La Terrasse Dorée – Chapitre 6

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Traduit par Laina, corrigé par Alowynn

Chapitre 6 – Convocation Officielle

Cette année était vouée à être mouvementée. Alors qu’elle allait bientôt toucher à sa fin, une autre affaire impliquant le commandant du Beiyan succéda immédiatement à celle, qui avait choqué tout le pays, du convoi diplomatique des Tartares de l’Est victime d’une embuscade. Cette fois, c’était une rumeur à son sujet qui commençait à circuler discrètement parmi les hauts fonctionnaires et la noblesse de la capitale, se répandant à la vitesse d’un feu de prairie…

Le Marquis de Jingning, Fu Shen, était un homme à la manche coupée, en proie à la passion de Longyang, avec un penchant pour les pêches partagées [1].

Cette nouvelle semblait étrange et douteuse au premier abord, mais après réflexion, certains aspects méritaient plus ample considération, surtout qu’il était dans la nature humaine de ne pas hésiter à utiliser les spéculations les plus vulgaires pour compléter la « vérité ». Très vite, un compte rendu haut en couleur de la vie amoureuse de Fu Shen depuis qu’il avait rejoint l’armée se mit à circuler parmi les familles nobles. Pour certains, cela devint même le sujet de prédilection de leurs bavardages après le repas.

Au Dazhou, cette préférence pour les hommes n’était pas quelque chose de vraiment extraordinaire, et les gens du peuple étaient particulièrement tolérants. Mais, quand cela impliquait un puissant général détenteur du pouvoir militaire, ce n’était plus un simple « passe-temps ».

La dynastie précédente était appelée « Yue », et avait été établie plus d’un siècle auparavant. Parmi ses dirigeants, un des empereurs était resté célèbre à travers les âges pour sa nature romantique. Son nom de temple [2] était Suzong.

Alors qu’il était encore Prince Héritier, Suzong avait accordé ses faveurs à une fille de la famille Han d’une grande beauté. Une fois sur le trône, non seulement il fit de Dame Han sa Première Concubine, mais il accorda aussi des titres de noblesse à son père et à ses frères. Le frère cadet de Dame Han, nommé Han Cang, était décrit dans les annales comme étant « grâcieux et élégant, d’une beauté égale à celle d’une femme, avec la qualité d’une perle éclatante et du jade le plus fin ». Grâce à sa sœur, Han Cang intégra les troupes du Luan d’Apparat de l’Armée Impériale. Alors qu’il escortait le carrosse de l’empereur lors d’une sortie, Suzong aperçut son visage et en tomba immédiatement amoureux. Même après être rentré à la capitale, le souverain était incapable de l’oublier, et il décida d’ignorer la coutume et d’accueillir Han Cang au sein du harem. Mais, bien que ce dernier reçût toujours plus les faveurs de l’empereur, il était exclu du statut de concubine impériale. Suzong créa donc le titre de « Noble Gentilhomme [3] » égal au titre de Première Concubine, et dès lors la sœur aînée et le frère cadet servirent tous deux le même souverain.

La grande dynastie Yue n’avait jamais rencontré un tel précédent. Du noble le plus éminent au paysan le plus rustre, tout le monde fut choqué. Les fonctionnaires civils et militaires lui firent des remontrances sans fin, et en vinrent presque à se prosterner en ligne devant le palais jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Suzong avait beau être un romantique à ce point impénitent, mise à part cette seconde identité, il restait avant tout l’empereur, le seigneur suprême du pays. Il ne pouvait tolérer autant de critiques de la part d’un groupe de bons-à-rien au sujet d’une petite affaire personnelle. Dans un accès de colère, ce souverain rusé publia un décret impérial qui autorisait les lettrés [4] de haut rang à prendre des hommes comme concubins, et les fonctionnaires du sixième rang [5] et des rangs supérieurs à prendre un époux avec le même statut que celui réservé habituellement aux épouses.

