

— N’importe quoi ! Comment Shizun pourrait-il être si discourtois… »

Le son des voix ne s’était pas encore estompé quand, telle une rafale de vent, Shen Qingqiu passa sans expression devant ce groupe de disciples. Tout devint instantanément si silencieux qu’on aurait pu entendre une mouche voler.

Shen Qingqiu craignait qu’en courant comme un poulet sans tête, Luo Binghe ne puisse pas voir la route et se jette par-dessus la falaise. Il prit une grande respiration et cria :

« Ming Fan ! Arrête-le ! Arrête Luo Binghe ! »

Ming Fan venait à peine d’enfiler sa robe extérieure, de sortir avec une lanterne, et de regarder dehors pour voir cette scène… Wow ! Luo Binghe, ce simple laquais, courant comme un fou en tête, Shizun ayant indéniablement l’air d’un meutrier derrière lui. Tout était enfin revenu à la normale !

Il s’exclama avec extase :

« Shizun ! Ce disciple va t’aider ! Attrapez ce morveux et donnez-lui une bonne leçon ! Allez, xiong, chargez ! »

La foule des disciples se dispersa dans toutes les directions pour lui barrer la route, et Shen Qingqiu rattrapa finalement le Luo Binghe déchaîné. Mais avant qu’il n’ait pu saisir le col du morveux pour le soulever, Luo Binghe refusa de se soumettre face à la mort et plongea désespérément en avant… dans un gros « plouf » éclaboussant. Luo Binghe s’était en fait jeté dans le Bassin Tranquille[10] du pic Qing Jing.

La chute sembla l’avoir réveillé. Luo Binghe se retrouvait entièrement submergé dans l’eau froide et il cessa finalement de bouger.

« As-tu fini ? » demanda Shen Qingqiu. Luo Binghe plongea profondément sa tête et se couvrit le visage de ses deux mains. Ming Fan était déjà ému jusqu’aux larmes.

Le corps entier de Luo Binghe tremblait, et il semblait avoir été minutieusement battu. Shizun se tenait de l’autre côté, les bras croisés, en ricanant. Ah ! quel acte familier ; ah ! quelle scène nostalgique !

Le groupe de disciples chuchotait, encerclant Luo Binghe qui couvrait toujours son visage au milieu du bassin et ne disait pas un mot. Ning Yingying, en tant que fille, avait toujours été plus lente à s’habiller et à se peigner. Elle arriva en retard, pile pour voir cette situation, et s’écria involontairement :

« A-Luo ! Comment… comment as-tu fini par te retrouver assis dans le bassin ? Qui t’intimidait encore ? Shizun, qu’est-ce qui se passe ?

— … J’aimerais bien savoir aussi qui t’intimidait, et ce qui se passe exactement, » répondit froidement Shen Qingqiu.

Luo Binghe, le visage couvert, secoua la tête :

« Personne ne m’a intimidé. Il ne se passe rien. »

Shen Qingqiu se tint au bord du bassin pendant un moment, puis soupira soudain :

« Remonte. Que fais-tu encore assis là-dedans ? »

Luo Binghe continua de secouer la tête :

« Non, Shizun. Je reste ici. Laisse-moi rester ici un moment et ça ira… »

On était actuellement en plein hiver. Bien qu’il ne neigeait pas, si Shen Qingqiu le laissait continuer de s’asseoir dans le bassin froid comme cela pendant toute la nuit, y survivrait-il ?

Shen Qingqiu releva l’ourlet de ses vêtements et s’avança pour entrer dans l’eau et l’en extirper. Luo Binghe s’empressa de crier :

« Shizun, ne descends pas ici ! L’eau est froide et sale, tu ne devrais pas te mouiller… »

En quelques pas, Shen Qingqiu s’était déjà frayé un chemin dans l’eau pour le rejoindre. Il regarda Luo Binghe d’un air sévère.

Luo Binghe pencha la tête encore plus bas et n’osa pas croiser ses yeux, il s’enfonça seulement plus profondément dans l’eau.