Quand ceux d’en haut obtiennent un avantage, ceux d’en bas ne tardent pas à en récolter les fruits. Dès que ce précédent fut établi, même si à la cour le camp des neutres représentait la majorité, beaucoup d’érudits se mirent immédiatement à louer la passion de la manche coupée pour son raffinement et sa délicatesse. Les gens du peuple suivirent leur exemple, et ce vent du sud [6] continua à souffler, ne montrant aucun signe de diminution. Suzong resta sur le trône pendant près de trente ans, et aucun des grands ministres n’osa lui adresser une requête pour abolir ce décret.

Des années plus tard, alors que la dynastie Yue, de plus en plus affaiblie, approchait sa fin, l’empereur d’alors, Xuanzong, estima que ce vent du sud était devenu une mode effrénée qui allait à l’encontre des principes traditionnels et de l’ordre céleste, et qui engendrait une baisse de population, faisant drastiquement chuter le nombre d’hommes robustes et causant des difficultés pour l’agriculture. Pour y remédier, il publia un décret interdisant le mariage entre hommes pour les gens du peuple. Cet édit impérial libéra les concubins, leur permettant de rentrer chez eux, de récupérer leur contrat de vente [7], et de reprendre un statut de chef de famille. Bien entendu, il y avait toujours des exceptions à la loi. Non seulement les hommes ayant le statut d’époux étaient autorisés à rester dans la famille de leur mari, mais Xuanzong accorda même une grâce spéciale : pour les fonctionnaires du sixième rang et au-dessus, pour les ducs et les marquis qui accédaient à la noblesse suite à des services rendus à la nation, et pour les membres de la famille impériale… ceux qui souhaitaient épouser officiellement un homme étaient autorisés à en faire la demande auprès de l’empereur pour qu’il leur accorde une union [8].

Cette grâce spéciale devint la carte maîtresse de Xuanzong pour garder sous son contrôle le pouvoir des différents ministres et de ses proches. Plus spécifiquement, pour ceux dont le titre de noblesse se transmettait de père en fils, épouser un homme signifiait une absence d’enfants légitimes. Sans héritier valable, le titre revenait donc aux mains du pouvoir impérial.

Après la chute de la dynastie Yue, ce « couteau souple qui éliminait les hommes sans faire couler le sang » continua à être utilisé jusqu’à aujourd’hui pour son efficacité exceptionnelle. Depuis la création de la dynastie Dazhou, les empereurs avaient accordé un mariage à plus d’une douzaine de grands fonctionnaires. Tous possédaient une position importante, et le pouvoir de remuer le vent et les nuages.

Le commandant de l’armée du Beiyan, le Marquis de Jingning, le fils aîné du précédent Duc de Ying… Ce que ces identités craignaient le plus était les deux mots « manche coupée ».

Combien de gens le regardaient avec envie, tels des tigres traquant une proie ? L’empereur lui-même était justement inquiet de ne pas avoir d’excuse pour reprendre possession du pouvoir militaire. Pour quelle raison cette rumeur avait-elle éclot au sein de la noblesse maintenant, précisément à cet instant crucial ?

Fu Shen menait une vie de retraite calme et paisible dans sa résidence, sans aucune interaction avec sa famille ou ses amis. Naturellement, il n’avait aucun moyen de connaître les bruits qui couraient à son sujet. Ses subordonnés, eux, avaient déjà entendu bien trop de ragots fantaisistes sur le Maquis de Jingning. Ayant été témoins de tout un tas d’histoires grotesques, extravagantes, voire même horrifiantes, ils avaient depuis bien longtemps cessé d’y prêter attention, peu importe l’étrangeté de ces récits.

Mais, s’ils avaient été plus vigilants, ils n’auraient jamais laissé cette rumeur se répandre aussi librement.

L’instigateur du complot aiguisait son couteau dans l’ombre, tandis que la victime restait complètement ignorante [9].