« As-tu aussi besoin de moi pour t’aider à te relever ?

— …Shizun, je… tu devrais juste me laisser rester ici tout seul !

Shen Qingqiu ne pouvait rien faire à son sujet, et décida d’opter pour une autre solution. Il fit soudain face aux disciples du pic Qing Jing qui regardaient depuis la rive et leur annonça strictement :

« Levez-vous à 4 heures [11] demain pour les cours du matin. Quiconque sera en retard devra copier les textes une centaine de fois. »

4 heures du matin, il était déjà 2 heures [12] ! Copier les textes, et les copier cent fois !

Dès que cette déclaration retentit, le bord se vida comme s’il venait d’être balayé. Une fois que Shen Qingqiu confirma qu’il n’y avait plus de spectateurs, il se retourna et se pencha soudain, se déplaçant pour prendre Luo Binghe d’une main dans son dos et d’une autre dans le creux de ses genoux.

Percevant ce qu’il voulait faire, Luo Binghe redoubla d’efforts pour se cacher dans l’eau, comme un gros poisson blanc se débattant :

« Shizun, Shizun, ne fais pas ça, ne fais pas ça ! »

Tout le visage de Shen Qingqiu fut éclaboussé. Il s’essuya ses joues avec les manches de ses vêtements déjà mouillés et demanda :

« N’as-tu pas créé assez d’ennuis pour la nuit ? »

Il vit que Luo Binghe n’osait plus bouger, alors il fit un petit effort, et prit Luo Binghe dans ses bras.

Un peu lourd. Avec cette petite plainte silencieuse, il ramena Luo Binghe vers la maison en bambou.

A mi-chemin, le Luo Binghe dans ses bras dit avec un visage en souffrance :

« Shizun, je… je devrais retourner dans la remise. »

« Luo Binghe ! s’exclama sévèrement Shen Qingqiu. Qu’est-ce que tu as ce soir ? Agir de façon aussi évasive et timide, essayer par tous les moyens de t’échapper… Ceux qui n’ont pas compris la situation pourraient craindre que j’aie commis un grave péché envers toi !

Fin du flashback

Le Luo Binghe de cette nuit-là avait en effet perdu énormément de fierté et avait complètement détruit son image.

L’histoire sombre [13], telle était l’histoire sombre de Luo Binghe !

Plus tard, Shen Qingqiu s’était souvenu par hasard de cet incident et s’en était amusé. Mais Luo Binghe, contre toute attente, n’avait même pas rougi. Bien sûr, en grandissant, il était devenu plus effronté. Il s’était défendu :

« J’étais juste à l’âge où l’on est plein de vitalité et facilement excité. Avec la personne que j’admirais le plus me serrant fort dans ses bras, se frottant et se pressant contre moi, Shizun, dis-moi, comment aurais-je pu me contrôler complètement ? En discernant mon propre état d’esprit, sans avoir aucun moyen de réprimer les réactions de mon corps, et craignant que tu ne le remarques… outre ce comportement embarrassant et laid, qu’aurais-je pu faire d’autre ? »

En songeant à Luo Binghe prononçant ces mots tout en révélant une rare expression de complète timidité, Shen Qingqiu ne put s’empêcher de rire aux éclats.

Il riait et riait, mais ne put bientôt plus le faire.

Il n’osait pas penser à l’humeur présente de Luo Binghe tenant son corps.

Ce rêve inéluctable était interminable et ennuyeux, tout comme la vie de Luo Binghe l’avait été dans le palais Huan Hua.

Pendant la journée, il passait la plupart de son temps enfermé dans le froid glacial du pavillon Huan Hua, rapportant des dossiers pour les traiter.