Yan Xiaohan, lui, était un peu plus aux aguets. Quand il eut vent de cette information au sein de la Garde du Dragon Ailé, son cœur se mit à battre et son instinct l’avertit du danger.

Il n’attendit pas la réponse de Fu Shen cette nuit-là. Face à une situation si atypique, même la personne la plus entêtée ne resterait pas insensible. Yan Xiaohan avait certes pris le dessus dans leur querelle de longue date, mais malheureusement cela ne lui apportait aucune joie.

L’Empereur Yuantai n’ayant pas autorisé la Garde du Dragon Ailé à s’occuper de l’affaire du convoi diplomatique des Tartares de l’Est, Yan Xiaohan ne pouvait faire autrement que de mener l’enquête en privé. Son cœur restait lourd de doutes. Fu Shen avait beau penser que Yan Xiaohan se faisait une trop haute opinion de lui, un homme sorti indemne d’innombrables batailles tombant dans un tel piège était semblable à un canard se noyant mystérieusement dans une bassine d’eau. Et c’était sans compter les éléments inhabituels et inexplicables qui couvraient toute l’affaire de l’embuscade ; même avec les méthodes de la Garde du Dragon Ailé à sa disposition, Yan Xiaohan restait incapable d’identifier le responsable.

L’attitude de Fu Shen le faisait suspecter que cette histoire cachait d’autres secrets, et Yan Xiaohan avait besoin de déterrer la vérité.

Non pas par sentiment de justice, ni par moralité, mais parce qu’il maniait une lame extrêmement affûtée au nom de l’empereur. Ce n’était qu’en connaissant le courant dissimulé sous la surface de l’eau qu’il serait capable de contrôler la direction de la lame, plutôt que de subir son tranchant ou d’être emporté par les flots.

Les empereurs successifs de cette dynastie avaient tous fortement mis l’accent sur l’Armée Impériale. Les bâtiments intérieurs de la Cité Impériale étaient gardés par les troupes du Corbeau d’Or, du Luan d’Apparat, des Neuf Portes, de la Cavalerie Intrépide, et du Fourreau du Léopard. Chacune était à son tour divisée en faction de gauche et faction de droite, pour un total de dix troupes formant les « Dix Protecteurs du Bureau du Sud ». Au sein du palais impérial lui-même, on trouvait les régiments de la Forêt de Plumes, de l’Axe Divin, et du Guerrier Divin, eux aussi divisés en factions gauches et droites. Ces six troupes étaient spécialisées comme gardes du corps, et ensemble elles étaient appelées les « Six Armées du Bureau du Nord » [10]. À côté de cela, la Garde du Dragon Ailé avait un pouvoir de surveillance sur tous les fonctionnaires et pouvait agir sur tout le territoire. L’officier à sa tête était un fonctionnaire de troisième rang supérieur, appelé l’Enquêteur Impérial Détaché, avec la capacité de pouvoir secrètement présenter des pétitions et des doléances directement à l’empereur lui-même.

Tous les Grands Généraux des Armées du Bureau du Nord étaient membres de la Garde du Dragon Ailé. En tant qu’Enquêteur Impérial Détaché, Yan Xiaohan était situé au-dessus des autres généraux, c’était donc à lui que revenait le vrai pouvoir de commandement sur tous les gardes impériaux du Bureau du Nord.

La rumeur disant que « le Marquis de Jingning était un homme à la manche coupée » avait été introduite au sein de l’Armée Impériale par le Grand Général de Gauche de l’Armée de l’Axe Divin, Wei Xuzhou. Le clan Wei était gigantesque, encore plus si on comptait la famille par alliance, au point qu’il pouvait prétendre avoir des liens de parenté avec la majorité des familles nobles de la capitale. En plus de cela, le Général Wei était tout à fait béni par les cieux ; dans l’Armée Impériale, on ne trouvait personne de plus enthousiaste que lui pour jouer l’entremetteur et pour propager les ragots.