Shen Qingqiu avait rarement l’occasion de voir Luo Binghe s’occuper sérieusement des affaires officielles. La grande majorité du temps, le style de Luo Binghe devant lui n’était pas tout à fait convenable, tout son être se comportant comme une jeune fille énamourée. Lorsqu’il s’occupait d’affaires urgentes concernant les démons, Shen Qingqiu gardait consciencieusement ses distances afin de ne pas le déranger. Lorsqu’il se rendait coupable d’intrusions occasionnelles, Luo Binghe perdait immédiatement tout intérêt pour son travail, jetait sur son bureau les dossiers qui s’étaient empilés telle une montagne, et accourait adorablement avec enthousiasme. Qui aurait pensé que ce serait dans un paysage onirique que Shen Qingqiu pourrait observer attentivement l’apparence d’un Luo Binghe s’occupant sérieusement des affaires officielles par lui-même ?

Shen Qingqiu apprécia de s’asseoir près du bureau, contemplant curieusement le profil de son visage calme et solennel. Luo Binghe fronçait légèrement les sourcils, lisant dix lignes d’un seul coup d’œil, sa plume à la fois rapide et précise, ses instructions concises et compréhensibles, sobre dans son utilisation de l’encre. Dans l’ensemble, sa gravité et son sérieux étaient étonnants.

Il avait conservé ses anciennes habitudes, à savoir cuisiner tous les jours avec persistance : un beau et exquis en-cas le matin, quatre plats et une soupe à midi, et un bol de congee le soir. Du congee blanc comme neige, de l’oignon vert haché, du gingembre jaune pâle râpé – tout comme le premier bol que Luo Binghe lui avait préparé. Servis dans un bol de porcelaine blanc comme neige, ce n’était qu’une fois la chaleur et la vapeur dissipées que Luo Binghe les mettait personnellement dans un récipient et les emportait.

Même si personne ne s’en souciait, il continuait à suivre sa routine passée du pic Qing Jing. Comme s’il attendait le jour où Shen Qingqiu se réveillerait soudain et ouvrirait les yeux, à un moment où la nourriture pourrait être immédiatement consommée sans autre délai.

Parfois, Luo Binghe partait la plus grande partie de la journée, généralement lorsque le Royaume Démoniaque connaissait un chaos que les autres ne pouvaient pas résoudre, ce qui l’obligeait à s’en occuper personnellement.

Il ne revenait jamais blessé, à l’exception d’un jour.

Luo Binghe franchit tout d’abord la porte avant de penser immédiatement à quelque chose. Il recula de quelques pas, enleva sa robe tachée de sang et employa un peu de son pouvoir pour la réduire en cendres. Ce ne fut qu’après s’être assuré qu’il n’avait pas de traces de sang sur le corps qu’il approcha lentement de la table d’assise.

Comme s’il s’agissait d’un jour normal, il se tourna vers le cadavre et dit :

« Shizun, les affaires externes ont causé un retard. Ce disciple est revenu tard aujourd’hui, il n’y a donc pas de congee. »

Naturellement, personne ne lui répondit. La situation paraissait quelque peu… comique.

Shen Qingqiu ne savait pas s’il fallait rire ou pleurer. Quelque chose lui arracha le cœur, et il répondit :

« S’il n’y en a pas, il n’y en a pas. »

Ces derniers jours, il avait pris l’habitude de se parler à lui-même. Séparés par le temps et l’espace, tu ne peux pas m’entendre, je ne peux pas te toucher, mais au bout du compte… j’espère toujours une réponse.

Luo Binghe se tint tranquille pendant un moment et finit par dire :

« Oublie ça. »

Il se retourna et sortit. Après un certain temps, il repassa par la porte avec un bol de congee fumant. Le déposant doucement sur la table, Luo Binghe commença lentement à dénouer la ceinture du corps tout en racontant :

« Liu Qingge a sauvé Mu Qingfang. »

Shen Qingqiu émit un léger « Mmh ».

« S’il est sauvé, il est sauvé. De toute façon, Mu Qingfang ne savait faire que répéter « Il n’y a de solution », il ne servait à rien.

— Comment peux-tu dire du mal de ton shishu comme ça ? répliqua Shen Qingqiu.

Luo Binghe retira sa robe. Sa poitrine présentait une blessure en train de cicatriser lentement d’elle-même. Au premier coup d’œil, Shen Qingqiu reconnut qu’il s’agissait d’une brûlure causée par l’aura de l’épée de Liu Qingge. Et sous cette nouvelle blessure, il y en avait une plus ancienne que Luo Binghe avait obstinément refusé de laisser s’effacer.