La discorde entre Yan Xiaohan et Fu Shen étant de notoriété publique dans la Garde du Dragon Ailé, Wei Xuzhou ne se priva pas de jubiler de l’infortune de ce dernier : « Cette rumeur est vraiment écœurante. En voyant le Marquis de Jingning si noble et si distant, je pensais au départ qu’il allait devoir passer sa vie entière seul, avec ses deux mains comme unique compagnie hahaha… »

Yan Xiaohan fronça les sourcils. « D’où vient cette information ? »

Général Wei répondit : « De la cousine du mari de la sœur cadette de ma deuxième tante [11]… C’est-à-dire la femme du Marquis de Liu En. La famille du Marquis avait une jeune fille à marier qui avait des vues sur le Marquis de Jingning. C’est quand j’ai mené l’enquête en privé que j’ai appris l’existence de ce secret. »

Yan Xiaohan se massa le front, n’ayant strictement aucune envie de discuter avec ce personnage.

Wei Xuzhou lui tourna autour deux fois, trouvant sa réaction curieuse. « Monsieur, le Marquis de Jingning a ce genre de passe-temps et il ne s’inquiète pas. Pourquoi vous inquiéter à sa place ? »

C’était étrange. Trop étrange.

Un homme à la fortune si grande et si durable voyait soudain un revirement complet de ses circonstances et subissait la malchance la plus extrême [12]… Qu’avait fait Fu Shen pour éveiller le courroux des dieux et la colère des hommes ? Pourquoi les monstres et les démons sortaient-ils aujourd’hui en masse, usant d’innombrables tours et stratagèmes pour comploter contre lui ?

« Il y a quelque chose de bizarre dans cette affaire. Wei-xiong, si je peux vous demander de prendre la peine de vérifier exactement d’où vient cette information disant que le Marquis de Jingning est un homme à la manche coupée… » Yan Xiaohan n’avait pas fini de parler quand un jeune eunuque vêtu de bleu entra soudain dans la pièce. C’était un disciple de l’eunuque Tian Tong, le Porte-Pinceau [13] de l’empereur lui-même. En le voyant arriver, les deux hommes stoppèrent leur conversation et s’avancèrent pour l’écouter. Le petit eunuque récita les instructions verbales qui lui avaient été confiées : « Sa Majesté ordonne à Son Excellence Yan de se présenter devant l’empereur au Pavillon de la Nourriture de l’Esprit [14]. »

En entendant cela, Wei Xuzhou fit un pas pour se retirer, mais Yan Xiaohan lui adressa soudain un geste de la main dans son dos, tout en répondant : « Gonggong [15], je vous prie de patienter un moment, je dois m’entretenir brièvement avec le Général Wei au sujet d’une affaire officielle. »

« L’ordre vient de l’empereur lui-même. Son Excellence Yan souhaite-t-il que Sa Majesté l’attende ? » La réponse du petit eunuque n’était pas bienveillante.

Les lèvres de Yan Xiaohan esquissèrent l’ombre d’un sourire. C’était son expression la plus habituelle, lui donnant l’air à la fois incroyablement gentil et prêt à dévorer de la chair humaine.

« En tant qu’Enquêteur Impérial Détaché de la Garde du Dragon Ailé, chacun de mes faits et gestes est rapporté à Sa Majesté. Ce que vous venez de dire me complique quelque peu la tâche. »

L’eunuque n’était en réalité que vantardise et paroles en l’air. En voyant le sourire de Yan Xiaohan, il se souvint immédiatement des histoires d’horreur racontées au palais sur l’Enquêteur Impérial Détaché de la Garde du Dragon Ailé. Son visage changea radicalement, et il lui fallut beaucoup d’efforts pour se calmer et concéder : « Dans ce cas, Son Excellence Yan peut faire comme il le souhaite. »