Luo Binghe s’allongea, se retourna et déplaça le corps pour se blottir dans ses bras.

« Par le passé, quand les disciples du pic Bai Zhan me harcelaient et me battaient, Shizun trouvait toujours une méthode pour leur faire payer. Quand Shizun reviendra-t-il s’en prendre à Liu Qingge lui-même ?

Shen Qingqiu s’assit à la table et répondit :

« Il n’y a rien à faire, je ne peux pas le battre.

— Shizun.

— Mmh.

— Shizun, je ne tiendrai pas.

— … »

Luo Binghe sourit légèrement et reprit :

— … Vraiment. Shizun. Si tu ne te réveilles pas, je… je ne tiendrai pas.

Mais Shen Qingqiu savait qu’il continuerait à tenir bon.

Il continuerait à étreindre ce corps glacé et sans vie dans ses bras, et à s’accrocher pendant près de deux mille jours et nuits.

La détresse et la peine refoulées dans sa poitrine éclatèrent. Shen Qingqiu vit une main s’étirer, essayant en vain de toucher le visage pâle de Luo Binghe. Il vit cette main trembler légèrement, sans pouvoir toutefois toucher quoi que ce soit. Soudain, il réalisa que c’était sa propre main.

« Shizun, Shizun ? »

Plongé dans cette transe floue, Shen Qingqiu sentit quelqu’un soutenir ses épaules pour le mettre en position assise. Il ouvrit péniblement les yeux pour découvrir le visage de Luo Binghe à portée, le dévisageant avec nervosité et inquiétude :

« Shizun, qu’est-ce qui ne va pas ? »

Shen Qingqiu, qui ne s’était pas encore remis de sa contemplation, fixa Luo Binghe d’un air absent.

En voyant cela, Luo Binghe se montra encore plus anxieux et apeuré. Ce jour-là, il avait traversé une crise dans sa cultivation, par conséquent, il avait scellé sa conscience durant la nuit et n’avait pas eu le temps de contrôler son paysage onirique. Il n’avait pas bien dormi et s’était réveillé. En découvrant Shen Qingqiu à ses côtés, les sourcils froncés et le front dégoulinant de sueur froide, il avait su que quelque chose de mauvais s’était produit. Il n’avait pas dû réussir à absorber tout son pouvoir, et avait dû laisser Shizun entrer dans un cauchemar.

Il craignait d’avoir offert à Shen Qingqiu une sorte de rêve particulièrement terrible. Il l’interrogea attentivement :

« Shizun, de quoi as-tu rêvé à l’instant ? As-tu été blessé ?

— Je… »

Après s’être trop attardée dans le paysage onirique, l’âme de Shen Qingqiu n’était pas encore complètement revenue. Le visage de Luo Binghe oscillait entre le réel et l’imaginaire. Sa vision était tantôt floue, tantôt claire ; il ne savait que dire.

Luo Binghe devint encore plus inquiet, élevant la voix :

« Shizun ! Dis quelque chose ! »

Soudain, comme une bénédiction du cœur, Shen Qingqiu cligna des yeux, prit son visage entre ses mains, l’attira à lui, et l’embrassa.

« … »

Bien qu’il ignorait ce qui se passait, Luo Binghe était très heureux de recevoir ce baiser inattendu. Ses yeux s’élargirent. En un éclair, il pressa le cou de Shen Qingqiu et prit l’initiative d’approfondir ce baiser.

Shen Qingqiu ne s’arrêta pas là. Quelques bruissements plus tard, il avait défait la ceinture de Luo Binghe, prit sa main et fait explorer l’intérieur de son propre col. En lui faisant suivre les lignes tendues de son abdomen, il la conduisit jusqu’à son propre cœur passionnément agité.

Cette fois, Luo Binghe fut presque dépassé par la faveur. Mais paradoxalement, il n’osa pas se montrer impulsif et impatient, et ses mouvements devinrent prudents.