Yan Xiaohan tira le Général Wei, très confus, vers son bureau. Il prit en main quelques dossiers au hasard pour donner le change, tout en murmurant : « Allez à la résidence du Marquis de Jingning pour moi, et informez-le de la nouvelle qui circule. Dites à Fu Shen qu’il doit rester prudent et s’en occuper au plus vite. Quoi qu’il arrive, il faut d’abord qu’il reste calme et qu’il évite d’agir de manière précipitée et imprudente. »

Dans le cœur de Wei Xuzhou, ces mots attisèrent vivement les flammes de son amour pour les commérages, mais voyant que l’expression sérieuse de Yan Xiaohan ne souffrait aucune plaisanterie, il s’empressa d’acquiescer. « Ne vous inquiétez pas, vous pouvez compter sur moi. »

Malgré l’assurance des paroles de Yan Xiaohan, il ne pouvait en réalité pas faire attendre trop longtemps un eunuque venu apporter les ordres de l’empereur. Il n’avait d’autre choix que de mettre temporairement de côté cette affaire compliquée et de se hâter vers le Pavillon de la Nourriture de l’Esprit.

Tian Tong, le Porte-Pinceau de l’empereur, n’avait jamais été en bons termes avec la Garde du Dragon Ailé. Le petit eunuque partageait la haine de son maître, et il était donc peu disposé à communiquer la moindre information. De ce fait, ce n’est qu’en entrant dans le Pavillon de la Nourriture de l’Esprit que Yan Xiaohan découvrit qu’en plus de l’Empereur Yuantai, le Prince Héritier, Sun Yunliang, était aussi présent.

« Cet humble personne présente ses respects à Sa Majesté, ainsi qu’à Son Altesse Royale le Prince Héritier. »

« Mon sujet bien aimé, relevez-vous. »

L’Empereur Yuantai était un homme grand, à l’aura imposante et majestueuse. Son visage révélait une légère rondeur dans ses joues, et deux rides profondes couraient de chaque côté de son nez, au-dessus de ses lèvres assez fines. Dans l’ensemble, ses traits lui donnaient une apparence sévère et impitoyable. Cet empereur pouvait être qualifié d’intelligent et de compétent, avec une tendance austère au vu de sa nature habituellement calme et réservée. Mais à ce moment, il semblait être de bonne humeur ; il y avait même l’ombre d’un sourire sur son visage qui effaçait la colère et la morosité amenées par l’affaire récente du convoi diplomatique, le faisant paraître considérablement plus gentil et aimable.

Il semblait que, quelle que soit la raison de sa convocation ici, il ne devait pas s’agir d’une mauvaise nouvelle. Le cœur de Yan Xiaohan s’apaisa un peu. Il réfléchit avec calme ; s’il en venait à être troublé par le moindre détail, peut-être avait-il été rendu trop nerveux par l’enchaînement successif de pièges et de complots douteux, ces derniers temps.

Le visage inexpressif du Prince Héritier, debout sur le côté, était tendu. Yan Xiaohan pouvait sentir son regard posé sur lui, non pas chargé de malveillance, mais plutôt plein d’une attention curieuse et aiguisée, comme lorsque l’on passe un fil dans le chas d’une aiguille.

« Le Prince Héritier peut retourner au Palais du Levant. » L’Empereur Yuantai exprima son désir de parler seul à seul avec Yan Xiaohan. Après un instant de réflexion, il accorda au Prince Héritier une rare parole d’encouragement : « Tu as mené l’affaire d’aujourd’hui de manière remarquable. »

Une fois ces félicitations reçues, le but premier du Prince Héritier avait été atteint, et il n’était plus aussi réticent à partir. Il regarda Yan Xiaohan et lui adressa même un sourire, avant de s’incliner et de demander la permission de se retirer.

Ce sourire semblait contenir une moquerie et une pitié inexplicables. Il fit soudain naître une prémonition sinistre dans le cœur de Yan Xiaohan.


Notes :

[1] Cette phrase fait référence à trois métaphores pour parler de l’homosexualité masculine couramment utilisées dans la Chine ancienne, toutes plus ou moins en rapport avec des personnes historiques :

  • 断袖, littéralement « manche coupée ». D’après l’histoire, l’empereur Han Aidi dormait avec son amant Dong Xian lorsqu’il fut réveillé pour une affaire urgente. Il préféra couper la manche de sa robe sur laquelle Dong Xian dormait plutôt que de le réveiller, d’où la métaphore. Plus d’informations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Passion_de_la_manche_coup%C3%A9e 
  • 龙阳, « Longyang ». Fait référence au Seigneur de Longyang, qui était le favori du Roi de Wei, pendant la période des Royaumes Combattants. Selon la légende, le roi et le Seigneur de Longyang étaient en train de pêcher dans un bateau quand ce dernier se mit à pleurer. Le roi lui demanda pourquoi, et le seigneur expliqua qu’il avait peur que le roi soit tenté par d’autres hommes plus beaux que lui et le délaisse, tout comme le roi délaisserait le poisson qu’il venait d’attraper s’il en trouvait un plus gros. Le roi interdit alors à quiconque de mentionner d’autres personnes plus belles en sa présence sous peine d’être condamné à mort.
  • 分桃, littéralement « pêche partagée ». En référence au personnage semi-légendaire de Mizi Xia, favori du Duc Ling de Wei, pendant la période des Printemps et Automnes. Dans une de leurs histoires, Mizi Xia mordit dans une pêche qu’il trouva très bonne, et il offrit l’autre moitié au Duc pour qu’il puisse lui aussi la goûter. (Plus tard cependant, quand Mizi Xia perdit de sa beauté, le Duc se lassa de lui et l’épisode de la pêche fut considéré comme une insulte faite au Duc).

[2] 庙号. Le nom de temple est un nom donné à un souverain à titre posthume. Il se compose toujours de deux caractères : un adjectif (ici 肃 , solennel, respectueux) qui reflète son règne, et le caractère 祖 (, patriarche) ou 宗 (zōng, ancêtre). Plus d’informations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Nom_de_temple 

[3] 贵君 (guì jūn) : 贵 = noble, précieux, 君 = seigneur, souverain, gentilhomme.

[4] 士大夫 (shì dà fū), appelés aussi fonctionnaires érudits ou érudits bureaucrates, des fonctionnaires nommés par l’empereur pour la gestion du pays, ayant obtenu un diplôme universitaire et passé l’examen impérial. Plus d’informations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Fonctionnaire_%C3%A9rudit 

[5] Pour rappel, les fonctionnaires étaient divisés en neuf rangs hiérarchiques, le premier étant le plus élevé. Chaque rang était ensuite divisé en deux, un 正 « supérieur », et un 从 « inférieur ». Par exemple, Yan Xiaohan est un fonctionnaire de troisième rang supérieur.

[6] 南风, littéralement « vent du sud », un autre terme pour désigner l’homosexualité masculine.

[7] 身契, littéralement « contrat de corps », une forme de servage légale pratiquée à l’époque dans tous types de domaines. La personne vendait sa propre vie à son supérieur, par exemple une prostituée à un bordel, un acteur à une troupe de théâtre, ou même un travailleur quelconque à son employeur. Il était par contre interdit de réduire une autre personne en esclavage. Ici, les concubins étaient donc liés à leur mari par un contrat de ce type.

[8] 赐婚, littéralement « accorder un mariage ». Dans ce contexte, il s’agit de l’empereur « offrant en cadeau » un époux ou une épouse à quelqu’un. Cela peut être une récompense, ou un mariage indésirable, voire les deux à la fois. Évidemment, il est impossible de refuser un cadeau venant de l’empereur…

[9] 耳目闭塞, littéralement « oreilles bouchées et yeux fermés ».