Cependant, alors qu’il hésitait légèrement, Shen Qingqiu qui s’était déjà retourné le pressa sous son corps, déchirant grossièrement ses vêtements intérieurs.

Les halètements de Luo Binghe étaient légèrement erratiques alors qu’il soutenait sa taille. Un léger rougissement se dessina sur ses joues, et il bégaya :

« Shizun… Qu’est-ce qui t’arrive ce soir ? »

Shen Qingqiu pressa le bas de leurs corps ensemble et lui murmura à l’oreille :

« Ce soir, je me sens… Je t’aime vraiment. »

Luo Binghe se raidit instantanément de la tête aux pieds.

Il se redressa brusquement et piégea Shen Qingqiu entre ses bras.

Prenant une légère inspiration, Luo Binghe déclara :

« Shizun, je… pourrais ne pas être doux. »

En écoutant sa voix forte et posée, Shen Qingqiu se mit à rire :

« Tu parles comme si ta douceur n’allait pas me faire souffrir. »

Sans attendre que Luo Binghe réagisse, Shen Qingqiu l’avait déjà accueilli à bras ouverts.

« Je l’endurerai avec plaisir. » [14]


Notes:

↑[1] 江湖 (jiānghú) = le monde des arts martiaux de la Chine ancienne

↑[2] xiansheng = utilisé pour « monsieur »

↑[3] 阁下 (Géxià) = Votre Excellence ; signifie également votre éminente personne, sire, votre majesté, etc.

↑[4] 坐化台 = Table d’assise = traduction approximative de la plate-forme où s’assoient les moines/bouddhas

↑[5] 炮制 = « Processus » = une technique de préparation des médicaments traditionnels chinois

↑[6] Le pic de Qing Jing est classé 2e en terme d’ancienneté des pics, tandis que Bai Zhan est 7e

↑[7] Le terme utilisé ici en anglais a pour équivalent français extravasé, c’est un terme médical qui désigne le sang qui est sorti de sa veine suite à la rupture de celle-ci et a donc créé un bleu. Ce terme est très peu connu de ceux qui n’ont pas fait d’études (para)médicales.

Notons qui plus est que ce terme peut aussi être utilisé en botanique lorsque les liquides de la plante s’échappent de leurs vaisseaux. Ce qui reste cohérent avec l’histoire du concombre et de la jeune pousse, LBH-le-futur-roi-de-la-courgette-XXL. Nous savons tous quel genre de liquide s’échappera un jour en fontaine de la jeune pousse devenue adulte u-u
Tout est lié mes amis ! (=> Yukiko-chan was here) (Rappelons d’ailleurs que Yukiko attend avec impatience les offrandes de cookies promises par  certain.e.s sur le serveur Discord de la team en échange de la correction de cet extra)

(Et oui, ce commentaire est en rose, j’aurais bien mis une typographie néon, mais restons sobre u_u)

↑[8] 满头黑线 lit. « visage de lignes noires » est un raccourci pour dire que quelqu’un transpire de frustration et d’incrédulité (comme si vous veniez de voir votre ami faire quelque chose d’extrêmement stupide).

↑[9] La traduction directe de 还不回来 serait « Tu ne reviens toujours pas ? », mais le ton est plus celui d’une demande pressante que d’une question.

↑[10] 清静小池 lit. « Bassin Tranquille » utilise le même Qing Jing 清静 que celui utilisé pour parler du pic Qing Jing.

↑[11] 寅时 lit. « heure du tigre » = de 3 à 5 heures du matin dans l’ancien système chinois de mesure du temps.

↑[12] 丑时 lit. « heure du bœuf » = 1h à 3h du matin dans l’ancien système chinois de mesure du temps.

↑[13] 黑历史 lit. « histoire sombre » = un événement honteux du passé dont on veut faire croire qu’il n’a jamais eu lieu.

↑[14] 甘之如饴 lit. aussi doux que du sirop (idiome, tiré du Livre des Chants) ; supporter volontiers les difficultés.

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