[10] Tous ces noms de troupes sont des noms d’unités ayant réellement existé au sein de l’Armée Interdite (ou Armée Impériale) à différentes époques. Voici quelques informations sur leur origine et leur sens :

Pour le Bureau du Sud :

  • 金吾 (jīn ) ne veut rien dire de particulier, mais se prononce de la même manière que 金乌 (corbeau d’or), en référence à un animal mythique censé représenter et habiter dans le soleil. Plus d’informations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Corbeau_%C3%A0_trois_pattes 
  • 鸾仪 (luán ) : 鸾 = Luan, un oiseau mythique proche du phénix, de couleur rouge ou dorée. 仪 = rite, cérémonie, apparence.
  • 九门 (jiǔ mén), littéralement « neuf portes », en référence aux neuf portes des remparts de la vieille ville de Pékin.
  • 骁骑 (xiāo ), traduit littéralement : 骁 = vaillant, intrépide, 骑 = chevaucher.
  • 豹韬 (bào tāo), traduit littéralement : 豹 = léopard, 韬 = fourreau d’une épée, stratégie.

Pour le Bureau du Nord :

  • 羽林 ( lín), traduit littéralement. D’après Wikipédia, « le nom vient de l’expression “为国羽翼,如林之盛” ce que l’on peut traduire littéralement par “être les plumes d’ailes de l’État, florissant comme la forêt” Le terme “plumes d’aile” est souvent utilisé pour désigner la force développée dans la terminologie chinoise, comme métaphore pour un oiseau arrivant à maturité, avec ses ailes recouvertes de plumes et non plus de duvet. » Source, et pour plus d’informations : https://fr.wikipedia.org/wiki/Gardes_imp%C3%A9riales_de_la_dynastie_Tang 
  • 神枢 (shén shū), traduit littéralement : 神 = divin, 枢 = axe, centre, pivot d’une porte.
  • 神武 (shén wǔ), traduit littéralement : 神 = divin, 武 = martial, militaire. Pour rappel, il est mentionné dans le chapitre 3 que Yan Xiaohan est le Grand Général de Gauche de l’Armée du Guerrier Divin. Cela signifie qu’il est le commandant de ce régiment en particulier, en plus de son rôle d’Enquêteur Impérial Détaché.

[11] 二婶, plus précisément, il s’agit de la femme de son oncle, donc sa tante par alliance, et cela implique aussi que le père de Wei Xuzhou était l’aîné de sa fratrie et que cet oncle était le deuxième, donc plus jeune.

[12] 喝凉水都塞牙, littéralement « même l’eau qu’il boit reste coincée entre ses dents », décrit une personne extrêmement malchanceuse.

[13] 秉笔太监 : 秉笔 = tenir le pinceau, 太监 = eunuque. Il semblerait qu’il soit un proche confident de l’empereur, puisqu’il est autorisé à écrire pour lui.

[14] 养心殿, traduit littéralement. C’est un pavillon qui existe réellement dans le palais impérial à Pékin, dans lequel l’empereur résidait (sous la dynastie Qing) et discutait des affaires d’État avec ses fonctionnaires.

[15] 公公 (gōng gong), terme utilisé pour s’adresser aux eunuques du palais.

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AruBiiZe
AruBiiZe
13 mars 2021 19:10

Oh bon sang ! Cette ****** de concubine a dit tout ça et plus encore !
L’empereur va les marier sans même qu’ils puissent dire quelque chose ou même que ce soit vrai !! Parce que ça l’arrange bien celui-là ! GRRRRrrrrr
Bon sang, bon sang, c’est pas bon. Enfin si, mais non ! XD Enfin voilà quoi ! XD

J’ai vraiment hâte de lire la suite, cette histoire est super bien ! J’adore !
Merci beaucoup pour votre beau travail complet et détaillé !
Une bonne continuation pour les prochains ! A très vite !

Laina
Laina
Répondre à  AruBiiZe
13 mars 2021 19:20

Merci beaucoup pour tous tes commentaires et ton enthousiasme, ça fait plaisir à lire x)
J’espère que la suite de l’histoire te plaira tout autant!
Bonne lecture, à plus tard ^^